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Lettre au Président du Faso : Recommandations des "Kambsi Yiangda" pour une transition réussie en 2015

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Réformes politiques • • mardi 28 février 2012 à 17h56min

Dans cette lettre au président Compaoré, accompagnée d’une contribution d’une dizaine de pages, "Les Kambsi Yiangda" comme ils se présentent, proposent les voies et moyens d’une transition politique réussie à travers des recommandations adressées également à l’Assemblée nationale, au gouvernement, au Ministère en charge des reformes politique, au Comité chargé du suivi de la mise en œuvre des reformes, aux partis politiques, …

Lettre au Président Blaise Compaoré

Cher Président du Faso,

En 2015, au moment même ou vous finirez votre dernier mandat, cela vous fera près de 30 ans à la tète de notre pays, le Burkina Faso. Environ 80% de notre population qui n’auront connu que vous comme Président, vous applaudiront pour le chemin parcouru par le Faso grâce à vos bons et loyaux services rendus.

N’en doutez pas monsieur le Président, le peuple burkinabè vous est reconnaissant et il le sera encore plus lorsque vous réussirez le pari de l’alternance démocratique en 2015.

Beaucoup de choses ont été faites et beaucoup d’autres restent à faire. Mais vous le ressentez certainement déjà, le temps qu’on met à rester, malheureusement on ne peut en mettre autant à faire. « Usure du temps oblige ». Il est nécessaire dès à présent, et même impérieux, de préparer cet alternance qui s’annonce. Voilà ce à quoi, nous venons par la présente, vous inviter.

En effet cher Président, la période 2012-2015, devrait constituer pour vous et pour le Burkina une période de transition vers une alternance démocratique réussie au Faso. Le véritable Burkina émergent à bâtir ensemble pendant cette délicate période sera le Burkina de 2015 avec une alternance réussie. Nous venons vous soumettre des propositions à mettre en œuvre au cours de cette période transitoire ; des propositions qui découlent de notre analyse de la délicate situation dans laquelle se trouve aujourd’hui notre pays.

Après deux décennies de démocratisation, inaugurée par le referendum de 1992 qui a consacré la Loi fondamentale (Constitution) de la 4ème république, le Burkina Faso est aujourd’hui à la croisée des chemins.

Le pays a traversé en l’espace de vingt (20) ans, des crises d’une gravité croissante et dont les plus marquants sont celles enregistrés en 1998 (affaire Norbert ZONGO), en 2008 (vie chère) et 2011 (mutinerie miliaire). Cette dernière qui a atteint le corps militaire, habituellement épargné par les manifestations sociales, a véritablement mis à nue le malaise général ainsi que les profondes aspirations des populations.

Toutes les analyses sur cette situation convergent : cette crise sociale, politique et militaire qui a fortement ébranlé le Faso jusqu’à son sommet, est à la fois structurelle et conjoncturelle. Elle tire son origine de la méprise par le pouvoir, du raz de bol généralisé de la population et des frustrations de plus en plus ressenties par les citoyens face à la mauvaise gouvernance et à une injustice sociale grandissante.

C’est dans ce contexte qu’est intervenu le processus de reformes politique en cours dans notre pays. Un CCRP à été mise en place pour conduire ce processus qui est arrivé à son terme avec la tenue des assises nationales.

Si dans le fond, l’adhésion du peuple à cette initiative était totale, force est de reconnaitre que dans la forme, la méthode cavalière utilisée pour sa mise en œuvre, n’a pas permis de canaliser cet enthousiasme au profit d’une renaissance nationale ; l’opposition ainsi qu’une partie de la société civile, tirant certainement leçons des expériences vécues de par le passé, ont refusé de participer à un processus piloté par le gouvernement.

Aujourd’hui, à quelques mois des élections couplées et trois mois après la clôture des assises nationales, on attend toujours de voir un début d’application des conclusions issues de ce processus de reformes politiques.

Avec la prorogation récemment décidée, du mandat des députés, tout indique que le régime veut garder le plus longtemps possible sa marge de manœuvre plutôt que de mettre sur pied une constituante (dont il n’est pas certain d’en avoir la maitrise) qui va relire et amender les textes fondamentaux sur la base des recommandations du CCRP.

Le constat à présent est clair, l’article 37 point nodal du dialogue intérieur, n’a pas obtenu comme l’a souhaité le parti au pouvoir, le consensus nécessaire pour sa révision. On comprend donc le manque d’enthousiasme et le moindre empressement qui est affiché depuis lors, pour la mise en œuvre des conclusions auxquelles le processus de reformes politiques a abouti.

