Mgr Modeste Kambou,évêque de Gaoua : « On ne se laissera pas distraire par les forces contraires »

vendredi 24 février 2012 à 02h01min

Le 30 novembre 2011, le pape Benoît XVI procédait à l’érection du diocèse de Gaoua et à la nomination de l’abbé Modeste Kambou comme premier évêque dudit diocèse. La cité du Bafoudji est devenue un siège épiscopal, le 14e au Burkina Faso. Le nouveau prélat a été consacré évêque le 18 février 2012 à Gaoua par le nonce apostolique, Mgr Vito Rallo, et deux autres évêques consécrateurs : Mgr Paul Ouédraogo, archevêque de Bobo-Dioulasso, et Mgr Der Raphaël Dabiré, évêque de Diébougou. Le lendemain 19 février, Mgr Modeste Kambou a célébré sa messe pontificale dans la cathédrale Sacré-Cœur de Gaoua.

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Au sortir de ces événements, historiques, tant pour la région du Sud-Ouest que pour lui-même, nous avons échangé avec l’homme d’Eglise, qui invite les fidèles catholiques à se mettre à la tâche pour « bâtir notre diocèse sans nous laisser distraire par les forces contraires ».

Excellence, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Modeste Kambou, né le 4 décembre 1963. Après le primaire à Kampti-Bouti, le secondaire au Petit Séminaire de Nasso (Bobo-Dioulasso) et à l’Interséminaire de Kossoghen (Ouagadougou), j’ai fait des études supérieures de philosophie au Grand Séminaire St-Jean-Baptiste (Ouagadougou) et de théologie au Grand Séminaire de Koumi (Bobo-Dioulasso). J’ai été ordonné prêtre le 28 décembre 1991. Après quatre ans d’enseignement au Petit Séminaire St-Tarsicius (diocèse de Diébougou), je suis retourné sur les bancs pour une maîtrise en Lettres modernes à l’Université de Ouagadougou. Après une année à la paroisse de Nako, j’ai été nommé de nouveau au Petit Séminaire St-Tarsicius, dont j’ai été le directeur pendant 9 ans. Vicaire général du diocèse de Diébougou depuis 2007, j’ai été nommé premier évêque du nouveau diocèse de Gaoua, le 30 novembre 2011 par Sa Sainteté le pape Benoît XVI.

Vous avez été installé sur votre cathèdre le samedi 18 février 2012. Quels étaient vos sentiments en ce jour mémorable ?

Les mots justes me manquent pour exprimer les sentiments qui m’animaient. Il y avait en moi une sorte de crainte révérencielle mêlée d’inquiétude, de joie et d’espérance.
Au demeurant, c’est l’action de grâce à Dieu qui a prédominé en ce jour mémorable du sacre et de la prise de possession canonique du siège épiscopal de Gaoua.

Lors de votre consécration et de votre messe pontificale, Toussian, Goin et Turca ont joué à fond la parenté à plaisanterie. Quel commentaire faites-vous sur cela ?

Nous savons tous l’importance de la parenté à plaisanterie avec ses différentes formes de médiation dans les relations humaines au Burkina Faso. Son expression dans le cadre sacro-saint de la Sainte Liturgie est dérangeante si ce n’est pas très bien agencé. Mais je l’apprécie positivement, car cela ne fait que renforcer la communion fraternelle entre nous. C’est d’ailleurs nous, prêtres de Diébougou, qui leur en avions donné le bel exemple lors du sacre du premier évêque de Banfora, Mgr Lucas K. Sanon.

Quand avez-vous su que vous faisiez partie des évêques potentiels pour le diocèse de Gaoua ?

Je crois que le Nonce Apostolique a déjà expliqué à la presse tout le cheminement, « sub secreto pontificio » (sous le secret pontifical), pour la nomination d’un évêque. Le système de consultations pour la proposition de trois noms au pape est très bien étudié. Malgré les rumeurs, personne ne peut savoir, avec certitude, qu’il sera nommé évêque.

Dans quelle circonstance avez-vous appris que vous avez été désigné par le Vatican comme évêque de Gaoua ?

J’ai été convoqué à la Nonciature apostolique le 21 novembre 2011, jour de la Présentation de la Vierge Marie. Pour la première fois de ma vie, je m’y suis rendu en me posant de nombreuses questions. Son Excellence Vito Rallo me communiqua alors la nouvelle de ma nomination, attendant ma réponse qu’il devait transmettre au pape.
Après un bon moment de lutte intérieure où bien des choses s’entrechoquaient dans mon esprit, j’ai finalement exprimé mon consentement par obéissance au Saint Père, comptant sur la grâce de Dieu qui est le mandant de ma mission épiscopale.

On sait qu’un évêque nommé va à Rome. Au fait, qu’est-ce qu’il va y faire ?

Les évêques sont les successeurs des apôtres qui avaient à leur tête Saint Pierre, dont la tombe se trouve dans la Basilique Saint Pierre de Rome. L’évêque nommé se rend à Rome pour vénérer les tombeaux des apôtres et bénéficier de leur intercession. Il rencontre, si possible, le pape ou participe à une des audiences papales. C’est l’occasion pour lui de prendre contact avec les dicastères du Vatican, de prêter serment et de faire une profession de foi, de se faire coudre les tenues appropriées, etc. Mais ce voyage à Rome avant l’ordination n’est pas une obligation absolue.

Qui choisit la date de l’installation : est-ce vous où le nonce apostolique ?

Après sa nomination, l’évêque doit en principe se faire ordonner dans les quatre mois qui suivent. C’est lui qui choisit la date de son sacre, de concert avec le clergé diocésain et les évêques de la Conférence épiscopale.

