Vision Express sur… : Nos us et coutumes face à la démographie et la mondialisation

mercredi 18 avril 2012 à 02h04min

A Liaba, village du département de Kouka dans les Banwa, le décès d’un être humain était une tristesse générale. A chaque fois qu’il y avait un décès, tout le village portait le deuil jusqu’à la fin des rites funèbres. Cette attitude s’observait pour tous les âges. Autrement dit, la mort du bébé, du jeune ou du vieillard attristait la population au même degré. Pourvu qu’il s’agisse d’une mort d’Homme. L’être humain était véritablement sacré sous nos cieux. C’est la raison pour laquelle sa disparition causait une consternation générale et profonde. A Broutou dans le département de Sidéradougou dans la Comoé, à Djissanga dans le département de Djigouéra dans le Kénédougou… c’était le même comportement chez les populations.

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De nos jours, la mort n’est plus une tristesse. Pendant qu’un corps sans vie est dans la famille, au village ou dans le voisinage, nous sommes imperturbables dans nos projets. Si ce n’est le téléphone qui crépite pendant qu’on creuse la tombe, il le fait pendant la levée du corps. Les causeries dans les lieux de décès traitent souvent de tout, sauf de la mort elle-même. Que dire de la mort des personnes nanties ? Avant qu’on ne donne au défunt sa dernière demeure, des héritiers légaux ou illégaux n’hésitent pas à se disputer ses biens. Le tam-tam, le balafon, le n’goni et on en oublie, qui « chantaient » la mort dans nos sociétés, sont supplantés par la musique moderne. Ainsi, lors des veillées funèbres, la musique moderne berce les oreilles selon les nouveautés du moment.

Tout comme la mort, les signes précurseurs n’ont plus d’effet dans nos sociétés. Nous considérons comme signes précurseurs, tout symbole physique ou même spirituel qui annonçait le bien ou le mal. Par exemple, dans certaines communautés, la vue du serpent de couleur verte annonce une mort imminente dans la famille de la personne qui l’aura vu. Tout comme le serpent, un groupe de fourmis découvertes dans votre habitation, surtout quand elles portent leurs œufs à la recherche d’un abri, cela annonce un bonheur (naissance, argent, mariage…).

Nos ancêtres pouvaient déduire ce qui les attendaient à destination à partir des signes précurseurs. Par exemple, si au cours du voyage, un oiseau chante à votre droite, ou un animal quelconque traversait votre route de la gauche à la droite, le voyageur initié pouvait en tirer une conclusion. Toutes ces valeurs culturelles, qui faisaient notre fierté autrefois ont disparu. Et le nombre élevé de la population de façon générale y est pour beaucoup. La mort n’attriste plus. Elle ne fait même plus peur. Car les enfants n’ont pas peur de regarder un cadavre. A cette démographie, il y a le fait que le monde est devenu accessible. La télévision, la vidéo, le net et que sais-je encore, ont ouvert le monde à tous. Rien n’est surprenant pour nous. De notre chambre, nous pouvons faire le tour du monde grâce à l’Internet.

Facilement nous nous identifions aux autres qui en réalité n’ont pas les mêmes réalités culturelles que nous. Progressivement nos us et coutumes sont en train de disparaître au profit de ce que nous recevons de l’extérieur. Une situation qui est très déplorable, car nous n’avons pas su faire la part des choses. Au lieu de prendre une partie de ce que nous recevons comme culture d’autrui, nous avons totalement abandonné la nôtre devenant ainsi des receveurs de culture qui de plus en plus n’en donne pas.

Souro DAO /daosouro@yahoo.fr

L’Express du Faso

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