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BURKINA FASO : Quand la chefferie coutumière peine à entrer dans la République

Accueil > Actualités > Opinions • • mardi 6 mars 2012 à 01h51min

Ce qui vient de se passer à Guenon (à 40 km de Pô) dépasse les limites de l’inacceptable, humainement parlant. En quelques heures, des frères se sont entretués, laissant sur le carreau des cadavres à la merci des charognards et des porcs. La chefferie coutumière, sur cette terre où tout passe, doit-elle offrir de tels spectacles insoutenables alors qu’elle fait partie du tréfonds culturel du Burkina ? Malheureusement, c’est la conséquence de la transgression des règles établies depuis des décennies, qui est à la base d’une telle violence. On le sait, dans toute chefferie coutumière, il y a des règles de succession et de fonctionnement qui sont bien connues et dont le respect constitue le ciment unificateur de la société. Quand, par le truchement des intérêts partisans, ces règles sont piétinées par des politiciens irresponsables tapis dans l’ombre et des puissances d’argent, il ne faut pas s’étonner que la cohésion sociale vole en éclats avec des conséquences dramatiques.

Mais si l’on fustige ces intrusions grossières et dangereuses, comment accepter que les familles princières n’aient pas gardé leur vigilance et aient laissé certaines personnes semer la graine de la division ? Qu’ont-elles gagné dans ces affrontements et drames humains, sinon la désolation, la rancœur, le malheur et le retard de développement de leur localité ? C’est la faute aux chefferies coutumières qui ont laissé la politique diviser leurs rangs et piétiner leurs règles d’or. Du même coup, avec les derniers évènements de Guenon, on peut se demander à quoi sert la chefferie coutumière au Burkina si elle doit entraîner des morts à chaque poussée d’adrénaline. Question existentielle.

Ce qui est sûr, ce modèle semble s’essouffler, dans une société où déjà les valeurs culturelles et humaines se désagrègent. C’est pourquoi il est important que, pour conserver la substantifique moelle, qui fait sa beauté et sa force morale, la chefferie coutumière entre dans la République. Et cela doit commencer par le recours à la justice dans les cas avérés de troubles à l’ordre public et de meurtres. Au lieu de vouloir régler les conflits de façon expéditive et extrajudiciaire, il est bon que le droit soit dit quand une personne passe de vie à trépas et que les responsabilités soient situées quand des maisons sont incendiées. Dans un Etat de droit, la justice ne peut certainement pas décider quel prince sera déclaré chef, mais elle peut prendre ses responsabilités en cas de troubles à l’ordre public.

En attendant, il est bon d’éteindre le feu qui couve dans plusieurs familles princières à travers le Burkina, de Falangountou à Gayéri en passant par Yako et Guenon. Pourquoi ne pas créer un haut conseil de la chefferie coutumière, qui regrouperait les notabilités les plus importantes au Burkina ? Cet organe pourrait se pencher sur les situations tendues et proposer des solutions apaisées pour ramener la paix dans les villages. Il y va de la cohésion sociale déjà en péril à cause de plusieurs facteurs socioéconomiques.

SIDZABDA

Le Pays

Vos commentaires

  • Le 6 mars 2012 à 06:58, par MemoireVive En réponse à : BURKINA FASO : Quand la chefferie coutumière peine à entrer dans la République

    On le dira jamais assez, il n’y aura jamais de démocratie dans nos pays tant que l’on ne rompra pas avec la cour aux Chefs religieux et aux Chefs coutumiers. Ils interfèrent pendant les élections pour biaiser les résultats en livrant des troupes, le bétail électoral, aux politiciens qui leur fait les yeux doux ; et pour çà ils sont prêts à vendre les fétiches et les âmes de leurs fidèles, honte à eux et malheur aux politiciens qui s’y adonnent. Qu’un chef religieux ou chef coutumier veuille militer, il peut le faire sans mettre en avant et sans se pavoiner avec son titre de chef (sans bonnet et sans soutane). Leurs interventionnismes dans le politique est si scandaleux. Quand je vois ces bonnets ou ces soutanes blanchies lors des cérémonies officielles, je suis outragé. On cherche à tripatouiller la constitution pour salarier ces gens dans le seul but de s’attribuer leur soutien aux basses besognes anti-démocratiques, quel calcul satanique ! Si y’avait pas ce problème d’argent sous les tables, nos chefs protégéraient mieux leur domaine.
    Il faut choisir pour avancer, ou on est dans un régime de royauté ou on est dans un régime présidentiel. Les citoyens, surtout érudits, peuvent travailler au sein de ses structures pour les amener à la raison en mettant devant leur face l’esprit et la lettre de leur engagement traditionnel ou religieux qui dans la majorité des cas stipule l’incompatibilité entre la conduite des âmes et de la lignée d’avec la chose politique. Une décharge de leur responsabilité traditionnelle ou religieuse pour ceux qui ne peuvent pas résister aux sirènes des policitiens seraient salutaires.

