Komandjari : Ladji Kindo terrorise les orpailleurs

vendredi 18 mai 2012 à 02h30min

Foutouri est une commune située à la frontière du Burkina avec le Niger dans la province de la Komandjari à l’Est. Dans plusieurs villages de cette commune loin de Ouagadougou, des populations qui vivent de l’or depuis plusieurs années se sont rebellées le 4 mars dernier contre la société minière Kindo Adama (SOMIKA) et surtout contre son premier responsable sur le site du village de CFA Lougou, épicentre de la contestation. Les orpailleurs réclament la tête de Saadou Kindo, frère du PDG. Elles l’accusent de maltraiter les populations. Rencontres avec les autorités, fermeture d’écoles, incendies, affrontements avec la police et autres manifestations diverses sont les moyens de lutte utilisés par ces populations pour réclamer le départ de Saadou Kindo. Après les événements et la répression qui s’en est suivie, de nombreux orpailleurs vivent dans la clandestinité, d’autres ont tout simplement quitté le pays pour rentrer au Niger voisin.

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La commune de Foutouri a vécu l’une des journées les plus chaudes de son histoire le 4 mars dernier. Sur le site aurifère de CFA Lougou, celui qui était jusque là le « demi Dieu » dans la localité a failli perdre la vie. Le premier responsable local de la société minière SOMIKA, Kindo Saadou, qui exploite le site depuis quelques mois a eu la vie sauve grâce à la sagesse de bonnes gens du village. Le site de CFA Lougou est le concentré de tous les malheurs vécus par les populations qui vivaient autour des sites aurifères du Burkina et qui refusent de se laisser faire par les sociétés minières qui viennent exploiter les gisements. Le dimanche 4 mars dernier, le village de CFA Lougou et tous les villages environnants ont décidé de se soulever contre le représentant de SOMIKA, El hadj Saadou Kindo.

Les populations exigent son départ du site depuis plusieurs mois. Elles ont tenté avec les autorités locales jusqu’au gouverneur de les convaincre que « ladji », comme ils l’appellent sur le site, est un vrai négrier qui n’a pas sa place dans leur localité. Les démarches n’ont pas abouti. Le 4 mars, elles décident de passer à l’acte. Mais toutes les autorités ont été prévenues. Ladji partira par la force. La première date du soulèvement était prévue pour le 1er mars. Toutes les forces de l’ordre étaient mobilisées sur le site pour protéger ladji et les biens de SOMIKA. Les organisateurs de la manifestation évaluent le rapport de force et se rendent compte qu’il est en leur défaveur. Mais ils ne renoncent pas pour autant au combat. Ils le reportent au 4 mars pour mieux se préparer et prendre en compte ce qu’ils ont vu sur le terrain. Plus d’une quarantaine d’agents de la Compagnie Républicaine de Sécurité (CRS) étaient mobilisés.

L’affrontement du 4 mars avec la police

La nouvelle date est encore communiquée aux autorités. Cette fois-ci, pas question de repousser l’affrontement. Les villages environnants avec les milliers d’orpailleurs venus des différentes localités du Burkina mettent en exécution leurs menaces. Ils décident de descendre sur le site. Ladji lui-même est sur place. Il est rassuré par la présence des dizaines d’éléments CRS bien armés pour le protéger. Sur place, le scenario mis en place est mis en exécution. Les milliers de protestataires lancent l’assaut. L’affrontement avec les forces de l’ordre dure plusieurs minutes. Le face à face tourne à l’avantage des populations. Les forces de sécurité abandonnent les lieux. Ladji se refugie dans une maison et s’enferme. Les manifestants l’encerclent. Un de ses agents de sécurité sort une arme et menace quiconque tentera de toucher à un cheveu de son patron. Il est vite maitrisé par un des manifestants déchainés. Il tente de s’échapper. Il est rattrapé par un autre manifestant très furieux qui l’assène d’un coup de machette. Il s’écroule. La foule qui lui en veut pour ses multiples actes de violences sur les orpailleurs trouve là une occasion pour l’achever. Les plus sages s’interposent. Les manifestants tentent de faire sortir ladji en tentant de percer le mur. Là aussi, les plus sages interviennent. AK a participé à l’opération. « Quand il s’est enfermé, nous avons tenté de percer le mur de la maison. Il criait et nous suppliait de ne pas le tuer. Il nous proposait de nous donner de l’argent si on le laisse en vie. Ça ne nous faisait pas rire. Comme il invoquait le nom de Dieu, nous l’avons laissé. Nous sommes tous religieux ici. », nous confie ce jeune homme qui vit aujourd’hui en clandestinité pour échapper à la répression policière.

