Mutinerie à la police nationale : Les affairistes n’ont pas été sanctionnés !

mardi 27 mars 2012 à 13h01min

On le sait : les policiers ont manifesté le 28 avril 2011. Suite à cette mutinerie, une commission d’investigation, puis un Conseil de discipline avaient été mis en place et ont rendu les conclusions de leurs travaux qui révoquent quelques 136 policiers, mettent un à la retraite anticipée et blâment 33 autres. Le Conseil des ministres du mercredi 07 mars 2012 a entériné les conclusions du Conseil de discipline proposant les sanctions appliquées. Dans l’arrêté N¨2012-053 portant révocation des fonctionnaires de police, il est écrit : « participation à un acte d’indiscipline caractérisé », « insubordination » ; « attitude ou comportement attentatoires à l’éthique ou à l’honneur du corps ».

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Depuis que la liste des sanctionnés a été rendue publique et que les informations commencent à sortir des commissariats, on est en droit de s’interroger sur les raisons de la mutinerie et les circonstances liées à sa gestion au regard de certaines pratiques qui ont cours au sein de la police.

La dernière nouvelle, émanant de l’institution, est la révocation du Directeur de la Police nationale, le commissaire Paul Sondo. Il a été débarqué de ses fonctions le 21 mars 2012, soit deux semaines après la publication de la liste des radiés. Il est difficile d’établir les liens entre le départ de Sondo et la mutinerie, mais quelque chose nous dit qu’il paie à son tour. Le gouvernement a-t-il voulu assumer sa responsabilité comme il en a été dans d’autres cas ? Alors, que reproche-t-on à Sondo ?

Le 28 avril 2011, il y avait plusieurs policiers au Commissariat central de police de Ouagadougou. Plus d’une centaine à ce qu’on dit. D’aucun même avance un chiffre de 700 au motif que ce jour-là pour maintenir la troupe qui y était, le ministère aurait débloqué 700 000 F CFA pour la restauration à raison de 1000 fr par personne. Difficile de vérifier ces faits. Du reste ce n’est pas important. Par contre, même si on partait du principe qu’il n y avait qu’une centaine, c’est cette centaine qui devrait répondre collectivement du manquement au code de déontologie de la police nationale. Comment se fait-il donc qu’extraordinairement au commissariat central, le Conseil de discipline n’a trouvé que neuf personnes à sanctionner ? Question : Où sont passés les autres ???

Evidemment, il ne nous appartient pas de dire que tel ou tel individu mérite ou ne mérite pas d’être sanctionné ; mais dans un souci d’équité et de justice, le mode opératoire aurait dû être le même pour tous. Mais on constate que le Conseil de discipline a fait l’exploit de trouver dans un ensemble un groupe de fautifs comme si ce groupe avait réussi l’exploit d’obliger d’autres à prendre des armes, à les charger et à tirer.
Du reste, le rapport du Conseil est d’ailleurs récusé par nombre de révoqués qui disent vouloir porter l’affaire devant les juridictions compétentes.

On notera au passage que deux mois après la mutinerie, l’ensemble du personnel de la police a reçu 100 000 francs et les élèves 50 000 francs.
Si on sait que l’effectif général de la police est d’environ 7000 agents, on peut dire que quand ça crépite, on sait où trouver l’argent.

La gestion opaque à la police

L’exemple type a été donné par le commissariat de police de Tanghin Dassouri. Selon une information publiée par nos confrères de Mutations, le ministère de la Sécurité a relevé l’ensemble des éléments de ce commissariat. Une entreprise de construction, en l’occurrence Fadoul aurait sollicité un service au commissariat en vue d’assurer la sécurité au cours de ses travaux. Le commissaire qui aurait reçu le pactole (400 000 F CFA et 100 000 F CFA de bon de carburant) aurait tout simplement soutirer une partie de l’argent pour n’en présenter que 300 000 F CFA à ses éléments qui, humant la tromperie, auraient exigé des clarifications, sans quoi, ils ne rendraient pas le service demandé. Devant le refus du commissaire de leur dire la vérité, ils auraient tous refusé de s’exécuter. Le ministre ayant appris la nouvelle a sanctionné toute l’équipe.

C’est exactement ce qui passe au sein de la police et qui explique en partie cette mutunerie du 28 avril. A Ouagadougou par exemple, les banques de la place, les entreprises, certaines institutions sollicitent les services de la police pour leur sécurité. Ces services sont facturés par jour et par élément. Ce sont des millions de Francs que la police engrange. Le problème, les agents qui font le boulot ne bénéficient pas du pactole. Ou plus exactement, ils reçoivent des miettes. Tous les deux mois, ils recevraient chacun, quelque chose de 14 500 ou de 17 500 F CFA pour les services qu’ils rendent. Au niveau des banques, le service est payé à 11 500 F CFA par élément et par jour.

Le comble de ce deal, car c’est un deal, c’est que les factures de ses services ou missions sont réglé au directeur régional de la police ou au commissaire. Il n’y a aucun texte en vigueur qui réglemente cette pratique.

Voilà comment les choses se passent

Des sociétés, organismes et structures diverses font appel aux services des agents de la police et apparemment sur la base de factures émises par les différentes hiérarchies de la police nationale. Ces services sont facturés 11500f/Jour/ agent. Quand la structure demanderesse paye, le chèque est émis au nom du commissaire d’où l’agent vient ou du directeur régional de la police. Qu’est ce que le trésor public y gagne ? zéro ! Qu’est-ce que la police en tant qu’institution y gagne ? zéro ! Par contre, cette manne qui peut se chiffrer en deux mois entre 20 et 30 millions à ouaga est repartie, selon des documents retrouvés dans un bureau lors de la mutinerie, pour une période de deux mois et avec une recette de 25 706 500 Fr de la manière suivante : 10% pour la direction régionale de la police (pour ne pas dire le directeur), 15% pour le commissariat central, 5% pour la direction générale de la police et la direction de la communication, 70 % pour le personnel.

Multipliez une telle situation sur toute l’étendue du territoire et vous verrez qui doit être révoqué et faire l’objet de poursuites judicaires !


Les récriminations contre Sondo

Le commissaire aurait encouragé les mutins du 28 avril 2011, allant même, dit-on, à leur donner de l’argent et passant dans les camps pour leur apporter son soutien moral. Il aurait remis 150 000 F CFA aux éléments à chaque étape de sa tournée et 100 000 F CFA aux policiers stagiaires. Est-ce bien vrai ? Dans tous les cas, pendant les auditions du Conseil de discipline, son nom aurait circulé et les mauvaises langues vont jusqu’à soutenir que des témoins ont été soudoyés pour le dénoncer. Le Conseil a d’ailleurs précisé dans son rapport qu’il faudrait entendre et sanctionner ceux dont les noms reviennent régulièrement. Supposons que, effectivement Sondo ait été sanctionné pour son rôle dans la mutinerie, prenons aussi acte avec le Conseil de discipline que les 136 radiés, le retraité anticipé et les 33 blâmés soient des pillards, des meneurs entre autres, pense-t-on qu’on aurait évacué certaines questions fondamentales de la manifestation des policiers ?

Pabèba Sawadogo

Bendré du 26 mars 2012

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