COMMUNE RURALE DE SAABA : Les autorités inquiètes de l’afflux des populations

vendredi 11 mai 2012 à 01h24min

Contigüe à la ville de Ouagagoudou, la commune rurale de Saaba est une spécificité. Elle se compose d’une zone urbaine constituée de trois quartiers et d’une autre, rurale, forte de 20 villages. N’empêche, tous les acteurs de développement rencontrés, le 17 avril 2012, s’accordent à dire que la localité se développe. Ils se sentent liés par une communauté de destin.
La population de la commune rurale de Saaba est dans son ensemble satisfaite. Les différentes composantes de la société rencontrées le 17 avril 2012, estiment que le conseil municipal a réalisé de nombreuses infrastructures. Comble de satisfaction, le premier adjoint au maire, Jean Marie Nikiéma, confie que la mairie a réalisé les 100% du Plan communal de développement (PCD). La population de la commune rurale de Saaba est dans son ensemble satisfaite. Les différentes composantes de la société rencontrées le 17 avril 2012, estiment que le conseil municipal a réalisé de nombreuses infrastructures. Comble de satisfaction, le premier adjoint au maire, Jean Marie Nikiéma, confie que la mairie a réalisé les 100% du Plan communal de développement (PCD).

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A l’en croire, l’exécution de tous ces projets est à l’actif de l’équipe dirigée par Josiane Kabré, arrvée à la tête du conseil, le 15 octobre 2008.

Il cite, entre autres, la construction des Collèges d’enseignement généraux (CEG) de Gonsé et de Tanlarghin, du lycée municipal de Saaba et des écoles primaires de Nioko A, de Tanlarghin et de Komkaga. Puis s’ajoute la réfection et la normalisation de celles de Manegsombo, Niongwarbin, Bargo, Saaba B et C et de Tanghin A et B. De même, il avance que deux logements d’enseignants ont été érigés dans les villages de Koala et de Komkaga. Le maire de la commune de Saaba, Josiane Kabré quant à elle, justifie les investissements consentis dans le domaine de l’éducation en arguant que des bâtiments scolaires étaient vétustes, non conformes aux capacités d’accueil.

L’attaché d’éducation, Alidou Sambaré, en poste au CEG de Gonsé, ouvert en 2010 -2011 et qui compte déjà 235 élèves, corrobore les dires du bourgmestre : « Tous les élèves de la localité, admis en classe de 6e, partaient s’inscrire dans les établissements de Saaba. Ce qui n’était pas à la portée de tous. Il faut dire que cet établissement profite à plus d’une dizaine de villages : Gonsé, Koala, Kondtenga, Komkaga, Manegsombo, Gampèla et Niongwarbin, etc. ». Autre domaine dans lequel autant de projets ont été exécutés, c’est celui de la santé, à la satisfaction du personnel soignant. L’infirmier chef de poste du Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Gampèla, Mahamady Ouédraogo, témoigne que la mairie les a dotés d’un logement qui les rapproche davantage du service et les rend à la fois plus efficaces. Cela les prédispose à recevoir les patients à tout moment, même à des heures tardives. Il se greffe à cette infrastructure inaugurée l’année dernière, trois autres logements érigés dans d’autres localités, parmi lesquelles le village de Koala.

Les commerçantes demandent l’électrification des boutiques

Par ailleurs, on note la construction d’une gendarmerie inaugurée le 20 avril dernier, des latrines publiques et des boutiques à Saaba et à Nioko. Saaba compte 15 autres boutiques dont trois sont occupées. Assise devant son échoppe servant de salon de coiffure qu’elle loue à 7 500 FCFA, Biba Bouda et sa fillette attendent d’éventuelles clientes. Mme Bouda dit occuper les locaux depuis deux mois. Optimiste, elle martèle que tout début n’est pas aisé. Son gain journalier varie de l’ordre de 1 000 à 3 000 FCFA. Ce qui lui permet d’honorer les frais de location. Elle regrette cependant que les magasins ne soient pas électrifiés. Idem pour Mariam Sana, vendeuse de friperie, qui trouve qu’avec l’électrification, elles pourraient poursuivre leurs activités à la tombée de la nuit. A quelques encablures des boutiques, à environ 500 mètres, se dresse le marché de Saaba. Tout autour, des caniveaux, d’évacuation des eaux pluviales et usées, dont les travaux ont coûté la somme de 92 millions de FCFA.

