AU COIN DU PALAIS : Un enfant peut-il mentir ?

jeudi 3 mai 2012 à 01h24min

AD est un artiste instrumentiste âgé de 25 ans, qui vit à Bobo-Dioulasso. Le vendredi 27 avril 2012, il a comparu devant les juges de la Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance (TGI) de Bobo-Dioulasso, pour attentat à la pudeur sur ZB, une fillette âgée d’environ 3 ans. Concrètement, on lui reproche d’avoir blessé au sexe, cette enfant, le 27 novembre 2011. « En revenant du marché un jour, a expliqué AZ, la maman de ZB, j’ai trouvé ma fille devant sa porte, en train de pleurer. Elle se plaignait de douleurs au niveau de son sexe et m’a confié que c’est AD qui en est le responsable ». Le prévenu a cependant nié tous les faits portés contre lui par le Tribunal et la partie civile. Il a dit entretenir de bons rapports avec les parents de la petite fille qui sont ses voisins de quartier. « Je ne peux pas commettre un tel acte ! Sa famille me rend beaucoup de services.

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Elle aussi vient régulièrement chez moi, dans mon salon, et je lui offre souvent des pièces d’argent », s’est-il défendu. La maman de ZB, quant à elle, est convaincue de la culpabilité de AD. Ainsi, lorsque les juges lui ont demandé comment elle réagirait si c’est son mari (c’est-à-dire le père de ZB) qui était accusé des mêmes faits ? Elle a répondu sans hésiter : « J’allais croire aussi, parce que les enfants ne mentent pas ». Cette affirmation de AZ a été rapidement contestée par le Tribunal qui, en retour lui a demandé si elle savait pourquoi sa fille n’a pas été auditionnée par la police. « C’est justement parce qu’on n’accorde pas de valeur aux propos d’enfants d’un tel âge », ont rappelé les juges. Ces derniers ont ainsi émis l’hypothèse que la petite AZ s’est peut-être blessée elle-même ou a été excisée par ses parents.

Pour le procureur, il est difficile de croire à 100%, en l’absence de preuve matérielle, que AD est coupable. Aussi, le condamner sur la base de simples soupçons serait, selon lui, une grave erreur. Par ailleurs, il a souligné qu’il n’y avait pas de constance dans les déclarations des deux parents : la maman de ZB a dit que son époux se trouvait dans son village au moment des faits, pour rendre visite à son père malade, tandis que celui-ci a révélé qu’il se trouvait au grand marché de Bobo-Dioulasso lorsque sa femme l’a appelé pour lui annoncer la mauvaise nouvelle. Au regard de tous ces faits, le procureur a demandé la relaxe du prévenu. Le Tribunal a suivi sa requête, en accordant le bénéfice du doute à AD.

Un bœuf contre un sac de maïs

Berger de 47 ans, DS s’est vu confier depuis 1985, une quinzaine de bœufs par BT, un Burkinabè résidant en France. Mais ce 27 avril 2012, il était devant la Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance (TGI) de Bobo-Dioulasso. Il a été en effet sommé de s’expliquer sur la disparition de 6 animaux appartenant à son ex employeur. Les faits se sont déroulés en 2011, dans le village touristique de Koro, situé à 15 kilomètres à l’Est de Bobo-Dioulasso. « Il y a eu une grosse pluie ce jour-là, et les animaux se sont dispersés », a raconté DS aux juges, avant de préciser que deux bœufs seulement se sont égarés avec lui. En ce qui concerne le reste des animaux, il a révélé qu’il a vendu l’un d’entre eux tombé malade à 4000 F CFA et échangé un autre contre un sac de maïs. Les deux bœufs restants sont également tombés malades et le berger dit les avoir égorgés et vendu leurs carcasses.

Le procès de DS allait sûrement connaître son dénouement le même jour, si l’un des deux témoins cités dans cette affaire n’avait pas affirmé à son tour que le berger lui devait aussi 6 bœufs. C’est en ce moment-là que DS expliqua qu’il surveillait les animaux de quatre autres personnes. Avec cette nouvelle donne, le Tribunal s’est vu obligé de renvoyer le procès au 11 mai, le temps de mener des poursuites complémentaires à l’encontre du prévenu.

Un public embarrassant

L’atmosphère était surchauffée ce vendredi 27 avril 2012, dans la salle d’audience de la Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance (TGI) de Bobo-Dioulasso. En effet, une demi-heure avant même le début des procès, la salle a été prise d’assaut par quelque 200 personnes, presque le double de sa capacité normale. Et il y avait autant de personnes debout qu’assises, car même à l’extérieur, le public s’était agglutiné aux fenêtres du bâtiment. Inutile de préciser qu’à l’intérieur, il était devenu très difficile pour les parties citées (témoins, prévenus, partie civile) aux procès du jour, de se déplacer dans les allées, jusqu’à la barre.

« Qu’est-ce qu’il y a ici de particulier ce matin ? », avons-nous demandé à notre voisin de banc. « C’est un monsieur qu’on a accusé de coups et blessures sur des gens, dans une affaire de lotissement, au secteur 15 de Bobo-Dioulasso. Une grande partie de ce monde est venue pour le soutenir », a-t-il répondu. Lorsqu’ils firent leur entrée dans la salle, les juges eux-mêmes, semblaient embarrassés, à la vue de ce public nombreux. Afin d’éviter que le procès ne dégénère, le président du Tribunal a rappelé à cette assistance particulière, quelques règles à respecter lorsqu’on assiste à un procès : « Nous vous invitons à rester calmes et à éteindre ou mettre sur vibreur vos téléphones portables. Ici, ce n’est pas l’arbre à palabres », a-t-il dit en substance. Le procureur lui aussi, s’est vu obligé à un moment donné, de se retourner pour chasser ceux qui avaient envahi les fenêtres.

Quant à NS, le prévenu qui avait fait le déplacement du palais accompagné nombreux supporters, le Tribunal a donné les conseils suivants : « Il faut plutôt demander à tes gens de faire la paix. La foule n’a jamais fait libérer, ni condamner quelqu’un. La mobilisation ne changera rien à la procédure ». Ce procès qui s’annonçait pourtant palpitant, n’a malheureusement pu se tenir, car NS a refusé de se faire juger en l’absence de son avocat. Les juges ont donc renvoyé le procès au 8 juin 2012.

Rassemblés par Moustapha SYLLA

Sidwaya

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