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  • Le 6 mars 2012 à 09:41, par Sadness En réponse à : BURKINA FASO : Quand la chefferie coutumière peine à entrer dans la République

    La politique aux politiciens, la chefferie traditionnelle à la tradition. Les chefs politiciens gloutons au rébus.

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  • Le 6 mars 2012 à 10:50, par Dissiné bié En réponse à : BURKINA FASO : Quand la chefferie coutumière peine à entrer dans la République

    Bonjour à tous
    Je me permet de commenter cet écrit de ce journaliste. Pourquoi créer un haut conseil de la chefferie ? au BF il y a plus de 60 dialectiques avec chacun (peuple) son organisation, sa structuration et son fonctionnement. si de nos jours il y a des bouleversements au niveau des chefferies coutumières c’est dû à l’harmonisation de vos lois et de vos politiques qui divisent d’avantages la cohésion sociale au sein des peuples. pour moi la démocratie ne veut pas dire loi unique sur le peuple. elle devrait être d’abord celle du peuple (entre ethnie) qui choisit en toute liberté son organisation et son fonctionnement que des lois imposées parce qu’on est en démocratie ou parce que chez d’autres peuples (ethnies et les plus dominantes bien sûr) c’est c’est comme ça. NON NON. voyons chez les Dagara, il n’y a jamais eu de problèmes de chefferies coutumières à ma connaissances. c’est toujours les politiques qui veulent changer les choses parce qu’on est en démocratie. Comment voulez vous que des maires se substituent à la place des coutumiers parce que la loi leur donne plus de pouvoir aux coutumiers ? voyons si un coutumier est récalcitrant avec ce maire, que faut il faire ? le remplacer pour mieux gouverner.
    Pour être plus direct, ceux qui ont été au Ghana, me diront que la chefferie coutumière a occupé et continue d’occuper la première place de choix que les lois de l’Etat. et ça marche bien.

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    • Le 7 mars 2012 à 16:02 En réponse à : BURKINA FASO : Quand la chefferie coutumière peine à entrer dans la République

      d’accord avec toi Chaque gratteur de papier se croit investi de dire comment gerer la socitété Toute personne a le droit de faire des propositions meme le vendeur d’eau des rues ! mais on s’attend a une certaine hauteur dans la reflexion O notre journaliste confond le burkina faso qui est plurielle dans ses modes de gestion sociale avec une certaie fraction du burkina qui ne représente pas le burkina
      SOME

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  • Le 6 mars 2012 à 11:26, par duck77 En réponse à : BURKINA FASO : Quand la chefferie coutumière peine à entrer dans la République

    Être un vrai Chef coutumier, c’est une lourde responsabilité, maintenant que les choses ont changé et que beaucoup de chefs sont dans la politique ; comment vont-ils traiter les problèmes entre des frères s’ils ne sont pas du même parti ? D’autres Chefs ont leur propre SCADD(Stratégie de Croissance Accélérée....)dans la vente des terrains et autres patrimoines ; usant de leur influence sur les populations ; nous devons nous préparer à voir des évènements similaires si tous les problèmes fonciers que connaissent beaucoup de localités ne sont pas régler de façon juste et équitable.

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  • Le 6 mars 2012 à 13:07, par KJ En réponse à : BURKINA FASO : Quand la chefferie coutumière peine à entrer dans la République

    Salut à tous. Ce cas malheureux de chefferie traditionnelle est dû seulement à nos politiciens vereux qui n’ont d’autres motifs que d’exploiter le peuple. Le CCRP a décidé de revaloriser le statut de chefferie traditionnelle et amenant ainsi nos familles traditionnelles à rivaliser sur le terrain et à se tuer. Je pense que pour résoudre cette situation, le gouvernement doit prendre ses responsabilités comme l’a fait le Président Thomas SANKARA en son temps. Il faut banaliser la chefferie traditionnelle ou bien la supprimer car nous sommes dans un état de droit et il ne peut y avoir un état dans un état. A bon entendeur salut !

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