PÉNURIE D’EAU À MANGA : Des factures d’eau pour des robinets à sec

jeudi 3 mai 2012 à 01h27min

La ville de Manga connaît annuellement, une pénurie d’eau à cette période de l’année. Cette année, le phénomène est assez particulier. Non content de s’être installée plus tôt que les années antérieures, la pénurie actuelle est si insupportable que les populations de la Cité de l’épervier menacent parfois, de descendre dans la rue.

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Il est environ 11 heures et demie, ce lundi de Pâques 9 avril 2012. A Manga, le soleil pointe inexorablement vers le zénith. Devant un impressionnant chantier situé à l’entrée de la ville, en bordure du bitume, une multitude de charrettes et de pousse-pousse attirent l’attention des passants. Sous des arbres ou dans certains coins du chantier, des femmes discutent par petits groupes, assises sur des bidons vides ou des cuvettes renversées. De jeunes gens, juchés sur les porte-bagages de leur motocyclette ou de leur bicyclette, semblent ignorer le temps qui passe. Tous attendent patiemment leur tour de recevoir le liquide vital dans leur récipient.

Autour d’un gros robinet fixé au bout d’un tube d’un mètre et démi de long, les premiers du rang se bousculent dans un interminable cocktail sonore, fait de braiements d’ânes, de ronronnement de l’eau du robinet, des entrechocs de récipients et des interpellations de toutes parts. « KomNaaba (NDLR : chef de l’eau. C’est ainsi qu’on désigne la personne chargée de la vente de l’eau en pays mossé), c’est mon tour », lance une jeune dame, en s’adressant à un enfant de quinze ans. « Ce n’est pas vrai, je suis arrivé avant elle. J’étais assis à l’ombre, tout en surveillant le rang », rétorque une voix masculine. Il s’agit d’un pousseur de barrique d’eau.

Ce spectacle est évocateur de la situation qui prévaut dans la Cité de l’épervier : l’or bleu s’est raréfié. En effet, depuis le mois de décembre pour certains habitants de Manga et plus récemment pour d’autres, obtenir de l’eau relève d’un véritable parcours du combattant. Et pour cause, la pénurie d’eau enregistrée au centre de l’Office national de l’eau et de l’assainissent (ONEA) de Manga. « Vous voyez, nous sommes obligés de concilier le boulot et la chasse à l’eau », s’indigne Karim Nikièma, radiologue au Centre médical de Manga. Pour cet agent de santé, sa fonction de laborantin exige à la fois propreté du corps et des vêtements et une grande disponibilité pour répondre à chaque fois qu’une nécessité se présente au service. Pourtant, il doit passer plusieurs heures de la journée à la recherche de l’eau.

Pour le médecin-chef du district sanitaire de Manga, Dr Hilaire Ouédraogo, cette pénurie a un impact négatif sur les prestations sanitaires. « Au niveau des services à haute asepsie tels que le bloc opératoire, la maternité, l’usage de l’eau potable en quantité et en qualité est de mise. Avec cette situation, nous sommes obligés de faire des retenues et la manipulation de l’eau peut compromettre sa qualité », a souligné le médecin. Dans des ménages, il faut veiller à attendre l’eau dans les robinets. C’est le cas du secrétaire général de la région, Issa Compaoré, par ailleurs président du comité régional de pilotage du programme d’approvisionnement en eau potable et assainissement. « Je suis obligé d’atteindre jusqu’à 22 h et parfois 23 h, pour avoir la moindre goutte d’eau au robinet. Imaginez si vous vous réveillez le matin, sans eau pour votre toilette », a déploré l’administrateur civil.

Dans la famille Traoré, c’était la même gymnastique jusqu’à ce qu’aucune goutte d’eau ne s’invite au robinet. Tout en poussant sa barrique d’eau en direction du siège de l’eau pour s’approvisionner, Mme Thérèse Minoungou explique ses déboires : « La situation est plus difficile à vivre pour nous les fonctionnaires. Il faut quitter le service et aller chercher de l’eau pour faire la cuisine. Cela joue également sur le rendement scolaire ». Les élèves interrogés confirment cette difficulté à concilier études et recherche d’eau. Hélène Zoungrana, craint de rater sa moyenne ce trimestre-ci. « Je sais que je suis en train de sacrifier mes études. Je n’ai pas le choix, puisqu’il n’y a pas d’eau à la maison », justifie-t-elle, en enfourchant son vélo chargé de trois bidons de 20 litres chacun.

