XVE ÉDITION DE LA JOURNÉE NATIONALE DU PAYSAN : Echanges directs avec le chef de l’Etat

lundi 23 avril 2012 à 01h15min

Le clou de la XVe édition de la Journée nationale du paysan (JNP) débutée le 19 avril, a été l’échange direct que le Président du Faso, Blaise Compaoré, a eu avec les producteurs, le samedi 21 avril 2012. Durant plus de trois heures, le chef de l’Etat, accompagné du Premier ministre, des ministres en charge de l’Agriculture, des Ressources animales et de l’Environnement, a répondu aux préoccupations des paysans.

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Le face-à-face entre le Président Blaise Compaoré et les producteurs, le samedi 21 avril 1012, a permis, une fois de plus, d’évoquer les principales préoccupations des paysans burkinabè. La tente dressée à cet effet, à la résidence du président du Faso, à la périphérie Nord de Ouahigouya, était pleine à craquer. Après les discours introductifs, la région de la Boucle du Mouhoun a ouvert le bal des questions (Ndlr : le passage des représentants était par ordre alphabétique des régions). Ainsi, la Boucle du Mouhoun a été suivie (pour ce qui concerne la première vague de questions) des régions des Cascades, du Centre, du Centre-Est, du Centre-Nord, du Centre-Ouest, du Centre-Sud. Les représentants des producteurs de la région de la Boucle du Mouhoun ont relevé, entre autres préoccupations, l’exode rural en saison sèche à cause du déficit d’eau, le manque de projets et programmes d’envergure dans la région.

Sans oublier le manque de bonnes routes. Ils ont souligné aussi que les quelques projets finissant, n’ont pas de résultats concrets. « Pour toutes ces raisons, nous demandons la mise en place d’un véritable programme de développement intégré dans la région, la mise en place de programmes spécifiques de construction de petits barrages dans la région, la reconstruction de pistes et routes départementales », ont-ils posé comme doléances. En réponse, le ministre en charge de l’Agriculture, Laurent Sédogo, interpellé, a évoqué les efforts consentis par l’Etat en ce qui concerne la maîtrise d’eau dans toutes les régions en général et dans la Boucle du Mouhoun , en particulier.

Le ministre Sédogo est appuyé par le Premier ministre, Luc Adolphe Tiao, qui reconnaît que beaucoup d’efforts ont été consentis et continuent d’être faits au profit de la Boucle du Mouhoun, notamment en ce qui concerne les routes et les aménagements agricoles. Il a cité, la route Bobo-Dioulasso-Dédougou, déjà bitumée, le bitumage en cours de la route Koudougou-Dédougou, l’aménagement de 2033 hectares de bas-fonds pour les producteurs dans le Sourou, etc. Luc Adolphe Tiao a avoué que beaucoup reste à faire dans la Boucle du Mouhoun, tout comme dans les autres régions, mais a invité les producteurs à véritablement se mettre au travail au lieu d’attendre que le gouvernement fasse tout à leur place.

Comment canaliser l’exode rural

Une vision partagée par le président du Faso qui, dans son mot introductif, a exhorté les paysans à adopter des attitudes de producteurs modernes. « On ne peut plus continuer à faire de l’agriculture comme nos arrière-grands-parents le faisaient. Le monde a évolué. Il faut que les mentalités des agriculteurs aussi évoluent », a indiqué Blaise Compaoré. Quelles dispositions comptez-vous prendre pour réaliser des infrastructures hydrauliques et pastorales dans notre région, car c’est l’une des plus pauvres dans ce domaine ? » Telle a été l’une des questions des représentants de la région des Cascades. Les autres préoccupations des producteurs ont porté sur la réhabilitation des barrages, la question de semences, les conflits fonciers…

La question de l’exode rural et de l’immigration a été également évoquée par plusieurs intervenants. Les paysans regrettent que beaucoup de leurs fils quittent leur terroir pour rejoindre d’autres lieux où ils escomptent avoir de meilleures conditions de vie. Mais le président du Faso estime que l’immigration et l’exode rural ne sont pas spécifiques au Burkina Faso. « Le problème de l’immigration est partout dans le monde. Ainsi, vous verrez des Américains, des Chinois, des Taïwanais… qui quittent leurs pays pour d’autres cieux. C’est la nature de l’homme qui, de temps en temps, préfère aller chercher ailleurs. Chez nous, c’est encore pire puisque depuis la colonisation, on nous a appris à faire des va-et-vient chez des voisins », a –t-il dit. Néanmoins, Blaise Compaoré est d’avis que l’Etat doit continuer les efforts pour maintenir les jeunes dans leurs régions respectives. « Ce qui peut amener les jeunes à rester dans leurs régions, c’est par exemple, aménager des bas-fonds, des vallées, comme c’est le cas au Sourou, à Bagré, etc. », a souligné le président Compaoré.

