Réfugiés maliens au Burkina : "Que nous réserve cette junte ?"

vendredi 6 avril 2012 à 02h11min

Premier constat en cette deuxième visite chez les réfugiés maliens au Burkina après celle de février (Cf. L’Observateur Paalga du mardi 28 février 2012) : les tentes HCR sont bel et bien présentes sur les sites définitifs (Mentao-Sud et Damba dans le Soum ainsi que Ferrerio dans l’Oudalan). La tournée avec la Croix-Rouge burkinabè, les 30 et 31 mars 2012, a été l’occasion de rencontrer de nouveau les Maliens déplacés dans les provinces du Soum et de l’Oudalan et d’égrener de nouveau leur chapelet de problèmes. Ces derniers s’inquiètent de la prise du pouvoir par la junte militaire dans leur pays.

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Une antenne Canalsat (qui marche effectivement) parmi les tentes des réfugiés maliens installés sur le site de Mentao-Sud (province du Soum) ! On croirait vite à un mirage sous l’effet du soleil de plomb de ce vendredi 30 mars 2012. Pourtant, le dispositif est bien réel et fonctionnel bien que, faute d’abonnement, seule la chaîne nationale, la RTB, peut être captée et même pas tout le temps. Et ce, au grand désarroi de Mohamed Ould Baba, le propriétaire, qui a acquis le kit à 45 000 F CFA à Djibo (chef-lieu de la province).

Assis sur un « lit Piquot » devant sa « maison » à l’ombre d’un hangar de paille où une grande gourde d’eau en peau de chèvre (dont la fraîcheur n’a rien à envier à celle d’un canari traditionnel) à côté d’une moto et d’une charrette, ce berger de 48 ans, arrivé il y a environ un mois avec sa famille, de 12 personnes, pleure encore la perte, dans la fuite, de son cheptel, de près de 400 têtes : « Je ne sais pas où ils sont et je ne sais pas si je vais les retrouver à mon retour parce que je ne sais même pas quand est-ce que je vais retourner. » Seul réconfort pour Mohamed, l’assistance multiple qui leur a été apportée dès leurs premiers pas sur la terre des hommes intègres : « Al ham doulilah, ça va bien ! Merci aux Burkinabè, à la Croix-Rouge, au HCR et à tout le monde ! »

A peine prenons-nous congé de Mohamed que surgit un monsieur. « Oui ? Je suis le chef de fraction ! » nous dit-il sur un ton martial. Une fois notre identité déclinée, il se présente à son tour : Mohamed Ould Ina, chef de la « fraction » de 40 « maisons » où nous nous trouvions, avant de nous assurer que tout va bien : « Walahi, il n’y a aucun problème ! ». Reconnus officiellement par le gouvernement malien, les chefs de fraction, qui ont des cartes précisant leur date de nomination et leur Cercle (région administrative), sont des responsables de groupes de familles, appelés « fractions ».

Nous avons en fait commis un crime de lèse-majesté en ne passant pas voir Ould Ina avant de nous entretenir avec les membres de sa « fraction ». Hormis l’animation autour des tentes HCR en train d’être dressées, sur le site de distribution de kits de survie, où les esprits s’échauffent rapidement, et à la fontaine, où de jeunes filles batifolent gaiement en recueillant de l’eau, la vie semble paisible à Mentao-Sud (qui est habitué à recueillir des réfugiés maliens, puisque certains y avaient déjà trouvé refuge de 1994 à 1998 lors de la première rébellion), retenu par le gouvernement pour servir de site définitif d’hébergement dans la province du Soum (avec celui de Damba).

Devisant sous les tentes, certaines femmes même se font coquettes avec des masques de beauté à base de lait et d’argile appliqués sur le visage. Les enfants, eux, vaquent à leur occupation favorite : le jeu. Certains s’émerveillent devant leur photo et manque d’en redemander : « Faut m’écrire encore une photo ! » La situation au Mali est suivie par les réfugiés.

Tout en louant l’aide à eux apportée par les différents organismes et les autorités du Burkina, Mohamed Ag Maha, le secrétaire chargé des Relations avec les partenaires du Comité des réfugiés de Mentao-Nord, s’inquiète de l’avenir de son pays : « On a suivi à la radio que des militaires ont pris le pouvoir, on a beaucoup peur, on ne sait pas ce qui va se passer maintenant. » Un autre, Ital Noutt, lui, ne décolère pas face à la prise du pouvoir par la junte : « On a tellement œuvré à la démocratie et au pouvoir du peuple en Afrique que s’il suffit qu’un homme ait une kalachnikov pour réduire le peuple au silence, c’est grave. J’ai peur, quand ça pète d’est en ouest, c’est grave ! »

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Mohamed Ould Baba se désole de ne pouvoir utiliser pleinement son antenne Canalsat

Moussa Ag Mehidi, lui, se demande ce que leur réserve cette junte et appelle à l’aide de la Communauté internationale pour une sortie de crise paisible et définitive.

Retour de la paix et de la quiétude, restauration effective de la démocratie sont les souhaits des réfugiés rencontrés.

Cap sur Ferrerio (Province du Soum), le plus grand site d’hébergement de réfugiés, avec plus de 1500 ménages, en ce matin du samedi 31 mars 2012. Là, pendant que la distribution de vivres du PAM bat son plein, un petit groupe devise autour de marchandises étalées sur une natte et où on peut acheter notamment du couscous, du thé, des pagnes et le chèche des Touaregs. Pour acquérir le tissu de 5 m servant à confectionner le fameux turban, il faut débourser 3000 F CFA.

L’achat d’un turban donne droit à un cours gratuit de nouage du chèche ; les instructeurs doivent cependant s’y prendre à deux pour faire ma coiffure. D’autres organismes, arrivés nouvellement sur le site, s’entretiennent avec des groupes de réfugiés pour déterminer leurs besoins spécifiques selon le domaine d’action de la structure. Les principaux besoins ont pour noms : eau, santé, nourriture, abris et éducation des enfants.

Ces différents volets sont pris en compte dans l’installation des différents sites, dont le choix tient également compte de la proximité avec la population autochtone et des terres cultivables, au dire du Coordonateur national chargé de la préparation et de la réponse aux catastrophes à la Croix-Rouge burkinabè, Modeste Konkobo. La prise en charge des cheptels burkinabè et malien (qui comptait plus de 5000 têtes lors du dernier recensement) à travers la garantie des soins des bêtes et leur pâturage n’est pas non plus oubliée dans l’assistance aux personnes déplacées du Mali, assure le chef de l’équipe d’urgence du HCR basée à Dori, Wella Kouyou.

Un planning est prévu par le PAM et la Croix-Rouge pour une distribution mensuelle des vivres à l’ensemble des réfugiés au Burkina à partir de ce mois d’avril. A en croire Wella Kouyou, l’assistance va se poursuivre tant que les réfugiés demeureront sur le territoire burkinabè, mais va évoluer progressivement vers l’auto-prise en charge. Pour ce faire, une évaluation des différentes capacités des arrivants sera faite, et une formation effectuée afin de leur permettre d’exercer un métier pour gagner leur pain quotidien. Un proverbe chinois ne dit-il pas : « Donne un poisson à un homme, il mangera un jour. Apprends-lui à pêcher, il mangera toute sa vie » ?

Hyacinthe Sanou

L’Observateur Paalga

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