Société : Quand le PMU’B monte à la tête

jeudi 26 avril 2012 à 00h51min

Le Pari mutuel burkinabé (PMU’B), un produit de la Loterie nationale burkinabè (LONAB) promet " la fortune en fin de course " à ceux qui sauront faire les bons classements. Pour ce faire, depuis quelques années, la LONAB a rapproché plus les Burkinabè de ce produit à travers les clubs PMU’B qui concurrencent les maquis par leur proximité et leur nombre. Nous avons voulu à travers ce reportage décrire la ’’vie’’ dans ces clubs.

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Goughin, zone industriel. Il est 9h45. Au club du Pari mutuelle burkinabè (PMU’B), deux personnes sont assises sur l’unique banc. Ce jeudi 19 septembre, elles tentent de trouver les bonnes combinaisons numériques qui leur permettraient d’être les heureux gagnants du quarté de ce jour. Leur habillement : pantalons et tee-shirts tachés d’huile ; ce sont des travailleurs qui exercent dans le domaine de la mécanique. Sous leurs yeux, le journal hippique distribué gratuitement par la Loterie national burkinabè (LONAB). De temps à autre, elles feuillètent d’autres documents qui se trouvent sur la table. Il y en a 3 : Pronostic défis, Stato Turf, France Turf.

Ce sont des extraits photocopiés des deux derniers qui sont disponibles. Dans ces documents, des classements proposés par des média, des spécialistes et même des combinaisons dites ‘‘scientifiques’’ dont les auteurs définissent en ces termes : « la synthèse du classement théorique, des PAB, de la presse, de l’étude des lignes de référence et pour le trot, de la qualité de l’engagement ».

Des aspects astrologiques aussi s’y mêlent dans les extraits de France Turf. En consultant notre signe astrologique, pour ce qui est du mois d’avril 2012, on trouve les indications suivantes : « chance : concentrez-vous sur les courses départ auto sart ; les meilleurs jours du mois 3, 14, 16 ; chiffre bénéfique : 6 ».

Derrière le guichet, un jeune homme. Comme par un enchantement, 7 parieurs entrent dans le club avec leurs combinaisons en main. « Il n’y a pas d’électricité » leur fait-on savoir. « Vous ne payez pas vos factures d’électricité ? » ironise l’un deux. « Il faudrait vérifier si le problème n’est pas au niveau du compteur », conseil un autre.

Dans cette discussion mêlée de plaisanterie, une dame fait son entrée. Elle affiche la liste des non partants officiels. Pour le quarté de ce jeudi, il y a les numéros 2, 7. Nouvelles informations, nouvelles combinaisons pour certains. Un parieur prend appui sur la table. Son journal hippique est plein de classements. Ils les réajustent et fait de nouveaux classements. La dame est la responsable du groupe des agents de la LONAB de ce club. Elle est rejointe par une demoiselle. Ils sont maintenant trois derrière le guichet. « C’est la première fois que nous assistons à une coupure d’électricité à un jour ordinaire, sinon, ce sont les samedi et les dimanche qu’on voit cela », dit elle. « Envoyez vos combinaisons pour ceux qui ne sont pas loin. Je vais les enregistrer et à 10h30mn s’il n’y a toujours pas d’électricité, je vais débrancher la machine et aller à ECOMAF » dit-elle. « Et si là-bas, il n’y a pas de courant ? » rétorque un parieur. « Il y a toujours l’électricité là-bas », répond-t-elle.

Aux inquiétudes des parieurs succède la joie de pouvoir jouer avant la clôture officielle des paris prévue pour 11 heures. Rapidement, un rang se forme.

« Dieu merci »

Quelques parieurs ont fait enregistrer leur combinaison. On entend un clic. L’ampoule s’est allumée. La joie est manifestée. Un parieur s’exclame : « Dieu merci ». Il est 10h. Dans une heure, les paris doivent être terminés conformément à ce qui est mentionné dans le journal hippique.

Echange d’argent contre ticket. « Vérifier votre monnaie avant de partir » dit-on comme un refrain derrière le guichet. « Si vous avez 100 francs, je vous donne 1500f », dit-on à un parieur. « Je vais rester à côté et chercher d’autres classements » dit un parieur quand il y a des difficultés à lui trouver sa monnaie.

Un homme d’une cinquantaine d’années n’a pas pu se patienter comme ce dernier. « Tu as ma monnaie ! Pourquoi tu trembles ? », s’adresse-t-il au jeune homme derrière le guichet dans un accent de colère. « Il a peur de ce qu’il a dans la main » dit un parieur. « Tonton, Sougouri (NDLR : faite pardon) » s’excuse la dame auprès du quinquagénaire qui prend sa monnaie et sort en fulminant. Les paris continuent dans l’espoir de pouvoir avoir sa part dans les 34 millions en jeu pour ce quarté.

