Fondation Charles Dufour : une scandaleuse escroquerie ?

mercredi 27 octobre 2004

"Fondation Charles Dufour : On a commémoré la Journée du refus de la misère", titrait le 19 octobre dernier notre confrère Sidwaya.

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Cet article que nous avons repris sur notre site a soulevé une vague d’indignation de plusieurs internautes qui ont une autre lecture de l’évolution de cette association qui connaîtrait aujourd’hui une grave crise due à des problèmes de gestion. C’est ce que nous explique ici Monsieur Gil Baudou, un des ex-partenaires de la Fondation qui revèle même la saisine de la justice burkinabè pour faire la lumière sur ce ressemble à une scandaleuse escroquerie réalisée sur le dos de pauvres orphélins.

Qu’est-ce que L.A.CL.E.F. ?

L.A.CL.E.F. est une association française née de notre rencontre avec les enfants de l’orphelinat Charles Dufour. Nous avons été séduits par l’hospitalité burkinabè d’une part et par ce qui nous semblait être une initiative extraordinaire de M. Hadama Yaméogo qui s’occupait d’une cinquantaine d’enfants réputés orphelins. Nous avons donc décidé de l’aider en finançant les projets qu’il nous soumettrait et en faisant parrainer des enfants afin d’améliorer leur quotidien.

Quand a-t-elle été créée et quels sont ses objectifs ?

Elle a été créée fin 1999 avec pour objectif premier de << soutenir, aider et apporter un soutien financier à l’orphelinat géré par la Fondation Charles Dufour dont le siège social se situe au 55, rue de la Chance à OUAGADOUGOU au BURKINA FASO ainsi qu’aux enfants qui y sont accueillis>>

Quels sont vos partenaires et collaborateurs au Burkina ?

Notre seul partenaire et collaborateur et à vrai dire notre seul interlocuteur sur place était M. Yaméogo, le directeur de l’orphelinat et président de la Fondation Charles Dufour.

Comment a-t-elle évolué et quelles sont ses grandes réalisations ?

De 2 adhérents à la création, nous sommes maintenant une cinquantaine de membres actifs, parrains et bienfaiteurs. En 2001, à la demande de M. Yaméogo, nous avons financé l’achat, le transport et l’acheminement d’un bus de 37 places, destiné à transporter les enfants soit à l’école, au collège ou au lycée, soit pour leurs sorties "loisirs". En 2002, nous avons participé à hauteur de 25% pour l’achat d’un terrain destiné à la construction d’une nouvelle pension pour touristes gérée par la Fondation pour remplacer l’actuelle, qui devait être "déguerpie" à cause du plan ZACA. En 2003, nous avons amené un groupe d’une vingtaine de personnes pour un "chantier-solidarité" de 6 semaines.

Certains ont travaillé à la maçonnerie pour la construction d’une salle d’analyse au dispensaire, pour la réfection du mur d’enceinte de l’orphelinat, d’autres ont remis en état et en route l’atelier de formation en couture, d’autres encore se sont occupés des enfants soit sur des devoirs de vacances, soit dans des jeux, et même une élève infirmière a épaulé les médecins du dispensaire.

Votre association, semble-t-il, rencontre depuis quelques temps de grosses difficultés ; qu’en est-il précisément ?

C’est justement suite à ce chantier, certaines de nos bénévoles ont eu le coup de foudre pour le Burkina et ont lié amitié avec les enfants. N’ayant encore aucune obligation professionnelle, elles ont décidé de retourner donner quelques mois de leur temps pour s’occuper des enfants, le personnel d’encadrement étant très réduit.

Là, elles ont constaté que tout ce qu’on montrait aux associations en "visite officielle" était factice, les enfants ne mangeaient plus qu’une fois par jour, allaient à l’école à pieds nus, en guenilles la plupart du temps, que certains revenaient de l’école renvoyés pour cause de non-paiement de la scolarité, alors qu’une autre asso française de Besançon finançait intégralement celle-ci.

Elles ont remarqué que une grande partie des enfants faisait partie de la famille de M. Yaméogo, que le personnel n’était que rarement payé, alors qu’une autre asso française de Paris finançait les salaires des encadrants de l’orphelinat. Avec d’autres bénévoles, envoyés par l’asso de Paris, elles ont constaté qu’il y avait un grand décalage entre les fonds envoyés par les partenaires européens et les conditions de vie des enfants.

