COMMUNE RURALE DE SIGLÉ : A l’épreuve de la réalité du développement à la base

vendredi 1er juin 2012 à 01h19min

A l’instar des 350 communes burkinabè qui sont rentrées de plain pied dans la communalisation intégrale en 2006, la commune rurale de Siglé (située à une cinquantaine de km à l’Ouest de Ouagadougou ), trace les sillons de son développement avec des fortunes diverses. Mais, le constat s’établit qu’en cinq ans d’existence, elle n’a pas autant bénéficié d’investissements, depuis la création du département de Siglé (qui a les mêmes limites territoriales que la commune) en 1984.

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Depuis 2006 où le Burkina Faso s’est engagé dans la communalisation intégrale, Siglé expérimente le développement à la base. Avec l’implication effective des fils et filles de la localité, à travers un conseil municipal composé de trois partis politiques : le CDP (30 conseillers municipaux sur 37), l’ADF/RDA et le PDP/PS. Ces « cobayes » de la décentralisation ont su taire leurs divergences pour travailler au développement de la localité. Amenés dans un premier temps, par le maire Bertin Ouiya (devenu député) et ensuite, par Augustin Sinaré qui préside aux destinées de la commune depuis octobre 2007, ils ont eu à relever de nombreux défis dans cette zone de 33 823 habitants répartis dans 18 villages.

Avec comme résultats, des réalisations dans les domaines de la santé, de l’alphabétisation, de l’agriculture. C’est véritablement en 2008, que pour donner de la lisibilité et de la visibilité à son action, la commune s’est dotée d’un Plan communal de développement (PCD), couvrant la période 2009-2013. Outil de planification et de plaidoyer, le PCD a été élaboré par une commission adhoc composée de conseillers municipaux, de coutumiers, de religieux, de chefs de services techniques et déconcentrés, de responsables d’ONG et d’associations, ainsi que des personnes-ressources, avec l’appui du Programme national de gestion des terroirs, phase 2 (PNGT2). Pour une opérationnalité plus efficace, le PCD est assorti d’un plan annuel d’investissement. Durant la période 2009-2011, le PCD a permis d’entreprendre des investissements d’environ trois cent neuf millions de FCFA.

Et parmi ces investissements, l’on note la réalisation de
forages, la construction de plus de 300 fosses fumières, la réalisation d’aires d’abattage, la construction d’infrastructures sanitaires et d’éducation, l’acquisition de matériel de travail au profit de la mairie, la réalisation d’activités de reboisement, l’aménagement de bas-fonds rizicoles et de cordons pierreux, etc.

La commune a pu atteindre ces résultats, grâce au soutien financier de plusieurs partenaires, outre le PNGT2. En effet, les principaux partenaires de la commune s’appellent coopérations danoise et japonaise, Fonds permanent de développement des collectivités, PAM, Lion’s club, Etat, ressources propres de la commune, projets intervenant dans la commune. A côté des partenaires qui interviennent dans la commune, existent des initiatives locales qui contribuent au développement de la localité. Comme, par exemple, les comités de gestion des points d’eau, les Associations d’usagers de l’eau (AUE), les comités de lutte contre le sida ou de lutte contre l’excision. D’autres organisations de la société civile, parmi lesquelles l’Association pour le développement économique et social de Siglé (ADS), les Amis de Siglé/Nantes, le groupe GASCODE, le CCFC (Fonds canadien pour le développement de l’enfance)… apportent leur soutien à l’équipe communale dirigeante de Siglé.

Si l’apport des différents partenaires n’est pas négligeable dans l’avancée de la commune, les résultats engrangés sont aussi le résultat d’un certain engagement des conseillers municipaux. En effet, le principe de tenir quatre sessions ordinaires par année, préconisé par le code général des collectivités territoriales, a été respecté depuis 2007. « Les sessions se sont régulièrement tenues, car à chaque rencontre, le quorum est atteint et aucune session n’a été reportée ou contestée, traduisant ainsi, la maturité politique et civique des membres du conseil », témoigne le maire Augustin Sinaré. Mieux, la langue de travail est le mooré que pratiquent aussi les conseillers municipaux qui ont un niveau universitaire élevé. Selon une étude menée par le ministère de l’Economie et des finances sur le niveau d’instruction des conseillers et conseillères municipales du pays, la commune de Siglé a été classée première, en termes de niveau d’instruction.