Sursum corda (Elevons nos cœurs) est votre devise. Quel est le sens de cette devise et qu’est-ce qui la justifie ?

Il faudra des pages pour expliquer cette devise liée aux armoiries… Mais c’est essentiellement un cri du cœur, un cri de ralliement censé donner du tonus pour la mission d’évangélisation. Au sens biblique, le cœur est le tout et le centre de la personne humaine. Tout homme et tout l’homme ne peuvent progresser véritablement sur tous les plans qu’en élevant le cœur vers Dieu…

En dehors des 7 paroisses qui constituent votre diocèse, l’évêché et ses services sont à mettre en place. Avez-vous déjà choisi vos proches collaborateurs ? Si oui, qui sont-ils ?

L’évêque collabore avec l’ensemble des prêtres du diocèse, appelé presbyterium. En vue d’une gestion participative sous mon autorité, il y a un certains nombres d’organismes diocésains à mettre en place (conseil presbytéral, collège des consulteurs, conseil épiscopal, conseil pour les affaires économiques, etc.). C’est avec leur concours que je publierai en temps opportun le décret de nomination.

Où sera construit l’évêché de Gaoua ?

Pour le moment, il n’y a pas encore de choix de site précis pour l’implantation de l’évêché. Les démarches sont en cours pour l’obtention d’un terrain qui appartiendra au diocèse de Gaoua.

Le diocèse-mère étant celui de Diébougou, qu’est-ce que Gaoua peut attendre de sa mère en matière d’appui en ressources humaines, matérielles et financières pour la mise sur rails du nouveau diocèse ?

Dans le dossier introduit à Rome par Mgr Der Raphaël Dabiré (évêque de Diébougou) en vue de la création du nouveau diocèse, il y a des clauses claires de répartition des biens entre Diébougou et Gaoua. Ce qui peut être fait dans un esprit de charité et de solidarité pour que les collaborateurs d’hier puissent prendre leur envol sera accueilli dans la paix et dans la joie. Au demeurant, l’Eglise particulière de Gaoua se doit de se prendre elle-même en charge dans les meilleurs délais.

Qu’est-ce que le diocèse de Gaoua apportera de plus sur le plan de l’évangélisation aux provinces du Poni et du Noubiel ? Autrement, quels sont les objectifs de la création de ce diocèse ?

Les raisons de la création du nouveau diocèse de Gaoua sont essentiellement d’ordre pastoral : rendre l’évêque proche de ses prêtres et fidèles, favoriser une meilleure administration ecclésiastique, relancer l’évangélisation-promotion humaine de cette partie du Sud-Ouest.

Quels sont les chantiers les plus urgents pour vous qui venez de prendre les rênes de ce diocèse ?

Les raisons de la création de Gaoua constituent des directives. Par mon service d’amour, en tant qu’évêque, je dois m’employer à les rendre effectives et opératoires.
L’urgence pour l’heure, c’est la mise en place des organismes diocésains de gouvernement mais aussi des structures d’hébergement.
Je voudrais dire merci de me tendre votre micro en ce lendemain de ma prise de possession canonique du diocèse de Gaoua. Aux diocésains de Gaoua, je dis « sursum corda » pour bâtir notre diocèse sans nous laisser distraire par les forces contraires. A tous les lecteurs de L’Observateur Paalga je dis aussi : « Sursum corda ! » pour le progrès humain. C’est ma prière et ma bénédiction.

Propos recueillis par San Evariste Barro


Elisabeth Kambou/Hien : « Je peux dire que j’ai tout vu »

« Je suis née vers 1927. J’ai été baptisée en 1945 à Abidjan où j’étais partie poursuivre des études d’infirmière. En ce temps-là, la Côte d’Ivoire et la Haute Volta (actuel Burkina Faso) étaient pratiquement le même pays. Vous savez qu’il y avait la Haute Côte d’Ivoire, la Moyenne Côte d’Ivoire et la Basse Côte d’Ivoire. Jusqu’à Bobo et Gaoua, on parlait de la Moyenne Côte d’Ivoire et nous nous faisions souvent nos études à Abidjan.

A la fin de mes études, après Abidjan, mon premier poste était Korogho. J’ai servi beaucoup en Côte d’Ivoire avant de regagner mon pays où j’ai servi à Gaoua, Diébougou, Houndé, Nouna, Batié. Je suis partie à la retraite en 1983.

Aujourd’hui Gaoua est devenue un diocèse. J’en suis heureuse, car je peux dire que j’ai tout vu. Dieu a fait des merveilles pour nous. Au tout début, quand on a commencé à devenir chrétien, c’était à Kampti qu’on allait. Puis les prêtres ont commencé à venir dire la messe à Gaoua. C’est ainsi qu’on a fait la chapelle. Au fil du temps, elle est devenue petite et on l’a agrandie plusieurs fois. Par la suite, elle est devenue une librairie.

C’est le Père Maurice Lauras qui est venu diriger les travaux de la construction du presbytère ; c’est après cela qu’on a bâti l’église. Je me souviens qu’à l’époque des gens soutenaient qu’on ne faisait que jeter de l’argent car, pour eux, on ne pourrait jamais trouver des chrétiens pour remplir notre église. Mais voilà, aujourd’hui, l’église est devenue trop petite pour contenir les fidèles et en plus elle a été élevée au rang de cathédrale avec l’érection du diocèse de Gaoua. Je suis donc plus que contente aujourd’hui et je rends grâce à Dieu pour tout ce qu’il a fait pour nous. Saint est son nom ».

Propos recueillis par S. E. B.

L’Observateur Paalga

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