Rapport 2012 du Pnud sur le développement humain : L’Afrique peut-il être un continent d’avenir dans 50 ans ?

vendredi 25 mai 2012 à 01h40min

L’Afrique continent de tous les paradoxes, dit-on. Elle est potentiellement riche en ressources naturelles et sert de réservoir de matières premières aux grandes puissances mais elle est le continent où les populations sont les plus pauvres. De nos jours, la malnutrition recule faiblement en Afrique, l’agriculture peine à se moderniser et la production céréalière est en chute, indique le rapport 2012 du Programme des nations unies pour le développement (Pnud) sur le développement humain. Le paradoxe est que le continent est donc assez riche en ressources pour s’en sortir.

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Le rapport 2012 du Pnud sur le développement humain en Afrique, intitulé " Vers une sécurité alimentaire durable ", vient de mettre le doigt sur un point saillant : le continent a tout le potentiel pour nourrir sa population mais, paradoxe, la faim y persiste encore. Terres et ressources en eau sont à profusion en Afrique, le climat est favorable à l’agriculture, les économies de beaucoup de nos pays battent des records mondiaux en matière de taux de croissance, indique le rapport publié conjointement à Dakar et Nairobi. Malgré tout, on note un faible recul, 1 %, de la prévalence de la malnutrition au cours des dix dernières années. 55 millions d’enfants africains souffrent de malnutrition, soit plus qu’il y a dix ans. Pire, ce chiffre pourrait s’accroître, prévient-on. Un Africain sur quatre est sous-alimenté, soit 218 millions de personnes.

Malgré son potentiel agricole, l’Afrique n’irrigue pas 93 % de ses terres arables, ses agriculteurs utilisent moins de 20 kg d’engrais par hectare de terre arable là où l’Asiatique recourt à presque 350 kg. Depuis le début des années 1960, la production céréalière a chuté de 13 % en Afrique, un recul plus important que partout ailleurs. La production céréalière du continent est de 150 kg par habitant, alors qu’elle est de près de 300 kg par habitant en Amérique latine et plus de 350 kg en Asie. 30 % seulement de la population rurale africaine vivent à moins de 2 km d’une route, en Asie du Sud, 58 % sont dans cette situation. L’Afrique pêche aussi en n’assurant pas assez de sécurité aux femmes en matière d’accès à la terre pour la production alimentaire, leur accès aux ressources financières et aux intrants est également limité. Pourtant, selon le Pnud, " lorsque les femmes reçoivent des intrants équivalents, les rendements moyens des denrées de base augmentent de façon significative ".

Les gouvernements africains allouent entre 5 et 10 % de leur budget à l’agriculture, loin derrière les Asiatiques, 20 %, lors de leur révolution verte. Sur le plan sanitaire, on compte un médecin pour 5.300 habitants, soit un septième de la moyenne mondiale. Ce ratio peut aller, dans certains pays, jusqu’à un médecin pour 50.000 habitants, parfois plus. 40 % de la population du continent n’accèdent pas à une eau sans risque sanitaire, soit presque le double par rapport au reste du monde. Seulement 31 % de la population du continent vivent dans un ménage doté d’un assainissement amélioré alors que la moyenne pour les pays en développement est de 53 %. On note aussi à travers le rapport que 70 % des ménages ne disposent pas d’électricité, d’où une dépendance en combustibles solide, ce qui constitue un risque pour la santé.

Un système alimentaire vulnérable

En Afrique, le système alimentaire se caractérise par sa vulnérabilité mise en exergue par ce dernier rapport du Pnud. Lors de la dernière décennie, les précipitations moyennes en Afrique subsaharienne ont baissé plus que dans toute autre région du monde, avec comme conséquence, le doublement, au cours des dix dernières années, du nombre de personnes touchées par la sécheresse, la canicule et les incendies de forêt. Les inondations, tempêtes et migrations de masses ont vu leur nombre presque tripler. Parmi les effets des pénuries alimentaires liés aux chocs climatiques, aux conflits armés, etc., le Pnud cite le ralentissement de la croissance des enfants et la réduction de la durée de leur scolarisation. Cette situation peut entraîner une réduction des revenus acquis tout au long de leur vie de 10 % ou plus. Les changements climatiques risquent d’exposer, entre 75 et 250 millions de personnes, à une situation de stress hydrique croissant, avertit le Pnud.