Des pertes énormes

Depuis le mois de décembre, la vieille Mariam Compaoré, gérante d’une borne-fontaine est au chômage. En temps plein, la vente d’eau lui procurait entre 25 ?000F et 40 ?000F de bénéfice par mois. Lorsque les coupures d’eau ont commencé, explique-t-elle, la borne-fontaine fonctionnait à perte. « J’ai arrêté de vendre l’eau, car avec les coupures, les recettes ne couvraient plus les factures », dit-elle. De son côté, Noélie Béré dite « Kout maagi », dolotière, affirme que son activité bat de l’aile. «  ?Il nous faut trois jours pour avoir assez d’eau pour préparer le dolo. Ce qui fait qu’au lieu de 10 fûts de dolo, nous nous contentons de 4 par jour de marché. Cela fait une énorme perte pour nous. Vraiment, avec cette situation, nous n’arrivons plus à joindre les deux bouts, ni à satisfaire notre clientèle ? ».
Les pertes n’épargnent pas la nationale de l’eau.

Pour le chef du centre ONEA de Manga, Karim Da, il y a une baisse substantielle du chiffre d’affaires de son centre. En plus de la rareté de l’eau, les abonnés se plaignent des factures qu’ils reçoivent. « Nous dépensons doublement, puisque nous devons payer les factures ONEA et aller chercher de l’eau au moyen de nos engins. Parfois, il faut faire le tour de la ville, afin de trouver un point d’eau ? », s’est plaint un jeune fonctionnaire en quête d’eau. L’ONEA continue d’envoyer les factures, même dans les ménages où l’eau est en rupture. Mais c’est le principe, indique le chef de centre, Karim Da. «  ?Il s’agit généralement de la redevance. Mais parfois, les gens se plaignent de certains montants. Je pense que cela est dû au fait que certains abonnés ouvrent les robinets et la pression d’air peut faire tourner le compteur », ajoute-t-il.

Pour éviter de recevoir les factures de la redevance, conseille M. Da, les abonnés ont la possibilité de faire une suspension temporaire de leur abonnement. Par ces temps de pénurie, la barrique de 200l qui se vendait à 200F, se négocie entre 500F et 800F. En plus de la cherté, certains demandeurs peuvent attendre plusieurs jours avant d’être servis. Selon les revendeurs, la distance et les longs rangs expliquent aussi bien le coût élevé que les faux rendez-vous. « Il nous faut attendre parfois 2 à 3 heures pour être servis. De plus, nous parcourons souvent 5 à 7 km pour nous ravitailler », commente Jules Zoungrana, pousseur de barrique.

Que soit béni Léo, le sauveur

Pour le chef de centre ONEA de Manga, Karim Da, la situation s’explique par une extension du raccordement dont a bénéficié la ville de Manga, courant 2011. En réalité, cette extension devrait être accompagnée de la mise en marche d’un nouveau forage. Malheureusement, ce forage accuse un retard dans sa réalisation et la demande en eau surplombe l’offre. Selon lui, la nature du sol de Manga constitue également un handicap. Les forages en exploitation connaissent des baisses significatives de débit. M. Da affirme que le secteur N°3 et une partie du N°4 sont les plus touchés.
Léonard Bouda, cet opérateur économique, natif de Manga, a entamé la construction d’un complexe hôtelier. Pour la réalisation de son infrastructure, le promoteur a installé un forage privé d’un débit de 12 m3. Et c’est là que la majorité de la population vient se ravitailler. D’où les longues files d’attente. « Imaginez si ce chantier n’existait pas à Manga en ce moment.

Qu’allions-nous faire », s’interroge Karim Nikiéma du CMA. Tout comme lui, la quasi-totalité des interviewés remercie le propriétaire du forage de son humanisme. « Dans la tradition chez nous, l’eau ne se refuse pas. De plus, ce sont mes parents et je dois les aider dans cette période difficile ? », soutient Léonard Bouda. Toutefois, il est demandé une contribution de 50 F par barrique et de 10 F par bidon. Cette somme, selon Kom Naaba ne couvre même pas les frais d’électricité ou de fonctionnement du groupe électrogène, en cas de panne. Mis en marche tous les jours de 5 h à 20 h et parfois sans interruption, ce forage ne désemplit guère. Outre ce forage, de petits regroupements se constatent çà et là, autour de pompes et d’autres forages privés de petite capacité. Avec cette période de canicule, à quand le bout du tunnel pour les populations de Manga ?

