SITE AURIFERE DE KARENTENGA : De l’or qui divise

jeudi 22 mars 2012 à 00h13min

Le mardi 14 mars 2012, nous avons reçu une délégation du Conseil villageois de développement (CVD) de Karentenga à Kongoussi. Malick Ouédraogo et Mahama Ouédraogo, respectivement président et secrétaire général du CVD, entendent donner de la voix suite au différend qui les oppose à la Société de valorisation de minerais d’or (SVMO) de Mme Guembré Maïmounata et qui a fait l’objet de nombreuses parutions dans certains journaux la semaine dernière. Plusieurs préoccupations ont été évoquées, mais le noeud du problème reste le rejet des minerais du site dont Mme Guembré est autorisé à exploiter.

« Nous sommes venus vous apporter des éclaircissements sur la crise qui nous oppose à la SVMO suite à certaines incohérences que nous avons constatées dans certains articles de presse traitant du sujet. En effet, c’est lors des différentes formations dont le CVD a bénéficié, que nous nous sommes rendu compte que notre village ne profite pas des retombées de l’or pourtant exploité par la SVMO dans la localité. Ainsi, nous avons décidé, courant avril 2011, de vendre les rejets qui se trouvent sur le site de Karentenga au profit du bureau CVD. Approchée en son temps, Mme Guembré n’a opposé aucune résistance. Mieux, elle a même accepté, dans un premier temps, de nous acheter lesdits rejets. De 300 millions de F CFA au départ, elle a proposé 20 millions de F CFA.

Ne nous étant pas entendus sur le prix, nous avons contacté Ouédraogo Hamidou qui nous a proposé 25 millions. Etant un fils du village, nous avons accepté de lui céder les rejets, qui s’y trouvent depuis 27 ans, parce qu’il emploiera des jeunes du village pour le traitement ; toute chose qui générera des revenus pour la communauté. Mme Guembré ne s’est toujours pas opposée. Mais à notre grande surprise, le maire de Guibaré (Ousséni Vincent Sawadogo) convoque une réunion pour nous signifier que les rejets sont la propriété de Mme Guembré parce qu’elle détient un permis d’exploitation du site ». C’est en ces termes que le président du CVD de Karentenga nous a situés sur la crise persistante dans son village. Depuis lors, les deux protagonistes ont commencé à se traîner à plusieurs reprises devant les autorités locales. (haut-commissariat, mairie, préfecture…). Aucune tentative de conciliation n’a abouti. En août 2011, le ministère des Mines a dépêché une mission sur les lieux afin de trouver un compromis.

Cette initiative est aussi restée vaine parce que le ministère a signifié au CVD que la terre appartient à l’Etat (y compris les rejets). « Pendant que nous étions à ce stade, Mme Guembré a envoyé un camion, une soirée, pour délocaliser les rejets. Nous l’avons immobilisé et conduit chez le chef du village et à la police sans détruire quoique ce soit », a ajouté Malick Sawadogo dans un langage empreint de sérénité. Le CVD a aussi fait cas de certains comportements de la SVMO dans le village qui ont aggravé la situation. Il s’agit, selon lui, de la vente de l’eau du forage, de la faiblesse du prix de vente de l’or sur le site, de la présence de nombreux « étrangers » sur le site, etc.

Le samedi 18 février 2012, la crise a atteint son paroxysme avec le décès de Habibou Sawadogo qui a été pourchassée et bastonnée jusqu’à tomber dans un trou, entre 5h et 6h du matin, par les agents de sécurité de la SVMO, selon le président du CVD. Depuis ce jour, le site de Karentenga est fermé et le personnel évacué. Le CVD, tout en exhortant la justice à poursuivre et à punir les auteurs de ce drame, n’entendent pas arrêter « le combat » tant que les rejets ne leur seront pas rétrocédés. Une mission du ministère des Mines, venue à Karentenga le vendredi 9 mars 2012 pour apaiser la situation, n’a pas pu convaincre le CVD, selon son président.

La version de la SVMO

Jointe à son tour, Mme Guembré, première responsable de la SVMO, nous relate sa version des faits : « Courant avril-mai 2011, le CVD m’a informée qu’il voulait vendre les rejets qui se trouvaient sur mon site. Compte tenu de la crise qui secouait notre pays et ayant tiré leçon d’une mauvaise expérience que j’ai vécue le 1er avril 2011 suite au pillage de tous mes rejets dans le Zoundweogo contenant environ 200 kg d’or, soit l’équivalent de 2 milliards de F CFA, j’ai voulu composer avec eux pour éviter les tensions. C’est ainsi que de 30 millions de F CFA au départ, j’ai payé les rejets à 20 millions de F CFA sur proposition du même Hamidou Ouédraogo qui, d’ailleurs, paie l’or frauduleusement sur mon site au profit d’autres comptoirs. Au départ, on s’était convenu que j’allais payer les rejets pour qu’on se les partage équitablement.

