Ex-agents de Faso Fani : Le soleil tarde à se lever pour des déflatés

lundi 26 mars 2012 à 02h47min

En 1990, 154 agents de la défunte société d’Etat, Faso Fani, ont été licenciés. Selon les déflatés, les clauses de la radiation n’ont pas été respectées. Ils ont alors engagé une bataille judiciaire contre le géniteur de ladite entreprise. En attendant le verdict, Sidwaya s’est intéressé à la « souffrance » de ces personnes qui estiment être des laissés- pour-compte.

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« Après le licenciement de notre époux de Faso Fani, les choses se sont compliquées dans la famille. Plus d’argent pour se nourrir convenablement, impossibilité pour nos enfants de poursuivre les études », explique Kadidiatou Traoré, troisième épouse d’El hadj, Salif Ouédraogo. Comme si le sort s’acharnait sur la famille Ouédraogo domicilié au secteur N° 10 de Koudougou, El hadj a rendu l’âme quelques années plus tard. Mais les épouses Ouédraogo n’ont pas baissé les bras. Elles exercent chacune de son côté, une petite activité pour survenir aux besoins de leurs progénitures. Ce cas est le quotidien de bon nombre de ménages suite à un licenciement effectué par la défunte société d’Etat, Faso Fani, le 15 août 1990.

En effet, à cette époque, l’usine battait de l’aille. Pour la redresser, le conseil d’administration d’alors, en sa séance du 28 mai 1990, avait pris deux mesures. Premièrement, il a été décidé de réduire l’effectif du personnel par la compression de personnel et deuxièmement, la diminution de la masse salariale par l’abattement des salaires de 25%, 20% et 11%, selon les différentes catégories. Mais lors de l’application de ces décisions, les responsables de l’entreprise ont inversé la donne. Ils ont procédé au rabattement du panier de la ménagère avant de mettre à la rue 154 agents. « Ils ont ainsi payé nos droits de licenciement en tenant compte du nouveau barème des salaires. D’où notre déception.

Nous avons subi les deux mesures. Cela n’est pas normal. C’est une double sanction. Certains de nos camarades n’ont pas reçu de l’argent leur permettant de ramener leur famille au village. Nous étions contraints de se cotiser pour eux », affirme le président du collectif des travailleurs déflatés du 15 août 1990 de Faso Fani, Simon Kaboré. De son avis, il ressort que le rabattement devrait s’appliquer à ceux dont les postes n’étaient pas menacés. En retour, les licenciés devraient avoir leurs droits en conformité avec leurs anciens salaires et avantages. Pour obtenir réparation de ce qu’ils ont qualifié « d’injustice criante », M. Kaboré et ses amis ont entrepris des démarches, des années durant, auprès des autorités compétentes (inspection du travail du Centre-Ouest, gouvernorat du Centre-Ouest, Médiateur du Faso…) « Nous espérions régler le problème à l’amiable », souligne-t-il. Après moult tractations dans les coulisses, sans gain de cause, le dossier a été porté en justice en 2010. Ainsi, le tribunal de travail de Koudougou a été saisi.

Au terme du jugement, le 16 juin 2011, le verdict fut un goût amer pour les ex-agents. Le tribunal, après jugement, a rendu la décision en déclarant que l’action de payement des droits légaux des travailleurs, des gratifications de fin d’année de 12 mois de salaire brut à titre de dommages et intérêts introduites par les travailleurs est irrecevable pour cause de « prescription ». .Après le job, pas facile d’être confronté aux dures lois du chômage
Les juges se sont basés sur le nouveau code du travail, révisé en 2008, pour trancher l’affaire. Ils ont expliqué que les nouvelles disposions stipulent que pour les salaires et les indemnités, la réclamation est prescrite après 5 ans.

Pourtant, de l’avis d’un spécialiste du droit, comme « la loi ne disposant que pour l’avenir », le fait de se fonder sur une nouvelle loi pour juger un problème qui s’est produit depuis 1990 n’est pas juste. Il aurait fallu rechercher la solution dans le code de 1962. Cette disposition ne prévoyait pas de prescription. Convaincus qu’ils ont raison sur toute la ligne, ces ex-travailleurs ont fait appel auprès de la Cour d’appel de Ouagadougou. Après avoir été renvoyé trois fois à ce nouveau tribunal, le dossier suit toujours sont cours et est programmé au rôle, le mardi 27 mars 2012.

En attendant de savoir à quelle "sauce ils seront mangés" au prochain jugement, les ex-agents de Faso Fani ayant survécu au temps (74 d’entre eux ont rejoint leurs ancêtres), dans la grande majorité, appliquent le système "D" pour survivre, précise le président du collectif. Le déflaté, Jean Paul Zombré (64 ans) indique que dans de telles situations, il faut avoir une bonne épouse. « Si durant tout ce temps, je m’en sors toujours, c’est grâce à mon épouse. Elle dit toujours : tiens bon car si tu meurs je suis foutue », laisse-t-il entendre. Mais ses enfants ont dû abandonner les études, faute de moyens. Aussi, Simon Kaboré, tout en assistant impuissamment à la mort de certains de ses amis, précise que plusieurs familles n’ont plus de quoi vivre décemment.

« Nous n’allons pas dire que les gens meurent à cause de cette situation, mais si tu dois à quelqu’un, il faut le rembourser », insiste-t-il. Si certains licenciés se débrouillent pour joindre les deux bouts ou bénéficient du soutien de leurs proches, d’autres ont renoué avec le travail de la terre ou ont réussi, tant bien que mal, à se dégoter une activité, à l’image de Georgette Sougué/ Kantiono. « Après 11 ans de traversée du désert, j’ai réussi à avoir un contrat dans un service », précise-t-elle. Quant à la veuve Ouédraogo, comme bien d’autres femmes dans sa situation, elle espère que l’Etat burkinabè se penchera sur leur sort pour leur permettre de rentrer en possession du reliquat des droits de licenciement de son mari. Ainsi, ses enfants pourront utiliser cet argent pour se construire un avenir acceptable. « Dieu ne nous a pas créés en tant que ses semblables pour nous mettre dans la souffrance. Si la justice pouvait enfin résoudre ce problème pour que nous ayons la paix », conclut-elle.

Ozias KIEMTORE (kizozias@yahoo.fr)

Sidwaya

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