KOUDOUGOU GABRIEL ILBOUDO, PRÉSIDENT DE L’UNCOOPEL : « Courant, c’est courant ! Peu importe qu’il soit sur poteau-bois »

mercredi 2 mai 2012 à 02h03min

Organisation faîtière créée dans le cadre de la mise en œuvre de l’Electrification rurale décentralisée (ERD), l’Union nationale des coopératives d’électricité (Uncoopel) joue le rôle d’interface entre le segment gouvernemental, le Fonds de développement de l’électrification (FDE) et les bénéficiaires. Son bureau exécutif de neuf membres, présidé depuis 2009 par Koudougou Gabriel Ilboudo, apporte sa contribution à la réussite du processus dont le point d’orgue est la réalisation d’un taux national de couverture de 60% à l’horizon 2015. Agent des douanes à la retraite, ce sexagénaire bénévole passe en revue l’opération « Electricité pour tous » en mettant en exergue ses acquis et ses insuffisances ainsi que les opportunités de développement offertes aux zones reculées par cette nouvelle approche.

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Sidwaya (S.) : En tant que premier responsable de l’organisation faîtière des coopératives d’électricité, quelle est votre appréciation générale de la Politique nationale d’électrification rurale en cours au Burkina Faso ?

Koudougou Gabriel Ilboudo (K.G.I.) : A mon humble avis, le processus d’électrification rurale n’a pas été bien coordonné au départ. Il a semblé une sorte d’antagonisme entre les activités de la Sonabel, l’opérateur historique et les interventions du FDE destinées exclusivement aux zones rurales. Il fut un temps où les populations ont cru à une sorte de concurrence entre ces deux maillons d’un même système visant à accroître la couverture électrique. Il eut fallu apporter une assurance autour de cette incompréhension et cette mauvaise lecture à la base. Ce vide n’ayant pas été comblé de sitôt, la machine a innocemment paru avec une grippe.

Néanmoins, depuis que le directeur général de la Sonabel a été porté à la tête du département en charge de l’Energie, il est en train de travailler à dissiper cette mauvaise lecture de la mise en œuvre du programme national d’électrification rurale. Il ne cesse de rappeler aux uns et aux autres que c’est une volonté du gouvernement sous-tendue par deux structures dont les missions sont clairement définies et leurs actions se mènent en synergie. Il a multiplié les réunions et aujourd’hui on peut se réjouir un tant soit peu. Sa sincérité exprimée au plus haut a doublement mis les pendules du programme à l’heure et arrêté une certaine hypocrisie.
Désormais, les opérations d’éclairage s’entourent des forces réelles d’un duo et d’un tandem entre la Sonabel et le FDE, de plus en plus remarqués sur le terrain. Ces deux structures se donnent les coudées franches pour leur réussite. Cette collaboration réelle mue d’une assistance mutuelle conforte les bénéficiaires de l’électrification rurale dans les appuis en matière de gestion financière et technique. Ce recadrage a rassuré et a redonné une certaine confiance.

S. : Quels sont les défis qui se posent à votre association au fur et à mesure de l’évolution du processus d’électrification rurale ?

K.G.I. : Les Coopel sont confrontées à des défis énormes. Au-delà des compétences humaines et techniques qui leur manquent de façon criante, elles doivent faire face à un besoin sans cesse croissante de la demande. Toutes les études de faisabilité menées au départ sont aujourd’hui dépassées dans la quasi-totalité des localités éclairées. Il faut bien réfléchir au revers de ce succès et trouver rapidement un palliatif. L’inadéquation entre l’offre et la demande constitue aujourd’hui une source d’incompréhension et de grogne. L’activité des Coopel englobe la production, la distribution, la fourniture et la facturation. Malgré l’assistance d’un fermier, une entreprise spécialisée, le bureau de douze personnes s’avère insuffisant pour offrir les services. D’ailleurs le boulot repose le plus souvent sur quelques trois ou cinq membres au plus. Parce que les Coopel fonctionnent sous le volontariat. C’est parfois insupportable quelle que soit la bonne volonté de certains membres du bureau. Quand une coopérative atteint cinq cent (500) abonnés, elle devient une structure lourde.