La panique au village

Sur le site, le comptoir d’achat de l’or de la société SOMIKA, des motos, des hangars sont incendiés. Des dizaines de manifestants ont été arrêtés par les forces de l’ordre au cours de la journée. Ils sont relâchés quelques temps après. Pour les organisateurs, c’est une grande victoire qu’ils viennent de remporter contre la société SOMIKA et les forces de l’ordre. Au cours de la nuit, pendant que les braves racontent leurs exploits à leur famille, c’est en ce moment que les forces de l’ordre ont choisi pour opérer. Des dizaines d’orpailleurs et résidants du village sont arrêtés au cours de la nuit. Grace au téléphone portable, tout le village est alerté. A CFA Lougou, c’est le sauve qui peut pour ceux qui avaient la conviction qu’ils ont réussi à fermer le site et à faire partir EL hadj Kindo. C’était la panique au village. En quelques heures, une bonne partie de CFA Lougou se vide de ses habitants, direction Niger. La frontière se trouve à moins de 15km de là. Hommes, femmes, enfants prennent la route la nuit pour rejoindre Dogona, village le plus proche du Niger (lire Ces Burkinabè réfugiés au Niger).

Aujourd’hui 23 personnes sont détenues à la maison d’arrêt et de correction de Fada N’Gourma et attendent d’être jugées. La société SOMIKA a porté plainte contre X pour destruction de biens, menaces de mort. La société chiffre sa perte à plus de 42 millions de F CFA. Les détenus sont pour la plupart des leaders de la manifestation. On compte parmi eux des personnes âgées. Selon le parquet, les enquêtes avancent et un procès pourrait se tenir dans les semaines à venir. Mais on ne veut pas se précipiter. « Nous voulons que tout se passe dans la sérénité tout en espérant que cela va permettre de calmer la situation », nous dit-on du côté du parquet.

Il y a plusieurs décennies que l’or est apparu à CFA Lougou. Le site a toujours été exploité par les villageois sur place qui sont devenus au fur et à mesure des spécialistes de l’or. Certains sont même devenus des acheteurs. Ensuite sont venus comme dans tous les autres sites d’orpaillage, des artisans de l’or venus de tout le Burkina. Mais les choses se passaient bien, du moins selon les explications des orpailleurs sur place. Plusieurs détenteurs de permis d’exploitation ont exploité le site de CFA Lougou avec moins de difficultés. Les problèmes ont commencé en 2011. Les orpailleurs apprennent que la société SOMIKA devrait être le nouvel exploitant du site. Les populations ne sont pas favorables à l’arrivée de El hadj Saadou Kindo sur le site. Il n’a pas bonne presse. L’homme est considéré comme un exploitant très méchant qui n’hésite pas à sévir. Certains responsables s’organisent et prennent attache avec le maire pour lui dire de ne pas laisser l’homme s’installer sur le site. Les nouvelles qu’ils ont de lui depuis la province du Yagha sont mauvaises. Il n’avait pas de permis d’exploitation quand il s’installait sur le site pour la première fois.

L’échec des négociations

Après de multiples discussions, le maire n’arrive pas à convaincre les populations qui, un jour, ont même encerclé ladji chez lui pour lui mettre la pression et l’obliger à partir. Son comptoir est brûlé une première fois. Les autorités profitent de la saison pluvieuse et ferment le site. Mais le temps de la fermeture n’a pas suffi pour mettre les deux parties en accord. En septembre, ladji revient voir le maire. En février 2012, ce sont les autorités locales qui sont allées le réinstaller sur le site. Les populations protestent. Pour se faire entendre, elles décident de retirer leurs enfants dans plus de 10 écoles de la région. Elles exigent le départ de ladji avant la réouverture des écoles. « Nous avons fermé les écoles pour nous faire entendre. Personne ne nous écoutait depuis que nous protestions. Pourtant, Kindo nous fait souffrir ici. Je paye 350 000f de frais de scolarité chaque année pour mes enfants. Si je n’avais pas conscience de l’importance de l’école, je ne le ferai pas. Avec l’arrivée de Kindo, je ne peux plus travailler. J’ai décidé d’adhérer au mouvement », explique Sondé très remonté contre le silence des autorités face à leur cri de cœur. La fermeture des écoles a duré plusieurs semaines. Pour débloquer la situation, les représentants de la population sont reçus par le gouverneur de la région de l’Est.

