La friperie qui fait flipper

jeudi 26 avril 2012 à 00h51min

Les Ouagalais aiment trop la Sap, autrement dit, l’art de se vêtir avec goût. Sortez et regardez autour de vous, la voisine qui se pavane avec son ensemble tailleur, le voisin qui joue au patron dans sa veste…
Tout ça c’est friperie !
Même moi, mon jean et tee-shirt viennent de là-bas. Au cours d’un séminaire, je me suis amusée à compter le nombre de tenues made in friperie. Et cela faisait 17 sur 25 participants habillés en tenue friperie soit 68%. Je jubilais car je n’étais pas la seule à en porter. Même le conférencier en avait porté : une veste plutôt en forme que j’ai cru voir dans une de ces boutiques de Zogona.

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Mais pas de précipitation, il y a des gens quand même qui portaient le prêt-à-porter made in France ou USA ou China. Eux, ils ont les moyens. Là aussi, je me demande comment un fonctionnaire de son état, salaire à peine 100 000 FCFA peut se permettre de payer ces tailleurs de 400 000 FCFA pièce. Pour reconnaître le corrompu, le voleur, il faut regarder par là aussi.

Bref, j’arrête de juger sur les apparences car chacun connaît son talent. Le mien, c’est de découvrir la perle rare. Dans le tas de chemises qu’on me propose, je fouille et refouille jusqu’à ce que je la trouve. Sinon, je migre vers un autre hangar et je recommence la recherche. Vous savez, le coin de friperie est un lieu de rencontre. J’y ai déjà trouvé une amie, la go chic du quartier. Celle qui a tous les gars dans son sac… Oui celle-là, réaction de la pépé : elle s’est cachée. Entre nous aussi, il n’y a pas de mal à venir ici. Avec ces temps durs, il faut penser à sa bourse pour payer de la qualité à moindre prix.

La robe que l’on allait payer en boutique à 50 000 FCFA dans la friperie tu l’as à 2000 FCFA.

Les commerçants ont compris ça et ont commencé à augmenter les prix. Comme d’habitude, c’est le consommateur qui perd. Tu prends ou tu laisses, parole de commerçant. Mais conseil d’une personne bien avisée : désinfectez toujours tout ce que vous payez si vous ne voulez pas vous retrouver à l’hosto avec des démangeaisons et autres maux. La gale du premier propriétaire n’est peut-être pas loin.

Ça ne fait pas rire les couturiers et vendeurs de vêtements locaux. Un marché s’essouffle au profit d’un autre, celui du produit d’occasion qui arrive d’ailleurs. Dans les conteneurs d’habits, il y a également d’autres produits tout aussi prisés : chaussures, ceintures, chaussettes, dessous, casseroles, livres, meubles…

Des boutiques spécialisées dans la vente de ces bric à brac se développent, on s’y précipite une fois par semaine pour les vider. Dans une de ces boutiques, j’avais un abonnement systématiquement. Le vendredi, je suis calé à 6h à lorgner les autres clients qui, comme moi, attendent l’ouverture à 8H. A peine la porte ouverte, le monde se rue et chacun cueille ce qu’il peut. Le jour où j’y ai renoncé, c’est celui où ma sœur (fidèle comme moi) à trouver un plat en aluminium d’un genre assez suspect. Elle s’imaginait déjà en train d’y préparer son ragout.

Mais la forme de la chose était trop louche, je prends mon courage à deux mains et me renseigne chez mon voisin. Réponse de ce fin connaisseur : « voisine c’est un crachoir ». Le blanc à l’hôpital, il crache dedans.

Mes yeux s’ouvrent : nous les Africains, nous sommes une poubelle. Ce qu’ils ne veulent pas chez eux, ils les jettent ici !

Je me rappelle tous ces habits, chaussures, dessous … qu’on voit au marché. Ça vient d’où ?

Portés par qui ? Envoyés ici par qui ?

Burkina Faso, l’un des plus grands producteurs de coton, ne peut même pas se le procurer à moindre coût. Il faut attendre que le mec de l’autre côté de la terre ait finit d’en jouir pour nous le renvoyer dans un piteux état. Et on se réjouit quand le gars l’a à peine effleuré. Ça fait pitié, mon coton va servir correctement ailleurs et me revient amorti. Au moins, la matière rentre au bercail. Les échanges c’est bien mais franchement nous-mêmes, on doit refléchir si nous devons tout accepter, chez nous, des crachoirs, des camisoles, des slips tachés, des … Pour ce qui est des voitures et tout ce qui nous pollue l’air. C’est un sujet dont je parlerai un autre jour. Aujourd’hui, c’est la petite bricole venue d’ailleurs qui m’intéresse.