Ils ont aussi appris l’histoire de ce jeune, Sansan Palé, dont le parrain envoyait à M. Yaméogo des sommes importantes pour le faire soigner et acheter les médicaments qui lui étaient nécessaires et qui n’a jamais vu un médecin ni touché un comprimé, alors que son état s’empirait. Il est actuellement soigné en France et on ne sait pas encore si l’amputation de sa jambe pourra être évitée. Bref cela a été un choc qui les a amenés à faire des rapports qu’ils ont transmis à tous les partenaires européens de la FCD.

Comment réagissent les partenaires français et burkinabè face à ces difficultés ?

Beaucoup de partenaires, dont nous, ont suspendu provisoirement toute aide et ont exigé des réponses quant à cette mauvaise gestion financière, ainsi que sur l’utilisation effective des fonds et matériels envoyés. On s’est réunis dans l’urgence pour adopter une attitude commune et essayer de proposer à M. Yaméogo un fonctionnement plus sain, avec une cellule d’observation et d’aide à la gestion.

Malheureusement, l’autre partie des partenaires français n’a pas voulu voir l’évidence, nous avons été insultés et menacés. Nous étions des néo-colonialistes qui n’avaient aucun droit de surveillance sur les dons et autres aides que nous apportions. Ils ont continué à soutenir M. Yaméogo. Ce dernier, en guise de réponse à nos questions, nous a "suspendus" de son cercle de partenaires personnels.

Il n’avait pas encore compris que ce n’était pas lui que nous voulions aider mais les enfants qui lui servent de vitrine pour s’attirer les aides des nassaras qui passent par Ouaga mais aussi les bonnes grâces de ses amis du parti où il milite. Il a même vendu le bus que nous avions offert aux enfants et dont il ne s’est jamais servi. Il faut dire que l’on avait mis comme condition que ce bus ne devait jamais servir à effectuer des trajets commerciaux mais était réservé aux enfants. Il n’était donc pas rentable pour lui !

Qu’avez-vous entrepris face à cette situation ?

N’obtenant aucune réponse, étant évincés avec interdiction de revoir les enfants et ayant même eu vent de menaces si on remettait les pieds au Burkina, nous avons décidé de transmettre nos questions à Monsieur le Procureur du Faso auprès du Tribunal de Grande Instance de Ouagadougou, afin qu’il trouve pour nous les réponses à nos questions de manière plus officielle. Ces questions portent notamment sur les comptes en banque sur lesquels les parrainages sont versés (on a appris depuis que ce sont des comptes individuels de M. Yaméogo en France), sur les titres de propriété des terrains —nouvelle pension et orphelinat—, appartiennent-ils à la FCD ou à M. Yaméogo personnellement ?

Nous nous sommes aussi inquiétés du fonctionnement de l’association "Fondation Charles Dufour" dont les statuts ne sont absolument pas respectés, loin s’en faut. Toutes ces questions, le Procureur les a transmises à un juge d’instruction, et depuis nous attendons que la justice fasse son œuvre. Et nous serions prêts à faire amende honorable si on devait nous apporter les preuves que tout est clair dans la gestion de la FCD. Mais au vu du système de défense du personnage, nous avons des doutes sérieux à ce sujet.

Quelles sont aujourd’hui les perspectives de votre association ?

Nous ne baissons pas les bras ! Nous avons modifié nos statuts afin d’ôter toute exclusivité de partenariat avec la FCD, tout en gardant un œil vigilent sur ses enfants. Notre asso est devenue : "Les Amis de CLarisse et des Enfants du Faso" pour garder notre sigle (L.A.CL.E.F.).

Nous avons avec, d’autres associations françaises, créé une "charte de fonctionnement" que nous soumettrons à nos nouveaux partenaires. Si ces derniers acceptent d’être transparents dans la gestion des projets et des aides, nous pourrons travailler ensemble, sinon nous espérons trouver un jour un partenaire intègre au pays des hommes qui le sont par définition !

Interview réalisée par Cyriaque Paré
Lefaso.net

P.-S.

A lire :
- Fondation Charles Dufour :On a commémoré la Journée du refus de la misère

- Le site de L.A.CL.E.F., solidarité avec les enfants du Burkina : http://www.lesamisdeclarisse.fr.st

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