Ce dernier leur promet de descendre sur le terrain dans les 15 jours suivant. Le délai expire. Le gouverneur ne se signale pas. La médiation du député de la province ne porte pas fruit. Les multiples rencontres avec le haut commissaire que les protestataires soupçonnent d’être de connivence avec la société restent vaines. Au cours des différentes rencontres, les populations font savoir aux autorités qu’elles ne sont pas contre la société elle-même. Mais elles exigent le remplacement de son premier responsable sur le site. Les autorités font la suggestion au PDG de SOMIKA à Ouagadougou. Adama Kindo leur oppose une fin de non recevoir. Il ne changera pas son équipe. C’est suite à ce blocage que les populations ont décidé de rouvrir les écoles et de mettre une autre tactique en œuvre : affronter les forces de l’ordre, faire partir ladji, fermer le site. C’est ce qu’ils ont réussi à faire le 4 mars dernier.
Pawanezambo Belem

MUTATIONS N. 9 de mai 2012, Mensuel burkinabé paraissant chaque 1er du mois (contact : Mutations.bf@gmail.com)


Saadou, la terreur des orpailleurs

De nombreux orpailleurs accusent Saadou Kindo de les extorquer. Certaines communautés ont particulièrement souffert. Des témoins soutiennent avoir versé des millions à Kindo pour faire sortir leurs enfants arrêtés par sa police. Ils ne pardonnent pas à ce responsable de SOMIKA.

Saadou Kindo est considéré dans la Komandjari par de nombreux orpailleurs comme l’un des pires exploitants miniers. Il a réussi à mettre des milliers d’orpailleurs sur son dos. Il inspire la peur chez les orpailleurs. Comme la plupart des détenteurs de permis d’exploitation sur les sites miniers, ladji dispose d’éléments de la police et surtout d’agents privés de sécurité sur le site et ce sont ces derniers qui sèment la terreur au sein des orpailleurs. Ils sont chargés de veiller à ce qu’aucun gramme d’or ne quitte le site. Ceux qui sont pris sont punis sévèrement. Les orpailleurs accusent ladji de vouloir tout s’accaparer sur les sites sous son contrôle.

« Nous savions que l’homme n’a pas une bonne réputation. Quand il est arrivé chez nous, il a pris le site pour exploiter. Quelques temps après, des villageois ont découvert de l’or sur un autre site. Dès le lendemain, il est venu s’installer pour nous obliger à lui vendre l’or. Nous avons refusé et nous avons brûlé le hangar qu’il avait déjà fait qui devait servir de comptoir. », témoigne un habitant. A partir de là, les orpailleurs ont commencé à comprendre à qui ils ont affaire. Ils décident de s’organiser.

Le témoignage du père d’une victime

Plusieurs témoins accusent ladji de mauvais traitements et des pratiques proches de l’esclavagisme comme raconte ce parent dans ce long témoignage : « Mes enfants, au nombre de 12, travaillaient sur le site. Ils ont trouvé le filon dans le trou. Comme d’habitude, les agents de sécurité de ladji sont venus rester avec les enfants pour s’assurer qu’ils ne sortiront pas avec l’or. Un jour, un des enfants est mort par suite d’éboulement. Les gens ont fait sortir le corps. Ladji et ses agents sont arrivés avec un infirmier. Après les constatations, il a ordonné à ses agents de fouiller le corps pour voir si l’enfant n’avait pas cacher de l’or dans ses vêtements avant de nous autoriser à enterrer le corps. A la fin, Ils ont donné une convocation à l’ainé des enfants qui devait aller répondre à Haoura, site de base de ladji qui s’y est installé avec la police.