Ensuite, j’allais réaliser des installations pour le traitement où il travaillera gratuitement et en contre- partie, il me revend l’or. Il a accepté le principe. Quelques jours après, le CVD m’informe qu’il prenait l’argent en totalité avant qu’on ne touche aux rejets. Il s’oppose à ce que les rejets soient traités sur son territoire du fait de la cyanuration qui est un impératif dans ce genre d’opérations. Tenant à ce qu’il y ait un bon climat, j’ai tout de même accepté en entreprenant d’autres démarches pour la délocalisation des bassins de traitement au village de Yamgwélla qui s’est dit favorable. J’ai donc fait construire deux bassins de cyanuration sur place. Et après toutes ces démarches entreprises, le CVD est revenu me dire que Hamidou propose 25 millions de F CFA et qu’ils sont favorables à sa proposition.

Approché de nouveau, Hamidou me signifie qu’il allait effectuer le traitement hors de mon périmètre mais notre accord ne tient plus parce qu’il s’engage à payer lui seul. Ne pouvant pas l’obliger à me vendre l’or extrait hors de mon périmètre, je me suis opposée à la vente en faisant valoir finalement les textes (article 46 du code minier). Pour l’histoire de la benne, elle était venue faire un prélèvement pour les essais à Yangwélla qui nécessitait environ 10 tonnes de rejets. J’ai hérité du site avec le forage et je l’ai modernisé en l’équipant d’un système automatique qui a d’ailleurs connu trois sabotages de la part des villageois. C’est pourquoi je demande 150 F par fût et un forfait de 100 000 F CFA par mois pour les orpailleurs pour pouvoir mettre le carburant et assurer les entretiens courants. Pour ce qui concerne le décès de la femme, c’est dans la nuit du 17 au 18 février 2011 que des femmes sont montées sur la colline pour voler les minerais.

Ayant aperçu la patrouille, elles ont pris la fuite et c’est dans ces circonstances que l’une d’entre elles a perdu la vie en tombant dans un puits d’orpaillage. Les services compétents ont été informés et le corps a été repêché par un de mes orpailleurs dans la matinée du 18 février 2011 pour l’inhumation. Je précise qu’après son inhumation, l’orpailleur (sauveteur) a été tabassé par la population et même blessé parce qu’il coopérait avec moi. Un autre a vu ses installations incendier le même jour. Le parquet de Kongoussi a même été saisi à ce sujet. Donc, je dirai que je suis prête à financer un projet d’intérêt commun à hauteur de 25 millions de francs CFA pour le village mais concernant les rejets, je souhaite que les textes soient appliqués comme le ministre des Mines l’a affirmé à la télévision nationale lors du point de presse du gouvernement le jeudi 15 mars dernier, a conclu Mme Guembré. En attendant toute action qui puisse débloquer la situation qui prévaut entre le CVD et la SVMO, le site est présentement fermé au détriments de tous. »

Asmado RABO

Le Pays

Vos commentaires

  • Le 22 mars 2012 à 14:38, par Maximus En réponse à : SITE AURIFERE DE KARENTENGA : De l’or qui divise

    Oh l’or n’est il pas entrain de devenir une malédiction pour notre pays ?au tant de mécontents dans les zones ou l’or est extraite !

    Répondre à ce message

  • Le 22 mars 2012 à 15:27, par Wendkouni En réponse à : SITE AURIFERE DE KARENTENGA : De l’or qui divise

    Le Burkina rentre dans une nouvelle phase concernant l’extraction de nos matières premières. Il est impératif que l’état mette en place un suivi concret dans le secteur. Et qu’il y’ait au travers de régles claires une transparence absolue. La vie des autochtones doit être préservée face aux matières chimiques utilisées et aux évétuelles entraves à la sauvegarde de l’espace environemental.
    C’est primordial car il s’agit de la vie de nos peuples, de nos enfants.

    Le ministère des mines est responsable...

    Au gouvernement je dis : vous êtes plus que jamais observés.

    Répondre à ce message

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