L’idéal serait qu’en ce moment, le FDE se concerte avec la SONABEL pour prendre en compte certaines activités de ces Coopel. Les dossiers les dépassent et étouffent leurs actions. Un soutien de la Sonabel à la maîtrise de la clientèle abonnée serait salutaire pour minimiser un tant soit peu les interventions des fermiers qui coûtent de plus en plus très chères. Dans le contexte actuel, il est impossible d’imaginer un plan d’investissement pour accroître les équipements et satisfaire la demande. Nous sommes en train de réfléchir avec la Banque régionale de solidarité (BRS) sur la possibilité d’ouvrir une ligne de crédit aux Coopel afin qu’elles puissent procéder à leurs extensions.

S. : Quels sont succinctement les victoires que vous avez pu engranger au fil du temps ?

K.G.I. : L’existence d’une organisation faîtière telle l’Uncoopel a l’avantage d’entretenir un dialogue permanent avec les parties prenantes au programme d’électrification rurale. Nous sommes l’interface entre les populations bénéficiaires et les structures du gouvernement. Pour cela, nous portons les difficultés à leur connaissance et nous nous impliquons, dans un élan participatif, à la recherche des solutions. Nous participons au Casem du ministère de l’Energie et sommes membres du conseil d’administration du FDE et de bien d’autres instances. Cette présence permet d’aplanir bien de divergences. Au début, les factures de la Sonabel à l’endroit des Coopel incluaient la TVA. Non seulement, notre union est parvenue à surseoir à cette taxe mais aussi, elle a obtenu une harmonisation du tarif de kwh à 75 F CFA comme cela est pratiqué dans la tarification de la Nationale d’électricité.

Nous avons aussi obtenu que le gasoil utilisé par les Coopel disposant de groupes électrogènes diesel soit subventionné à hauteur de 80% par l’Etat. C’est une réalité aujourd’hui même si cela ne parvient pas toujours à mettre les utilisateurs à l’abri d’éventuelles ruptures de carburant dues à un manque de prévisions. Cela continue de constituer un fardeau pour le consommateur.

Il en est de même de l’appui budgétaire devenu plus substantiel dont l’Uncoopel bénéficie actuellement. Il est passé de 25 millions à 30 millions F CFA. Cette augmentation résulte des négociations savamment engagées par l’Union afin de disposer d’assez de ressources pour entreprendre davantage le renforcement des capacités de ses membres. Le volet « renforcement de capacités » de nos membres a reçu l’assentiment de la Banque mondiale qui a consacré des ressources pour des formations très utiles aux Coopel. Nous nous réjouissons du reste que nos sollicitations et nos doléances sont toujours accueillies avec le plus grand intérêt par le FDE qui reste notre partenaire privilégié. Les Coopel en sont une émanation et leurs actions s’inscrivent dans les missions globales assignées à cette structure de l’Etat. L’encadrement du Fonds est essentiel sur tous les plans pour la promotion et l’épanouissement des sociétés coopératives.

Dans la même dynamique, nous avons lancé la réflexion autour d’une centrale d’achat en vue de pouvoir bénéficier des exonérations du matériel (compteurs, câbles..). Nos interlocuteurs nous ont toujours accordé une oreille attentive. Seulement, les capacités de notre bureau exécutif ne permettent pas de nous engager sur autant de fronts avec la détermination qui sied et une espérance avérée de résultats à court terme. J’avoue que c’est difficile. Il faut songer à établir un équilibre entre l’immensité de la tâche et la consistance des compétences de la branche opérationnelle de l’Union.

S. : Quel est votre avis personnel sur le prétexte de poteaux-bois notamment employés de plus en plus en avant par les populations pour refuser des installations ?