L’enfant a refusé de répondre de peur d’être maltraité. Plusieurs de ses camarades ont déjà subi des sévices corporels en répondant aux convocations de cette police. L’enfant a eu peur et a fui pour aller au Niger. Il a appelé tous les autres jeunes qui travaillent avec lui. Ils sont allés avec le conseiller du village. Il a dit aux jeunes que leur grand frère a fui avec l’or. Les jeunes ont démenti en lui faisant savoir que ce sont eux qui rentrent dans les trous. Il a mis tous les enfants dans sa prison privée. Ils sont venus pour prendre la femme de celui qui a fui. Le conseiller lui a dit de ne pas agir ainsi. Il nous a demandé de choisir entre la femme ou le frère du jeune resté au village. Le frère a accepté aller rejoindre les autres dans la cellule. Nous sommes allés le voir sur son site. Il nous a dit de payer 4 000 000f CFA pour faire sortir les jeunes. Les vieux ont négocié. Il a baissé le montant à 2 850 000f. Nous sommes rentrés pour mobiliser les fonds avec toute la communauté.

Les gens ont cotisé et nous avons réuni la somme exigée. Nous avons envoyé un vieux et le conseiller du village pour lui remettre l’argent. Sur place, il a exigé qu’on paye les policiers qui ont effectué le déplacement. On leur a donné 20 000 F CFA. Malgré tout, il nous a fait savoir que le jeune sera mis immédiatement aux arrêts s’il rentre au village. Nous sommes allés voir le cheikh de Ramatoulaye pour qu’il intercède auprès de lui afin qu’il laisse le jeune revenir. Il a laissé une femme et des enfants et nous avons vendu ses biens pour honorer la dette. Nous demandions qu’il laisse le jeune retourner s’occuper de sa famille. », explique un des représentants de la communauté peulh à Nassourou.

Une autre affaire d’un million

Ce n’est pas l’unique cas. La même famille a eu affaire à ladji dans un autre dossier. Cette fois-ci, c’est un jeune qui s’est installé sur le site comme réparateur de poste radio sans l’avis du responsable des lieux. La police, après avoir détruit le hangar, est allée chercher le jeune homme à 3h du matin, selon les explications de la famille. « Ils ont menacé avec une arme quiconque s’opposerait à l’arrestation du jeune. Boukaré Djibo a été conduit chez ladji à Haoura. Sur place, le jeune homme dit avoir subi des sévices corporels. Ils ont mis un stylo entre les deux doigts et attaché avec un caoutchouc. Suite à des négociations, Boukaré a été libéré sous condition. », affirme un des doyens de la famille.

Là encore, ladji réclame 4 millions à la famille une première fois avant d’arrêter le montant infranchissable de 1 000 000f. C’est la famille de Boukaré et les bonnes volontés qui se sont encore mobilisées pour trouver l’argent le plus vite possible. C’était une course contre la montre selon le doyen de la famille. Ladji aurait donné un délai de moins de 24h. La famille devait s’exécuter avant 12H le lendemain. C’est finalement à 14h que la famille de Boukaré s’est présentée devant ladji avec le million. Le maitre des lieux leur fait savoir qu’ils ont accusé un retard de 2h. Ils doivent payer pour cela 30 000f supplémentaires. Les envoyés retournent au village pour trouver les 30 000f. Ils reviennent avec un nouveau retard. Pour ce nouveau retard, selon le vieux qui raconte la scène, ils ont payé encore 20 000f. Pour cette famille, malgré la répression qui s’abat présentement sur les contestataires, il n’est pas question de laisser ladji revenir à CFA Lougou dont ils sont aussi les fondateurs.

Karanga Maurice est un acheteur d’or pour le compte de la société d’achat et de vente d’or (Sav’or). Il a fui la région de l’Est. Il est désormais basé à Koupéla. Il dit avoir fui la zone pour échapper à ladji. Ma mésaventure remonte à février 2010, le jour du coup d’Etat au Niger contre le régime de Mamadou Tandja. Par précautions, certains Burkinabè qui travaillaient sur les sites d’orpaillage du Niger ont quitté pour rentrer au Burkina. Selon Karanga Maurice, ladji est venu leur dire de lui vendre l’or. « Il a pris leurs affaires et m’a dit de venir répondre. Il m’accuse d’acheter l’or sur son site. Il voulait me mettre dans la cellule. Un de mes agents a accepté rentrer dans la cellule à ma place. Il a pris ma moto et j’ai fui pour aller au Niger avant de rentrer à Koupéla. », raconte Maurice Kanranga. « Nous sommes allés pour récupérer la moto. La police nous a fait payer 125 000F pour l’avoir gardée. », soutient un de ses amis. Karanga Maurice ne souhaite pas retourner dans la zone tant que ladji est toujours dans la région. Il s’est résigné : « Quand quelqu’un est plus puissant que toi, plus riche que toi aujourd’hui et ne craint pas Dieu, il faut t’éloigner de lui ». C’est la philosophie de Karanga Maurice qui pense qu’il n’a aucune chance de victoire en tentant la confrontation avec Saadou Kindo.


