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Hermann Yaméogo, un "héritier", joue la destabilisation du Burkina (4)

Accueil > Actualités > Politique • • jeudi 28 octobre 2004 à 07h20min

Ni "l’affaire Zongo", ni les répercussions au Burkina Faso de la crise ivoirienne, n’ont permis à l’opposition burkinabè de trouver un point d’ancrage permettant de mettre en difficulté Blaise Compaoré.

La première explication est politique : l’opposition affirme sans cesse sa volonté d’union mais regroupe un trop grand nombre de formations politiques qui ont, pour l’essentiel, des allures de groupuscules quelque peu disparates. Avec autant de leaders qui aspirent au pouvoir.

Burkina oblige, cette opposition, parfois, ne manque pas de cadres de qualité. Je pense, bien sûr, à quelques vieux routiers comme Joseph Ki-Zerbo et Gérard Kango Ouédraogo mais aussi à la génération de la "Révolution" avec notamment Philippe Ouédraogo). Mais dont l’idéalisme politique, pour les meilleurs, l’opportunisme politique, pour les autres, se heurtent, constamment, au pragmatisme politique de l’équipe qu’anime Blaise Compaoré

Au sein de cette opposition, Hermann Yaméogo occupe une place à part. C’est un "héritier". L’action politique s’est imposée à lui quand son père, président de la République de 1960 à 1966, a été obligé de démissionner sous la pression de la rue et s’est retrouvé emprisonné. Longtemps, Hermann s’est consacré à réhabiliter son père et à récupérer le patrimoine familial saisi au lendemain du coup de force de 1966. En mai 1991, c’était chose faite. Grâce à Blaise Compaoré. Et Hermann Yaméogo s’est, du même coup, trouvé dans la position de l’opposant de service au sein du gouvernement. Cela va durer de 1991 à 1997.

Au printemps 1992, j’avais évoqué avec le président Compaoré cette participation de Hermann au gouvernement (il y était alors ministre d’Etat). Pour le chef de l’Etat, il ne s’agissait pas "d’un ralliement", mais me disait-il, "d’une position personnelle [...] en faveur du respect de notre Constitution et en faveur de la paix sociale". Il m’avait rappelé alors que Hermann avait été, "le 15 octobre [1987 - mort de Thomas Sankara], parmi les hommes politiques qui ont, les premiers manifesté leur soutien au processus de rectification".

Ensuite, me précisait-il, il y avait eu "une période d’incompréhension", à compter de 1989-1990, et Hermann avait quitté le Front populaire "pour des problèmes d’ordre organisationnel". Par la suite, m’affirmera Blaise Compaoré, "c’est lui qui a le plus manifesté de volonté pour venir avec nous afin de poursuivre le processus tel qu’il a été arrêté". Il ajoutait : "Je dois dire que nos rapports sont vraiment orientés vers la consolidation de la démocratie et nous n’avons pas de doute sur son engagement".

Dans le même temps, Hermann Yaméogo soulignait : "Il faut à la tête du pays une personnalité capable de contenir l’armée dans les casernes". Il ajoutait : "C’est peut-être un peu prétentieux de ma part, mais j’en ai la volonté [de diriger un jour le Burkina Faso] ".

La suite est connue. Fils de son père, Hermann Yaméogo n’est pas un leader politique comme les autres. "Monsieur Maurice", décédé fin 1993, avait une vision monarchique du pouvoir. Hermann était son troisième enfant mais son premier fils. Ils avaient mené ensemble un dur combat sanctionné par des années d’emprisonnement. Frustration pour l’un ; ressentiment pour l’autre. Et, pour Hermann, cette quasi obligation morale de reprendre le flambeau du pouvoir tombé des mains du père.

La morale n’a pas grand chose à voir avec la politique. La lecture des ouvrages de Hermann Yaméogo (Repenser l’Etat africain, Un supplément d’âme pour une société consensuelle, etc...) montrent qu’il est plus à l’aise (sans être convaincant) dans une analyse distanciée de la société que dans la mise en branle d’une action politique déterminée.

Parce qu’il n’est qu’un "héritier", Hermann Yaméogo paraît incapable d’avoir une ligne politique claire et de s’y tenir. Adepte du louvoiement, il est tantôt un opposant allié objectif du pouvoir, tantôt un opposant dans l’opposition. Et, parmi les grands leaders de l’opposition, il est le seul dans cette situation. Il est vrai que les autres sont, eux, des politiques.