Même après avoir joué et à quelques minutes de la clôture des paris, on pèse et sous pèse les classements et même en composer de nouveaux.

Un homme d’une quarantaine d’années, son ticket de 200 francs en main, consulte les documents sur la table. Après quelques minutes, il se décide à faire une nouvelle combinaison et se dirige à nouveau au guichet à moins de 15 minutes de la fin des paris.

« Moi en tout cas je vais aller au village prendre du ‘‘Wack’’ »

Club PMU’B Larlé. 18h37. L’agent de la LONAB remplit quelques paperasses, tout en suivant de la variété musicale sur la chaîne de télévision ‘‘BF1’’. Onze personnes sont assises. Certains dévisent. D’autres en silence, l’air sérieux, très sérieux, un stylo dans la main et les yeux braqués sur le journal hippique du ‘‘4+1’’ du vendredi 20 avril. 49 millions sont en jeu.

A cette heure de la soirée, le club est un lieu de rencontre et d’échange et de passe temps entre parieurs et aussi de commentaires sur les derniers résultats de la course. « Si j’avais joué le 5 j’aurait gagné le désordre », regrette un turfiste.

Après quelques minutes d’écriture hésitante, un parieur se dirige vers le guichet. « Je vais jouer d’abord 5-8-16-7-3 » dit-il à l’agent. Il s’agit du quinté favoris du journal hippique. Il prend son ticket de 300 francs CFA et revient s’asseoir pour feuilleter une fois de plus le journal hippique. « Excusez-moi, je demande votre bic » dit-il à son voisin. Il établit un nouveau classement sur une feuille remplie de combinaisons numériques.

Une autre méthode de turfiste est celle dite ‘‘scientifique’’. Le parieur choisit les meilleurs chevaux qui ont les bonnes cotes ; les meilleures performances et chronomètre ; les meilleurs classements des médias. A partir de ces 4 rubriques, il établit les favoris. Puis, il compare son résultat aux favoris du journal hippique. Sa combinaison se fera sur la base des numéros qui se trouvent dans les deux rubriques.

Des opérations à fatiguer les méninges. Tous espèrent un jour décrocher le gros lot à l’image d’un témoignage de la soirée de cet homme qui a fait un classement sans trop se cacher la tête. N’ayant pas de l’argent pour jouer, il a emprunté 100 francs CFA. Les Dieux étaient avec lui ce jour puisqu’il a gagné une somme de 6 millions de francs CFA qu’il partagea en part égale avec celui qui lui avait prêté l’argent.

« Ceux qui gagnent aux PMU’B ne se fatiguent pas », conclut un homme d’une quarantaine d’années. « C’est parce que nous connaissons trop qu’on ne gagne pas », soutient un parieur.

Un autre, quant à lui, a trouvé la solution : « Moi en tout cas je vais aller au village prendre du ‘‘Wack’’. On m’a dit de venir », dit-il. Si cette phrase a suscité quelques sourires aux lèvres, il n’en demeure pas moins que tous espèrent un jour « la fortune en fin de course » car quand on commence à jouer, « on ne peut plus arrêter » s’exclame le turfiste qui a opté pour la méthode du quinté favori.

Par Jean-Paul Bamogo


Perdre ou gagner, le bénéfice à la Nation ?

Il y a deux semaines environ, nous étions en train de faire réparer notre moto en panne quand un homme, en haillon et visiblement trempé de béton, est arrivé sur un vélo vieil d’un certain nombre d’années. Il demande à notre mécanicien s’il a joué au quarté de la veille. La réponse a été affirmative. Mais tous les deux affirment avoir fait la mauvaise combinaison. Le mécano dit avoir fauté sur un chiffre (un 13 à la place d’un 3). Son interlocuteur affirme avoir dépensé près de 7 500 F CFA dans son jeu. Cette dernière information nous a intrigué. Car, celui qui venait de me joindre chez le mécano est ouvrier maçon et se débrouille dans les différents chantiers pour vivre. Il avait reçu 10 000 francs la veille et c’est dans cette somme qu’il a puisé les 7500 F CFA pour jouer au PMU’B pour finalement, ne rien gagner. Malgré tout, a estimé notre ami , l’espoir fait vivre et un jour il réussira à empocher un pactole. Il n’est pas à son premier jeu et nous fait savoir que l’argent qu’il a injecté dans le jeu suffit pour construire une maison de 20 tôles en banco. Pour le moment, il se débrouille dans une maisonnette de 10 tôles avec une femme et deux enfants. Qu’importe !!!