La version de El adj Saadou Kindo

Saadou Kindo est confiant. Il se dit victime d’une fronde organisée par les fraudeurs d’or. C’est Sav’or qui est particulièrement mise en cause. Une version soutenue aussi par les autorités. Une thèse que les orpailleurs rejettent.

C’est dans sa base à Haoura, site aurifère situé à quelques 15 km de CFA Lougou, que El hadj Saadou Kindo nous a reçu. Assis sous son hangar avec quelques uns de ses lieutenants, l’homme est peu bavard. Avant de nous accorder l’entretien, El hadj a tenu à ce que le chef de poste de la police basée sur le site assiste à la rencontre. Nous avons dû attendre plus de 30 mn, le temps que le chef de poste arrive. L’entretien a eu lieu en présence du chef de poste et un autre assistant de police. Ladji refuse d’être photographié. Naturellement, il nie en bloc toutes les accusations portées contre lui par les orpailleurs et les différentes populations des villages.

Pour ladji, ce sont les fraudeurs qui sont à la base de ces contestations. Saadou Kindo affirme n’avoir jamais maltraité un orpailleur sur le site. Pourquoi ils ne partent pas se plaindre au commissariat si je leur fais du mal ? Nous pose-t-il la question. Un orpailleur lui répond : « quelle autorité ne soutient pas ladji dans la région ? Personne ne peut se plaindre contre ladji et rester sur le site. » Pour ladji, SOMIKA est le seul concessionnaire du site et il ne peut laisser les fraudeurs acheter l’or dans son périmètre surtout que c’est pour traverser la frontière et ne rien payer comme impôt. « Nous avons un permis d’exploitation. Nous payons des taxes et des impôts. Les fraudeurs ne payent rien. Il est donc évident que nous ne pouvons pas laisser les acheteurs frauduleux s’installer sur le site. Ils achètent l’or sur nos sites pour aller vendre au Niger. », accuse El hadj Saadou Kindo. Le concessionnaire est soutenu par la plupart des autorités locales qui trouvent dans les manifestations une agitation de certaines sociétés d’achat d’or installées dans la région. Une des autorités locales accuse nommément la société Sav’or de tirer les ficelles. La même autorité dit être sûre que les populations bénéficient aussi du soutien de certains hommes politiques de la province qui sont aussi des acheteurs d’or.

Sur le site, certains orpailleurs reconnaissent effectivement qu’ils sont souvent tentés de faire sortir l’or pour le vendre ailleurs. Mais ils précisent que cela est très rare et l’exercice est très risqué. « Avec le système de sécurité que ladji a mis en place, il n’est pas possible de faire sortir l’or. Si tu tentes, il est pratiquement certain que tu seras pris par les vigiles qui sont permanemment avec toi durant tout le processus de traitement de l’or. Si tu es pris, on te retire ton or et tu seras battu. », nous explique un orpailleur. Pour lui, si certains téméraires essaient de sortir avec l’or, c’est parce que le prix proposé par Saadou Kindo est très bas. Le gramme coûte autour de 20 000f sur le site. Pourtant, avec les autres acheteurs, le même gramme coûte 25 000F. A cela s’ajoute le manque de transparence dans la pesée de l’or. « Il y a des moments, quand tu arrives au comptoir avec ton or, tu n’as pas le temps de vérifier effectivement le poids réel que donnent les agents. Ils sont tellement rapides que nous avons un doute sur la transparence. », précise cet orpailleur.

Pawanezambo Belem

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Les orpailleurs, prêts pour un nouvel assaut

Saadou Kindo est de nouveau sur le site. Une situation qui irrite les contestataires. Les fondateurs du village soutiennent les orpailleurs. Ces derniers se réorganisent pour mener le combat. Ils prévoient de mener des actions plus vigoureuses pour faire aboutir leurs revendications.