Zackaria BAKOUAN (zaack_bak@yahoo.fr )


Le réseau ONEA Manga en bref

Le réseau de distribution d’eau du centre ONEA de Manga s’étend sur une longueur de 35 ?857 mètres linéaires. Il compte 587 abonnés et 16 bornes-fontaines. Il est équipé de cinq 5 forages avec une capacité totale de 608 m3 par jour. En perspective, l’ONEA Manga envisage la mise en marche de 5 forages à débit important dont un à très court terme. Il est également prévu la réalisation d’un grand forage. Toutes ces actions permettront de résoudre le problème d’eau que connaît la ville.

Z.B.

Sidwaya

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Vos commentaires

  • Le 3 mai 2012 à 03:51, par Lorenzo
    En réponse à : PÉNURIE D’EAU À MANGA : Des factures d’eau pour des robinets à sec

    Aucune planification ! Toujours entrain de jouer au pompier. Combien de villes aujourd’hui ont ou auront ce problème ? Quand le train n’avance pas comme il faut, il faut songer à renouveler la locomotive ! A bon entendeur...

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  • Le 3 mai 2012 à 09:25, par LE SEREIN
    En réponse à : PÉNURIE D’EAU À MANGA : Des factures d’eau pour des robinets à sec

    Je suis un habitant de Manga ; mais je n’arrive pas à comprendre comment dans un chef lieu de région on peut faire un mois et demi sans une goutte d’eau dans nos robinet et on nous amène les factures où en plus de la redevance on doit payer la TVA.Or la TVA s’applique sur la consommation et non sur la redevance.Donc il faut que les autorités trouvent une solution sinon il y aura des problèmes dans la ville.

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  • Le 3 mai 2012 à 09:42, par SAM
    En réponse à : PÉNURIE D’EAU À MANGA : Des factures d’eau pour des robinets à sec

    "PÉNURIE D’EAU À MANGA : Des factures d’eau pour des robinets à sec"

    Monsieur le journaliste, évitez des titres tendancieux de sorte à semer l’amalgame dans l’esprit des populations. Si vous ne le savez pas c’est que, que ce soit à l’ONEA ou à la SONABEL le client consomme à crédit et après une facture de la dite consommation lui est présentée ; donc il n’y a jamais de facture pour "des robinets à sec" comme vous l’écrivez. Quand on ne maitrise pas un domaine il faut se renseigner et non écrire du sensationnel pour des sujets sensibles. Merci

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    • Le 3 mai 2012 à 13:32, par Nouveau
      En réponse à : PÉNURIE D’EAU À MANGA : Des factures d’eau pour des robinets à sec

      Mr SAM
      Arretez de nous divertir avec votre faux jargon selon lequel "le client consomme à crédit et après une facture de la dite consommation lui est presentée ; donc il n’y a jamais de facture pour "des robinats à sec".......
      Dites nous Mr SAM, vous qui semblez maitriser le dommaine, quelle nom donnez vous au papier que vous tendent mensuellement les agents de l’ONEA même si vous n’avez recu aucune goutte d’eau à votre robinet ?
      Si vous êtes dans le cas verifier à l’angle gauche de ce papier, juste après le Numéro I.F.U, N’est -ce pas ecrit FACTURE ?
      Cette facture vient-elle justifier quelle "consommation à credit" alors que votre robinet n’a laissé echapper aucune goutte toute au long de la période concernée.
      Si vous n’avez rien à dire, taisez vous car nous souffrons dejà de cette pénurie d’eau, ne venez pas en rajouter.

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  • Le 3 mai 2012 à 13:44, par LE SEREIN
    En réponse à : PÉNURIE D’EAU À MANGA : Des factures d’eau pour des robinets à sec

    Ce journaliste a simplement fait son travail à savoir attirer l’attention des autorités et les responsables de l’ONEA sur la situation que vive la population de Manga et de trouver une solution sans délai.Parce qu’on avait l’impression que cette situation n’intéresse personne et la population laissé à soit même.Si ce journaliste à eu le courage de dénoncer le problème d’eau à Manga il faut le féliciter et l’encourager.