Les reformes politiques, nous l’avions précisé en son temps, n’apporteront un changement véritable que si elles passent par une refonte générale des institutions pour une nécessaire réorientation de notre Etat dont la forme organisationnelle actuelle n’est ni viable, ni même capable de produire des hommes intègres comme le signifie « Burkina Faso ».

C’est dans ce sens que nous, Kambsi Yiangda, groupe informel de réflexion constitué essentiellement de jeunes diplômés (Bac +5 minimum) et sans emploi, avions voulu apporter notre modeste contribution par la proposition d’un régime politique made in Faso dénommé le « Burkin’di ». Un régime politique qui combine à merveille modernité et tradition. Malheureusement, notre proposition n’a pas bénéficier du traitement souhaité par le ministère en charge des reformes politiques. Pourtant elle aurait contribué à l’édification d’une démocratie véritable ( à la fois représentative et directe), garantissant à tous la jouissance des droits civils et politiques et des droits économiques, sociaux et culturels, dans un climat de paix et de sécurité, en vue d’asseoir les bases d’un développement durable et profitable à toutes les catégories sociales du pays.

Par nos propositions à travers les lignes qui suivent, nous voulons continuer à communiquer sur notre vision et pour la réussite d’une alternance démocratique au Burkina Faso en 2015.
Le temps de 30 ans n’est pas celui de 30 jours. Passer le témoin après tant de temps à la tète d’un peuple est un changement majeur qui mérite une scrupuleuse et minutieuse préparation. C’est en vous consacrant à cela, que votre programme « bâtir ensemble, un Burkina émergent » portera son sens véritable.

Cette période 2011-2015 constitue une étape charnière ou de transition vers l’alternance démocratique au Burkina en 2015. Sur la base de nos réflexions sur ce qui doit être durant cette période, nous avons formulé ci-dessous les grandes recommandations qui pourront servir d’orientation à la relecture de la constitution en vue de garantir les droits humains fondamentaux ; et favoriser un fonctionnement stable et démocratique des institutions.

Ces recommandations viennent en complément à celles des assises nationales et s’adressent principalement à vous même, président du Faso, à l’assemblée nationale (ou toute constituante qui en tiendra lieu), au gouvernement, au Ministère en charge des reformes politique, au Comité chargé du suivi de la mise en œuvre des reformes, aux partis politiques, …

Ainsi nous invitons les acteurs de la relecture prochaine de la constitution, à :

1-incorporer dans la constitution et rendre justiciables tous les droits humains fondamentaux, notamment les droits économiques, sociaux et culturels et les droits civils et politiques consacrés par les instruments juridiques internationaux et régionaux ratifiés par le Burkina (Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, Pacte international relatif aux droits civils et politiques, Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, etc.) ;

2-prévoir dans la constitution des mécanismes permettant aux organisations de la société civile et aux citoyens de saisir la Cour constitutionnelle pour un contrôle de constitutionnalité des lois, de se constituer partie civile dans toute affaire où leurs intérêts sont en jeu, de demander des comptes aux pouvoirs publics quant à l’obligation qui leur incombe de promouvoir, protéger et réaliser les droits économiques, sociaux et culturels ;

3-consacrer dans la constitution l’obligation pour l’État d’affecter l’essentiel de ses ressources budgétaires à la réalisation des droits économiques, sociaux et culturels, en particulier le droit à l’éducation, le droit à la santé, le droit à l’alimentation, y compris l’accès à l’eau potable, en particulier au profit des groupes vulnérables ;

4-incorporer dans la constitution toutes les dispositions pertinentes de la Convention relative à l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’endroit des femmes (CEDEF) et du Protocole additionnel à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, en particulier celles qui ne font pas l’objet de contestation et de polémique au sein de l’opinion ;

5-prévoir des dispositions faisant obligation à l’État de promouvoir la participation politique des femmes à travers des mesures de discrimination positive ou des appuis divers, notamment des subventions destinées à des actions d’information, de sensibilisation et d’éducation civique et politique ;

6-renforcer l’indépendance de la justice à travers des dispositions érigeant le Conseil supérieur de la magistrature en une instance autonome soustraite à toute influence de l’Exécutif, assurant l’indépendance du Parquet vis-à-vis du Ministre de la Justice et garantissant la subordination de la police judiciaire aux magistrats ;

7-renforcer l’indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif des institutions de veille de la démocratie, notamment la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés fondamentales et le Conseil supérieur de la communication, dont la composition, les attributions et le fonctionnement doivent être revus dans l’optique de les soustraire à toute influence politique susceptible de les entraver dans leurs missions respectives ;

8-inscrire dans la constitution l’obligation pour l’État de soutenir par tout moyen adéquat les organisations de la société civile et les médias indépendants et d’assurer une protection aux défenseurs des droits humains et aux journalistes dans l’exercice de leurs fonctions ;