Le site de CFA Lougou est rouvert le 3 avril dernier après l’incendie du comptoir et du départ momentané de Saadou Kindo du site. Les autorités locales avec à leur tête le haut commissaire de la province de la Komandjari sont allées réinstaller Saadou Kindo sur son site. Selon le haut commissaire, c’était un devoir pour eux. C’est Saadou Kindo qui est pour le moment le détenteur du permis d’exploitation du site. Les orpailleurs doivent collaborer avec lui. Ces derniers accusent le haut commissaire de leur avoir dit de partir au Niger s’ils ne veulent pas travailler avec le détenteur actuel du permis. C’était au cours de la réinstallation du concessionnaire.

Le haut commissaire réfute ces propos qu’on lui prête même s’il reconnait avoir demandé aux contestataires qu’ils peuvent rejoindre d’autres sites. « Je ne leur ai jamais dit d’aller au Niger ». Pour lui, ce sont les populations qui ont accepté l’arrivée du concessionnaire dans le village à travers leur conseil municipal : « Pour avoir son permis d’exploitation, il a fallu que la société ait un avis favorable du maire qui a consulté le conseil municipal ». Les sages du village de Lougou disent ne pas comprendre pourquoi les autorités refusent de faire partir El hadj Saadou Kindo. Lougou est un village récent. Le village a seulement 33 ans d’existence selon un sexagénaire qui fait partie de la première famille qui s’est installée dans le village. Ils ont dû se battre pour que la localité soit un village du Burkina en son temps.

L’histoire du village selon les sages

La localité était revendiquée par le Niger. « Pendant plusieurs années, nous nous sommes battus pour faire de Lougou un village du Burkina. C’est finalement sous la révolution que sur la demande du El hadj qui nous a amenés tous ici, que l’armée est venue s’y installer pendant quelques temps. Il y a eu plusieurs rencontres avec les autorités nigériennes. », raconte le sexagénaire. « Comment quelqu’un peut-il quitter la ville avec un bout de papier pour venir exploiter l’or, maltraiter nos enfants alors qu’il ne sait même pas comment le village a été créé ? Nous avons lutté pour créér le village et nous allons lutter pour faire partir ce monsieur. », explique le vieux. « Les forces de l’ordre sont venues au cours de la nuit pour arrêter nos parents. Ils sont toujours en prison. Si les autorités ne nous reconnaissent pas comme Burkinabè, qu’elles nous le disent. Nous prendrons la nationalité nigérienne. D’ailleurs ceux qui ont fui pour rentrer au Niger ont commencé à le faire. » , fulmine le fils du El hadj qui a fondé le village. Ils disent avoir reçu d’ailleurs la visite de certaines autorités nigériennes suite aux événements du 4 mars. « Ils sont venus nous voir parce que certains de nos compatriotes ont fui pour aller au Niger.

Ils voulaient comprendre avec nous ce qui s’est passé. Ils pensaient qu’avec la nouvelle situation, nous accepterions que Lougou qui est le dernier village avant le Niger (5km) soit un village nigérien. », nous confie Mahamadou Ouédraogo. Les sages disent avoir décliné la proposition pour le moment. Les nombreux jeunes qui assistaient à l’entretien avec les sages sont unanimes. Leur combat n’est pas terminé. Ils vont se réorganiser pour obliger ladji à partir. Et pour cela, ils comptent sur leurs propres forces. Ils n’excluent pas de recourir de nouveau à la violence qui, pour eux, est le seul langage que les autorités comprennent. Ils en veulent pour preuves les multiples démarches auprès des autorités sans succès. La fermeture des écoles n’a pas non plus fait fléchir les autorités. « Nous avons fermé nos écoles. Elles sont restées sourdes.

C’est quand nous sommes allés sur le site pour faire partir ladji qu’elles ont mobilisé la CRS pour venir nous mater », regrette un jeune du village. « Le haut commissaire est revenu le réinstaller. Qu’il soit sûr que c’est tous les orpailleurs qui iront en prison. Nous n’accepterons pas. », s’insurge cet autre jeune en colère qui a pris part à la manifestation du 4 mars.