Le premier adjoint au maire laisse entendre que dès qu’il pleut, le marché est inondé : « Tous les bassins versants se croisent au niveau du marché. On aurait pu construire un nouveau marché, mais les recettes de la commune ne suffisent pas ». Selon le secrétaire général de la mairie, Gaoussou Yéyé, les recettes sont constituées essentiellement des taxes de résidence, de jouissance et des recouvrements sur l’abattage, la publicité, les charrettes, les armes ainsi que des agrégats que versent les camions transporteurs de sable. Le principe en vigueur dans la localité commande que chaque camionneur verse la somme de 2 000 FCFA par voyage.

L’un des collecteurs, Célestin Zoundi, qui s’occupe de la voie qui relie le centre-ville à Saaba, fait comprendre qu’en saison sèche, il peut collecter un montant compris entre 10 000 et 20 000 FCFA par mois et 25 000 à 30 000 FCFA en période de pluie. En contrepartie, il perçoit une commission annuelle. Il évalue celle de l’année dernière à 475 000 FCFA. Une somme qui, dit-il, lui permet de vivre : « je fais ce travail depuis trois ans. Ça m’arrange. J’ai au moins sept bœufs et trois chèvres ».

Cependant, M. Zoundi signale qu’il y a des risques à exercer le métier, car les camionneurs qui rechignent à s’acquitter des droits de passage, ne s’arrêtent pas au poste de péage, au risque de le faucher au passage.

Le collecteur de taxe craint pour sa vie

Il indique qu’il y a un peu plus de deux ans qu’il ne fréquente plus la ville de Ouagadougou de peur que les transporteurs de sable, qui auraient gardé une dent contre lui pour le fait qu’il recourt à la police pour les contraindre à s’acquitter de leurs droits, ne s’en prennent à lui. Un autre fait qui complique davantage la tâche des collecteurs des agrégats, « c’est que la police n’est plus prompte à intervenir pour rappeler les contrevenants à l’ordre depuis les tristes évènements survenus au premier semestre de l’année dernière », révèle le premier adjoint au maire, Jean Marie Nikiéma. Il avance également que les collecteurs des taxes des marchés ne sont pas disposés à faire de bons comptes : « ils dilapident les sous, tant qu’on ne les talonne pas ». Ce qui fait, dit-il, que le manque à gagner est important dans une commune qui a connu des problèmes de trésorerie en 2011.
Selon Jean Marie Nikiéma, la suspension du lotissement ne contribue pas à améliorer la situation dans la mesure où la population ne paie plus les Permis urbains d’habitation (PUH). M. Nikiéma pense que des problèmes vont subvenir quand la mesure va être levée en ce sens que la demande de parcelles va dépasser l’offre disponible.

Il confie qu’entre-temps, des personnes sont venues s’installer dans les zones non loties dans l’espoir d’obtenir un terrain. C’est pour cette raison qu’il appelle les autorités compétentes à lever la mesure le plus tôt possible. Le maire Josiane Kabré prévient que le conseil ne va pas se mettre à lotir à tout bout de champ en soulignant que Saaba entend conserver son statut de commune rurale où vivent plus de 90 % d’agriculteurs. Selon elle, c’est une décision du conseil municipal, soumise aux différentes procédures en la matière, qui va identifier les villages à lotir. Outre la question des lotissements qui préoccupe les élus locaux, il y a celle de la précarité de l’emploi. Mme Kabré déclare que la commune a une population jeune, confrontée au chômage. Raison pour laquelle elle veut construire des retenues d’eau, réhabiliter l’ensemble des barrages endommagés en vue de promouvoir les cultures de contre-saison . De plus, « nous voulons construire un nouveau marché », révèle le premier adjoint au maire qui déplore que la mairie ne dispose pas des ressources nécessaires. D’où l’appel au renforcement des appuis extérieurs. Il souligne que la coopération décentralisée avec la ville de Mable et la Vienne (France), l’aide de l’Etat, de WaterAid, de l’ONG ASMAD, du PNGT II, même si elle est importante, ne suffit pas.