L’Afrique étant vulnérable aux fluctuations des marchés internationaux, la flambée des prix de 2007 et 2008 a accru les niveaux de pauvreté. Les foyers pauvres consacrent entre 54 et 90 % de leurs revenus à l’alimentation, " la volatilité des prix est particulièrement néfaste ". Avec une population devant passer de 856 millions en 2010 à 2 milliards d’habitants à l’horizon 2050, l’Afrique doit, pour pouvoir faire face à la demande alimentaire grandissante, accroître la production alimentaire de 2 % par an. Un pourcentage plus important que pour toute autre région du monde. Ce taux nécessaire est inférieur aux résultats obtenus par le continent au cours des dernières années.

Le "Rapport indique que l’Afrique sub-saharienne ne peut maintenir sa reprise économique actuelle à moins d’éliminer la famine qui touche près d’un quart de sa population. La sécurité alimentaire doit être au centre du programme de développement de l’Afrique pour éliminer la famine, condition essentielle pour soutenir le développement humain, selon le rapport. Le taux élevé de la croissance économique en Afrique sub-saharienne ces dernières années et l’amélioration de la durée de vie et de la scolarisation n’a pas conduit à des améliorations notables de la sécurité alimentaire, a ajouté le rapport. Le PNUD estime qu’une action centrée seulement sur l’agriculture ne mettra pas fin à l’insécurité alimentaire, prônant de nouvelles approches couvrant des secteurs multiples, notamment les infrastructures rurales, la santé, les nouvelles formes de protection sociale et l’intégration des communautés locales dans la société.

Par Akim Amazebo


Sahel : 15 millions de personnes menacées par la faim (PNUD)

Plus de 15 millions de personnes sont menacées par la faim dans le seul Sahel. Une population tout aussi importante dans la Corne de l’Afrique reste vulnérable après la crise alimentaire qui a frappé, l’an passé, Djibouti, l’Éthiopie, le Kenya et la Somalie, a conclu le Rapport 2012 du PNUD sur le développement humain en Afrique. Tout en reconnaissant qu’il n’y a pas de miracle, le rapport soutient qu’il est possible de réaliser la sécurité alimentaire en adoptant des mesures immédiates dans quatre domaines critiques.

Il s’agit d’abord de l’Amélioration de la productivité agricole. Sur ce plan, le rapport poursuit : "Face à l’accroissement prévu de sa population, qui devra dépasser les 2 milliards d’individus après 2050, l’Afrique subsaharienne sera amenée à augmenter sensiblement sa production alimentaire, tout en atténuant les contraintes que l’agriculture fait peser sur l’environnement"

Il y a ensuite lieu de penser à l’Accroissement de l’efficacité des politiques nutritionnelles, précise le rapport qui propose aux pays de " développer des interventions coordonnées qui renforcent la nutrition tout en élargissant l’accès aux services en matière de santé, d’éducation, d’assainissement et d’approvisionnement en eau potable."

Il est de même important de procéder au renforcement de résilience. Ce, parce qu’ "en Afrique subsaharienne, dit le rapport, transporter les produits du champ à l’assiette du consommateur est une opération fort risquée. Les pays concernés devraient prendre des mesures pour diminuer la vulnérabilité des populations et des communautés face aux catastrophes naturelles et aux conflits civils, au changement saisonnier ou aux fluctuations volatiles des prix des produits alimentaires, et aux méfaits du changement climatique."

Il va falloir enfin une Autonomisation et justice sociale. Selon le rapport, " la réalisation de la sécurité alimentaire en Afrique subsaharienne restera inaccessible tant que les populations pauvres dans les régions rurales, et particulièrement les femmes, qui jouent un rôle majeur dans la production alimentaire, n’exerceront pas davantage de contrôle sur leur propre existence."

Par Bendré

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