9-consacrer dans la constitution l’obligation pour l’État d’affecter une partie des revenus provenant des industries extractives aux collectivités territoriales des régions dans lesquelles sont implantées ces industries, afin de promouvoir des actions de développement économique et social et de préservation de l’environnement ;

10-incorporer dans la constitution les dispositions fondamentales et pertinentes du code électoral et de certaines lois organiques, notamment les ordonnances relatives à la liberté de la presse, à la communication audiovisuelle, à la liberté d’association, à la liberté de manifestation et à la libre administration des collectivités territoriales, afin de réduire le risque des modifications fantaisistes motivées par le seul souci de restreindre les espaces de liberté et de fausser le jeu démocratique normal ;

11-consacrer dans la constitution l’obligation pour les médias publics de refléter la diversité des opinions au sein de la société burkinabé, et pour les agents publics de rendre publiques les informations budgétaires et celles relatives aux industries extractives, conformément au droit du public à l’information ;

12-prévoir dans la constitution des dispositions obligeant le pouvoir exécutif à requérir un avis conforme du parlement pour les nominations à certaines hautes fonctions de l’État, telles que la présidence de la CENI, la direction des entreprises publiques, des organes publics de presse et communication, des régies financières (Trésor, Impôts, Douanes), des organes de régulation (ARM, ARM/P), des organismes en charge des statistiques, de gestion et de prévention des crises alimentaires, etc.

Par la présente, nous, Kambsi Yiangda vous invitons à faire votre, ces principales recommandations issues de notre analyse de la situation nationale.

Nous osons espérer que notre lettre puisse retenir votre attention et vous remercions par avance des suites qui y seront réservées.
Restant dans cette attente, nous vous prions d’agréer, Cher Président du Faso, l’expression de notre haute considération.

Citoyennement !

Fait à Ouagadougou le, 06 février 2012

Les Kambsi Yiangda

P.-S.

Contribution citoyenne aux reformes politiques et pour une alternance démocratique réussie en 2015 au Burkina Faso

Vos commentaires

  • Le 28 février 2012 à 18:55, par Dosan En réponse à : Lettre au Président du Faso : Recommandations des "Kambsi Yiangda" pour une transition réussie en 2015

    Intéressant au début de l’exposé. Quand aux propositions, elles font penser à un rêve de Jeune diplômé qui idéalise le milieu du travail. En d’autre terme, les maux dont souffre le pays ne sont pas dus à un manque de recommandation dans la constitution mais a d’autres faits réels, voici mes propositions :
    — 1— la promotion effective et mesurable d’un changement de régime alimentaire : j’entend par là, mangeons ce que nous pouvons produir, un point, un trait. Cela entraînera une diminution significative des dépenses publiques et celles des ménages. Donnant lieu à une possibilité d’épargne permettant l’investissement.
    — 2— la promotion effective d’outils nationaux pour produire ce dont on a besoin pour satisfaire le point precedemment cité.
    — 3— Une politique responsable dans le domaine de l’Education, subside des études permettant de satisfaire le point 2, inciter la créativité.
    — 4— Une politique de rassemblement des ressources humaines qualifiées(je ne parle pas forcement des diplômés) pour soutenir le point 3.

    Lorsque ces points précités seront pris en considération et exécuté, le reste suivra naturellement.

    Répondre à ce message

  • Le 28 février 2012 à 20:58, par GOS En réponse à : Lettre au Président du Faso : Recommandations des "Kambsi Yiangda" pour une transition réussie en 2015

    Ne réinventez pas la roue. Et puis si vous êtes sans emploi je vous conseille de chercher du travail autrement si demain des désœuvrés devraient accéder au pouvoir d’état , la gouvernance actuelle dont vous semblez vous plaindre serait pire. Ensuite je suis heureux que vos propositions dites "burkin’di" ait été rejetées car ce terme ne saurait être fédérateur dans un pays composé de plus d’une soixantaine d’ethnies.

    Répondre à ce message

  • Le 25 mars 2013 à 12:18, par le loup En réponse à : Lettre au Président du Faso : Recommandations des "Kambsi Yiangda" pour une transition réussie en 2015

    très belles proposions n’en déplaise à vos détracteurs. Vous avez au moins le mérite de proposer des choses concrètes, les autres qu’avez vous à proposer ? ma seule crainte est que cette révision pour integrer vos propositions ne risque t’elle pas de profiter aux fous furieux du pouvoir pour toucher l’article 37 ?
    courage les amis ne vous laissez pas distraire par les détracteurs, s’ils veulent qu’ils osent venir vous voir pour en discuter, ils constateront que ne pas avoir d’emploi n’est pas synonyme de désœuvrement.

    Répondre à ce message

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