A cet effet, Josiane Kabré souhaite que la population fasse montre d’un civisme fiscal plus soutenu. Elle pense que cela va permettre de recouvrer suffisamment de recettes. Le maire de Saaba prône une gouvernance participative, dans la mesure où au niveau du conseil municipal, tout le monde est impliqué dans les prises de décision. Le leader des conseillers de l’Alliance pour la démocratie et la fédération/Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA), François de Salles Nassa confirme : « l’ambiance est bon enfant. Tous les conseillers font des critiques objectives. On ne ressent pas les clivages entre les élus du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) et nous ». Il prend l’exemple du budget annuel voté et adopté par l’ensemble des élus en indiquant que tous les investissements réalisés relèvent du Plan communal de développement (PCD).

Adama BAYALA (badam1021@yahoo.fr) & Abdel-Aziz NABALOUM


L’analphabétisme : boulet au pied du conseil municipal de Saaba, selon Josiane Kabré

« Beaucoup de conseillers, 75% sont analphabètes. Ils ne savent pas lire ni écrire. Le français étant la langue officielle, il faut chaque fois le traduire en mooré. Pour une plénière de trois heures, on prend facilement une journée. Dans le cas des rencontres sur le vote du budget, il peut arriver qu’on traduise mal les chiffres ou qu’on se perde totalement. Cela contribue à freiner la participation des conseillers qui ne comprennent pas le français ».

A B. et A N.


Les attentes de la population

- Amédée Somé, habitant de Gampèla :

La mairie fait un bon boulot. Saaba s’est développé maintenant. Chaque année, elle réhabilite les voies pour que les gens circulent aisément. Et le maire se déplace régulièrement pour rencontrer, recueillir les avis de ses administrés en leur faisant des suggestions. Elle participe aussi aux cérémonies organisées par les populations. Pour le moment, nous voulons le lotissement. On est conscient qu’on ne peut pas tout demander et être satisfait du coup .

- Ardjima Fayama, habitant de Gampèla :

Je suis content du maire. Son ascension à la tête de la mairie ne l’a pas montée sur ses grands cheveux. Elle est restée la même. Elle a distribué des vivres à de nombreuses familles de Gampèla. Je n’en ai pas bénéficié, mais j’ai eu des échos. Ce que je lui demande, c’est d’aider les jeunes à travailler. Car un jeune qui est oisif est dangereux et ce n’est pas bon .

- Ousséni Zerbo, habitant de Nioko :

Le bilan est positif. La mairie a réalisé des écoles publiques et des boutiques, mais nous avons un problème de routes. Les femmes qui ramassent le sable ont contribué à la dégradation de la voie et quand il pleut, nous avons du mal à circuler. Ça occasionne des accidents. Il y a quelques jours, un jeune homme a fait un accident sur la voie. Nous souhaitons que la mairie la bitume. Même si elle ne dispose pas de moyens, nous souhaitons qu’elle la racle pour favoriser le passage des véhicules et des motocyclistes .

- Félicité Ouédraogo, restauratrice à Nioko I :

Le bilan du conseil municipal est satisfaisant, mais nous souhaitons qu’il soit regardant à l’endroit des restauratrices et des commerçantes. Je souhaite que la mairie nous prévienne de l’arrivée des collecteurs de taxes afin que nous puissions nous préparer pour les attendre. Les collecteurs n’ont pas de tarifications fixes. Ils observent le cadre pour déclarer le montant à payer. Dans mon cas, on m’avait demandé de payer 35 000 FCFA et j’ai négocié. Pour finir, j’ai payé la somme de 18 000 FCFA. Nous souhaitons une réduction. Je veux également que la mairie réhabilite et bitume la voie qui jouxte mon restaurant (la route départementale qui mène de Saaba à la commune rurale de Koubri). Cela va favoriser les commerçants, car la poussière dérange les clients. Que la mairie nous permette de construire nos propres locaux et nous autorise à payer à tempérament les sommes dues à la municipalité .

A B. et A N.

Le Pays

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