Une autre opération en vue

Ces jeunes, à en croire certains de leurs leaders, sont en train de mettre à nouveau une nouvelle tactique pour obliger Saadou Kindo à quitter la zone. Ils auraient tenté après les événements de mobiliser les milliers d’orpailleurs du village pour faire libérer de force leurs camarades à la maison d’arrêt et de correction de Fada. Une opération qu’ils ont abandonnée pour le moment, selon un jeune du fait de la fuite rapide du scénario au cours de sa préparation. « Nous avons tenté en vain de convaincre le procureur de les libérer. Finalement, nous nous sommes rendu compte que toutes les autorités sont avec ladji. C’est ainsi que nous avions planifié cette opération. Mais les gens sont toujours mobilisés et ils n’attendent qu’un mot d’ordre. Et nous allons le faire. », affirme ce jeune leader.

Il pense que le rapport de force est en leur faveur. « Quand nous avons décidé de chasser ladji le 4 mars et de brûler son comptoir, tout le monde était prévenu y compris les autorités qui ont mobilisé les forces de l’ordre. Mais nous sommes des milliers, nous avons pris le dessus sur eux, on n’a pas tué ladji par humanisme, sinon les forces de l’ordre ne pouvaient pas le protéger. Il criait comme un enfant dans la maison où il s’était refugié pour nous supplier de le laisser en vie. » Pour ce jeune, si Saadou Kindo ne part pas de lui-même, ils mèneront d’autres actions. Advienne que pourra. Pawanezambo Belem
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Ces Burkinabè refugiés au Niger

De nombreuses familles ont fui pour s’installer sur des sites nigériens. Leurs conditions de vie sont très difficiles. Des familles sont disloquées. Mais ils ont peur de retourner au pays. Leur souhait, c’est voir Saadou quitter le site et leur permettre de regagner leur domicile.
Nous avons traversé la frontière pour rencontrer les « fuyards » qui se sont réfugiés au Niger. Ce sont les premiers villages du Niger qui ont accueilli les Burkinabè qui fuyaient la répression à CFA Lougou après les événements du 4 mars. Dogona est le village le plus proche. C’est une zone rouge que nous devons traverser. « Il y a beaucoup de chances que nous soyions braqués en cours de route. La zone est très dangereuse. Il ne se passe pas une seule journée sans braquage sur cet axe. », nous prévient notre guide. La manne de l’or attire les coupeurs de route sur l’axe.

De nombreuses familles ont erré pendant plusieurs jours à Dogona avant de trouver d’autres sites d’orpaillage dans les villages environnants. Ladji Ouédraogo est un Burkinabè installé à Dogona depuis des décennies. Il dit avoir accueilli dans sa famille une quarantaine de personnes. Mais par manque de moyens, il ne pouvait pas nourrir tout le monde : « Je me débrouillais pour trouver à manger surtout aux enfants. Comme nous n’étions pas organisés, ce sont les bonnes volontés qui venaient en aide à ces personnes ». L’homme dit avoir dépensé près de 500 000f au bout de la dizaine de jours pendant lesquels les familles sont restées chez lui. De nombreuses familles ont rejoint le site d’orpaillage le plus proche situé à quelques 7km de Dogona. Sur le site apparemment nouveau, les orpailleurs ont repris leurs activités.

Ils n’ont pas oublié ce qui s’est passé à CFA Lougou. Pour le vieux Sondé, c’est un vieux problème qu’ils n’arrivent pas à régler avec SOMIKA. « Nous avons demandé que ladji soit remplacé. Il nous fait du mal. Il paye notre or à crédit et moins cher. Si tu protestes, sa police et ses vigiles sont à côté pour te faire souffrir. » Pour ce vieux, il est inutile d’aller se plaindre dans un commissariat ou à la gendarmerie. Il s’est résigné à rester à Dogona pour le moment. « Ici nous n’avons pas l’or mais nous sommes en paix. Il n’ ya pas de policiers ici qui nous menacent. Quand tu gagnes l’or, tu peux le vendre à celui qui te proposes le meilleur prix », explique cet autre orpailleur qui dit avoir travaillé sur le site de CFA Lougou depuis plus de 20 ans. De nombreux concessionnaires sont passés par là mais avec moins de problème selon Sondé. De nombreuses familles ont fui les mains vides pour rentrer au Niger comme Djibo Boukaré : « Tous mes effets sont restés là bas. Je n’ose pas y retourner. »