Cet électron libre n’est d’ailleurs pas sans poser des problèmes à l’ensemble de l’opposition. C’est que Hermann Yaméogo se considère comme le mieux placé pour être le candidat de l’opposition à la prochaine présidentielle de 2005. D’autres pensent comme lui qu’ils sont, eux aussi, les mieux placés.

Le 20 avril 2004, une partie de l’opposition burkinabé a établi une feuille de route qui doit permettre de résoudre ses contradictions. Quelque semaines plus tard, cette même opposition regroupée tenait un meeting à Ouagadougou. Hermann allait commenter longuement tout cela dans un grand entretien accordé au quotidien Le Pays (mardi 22 juin 2004). Un entretien dans lequel le président de l’UNDD ressuscitée cultivait, comme d’habitude, la confusion.

C’est, tout d’abord, que Hermann Yaméogo revendique son appartenance à une "opposition vraie ", qu’il oppose aux "supplétifs" du pouvoir (ce qu’il a été) et aux "opposants à la mie de pain que les étudiants ont autrement baptisés opposants-gâteaux" (ce qu’il est).

Il est vrai que Hermann a une curieuse manière de répondre aux questions des journalistes. Plutôt que de contrer l’argumentation qui le met en difficulté, il la reprend, la développe et arrive à convaincre tout le monde que l’interviewer a raison par rapport à l’interviewé. Exemple. Question sur les "zones d’ombre qui subsistent autour de l’opposition". Réponse : "Dire que des zones d’ombre subsistent autour de l’opposition [...] c’est reproduire des clichés, c’est faire le jeu de ceux qui veulent justement incruster dans la mémoire collective que l’opposition est une auberge espagnole, un fourre-tout alors que la mouvance présidentielle est un bloc translucide de cohésion".

Hermann a trouvé les mots justes : "auberge espagnole", "fourre-tout" pour l’opposition ; "bloc translucide de cohésion" pour l’opposition.

Autre exemple. Question : "On vous reproche de ne rechercher que l’alternance pour l’alternance sans offre d’alternative ". Réponse : "A chaque fois que j’entends ou que je lis cela, je mesure l’importance des efforts que le pouvoir a consentis pour élaborer une telle politique de conditionnement des esprits". Bilan : tout le monde pense effectivement que l’alternance ne propose pas d’alternative et que, dans cette affaire, le pouvoir est plus habile que l’opposition. Hermann enfonce d’ailleurs le clou : pour lui, ce qui est "le plus important dans l’alternative [...] c’est tout simplement d’avoir d’autres bobines en face [...] obtenir que la roue tourne et avec elle la chance".

Hermann oublie qu’il a, jusqu’à présent, passé autant de temps au sein du gouvernement (1991-1997) que hors du gouvernement (1997-2004). Et que le bilan du gouvernement est bien plus élogieux que le bilan de l’opposition. Le pouvoir a su, depuis 1987, se construire ; l’opposition ne cesse de se déconstruire. Il dénonce et loue tout à la fois cette capacité d’évolution des hommes du pouvoir : "Eux qui après avoir mâtiné leur orientation de communisme, de capitalisme d’Etat et de social démocratie, en sont maintenant à exalter un libéralisme à tout crin des premières heures. Mais là, on ne trouvera pas à redire [c’est moi qui souligne] ".

Un discours qui ne cesse de cultiver l’ ambiguité ; Hermann dénonce une "démocratie de façade", "en trompe-l’oeil", "la fuite en avant vers la consécration de la monarchie républicaine". Mais il ne propose rien de neuf.

Et quand le journaliste s’interroge sur la cohabitation en toute franchise entre le PDS/PS de Ki Zerbo et l’UNDD, Hermann Yaméogo appelle papa à la rescousse : "L’idée a même germé, à un moment, [...] et avant la naissance de l’UNDD en 1977, de créer un parti avec le professeur [Ki Zerbo]. J’avais même, sur recommandation de mon père, travaillé sur un avant-projet de création d’un Parti socialiste voltaïque".

Voilà donc Hermann Yaméogo obligé d’aller chercher le vieux Ki Zerbo et des négociations qui auraient été menées voilà près de 30 ans pour crédibiliser, aujourd’hui, sa stratégie politique !

A suivre

Jean-Pierre Béjot
La Dépêche Diplomatique

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