Pour lui, il faut continuer aussi à ériger les centres de formation dans les régions et adapter la formation aux besoins spécifiques des zones concernées.
La deuxième phase des échanges a porté sur les préoccupations de six autres régions du pays (l’Est, les Hauts-Bassins, le Nord, le Plateau central, le Sahel et le Sud-Ouest) ainsi que celles de la Confédération paysanne du Faso (CPF).

Les préoccupations de six régions

Les producteurs de la région de l’Est ont évoqué les difficultés d’accès aux intrants agricoles, le manque de retenues d’eau et les conflits récurrents liés à l’occupation des espaces de production. Pour cela, ils ont demandé au gouvernement l’aménagement des zones pastorales et de mettre en place une centrale d’achat des intrants agricoles. Quant aux représentants des Hauts-Bassins, ils se sont plus intéressés aux dispositions prises pour satisfaire leurs besoins en tracteurs afin de leur permettre d’accroître leurs rendements. Les producteurs de la région-hôte de la XVe JNP (Nord) ont signifié au gouvernement qu’ils sont confrontés aux problèmes cruciaux d’eau qui entravent la pratique de leurs activités agrosylvopastorales. Il en est de même pour l’approvisionnement des semences pour la culture maraîchère.

A ce niveau, ils ont souhaité une subvention comme cela se fait pour les semences céréalières. En outre, les paysans du Nord ont voulu savoir où le gouvernement en est avec les travaux d’aménagement de 1000 hectares d’espaces agricoles annoncés depuis plusieurs années autour du barrage de Toécé, communément appelé « barrage Oumarou-Kanazoé ». Au niveau du Plateau central, il a été signalé la vétusté de plusieurs barrages devenus vulnérables avec une nette réduction des superficies irrigables. C’est pourquoi, les producteurs de la région ont émis le vœu de voir instaurer un Fonds national de secours d’urgence et de réhabilitation des barrages sinistrés.

Tout comme à l’Est, les conflits entre agriculteurs et éleveurs ont été cités comme une préoccupation majeure du fait du manque de pistes à bétail pour accéder aux points d’eau. Une autre préoccupation relative à la transformation des produits forestiers non ligneux en vue d’accroître les retombées financières sur les ménages ruraux a été évoquée. Les éleveurs du Sahel, eux, ont souhaité la construction de boulis pastoraux pour résoudre la question d’abreuvement des animaux. Ils ont aussi sollicité la construction d’une usine de production d’aliments pour bétail à base de produits locaux. Quant aux agriculteurs, ils se sont plus intéressés à l’aménagement des bas-fonds pour le développement des cultures vivrières et fourragères.

Dans le Sud-Ouest, la floraison des sites d’orpaillage et leurs conséquences néfastes sur l’environnement, les hommes et les animaux inquiètent les producteurs. C’est pourquoi, ils ont interpellé le gouvernement pour qu’il se penche sérieusement sur la question. Les paysans ont également déploré l’absence d’ouvrages d’envergure dans la zone qui puissent mobiliser l’eau pour les activités agricoles. A la suite des représentants des six régions, ceux de la CPF ont décliné leurs attentes. Ainsi, le président de l’Union nationale des producteurs du coton du Burkina (UNPCB), Karim Traoré, tout en déplorant la crise qui a secoué la filière en 2011, a souhaité un appui aux producteurs victimes de ladite crise, un accès facilité des intrants de production et un appui pour l’acquisition d’un fonds destiné à l’achat des intrants. Le vœu du président de la CPF, Bassiaka Dao, est de voir l’agriculteur doté d’un statut et que son métier soit reconnu et valorisé. Quant à l’Union nationale des producteurs semenciers, elle a lancé un cri du cœur afin que les paysans utilisent les semences améliorées.