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    • Le 4 mai 2012 à 00:19, par legrand
      En réponse à : PÉNURIE D’EAU À MANGA : Des factures d’eau pour des robinets à sec

      C’est très serieux cette affaire d’eau et cela ne date pas d’aujourd’hui ;Comme quelqu’un l’a dit ,il y a une question de planification et cela est de la responsabilité de l’ONEA qui semble trainer les pieds..Dire d’autre part que les autorités ne s’interessent pas à cette penurie, ce n’est pas vrai.Elles vivent la mème réalité que la population elle-mème.Vous avez suivi les plaintes du Secrétaire Général de Région dans l’article. Je me souviens que depuis debut fevrier le Haut-commissaire du Zoundwéogo s’était rendu lui-mème à l’Onea pour comprendre le problème car le robinet du service ne laissait couler aucune goutte d’eau.Il aurait recommandé au chef de centre ONEA de mieux communiquer sur cette situation de pénurie d’eau afin que les populations en comprennent davantage les raisons.Depuis lors ,la situation n’a pas changé.Le premier responsable de la province a eu par la suite des entretiens avec le Directeur Régional de l’ONEA lors de son passage à Manga à ce sujet.Une note d’espoir était née de cet entretien et les mangalais ne devraient plus souffrir du manque d’eau parce que des raccordements de forages au reseau étaient annoncés .Mais helas,la situation s’empire:Notez que j’ai aperçu le chauffeur de cette autorité chez Léo,le sauveur, venu se ravitailler en eau pour les besoins domestiques de son patron car depuis hier, il n’y a pas d’eau qui coule de ses robinets.C’est dire que tout le monde y compris les autorités en souffrent avec leurs familles..

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  • Le 3 mai 2012 à 14:01, par Mangalais
    En réponse à : PÉNURIE D’EAU À MANGA : Des factures d’eau pour des robinets à sec

    "La ville de manga connait annuellement une pénurie d’eau à cette période de l’année. Cette année le phenomène est assez particulier...."
    Diriger c’est prevoir, que font nos dirigeants, à commencer par madame le gouverneur, premiere autorité de la région, pour parer cette difficulté dite annuelle qui mine la vie courante des citoyens ?
    Je pense que diriger c’est aussi se mettre du coté des administrés et trouver des solutions idoines aux problèmes surtout quand le problème concerne tous les citoyens.

    Par ailleurs, j’invite Mr le journaliste à faire aussi un gros plan sur l’insécurité qui regne presentement dans la ville de manga. Nombres sont ceux qui ont été victimes de vols ces derniers temps. Menages, Caves, Boutiques cambriolés et divers biens emportés.
    Madame le gouverneur, il est temps de reduire le bruit des sirenes qui vous escortent et qui indispose plus d’un, et de vous pencher davantage sur les maux qui minent la vie des citoyens dans la cité de l’epervier .

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  • Le 3 mai 2012 à 19:47
    En réponse à : PÉNURIE D’EAU À MANGA : Des factures d’eau pour des robinets à sec

    Je dirais que nos dirigeants sont myopes en matière de politique d’approvisionnement en eau. Sinon comment comprendre que des sources d’eau intarissables coulent à la Guiguette et aux cascades de Banfora et que la population soufre de manque d’eau. Il suffit de faire des pipelines pour approvisionner toutes les villes du Burkina, même si c’est à long terme. Pour une matière aussi vitale que l’eau je pense que ça vaut le coup. Beaucoup de pays en ont même fait fait pour le gaz et le pétrole.
    Que le Ministère en charge de l’eau se secoue.
    Cordialement !!

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  • Le 4 mai 2012 à 12:33, par fontaine
    En réponse à : PÉNURIE D’EAU À MANGA : Des factures d’eau pour des robinets à sec

    "l’eau c’est la vie". Si l’ONEA est incapable,que l’Etat libéralise le marché de l’eau. Comment peut-on punir un chef lieu d’une région de cette façon ? Il faut prendre cette décision pour voir si avec l’arrivée de nouveaux concurrents, l’ONEA ne va se mettre au sérieux. "l’eau c’est la vie !", "l’eau c’est la vie !", "l’eau c’est la vie !".

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