L’Africain aime ce qui vient d’ailleurs. Le complexe jusqu’aujourd’hui existe. Le pot déjà utilisé est réutilisable ici. On peut penser que la pauvreté est une raison mais je crois fermement que nos achats doivent être raisonnables. Ne pas payer des jouets pour les touts petits dans ce fouillis, pas de dessous, pas de produits alimentaires, pas d’objets suspects… mieux vaut prévenir que guérir. Parlez-en à vos frères au village qui n’auront pas la chance de lire Bendré et qui risquent de se cuire un ragout dans un crachoir.

Bendré

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Vos commentaires

  • Le 26 avril 2012 à 10:30, par Salowmoon
    En réponse à : La friperie qui fait flipper

    Le problème c’est que le plus souvent pour les petites "bricoles" comme vous dites, impossible de concilier qualité et coût.

    - Soit "c’est Made in China", moins cher et à durée de vie ultra courte (si ce n’est pas carrément dangereux à utiliser).

    - Soit c’est "Made in USA" ou "Made in EU" donc trop cher pour le commun. Et on n’est jamais sûrs de rien, ça pourrait bien être des contrefaçons "Made in arrière-boutique".

    Si vous concluez en déplorant le fait que le coton ne soit pas transformé sur place, ne faisons pas l’amalgame entre le naïf consommateur de "Fouks" et l’État souverain qui a toutes les prérogatives régaliennes pour mettre en place les conditions en vue du développement d’un secteur industriel textile national.

    D’autres part je crois me rapeller qu’il y a quelques années, notre pays voulait mettre un terme à la commercialisation des balles de "Fouks". Qu’en est-il ?

    Répondre à ce message

  • Le 26 avril 2012 à 10:36, par Arthur Salif
    En réponse à : La friperie qui fait flipper

    Cet article m’a fait marrer....Cool man..

    Répondre à ce message

  • Le 26 avril 2012 à 11:18, par Docteur Boss
    En réponse à : La friperie qui fait flipper

    Ces genres d’articles sont tellement éducatifs pour la société. Bravo. Il faut en faire large écho et s’assurer que tous les Burkinabé l’ont lu. Bravo, Bendre et au rédacteur.

    Rappelez-vous que nos politiciens nous ont fait reculer de plus de 20 ans. Dans les années 1985-1987, tous les burkinabé avaient adhéré au programme : ’’produisons burkinabé, consommons burkinabé’’

    En effet, qu’est-ce qu’un État indépendant qui ne peut même pas habiller, nourrir, donner à boire et loger tous ses habitants ? Nous sommes devenus une des poubelles du monde dit développé (riz pakistanais et taïwanais, innombrables produits alimentaires importés, non contrôlés dont regorgent nos boutiques).

    J’ai pitié, j’ai peur, je pleur pour mon pays... On peut se suffire à nous-mêmes dans ces domaines. Mais...

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  • Le 26 avril 2012 à 11:43, par Donmozoun
    En réponse à : La friperie qui fait flipper

    Bien dit ! ce n’est pas tout ce qui vient de la bas qui est bon. Franchement, a ce rythme, nous nous retrouverons avec des articles que nous ne saurons même pas ou les jeter. Nous serons un vrai depotoir et je me demande ce que les autorités font dans ce sens. Je pense qu’il ya un certain nombre d’articles dont on devrait interdire l’importation ? ce sont les dessous, la vaisselle de mauvaise qualité, les produits alimentaires de mauvaise qualité,le matériel électronique dépassé et vétuste, les matelas et que sais-je encore.Les objets vraiment utilitaires tels que les vélos et certains catégories de matériel tels que les meubles, les frigo recents, les postes téleviseurs et autres. Je suis vraiment contre les matériel informatique désuet qui ne contribue qu’à polluer nos pays. Chacun doit être responsable dans l’acquisition de matériel d’occasion. Les voitures (Mercedes 190, 250 et autres qui ont 30 ans d’age) doivent être interdits.

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  • Le 26 avril 2012 à 16:34
    En réponse à : La friperie qui fait flipper

    Le premier combat auquel l’Afrique devrait se livrée est surtout le combat psychologique. L’objectif étant de faire savoir aux africains que l’amélioration de leurs conditions de vie peut être atteint. Cela chassera du même coup ce complexe des africains que tout le monde minimise alors qu’il est la cause de stagnation de nos pays !!!!!!

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  • Le 26 avril 2012 à 17:16, par kasidibii
    En réponse à : La friperie qui fait flipper

    bien vu bendre. Mais le problème de l’Afrique c’est nous africains. On refuse le développement. pourquoi les pays développés ne veulent plus de ces produits ? p parce qu’ils polluent la nature, dangereux pour la santé. Tout cela n’inquiète pas nos dirigeants car ils n’ont pas de problèmes ;pourtant c’est la nature à nous tous qui est en danger.

    Répondre à ce message

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