Une semaine après les événements, deux jeunes ont voulu y retourner parce qu’ils croyaient que le calme est revenu. Ils ont été immédiatement mis aux arrêts quand ils sont arrivés dans le village. Pour Djibo Boubakar, cette mauvaise aventure a sensibilisé tout le monde qui préfère pour le moment rester au Niger malgré les conditions de vie difficiles. Pour ces orpailleurs originaires de Lougou, certaines familles avaient commencé à s’en sortir socialement grâce au travail de l’or. Les autochtones vivent aussi de l’or surtout. La débandade au cours de la nuit du 4 au 5 mars a divisé de nombreuses familles. Sur le site de Dogona, de nombreux enfants errent avec des boites pour mendier. « Ces enfants que vous voyez ne sont pas des talibés.

Nombre d’entre eux ont suivi les gens dans la fuite pour venir ici quand leurs parents ont quitté les familles. Ils ne savent plus où se trouvent leurs parents. », raconte une femme. Certains orpailleurs ne sont pas restés à Dogona. Ils ont rejoint d’autres sites et d’autres encore sont rentrés dans leurs régions d’origine. Certains orpailleurs, par peur d’être rattrapés, ont préféré aller plus en profondeur au Niger. De nombreux couples se sont disloqués. Certains maris sur le site ne savent pas où se trouvent leurs femmes. Des enfants qui étaient à l’école sont désormais avec leurs parents pour laver l’or. Ils ont quitté les classes pour fuir avec leurs parents. Sur place, la vie est pénible pour les nombreuses familles qui ne demandent que les conditions de sécurité leur soient garanties afin qu’elles puissent regagner leur domicile. « Ici il n’ya rien.

Tous ceux que vous voyez sur le site sont pour la plupart des Burkinabè. Il y avait des commerçants qui étaient venus s’installer ici avec nous mais ils ont dû quitter par peur d’être arrêtés par la police de ladji dès leur retour au Burkina. » s’alarme un des responsables du site. Mais ces nombreux orpailleurs préviennent qu’ils ne retourneront pas avec la condition de laisser ladji sur le site comme leur propose le maire. Ils affirment d’ailleurs être en contact permanent avec leurs camarades restés de l’autre côté de la frontière. Ils sont prêts à répondre à tout appel pour faire aboutir leurs revendications.

Pawanezambo Belem

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Vos commentaires

  • Le 18 mai 2012 à 11:49, par blablabla
    En réponse à : Komandjari : Ladji Kindo terrorise les orpailleurs

    C’est normal que l’hadji agisse comme ça ! il est toujours avant avril 2011 lui ! Il n’a toujours pas compris ce qui se passe et certaines de nos autorités avec lui !libérez les villageois arrêtés et voyez du coté de l’hadji. s’il arrive a créer une zone de réfugiés Burkinabè au Niger champion pour lui !!! il reste au chef de l’etat de nommer un médiateur pour ces gens là. Médiation entre l’hadji les réfugié et le Niger !!!

    Répondre à ce message

  • Le 18 mai 2012 à 13:05, par kinda
    En réponse à : Komandjari : Ladji Kindo terrorise les orpailleurs

    Bonjour,j’aimerai savoir pourquoi les autorités s’en tête à laisser ladji sur le site et comment un seul burkinabé au profit de tout une population ?.Chères autorités pensés avec la tête et non le ventre car ses toute notre vie qui pourira !

    Répondre à ce message

  • Le 18 mai 2012 à 13:19, par Achille
    En réponse à : Komandjari : Ladji Kindo terrorise les orpailleurs

    Pour la paix sociale et nationale, le président du Faso, Blaise COMPAORE, a pris certaines décision vigoureuses et courageuses, tel :
    - La traque et l’arrêt de certains militaires mutins
    - La radiation de certains militaires et policiers
    - Le limogeage de certaines autorités dont le ministre de la justice etc ...

    Pourquoi risquer cette paix sociale chancelante chèrement reconquise pour l’intérêt d’un seul individu ?
    Et si ceux qui ont fui décident de revenir autrement ???

    Attention ainsi naissent certaines troubles nationales graves et/ou rébellion.

    Que le gouvernement ne s’entête pas dans "c’est la loi". Mais privilégie plutôt la pais sociale.

    Répondre à ce message

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