Dans les clubs PMU’B, on rencontre généralement les mêmes têtes et aux mêmes moments. Les parieurs qu’on y trouve sont généralement des personnes d’origines diverses mais surtout des gens modestes, des ouvriers et des retraités. Les gourous jouent aussi. Alors qu’est-ce qui motive ces parieurs ? Qu’est-ce qui les motive au point qu’on soit capable de prendre son salaire journalier pour injecter dans le jeu et rentrer bredouille en famille au risque de croiser les yeux soucieux et interrogateurs de Mme et des enfants ?

Les explications sont multiples mais le point commun reste la recherche de l’argent. Dans les têtes des parieurs que nous avons rencontrés, l’intime espoir est de décrocher une cagnotte dans l’ordre des millions à l’exemple des gagnants présentés dans la presse. Dans les faits, il n’y a rien à leur reprocher. Qu’ils dépensent des milliers de F CFA, qu’ils perdent ou qu’ils gagnent, tout cela rentre dans les principes du jeu et chacun est libre de faire ce qu’il veut.

Cependant, ne doit-on pas, à un certain moment, interroger les pratiques de certains parieurs qui en font pratiquement un métier et qui se convainquent que la résolution de leurs problèmes passe par un tour de magie et de hasard. La question est d’autant importante, sociologiquement et socialement parlant, que des individus lient leur avenir à la loterie avec toutes les conséquences que cela entraine En plus, qu’un monsieur qui brasse des milliers de F CFA dans le mois dépense d’une certaine manière dans la loterie, peut paraître normal ; mais qu’un ouvrier qui gagne au chantier 1000 F CFA la journée, se permette de l’investir dans ce type de jeu pour finalement perdre et se mette à quémander pour manger, cela amène à réfléchir.

Dans tous les cas, et pour ne pas offusquer les promoteurs de ce type de jeu, nous dirons que chacun est libre de faire ce qu’il veut et nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude. L’espoir fait vivre. Jouer à la loterie aussi. Car qui sait, au détour d’un chiffre et d’une combinaison, on peut changer sa vie comme d’autres d’ailleurs. Pourquoi les autres et pas moi ???

Si cette maxime est vraie pour tous ceux qui, une fois en passant s’essaient à la loterie, elle est plus vraie pour ceux qui semblent y consacrer un temps assez important. Au bout du compte, il y a des intérêts économiques en jeu et qu’on perd ou qu’on gagne, le bénéfice est à la nation entière, à ce qu’on dit.

Par Michel NANA

Bendré

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Vos commentaires

  • Le 26 avril 2012 à 15:59
    En réponse à : Société : Quand le PMU’B monte à la tête

    Il est dit dans le livre : "Oh les croyants, le vin, les jeux de hasard, les pierres dressées, les flèches de divination ne sont qu’une abomination du diable ! Quand est ce que vous allez y mettre fin, afin que vous réussissez !"
    Et eux (les lecteurs du livre) sont les plus grands joueurs de PMUB !
    Maintenant, les incrédules veulent une explication scientifique !
    Je ne vais pas évoquer les théorèmes de la probabilité ou de la statistique que certains ne pourront comprendre par carence intellectuelle !
    Je vais juste illustrer la situation par un exemple simple compréhensible par la vieille Nopoko depuis son village perdu de konkistenga dans les confins du Burkina !
    Une illustration simplifiée :
    Un jeu de PMUB.
    10 parieurs, chacun mise 1.000 F, donc au total 10.000F.
    Supposons qu’on a un seul gagnant !
    A votre avis, il va empocher combien ? 5.000 ? 6.000 ? 7000 ? 8.000 ? 9.000 ? 10.000 ? (Certainement pas et tous vous savez pourquoi !)
    A supposer que le gagnant perçoive 8.000F, il est content, car il réalise un gain net de 7.000F (8000-1000=7000) ! (C’est là l’intervention du Diable !!!)
    Mais à coté de lui, 09 perdants (dont chacun a perdu 1.000F : l’abomination) et l’organisateur du jeu (dans notre exemple la LONAB) qui empoche 2.000F.
    Maintenant quand on regarde collectivement les joueurs de PMUB c’est exactement quelqu’un qui chaque jour va jouer pour 10.000F et « gagne » 8.000F (en réalité il perd 10.000-8.000=2.000F/jr) et il s’estime heureux !!!!!!!!
    C’est du nom sens : ainsi se comporte l’ensemble des joueurs de PMUB !!!
    Question : Le livre pouvait il ne pas prohiber les jeux de hasard ?!

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