Réponses du gouvernement

Tour à tour, les membres du gouvernement, notamment les ministres en charge de l’Agriculture, Laurent Sédogo, de l’Environnement, Jean Coulidiaty, des Ressources animales, Jérémy Tinga Ouédraogo, et du Commerce, Patiendé Arthur Kafando, ont apporté des réponses aux préoccupations posées. Sur la question des barrages à l’Est, Laurent Sédogo a annoncé qu’un recensement des anciens barrages est en cours et que des aménagements seront faits sur les pourtours afin de permettre la culture irriguée. Il a aussi signalé que des mesures ont été prises pour l’acquisition de 125 tracteurs pour les Hauts-Bassins. Pour le cas du Nord, le ministre Sédogo a annoncé la construction, cette année, de nouveaux barrages pour pallier le problème d’eau. Selon lui, il est prévu 1015 ha à aménager au niveau du « barrage Oumarou-Kanazoé » et les études sont achevées.

Il a, en plus, relevé que le barrage de Guitti, qui connaissait des difficultés d’ordre technique, sera livré en mars 2013. « Ce barrage a une double vocation : alimentation en eau potable de la ville de Ouahigouya et aménagement hydroagricole », a précisé M. Sédogo. A l’en croire, d’autres retenues d’eau et des aménagements hydroagricoles seront réalisés dans le Plateau central, le Sahel et le Sud-Ouest. Pour répondre aux préoccupations de la CPF, Laurent Sédogo a rappelé que l’opération "100 mille charrues" sera bientôt une réalité. Il a tout de même fustigé les failles au sein de l’UNPCB qui ont conduit à la crise en 2011. Quant au ministre en charge de l’Environnement, Jean Coulidiaty, il a évoqué l’organisation des foires régionales sur les produits forestiers non ligneux en vue de leur valorisation et la mise en place d’un fonds d’indemnisation pour venir en aide aux victimes des aires protégées. Sur la question des sites d’orpaillage traditionnels, il a souligné que la solution, c’est leur fermeture et d’ajouter qu’il faut mettre l’accent sur la sensibilisation en ce qui concerne le phénomène des sachets plastiques.

Le ministre des Ressources animales, Jérémy Tinga Ouédraogo, lui, est revenu sur la nécessité du respect de la réglementation, en vue d’éviter les conflits entre éleveurs et agriculteurs. A l’entendre, d’autres dispositions ont été prises pour pallier ces problèmes. A propos de la commercialisation du bétail, celui-ci a ajouté qu’il est prévu la construction de la route Oursi-Déou avec un budget d’à peu près 1,5 milliard de FCFA pour assurer la desserte du marché à bétail de Déou. Enfin, le ministre en charge du Commerce, Arthur Kafando, a rassuré les cotonculteurs que plus de 10 milliards de FCFA ont été mobilisés pour l’acquisition des intrants. Il a, en outre, déclaré qu’un processus a été engagé pour améliorer le climat des affaires au Burkina et attirer plus d’investisseurs agricoles.

Avant le face-à-face entre le président du Faso et les producteurs, le chef du gouvernement, Luc Adolphe Tiao, s’est exprimé sur la JNP et les opportunités qu’elle offre. Pour lui, la Journée nationale du paysan est « véritablement un cadre de dialogue qui permet annuellement à tous les acteurs du secteur, de se trouver pour faire le point sur l’état du secteur, de prendre de nouvelles mesures et résolutions pour une agriculture encore plus performante ». Les échanges ont été organisés de telle sorte que chaque région ait deux représentants dont une femme (sauf la région du Centre qui avait un seul représentant). Ils passaient devant le président Blaise Compaoré pour exposer les préoccupations de leur région respective. A la fin des débats, les participants ont décidé que la prochaine édition de la Journée nationale du paysan se tienne dans la région des Cascades, avec pour chef-lieu Banfora, la cité du Paysan noir.

Alban KINI (alban_kini@yahoo.fr) & Mady KABRE


Les acteurs apprécient

Jérémy Tinga Ouédraogo, ministre des Ressources animales : « Les préoccupations des éleveurs portaient essentiellement sur la sécurisation foncière. L’essor économique que connaît notre pays met une pression très élevée sur les terres. Des terres qui, préalablement, étaient réservées à l’activité d’élevage, sont aujourd’hui occupées pour d’autres activités alors que nous savons tous que le secteur de l’élevage, au plan économique, est un secteur de création de richesses. Comment sécuriser donc ces terres pour que ce secteur continue de produire des richesses pour notre pays ? La deuxième préoccupation a porté sur des éléments technologiques pour valoriser toute l’activité agricole et surtout sylvo-pastorale.