Plus de 81% des conseillers et conseillères de la commune rurale de Siglé savent lire et écrire même en mooré. A côté de la tenue régulière des sessions du conseil municipal et du niveau d’instruction des membres, le maire se réjouit de l’ouverture d’esprit des populations qui s’impliquent dans les activités d’intérêt commun, organisées par la commune.

Des difficultés tout de même

L’amélioration des services de la mairie à l’endroit des populations est aussi retenue comme un point positif par l’autorité communale. Selon le maire Sinaré, entre 2007 et 2011, en moyenne 60 mariages ont été célébrés à la mairie de Siglé contre 10 à la préfecture, à la période d’avant la communalisation.

En six ans d’expérimentation de la communalisation, les difficultés ne manquent pas, du fait de la nouveauté. A l’insuffisance des moyens financiers et matériels propres à l’écrasante majorité des communes burkinabè, s’ajoute, pour le cas de Siglé, l’insuffisance de formation des conseillers municipaux. Il y a aussi les difficultés de recouvrement des taxes. De l’avis de l’autorité communale, le civisme fiscal n’est pas effectif. Et bon nombre de contribuables ne sont pas à jour du paiement des taxes ou refusent tout simplement de les payer.

Si la participation de la population à l’action de la commune est remarquable, elle reste cependant insuffisante également. Car il en ressort que pas mal de personnes n’ont pas encore compris le bien-fondé de la communalisation. Toujours au chapitre des difficultés et insuffisances, il y a la faible déconcentration des services techniques. Dans la même dynamique, la situation du transfert des compétences dans la commune n’est pas très reluisante. Ce n’est qu’en 2010 que « quelques » transferts de ressources ont vu le jour dans le domaine de l’hydraulique pour l’entretien des forages, dans le domaine de l’éducation pour les réhabilitations d’infrastructures scolaires et l’acquisition de fournitures scolaires et spécifiques. Et on note qu’en fin 2011, aucun transfert n’avait encore concerné la santé, les sports et loisirs. Le montant cumulé de ces transferts en fin 2011 est estimé à environ 51 millions de FCFA.

Volonté affiché d’aller de l’avant

Mais les difficultés ci-dessus évoquées n’entachent en rien la volonté de l’équipe communale d’aller de l’avant. C’est pourquoi, au terme de la première expérience de la communalisation et au vu des enseignements tirés, elle a formulé des propositions pour une meilleure gouvernance locale. Il s’agit de la création de nouvelles structures déconcentrées de l’Etat, en particulier l’action sociale, la régie financière, la gendarmerie, le renforcement des capacités d’accueil des services déconcentrés existants dans la commune, la dynamisation des Comités villageois de développement (CVD) par des initiatives à prendre, de sorte à les faire fonctionner comme il se doit.

Le renforcement des moyens matériels, humains et financiers de la mairie, à travers une subvention de l’Etat, revue à la hausse, l’élévation du niveau d’instruction des conseilles municipaux et le renforcement de leurs compétences, à travers les formations continues, l’alphabétisation, sont aussi à prendre en compte. Sans oublier l’organisation de rencontres annuelles de bilan et de sensibilisation entre le conseil municipal et la population, afin d’informer celle-ci de la vie de la commune. Pour le maire Augustin Sinaré, le processus d’apprentissage doit se poursuivre et faire en sorte que chaque citoyen soit consciemment artisan de son propre développement. « Les sillons sont tracés et les défis futurs consisteront en la mobilisation effective de tous les acteurs du développement communal pour transformer les entraves actuelles en opportunités de développement au profit de tous », a conclu le deuxième maire de l’histoire de Siglé.

Gabriel SAMA


Carte d’identité de la commune rurale de Siglé

La commune rurale de Siglé est née à la faveur de la communalisation intégrale intervenue au Burkina, à la suite des élections municipales d’avril 2006, conformément au code des collectivités territoriales. Elle partage le même territoire que le département de Siglé qui a été créé le 15 août 1984. La commune rurale de Siglé est située au Nord-Est de la province du Boulkièmdé dont elle constitue l’une des 15 communes. Le chef-lieu de la commune, Siglé, est situé à 65 km de Koudougou, chef-lieu de la province du Boulkiemdé et à 50 km de Ouagadougou, par la RN2. La superficie de la commune est d’environ 400 km2, soit 9,7% de la superficie totale de la province du Boulkiemdé dont elle relève administrativement. Sa population a atteint, en 2011, 33823 habitants composés majoritairement de Moosé, aux côtés desquels on rencontre des Silmimoosé, des Peulhs et des Yarcés.

G. S.

Sidwaya

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