Ministère des Enseignements secondaire et supérieur : On a volé la bourse américaine de Ariel, le meilleur lauréat du BEPC 2011

vendredi 11 mai 2012 à 01h22min

Il ya parfois des faits et gestes de nos autorités qui incarnent l’Etat qui laissent pantois. L’attitude des premiers responsables du ministère des Enseignements secondaire et supérieur vis-à-vis du meilleur élève de la session du BEPC 2011 frise le scandale. Zida Romain Ariel, âgé alors de 14 ans en 2011, a obtenu 17,85/20 de moyenne à l’examen du Brevet d’Etudes du premier cycle de cette année. Cet excellent résultat n’a pas ému l’Etat qui est resté indifférent face à cette performance. Mais il a au moins révélé les pratiques malsaines qui prévalent au niveau du système éducatif : laxisme, complaisance… et mépris.

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L’élève Zida Romain Ariel, 15 ans, se pose déjà des questions sur les valeurs qui sont promues dans son pays. Avec le sort et le traitement qui sont les siens, il sait déjà que le mérite et l’excellence ne sont pas promus au Burkina. Brillant élève, il s’est illustré à l’examen du BEPC 2011 en totalisant 428,5 points sur 480, soit une moyenne de 17,85/20. Cette performance lui a conféré le rang de 1er au niveau national. Dans un article dédié aux meilleurs candidats des différents ordres d’enseignement, Mutations écrivait que « Zida Romain Ariel est le parent pauvre des premiers nationaux car il n’a bénéficié de rien...jusque là. Ni reconnaissance officielle, ni récompense. » (Cf Mutations N. 02 du 1er Octobre 2011).

En effet, il n’a eu droit à aucun égard ni de la part du ministère de l’Enseignement secondaire, ni de la part de ceux qui exaltent la culture du mérite et de l’excellence dans les discours. Ce qui l’offusque et indigne ses parents, c’est qu’il a été curieusement écarté de la liste des potentiels bénéficiaires des deux bourses accordées chaque année et ce, depuis 2008 par l’International School of Ouagadougou (ISO), l’école américaine.

Son père Zida Dieudonné, sous la pression de son enfant prodige, a initié des démarches pour comprendre les raisons de cette discrimination. Le 15 novembre, il soumet une demande d’audience auprès du cabinet du ministre. Il a été reçu par la Directrice Générale des Enseignements Spécifiques le 30 décembre 2011. Il a saisi cette audience pour informer l’administration de la réaction de son fils qui ne voulait pas entendre raison après avoir appris, par la télévision nationale dans la soirée du 12 au 13 novembre 2011, l’attribution de deux bourses d’études aux deux meilleurs lauréats du BEPC 2011. Puis plus rien. Jusqu’ à ce que le ministre juge utile de lui adresser la correspondance N°2012-000648/MESS/SG du 27 mars 2012 signée du secrétaire général Luc Yé et libellée comme suit :

« Monsieur,<br
A la fin de la session de l’examen du BEPC 2011, l’Office central des examens et concours du secondaire (OCECOS) a demandé la liste des dix meilleurs lauréats âgés d’au plus 15 ans et ayant obtenu au moins 16/20 de moyenne.
Le service des examens et concours de la direction régionale du ministère des enseignements secondaire et supérieur du centre qui a procédé au recensement desdits lauréats a malencontreusement commis une erreur dans le relevé de la date de naissance de Zida Romain Ariel. En effet, au lieu de 1997, date portée sur son acte de naissance, l’on a relevé par précipitation 1994. Cette situation a disqualifié votre enfant qui aurait pu prendre part et réussir au test pour l’obtention de l’une des deux bourses d’études octroyées chaque année depuis 2008 par l’International School of Ouagadougou (ISO) aux dix meilleurs lauréats du BEPC de la session.
Par la présente, je voudrais vous présenter mes regrets pour ce qui est arrivé et vous demander de bien vouloir accepter mes excuses ainsi que ceux de mon département. Je vous prie d’être notre interprète auprès de Zida Romain Ariel pour lui traduire toute notre désolation. Je puis vous assurer que des dispositions sont prises pour éviter que de telles déconvenues se reproduisent à l’avenir.
Je vous prie de croire, Monsieur, en l’assurance de ma considération distinguée.
Ampliation : Cabinet/MESS
Pour le Ministre et par délégation,
Le secrétaire général
Luc YE »

Ainsi donc, une « erreur dans le relevé de la date de naissance »suite à la « précipitation » a créé un préjudice à ce surdoué élève qui aurait pu se tailler une place à l’école américaine pour y tracer son destin. Nous ne mettrons pas en doute la véracité ni la crédibilité de cette version officielle qu’on a mis 5 à 6 mois pour élaborer. Nous ne spéculerons pas non plus sur les statistiques des victimes éventuelles de ces types de préjudice mais il reste qu’il ya beaucoup à dire sur la procédure et l’attitude du ministère en charge des Enseignements secondaire et supérieur dans la conduite de ce dossier.

Sous d’autres cieux, là où l’excellence est une valeur, le mérite une vertu et la relève une préoccupation, cet élève brillant qui a été le meilleur breveté au niveau national à l’issu d’une année académique tumultueuse que fut celle de 2010-2011 aurait pu jouir de certains privilèges tels bénéficier de cadeaux divers, d’une bourse d’excellence, serrer la main d’une haute autorité du pays ou avoir au moins une séance photo avec son ministre de tutelle en guise de reconnaissance de ses efforts et de stimulation.

