FORET CLASSEE DE DIDA : Des déguerpis prennent d’assaut le gouvernorat des Cascades

mardi 20 mars 2012 à 01h07min

Plus de 300 occupants de la forêt classée de Dida, située dans la Comoé à une centaine de kilomètres à l’Est de Banfora ont fait une descente sur Banfora, le mercredi 14 mars 2012. Ils se sont rendus au gouvernorat des Cascades, le drapeau burkinabè en main, pour demander des mesures d’accompagnement suite à leur déguerpissement de la forêt classée, souhaité par l’Etat. Mais en attendant leur départ de la forêt, ils exigent l’arrêt de ce qu’ils qualifient d’exactions des agents du service départemental de l’Environnement et du développement durable de Mangodara. Au sortir de leur rencontre avec le gouverneur, ils se sont dits satisfaits mais attendent que le gouvernement leur trouve un site d’accueil.

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C’est une foule semblable à celle des grands rassemblements de protestation, qui est arrivée très tôt le mercredi 14 mars 2012, devant les locaux du gouvernorat des Cascades. Plus de 300 personnes à vue d’œil, certaines sur des motos et d’autres à pied mais conduits jusqu’à l’auto-gare de Banfora par un camion. Renseignement pris, nous apprenons qu’il s’agit de producteurs établis dans la forêt classée de Dida, située à cheval entre la commune de Mangodara et celle de Ouo, à une centaine de kilomètres à l’Est de Banfora. Cette forêt, selon les producteurs, abrite plus de 200 000 personnes établies dans une vingtaine de villages.

A tous les occupants de la forêt, une mission instruite par le gouverneur de la région des Cascades, à la demande du gouvernement, et conduite par le Directeur régional de l’environnement, a, au cours du mois de février 2012, intimé l’ordre de quitter les lieux dans un délai d’un mois. Ce délai arrive à expiration en principe le 22 mars 2012 et les producteurs se sentant incapables de le respecter, ont décidé de se faire entendre. D’où cette descente à Banfora.

Mon village existe bien avant la razzia de Samory Touré

Pendant que l’un d’eux s’évertuait à nous expliquer l’objet de leur manifestation, un autre, Yacouba Ouattara qui allait se révéler plus tard comme étant le principal porte-parole de la délégation lors de l’entretien avec le gouverneur, s’avance et résume le tout en ces termes : « Nous sommes ici à Banfora parce que tout Burkinabè que nous sommes, l’Etat nous a reniés. Il nous demande de quitter les terres que nous exploitons parce que c’est une forêt classée sans pour autant nous montrer une zone où nous pourrons nous installer ». Après lui, nous avons approché les maires des communes rurales de Ouo et de Mangodara qui partagent ladite forêt classée.

Le second, Doulaye Ouattara, nous donne un aperçu des revendications de la population en quatre points. Il s’agit, en effet, du délai qu’elle juge trop court pour le déguerpissement ; de l’inexistence d’un centre d’accueil ; des exactions du service départemental de l’Environnement et du développement durable de Mangodara dont le premier responsable est accusé de tous les maux. Les habitants de Sassamba et de Goté, deux villages dans la forêt, quant à eux, récusent leur appartenance à la zone de la forêt classée au motif que leurs villages existaient bien avant même les razzias de Samory Touré dans la zone autour des années 1900 et la bataille de Tièfing. Bakary Ouattara, un vieux d’environ 70 ans, qui s’est ainsi exprimé demande, par conséquent, un nouveau traçage de la voie périmétrale de la forêt. Toute chose qui lui permettra de s’assurer, si oui ou non, il est établi dans la forêt classée.

L’Etat est-il jaloux de notre épanouissement ?

C’est sur ces faits que le gouverneur décide de les rencontrer vers 10 heures passées. Après plus de 4 heures d’explications les plaignants dont la position s’était radicalisée ont commencé à comprendre. Des détails qu’ils ont fournis, on retient, que la forêt classée de Dida est devenue une mine d’or pour les agents du service départemental de l’Environnement et du développement durable de Mangodara qui verbalisent à des sommes allant de 50 mille à 300 mille francs CFA. Même les véhicules qui viennent chercher nos productions sont verbalisés, déplorent les producteurs qui vont même jusqu’à se dire que le gouvernement burkinabè est jaloux de leur épanouissement à Dida. « Comme nous arrivons à nous réaliser par nos travaux, à nous acheter de grosses motos et à nous marier à deux ou trois femmes, l’Etat, pris de jalousie, nous demande de quitter » disent-ils sous des acclamations.

Je ne peux pas vous dire de rester alors que le gouvernement m’instruit de vous faire partir

Le gouverneur Léonard T Guira, avant tout propos, a fait savoir que la décision des producteurs de lui soumettre leur préoccupation, est noble. « Seulement, sachez que votre déguerpissement est obligatoire. C’est le gouvernement qui le demande et moi je ne peux pas vous dire de rester », leur a-t-il dit, d’emblée, avant d’ajouter que la mission conduite par le directeur régional de l’Environnement a été instruite par l’équipe du gouvernement, venue s’enquérir des préoccupations de la région en février dernier. Pour le gouverneur, cette mission avait pour but de sensibiliser les occupants et les amener à quitter la forêt. Et le délai d’un mois qu’elle a fixé, devrait l’être de concert avec vous.

A la délégation venue de Dida, le gouverneur a indiqué qu’il est également contre l’idée d’autorisation à chercher auprès du service départemantal de l’Environnement et du développement durable et qui précède leur départ. Tout en les prévenant qu’il n’y a, pour le moment, aucune mesure pour accompagner leur déguerpissement, il a signifié que les camions doivent pouvoir pénétrer dans la forêt pour effectuer les déménagements sans être saisis par les agents forestiers. « Ceux qui en ont les moyens dès à présent, peuvent partir », a-t-il lancé avant de leur demander une fois de retour à Dida, de se concerter pour trouver un délai réaliste qui doit lui être transmis au plus tard le 30 mars 2012.

Mamoudou TRAORE

Le Pays

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