K.G.I. : Ces prétextes relèvent d’une étroitesse d’esprit entretenue par des prétendus intellectuels de la ville pour saper l’œuvre de développement du gouvernement et le désir d’épanouissement socioéconomique des populations rurales. Il n’y a aucun inconvénient à ce que le courant électrique soit porté par des poteaux-bois d’autant plus que le programme d’électrification rurale s’inscrit dans un souci de réduire les coûts. Et cette option est une alternative intéressante. A dire vrai, les préoccupations des populations se résument à l’accès ou à la facilitation d’accès à l’énergie électrique à travers une adéquation permanente de l’offre et de la demande.
Le reste n’est qu’une exploitation malsaine d’une œuvre dans laquelle elles sont souvent prises en étau, ne mesurant pas toujours les tenants et les aboutissants. Un simple aperçu dans la sous-région et l’on se rendra compte que le Burkina Faso a même traîné à emprunter l’alternative des poteaux-bois. Des pays nantis comme la Côte d’Ivoire ou le Ghana s’en inspirent depuis longtemps. Pourquoi pas le nôtre ? C’est de la manipulation malsaine sous-tendue par des desseins inavoués qui sont contre la quête du bien-être des populations.
A Mogtédo, les poteaux sont en bois et cela n’empêche cette localité de se positionner comme une commune en pleine expansion depuis son éclairage.

L’électricité transfrontalière qui dessert le Nahouri à partir du Ghana est tenue par du bois, … Malgré l’intégration de Boussé dans le réseau Sonabel au terme de plusieurs remous, les poteaux-bois demeurent. Lorsqu’on ne dispose pas d’assez de moyens pour combler ses besoins de développement, il faut savoir saisir les opportunités du moment. Les alibis utilisés pour refuser les poteaux-bois ne tiennent pas du tout. Ils sont souvent fondés sur des comparaisons infantiles et dangereuses pour la Nation. Courant, c’est courant. Et c’est ce que les populations veulent et réclament. Nous suggérons seulement que les bois utilisés dans les poteaux soient de qualité pour allier quiétude et durabilité.

Que la population comprenne une chose, une fois pour toute : il n’y a pas de courant de Sonabel d’un côté et celui du FDE de l’autre ; il n’y a ni sur-courant ni sous-courant ; il n’y a ni courant-de-luxe ni courant-de-pauvre. C’est la même électricité avec les mêmes ampères et les mêmes tensions partout au Burkina Faso quand l’opération d’électrification est réalisée. L’on peut épiloguer sur l’insuffisance de l’offre et sur ce point, l’Uncoopel en est consciente et mène âprement la réflexion dans le souci de parvenir un jour à une adéquation avec la forte demande voire assurer une fourniture permanente. Mais de là, à remettre en cause la qualité de l’électricité, c’est malhonnête.

S. : Comment avez-vous accueilli du 13 au 17 février 2012, le séjour de six membres du Club « ER » venus s’inspirer de l’expérience burkinabè en matière d’électrification rurale ?

K.G.I. : Lors de leur séjour au Burkina Faso, les représentants des six pays membres du club « ER » ont été effectivement reçus à notre siège. Ils se sont très intéressés au mode d’organisation et de fonctionnement de notre Union ainsi que des efforts consentis par nos membres pour assurer leur mission. Nous nous sommes sentis honorés à plusieurs titres.

Malgré les insuffisances et les faiblesses de notre Programme que nous n’ignorons pas, il y a néanmoins de réels motifs de satisfaction au point que notre pays soit cité en exemple sur le continent. Tout Burkinabè devrait se sentir fier devant une telle reconnaissance extérieure. Les missionnaires se sont aussi rendus à Saponé dont je suis le président de la Coopel. Ils ont eu des séances fort enrichissantes de discussion intenses avec les membres du bureau, le personnel d’appui et les techniciens. La méthode burkinabè pour conduire l’opération et ses innovations les ont simplement épatées.
Les membres du club « ER » n’ont pas manqué de reconnaître que nous sommes en avance sur leur pays respectif et promis de mettre à profit les enseignements de leur séjour pour améliorer le système en place chez eux. Particulièrement, ils ont été émerveillés par l’utilisation du système SWER et la méthode du fil de garde isolé perçus comme des technologies d’avant-garde.

Même le poteau-bois que nous refusons a vu ses vertus mises en exergue par nos visiteurs qui les utilisent à grande échelle depuis des décennies dans leur pays. Nous sommes contents de ces lauriers mais nous allons refuser de dormir dessus car nombreux sont encore les défis à relever.

Enok KINDO

Sidwaya

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