En transmettant cette correspondance au père de l’élève par voie hiérarchique, pour lui demander « d’être l’interprète auprès de Zida Romain Ariel pour lui traduire toute notre désolation », le ministère a négligé le facteur psychologique qui pouvait être comblé avec le contact physique entre l’enfant et une personnalité.

Bref, à cette veille des examens scolaires,-à défaut de susciter la stimulation pour l’excellence en instituant des motivations- il faut au moins faire place à la rigueur, la transparence et l’éthique pour éviter à l’avenir des « déconvenues » préjudiciables.

Touwendinda ZONGO

MUTATIONS N. 9 de mai 2012, Mensuel burkinabé paraissant chaque 1er du mois (contact : Mutations.bf@gmail.com)


Extrait du dossier qui avait été dédié aux meilleurs élèves à l’issu des examens scolaires de l’année académique 2010-2011 paru dans Mutations N. 02 du 1er Octobre 2011

Zida Romain Ariel. Pierre Corneille ne pensait pas si bien dire en déclarant qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. Il est né le 22 janvier 1997 de Zida Ouindtaré Dieudonné et de Zida Lucienne. A 14 ans, il vient d’inscrire en lettre d’or son nom dans l’histoire du Brevet d’études du premier cycle (BEPC) en engrangeant 428,5 points sur 480 soit une moyenne de 17,85/20. C’est une performance quasi inégalée de l’avis des acteurs du système éducatif. Certifié dès l’âge de 10 ans, Zida Romain Ariel est un allié de l’excellence. En effet, il a obtenu 16,82 de moyenne en classe de 6e ; 17 de moyenne en 4e. Avant de réaliser sa performance historique au BEPC et à l’entrée en seconde, il a terminé 1er de sa classe de 3e avec une moyenne de 16,20/20.

Ces résultats lui ont valu d’être le chouchou de la direction du Complexe scolaire Notre Dame de l’Annonciation (Ouagadougou), de ses camarades et naturellement de ses parents.
Troisième fils d’une fratrie de 4 enfants, Romain Ariel assure avoir réalisé ces résultats grâce à son sens de l’organisation, de sa passion pour les études et de sa discipline. « Je n’ai pas eu d’encadreur ou de répétiteur de cour à domicile. Je prenais les cours à l’école et je m’organisais pour mieux les assimiler. » confesse –t-il.
Côté soutien ou accompagnement, Zida Romain Ariel est le parent pauvre des premiers nationaux car il n’a bénéficié de rien...jusque là. Ni reconnaissance officielle, ni récompense. Ses parents ne s’en reviennent pas. « On prône l’excellence alors que rien n’est fait pour encourager ceux qui s’efforcent d’exceller. » s’offusque Zida Dieudonné, le père du premier national au BEPC. Mais le petit « génie » semble avoir un moral de fer. L’indifférence de l’Etat à son égard n’entame en rien sa détermination à poursuivre ses études.

Après avoir passé brillamment le test d’admission au complexe scolaire Sainte famille de Pissy, il y est inscrit en classe de 2nde C. L’as qui a figuré sur la liste d’attente du Prytanée militaire du Kadiogo(PMK) en 2007 avait rêvé d’une carrière militaire. Mais actuellement, il a les yeux tournés vers la NASA. Et il promet de bien étudier pour y travailler un jour. « Je demande à Dieu de prêter longue vie à mes parents pour qu’ils voient le fusée que je vais lancer…à partir du Burkina », implore-t-il. Rêve d’enfant ou un vrai rendez-vous pris avec le destin ? L’histoire nous le situera. Reste à savoir si l’Etat ou la république s’invitera dans la trajectoire de cet enfant doué et passionné de mathématiques et d’histoire géographie. Pour l’instant, même si son mérite semble n’avoir de valeur aux yeux de la République et des gouvernants, lui porte en estime le vieux Gérard Kango Ouédraogo. « J’admire Gérard Kango Ouédraogo parce qu’il manie bien la rhétorique et il maitrise aussi bien l’histoire politique du Burkina. »

TZ


l’International School of Ouagadougou (ISO)

L’école internationale de Ouagadougou fondée il ya de cela une trentaine d’années est une école privée à but non lucratif gérée par un conseil d’administration. Depuis 2007, cette école couramment appelée « Ecole américaine » a institué un programme de bourses au profit de deux lauréats par an. Selon le Directeur de cette école, M. Goudie Sean, ces bourses visent à permettre aux meilleurs élèves burkinabè de profiter d’une formation de haut niveau dans un cadre adapté.
Pour attribuer les 2 bourses, l’International school of Ouagadougou (ISO) demande au ministère en charge de l’enseignement secondaire de lui transmettre la liste des dix meilleurs lauréats au BEPC âgés d’au plus 15 ans et ayant obtenu au moins 16/20 de moyenne.

Sur la base de cette short list, un test est organisé par le comité de sélection de l’ISO pour départager les lauréats. Chaque bourse octroyée a une valeur estimée à environ 40 millions de Fcfa pour 4 ans allant de la seconde à la terminale. Cette bourse comprend les frais de scolarité, les frais sportifs, la cantine, les fournitures, les voyages d’études etc.

A la fin de leur cursus, les plus méritants obtiennent des bourses d’excellence pour poursuivre dans des universités prestigieuses aux Etats-Unis ou au Canada.
Les parents des pensionnaires ordinaires de cet établissement prestigieux déboursent chacun 13500 euros soit environ 8 856000 Fcfa par an. Les enfants de certaines personnalités fréquentent dans cet établissement dont une locataire de Kosyam.

TZ

MUTATIONS N. 9 de mai 2012, Mensuel burkinabé paraissant chaque 1er du mois (contact : Mutations.bf@gmail.com)

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