Et là, le biodigesteur est ressorti comme une technologie à vulgariser à l’échelle nationale. Enfin, la question de l’alimentation du bétail est revenue, notamment en ce qui concerne la fabrique d’aliment complet pour le bétail. Les producteurs ont voulu savoir ce que fait le gouvernement et surtout à quand les premiers sacs d’aliment pour bétail au regard de l’usine que nous sommes en train de monter en ce moment. Ces préoccupations ont trouvé des réponses. Pour l’aliment de bétail, nous avons pris l’engagement qu’au mois de juillet, les premiers sacs seront mis à la disposition des éleveurs. Une question d’ordre transversal est celle du financement de l’élevage dans son ensemble. Les réponses que nous avons données sont surtout pour rassurer quant à la décision du gouvernement de compter sur ses propres ressources pour financer le secteur avant de compter sur l’apport extérieur.

Laurent Sédogo, ministre de l’Agriculture et de l’Hydraulique : « Les préoccupations qui ont été exposées sont très légitimes. Ce que j’ai constaté, c’est la maturité qui se dégage, la méthode que nous mettons de plus de plus dans le cadre de ces rencontres avec le Président du Faso. Il y a eu un travail qui a été réalisé auparavant. Chaque producteur, qui est venu s’exprimer, a indiqué que c’était à l’issue des fora régionaux puis a présenté ses préoccupations. Il y avait beaucoup à dire, mais pour une rencontre comme celle-là, il fallait aller à l’essentiel. Il y a un certain nombre d’aspects qui reviennent, mais que l’on met en rapport avec la réalisation de nos objectifs.

De toutes les préoccupations exposées, l’essentiel tournait autour de la question de la maîtrise de l’eau. C’est donc une revendication essentielle qui est là pour laquelle nous devons travailler avec les organisations paysannes pour affiner d’abord, nos méthodes de planification et que les gens comprennent, qu’il y ait plus de transparence et qu’ils sachent à quoi s’attendre. Nous allons essayer d’améliorer tout cela et puis faire en sorte que chacun puisse disposer de l’information afin de rassurer également les autres producteurs. Enfin, j’ai vu que les organisations faîtières sont de mieux en mieux organisées et posent des questions de fond. Il est vrai que tout n’est pas parfait, mais de plus en plus, les organisations faîtières, à travers la CPF, la Chambre nationale d’agriculture, vont canaliser tous ces problèmes qui viennent de la base pour d’abord apporter leurs propres solutions concrètes ».

Jean-Paul Sawadogo, directeur général de la SOFITEX : « J’ai pu constater toute la maturité au fil des ans, des journées de programmation tant dans l’organisation, tant dans le thème, la discipline des acteurs et des différentes actions qui sont prises en termes d’engagement aussi bien de la part des producteurs que de la part du gouvernement. Nous sommes satisfaits du fait que les autorités du pays, les paysans eux-mêmes accordent une grande importance à la question de l’agriculture au Burkina. Cela se dénote à travers des différents débats qui se sont tenus et les différents engagements que les producteurs ont eu à prendre. Nous espérons que les uns et les autres vont travailler à la concrétisation de ces engagements pour permettre au Burkina Faso d’assurer la modernisation et la transformation de son agriculture pour répondre aux défis nouveaux ».

Joseph Marie Bationo, Fédération des Unions des producteurs d’oignon de Ténado : « Notre rencontre avec le président du Faso s’est bien déroulée. Nous attendons et nous souhaitons que ces engagements pris soient une réalité. Je me dis que cette année, on espère que ça sera de la réalité puisque c’est nous -mêmes qui avons organisé cette 15e édition des JNP. Donc, il faudrait qu’on réussisse et pour réussir, il faudrait qu’on aille à la pratique et qu’on applique réellement ce que nous avons décidé et nous mettons à l’épreuve nos propres forces pour pouvoir mesurer nos forces et nos faiblesses ».

Bassiaka Dao, président de la Confédération paysanne du Faso : « Les échanges avec le président du Faso se sont bien passés. Les journées des paysans visent à pouvoir exposer les différentes préoccupations que le monde rural rencontre et de pouvoir échanger pour trouver des solutions. On s’est bien compris sur le thème « Modernisation et professionnalisme de l’agriculture : rôles et responsabilités des acteurs ». Chaque acteur doit travailler à apporter sa contribution pour que notre secteur agricole se modernise et se professionnalise. Il faut que l’agriculture soit un corps de métier reconnu. Le gouvernement a pris l’engagement d’accompagner les organisations paysannes professionnelles agricoles et le secteur privé à mieux jouer leur rôle. Au niveau des agriculteurs, les organisations professionnelles ont pris un certain nombre d’engagements par rapport à la campagne à venir ».

Propos recueillis Par Jean-Victor OUEDRAOGO, Enok KINDO & Saibou BARRY

Sidwaya

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