EL HADJ HAMADO BOUGOUMPIGA, PRESIDENT DU SYNDICAT NATIONAL DES COMMERCANTS DE CEREALES : « Les achats de vivres effectués par le gouvernement ne nous dérangent pas »

mardi 14 février 2012 à 02h01min

La mauvaise pluviométrie qui a caractérisé la campagne agricole écoulée pose avec acuité le problème de la disponibilité et de l’accessibilité financière des céréales par le plus grand nombre. A peine la saison des pluies finie que les complaintes se font entendre par rapport à la hausse vertigineuse du prix des céréales. Les commerçants des céréales sont montrés du doigt comme étant à la base de cette hausse exagérée faite au nom du profit. C’est au regard de tout cela que nous sommes allés à la rencontre du président du Syndicat national des commerçants de céréales du Burkina, El hadj Hamado Bougoumpiga, qui est également membre consulaire de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina. Il répond aux accusations portées contre les commerçants et évoque les difficultés liées à la vente de céréales.

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« Le Pays » : Quels sont, à l’heure actuelle, les prix pratiqués des céréales les plus consommées sur les marchés ?

El hadj Hamado Bougoumpiga : Je vais d’abord parler de la disponibilité des céréales. Nous savons que la campagne agricole n’a pas été bonne et les céréales vont manquer. Mais moi Hamado Bougoumpiga, j’ai foi en Dieu qui ne va pas nous laisser mourir de faim. Et puis j’ai entendu le chef de l’Etat burkinabè tout récemment au Niger (NDLR : lors du sommet du CILSS) évoquer le déficit céréalier de cette année. S’il se trouve que la question préoccupe au plus haut point le chef de l’Etat, s’il plaît à Dieu, il y aura à manger plus que l’on ne l’espérait. Par rapport à votre question, je peux dire que nous ne pensions pas qu’à l’heure actuelle, les prix seraient ainsi. A titre d’exemple, le sac de 100kg de maïs coûte 16 500 F CFA ; celui de sorgho blanc, 17 500 F CFA (le même sac de sorgho rouge revient à 15 000 F CFA). Le sac de 100kg de petit mil coûte 19 500 F CFA. Le prix du sac de niébé (100kg) a vraiment flambé car il atteint 35 000 F CFA. Mais il faut savoir qu’il y a une disparité de prix suivant les régions en ce qui concerne le niébé.

Les prix allaient-ils être ainsi si la campagne agricole avait été bonne ?

Les prix n’atteignent pas ce niveau en cette période quand la saison est bonne. Comme je vous l’ai dit, on ne pensait pas que les prix allaient être à ce niveau cette année au regard de la saison. On s’attendait à une flambée. L’année dernière, quand le gouvernement nous a appelés au moment des troubles pour parler du prix des denrées, les prix des céréales étaient sensiblement les mêmes que ceux que je viens de donner. La différence de cette année n’est pas beaucoup grande.

Beaucoup de consommateurs accusent les vendeurs de céréales d’augmenter systématiquement les prix, que la campagne ait été bonne ou pas. Qu’est-ce que vous leur dites ?

Moi aussi j’entends ces accusations. Je me rappelle qu’au cours d’une réunion, le ministre du Commerce m’a interpellé sur le fait que des commerçants stockaient des céréales en attendant de les revendre à prix d’or. J’ai même entendu quelqu’un dire dans les médias qu’il a même vu un stock de céréales et si le gouvernement le veut, il peut le lui montrer. Mais bien que je sois président du syndicat, je ne peux pas savoir ce qui est caché ; je ne parle que de ce que je vois. Mon souhait est que celui qui a dit avoir vu des commerçants stocker des céréales à des fins spéculatives les dénonce au gouvernement. Seulement, ce que je peux dire est que la plupart du temps, celui qui vole pense que les autres aussi font pareil. Sinon au Burkina, il n’y a que 4 types de personnes : l’agriculteur, le fonctionnaire, le commerçant et le chômeur. Et toutes ces personnes dépendent de l’agriculture pour vivre. Si l’agriculteur n’a pas fait une bonne récolte, cela se ressent chez les autres. Aujourd’hui, vous entendez dire qu’il n’y a pas de boulot. Mais avez-vous déjà entendu dire qu’il n’y a plus de travail de la terre ?

Jusque-là, vous n’avez pas répondu à la question …

Je vais vous dire que lorsque les prix flambent, nous ne gagnons rien parce que ceux auprès de qui nous allons acheter dans les zones rurales viennent en ville chercher les céréales pour aller faire les semis. C’est vous dire qu’un commerçant de céréales ne peut pas souhaiter que les prix flambent pour réaliser de gros profits alors qu’il a une famille, des parents et il est lui aussi Burkinabè. Les commerçants de ce type, à ma connaissance, ne sont pas nombreux. Je suis commerçant de céréales depuis au moins 30 à 40 ans et j’ai vu beaucoup de choses. Il ne faut pas croire que le vendeur de céréales veut que ça chauffe pour qu’il puisse en profiter. Je sais que les gens comptent beaucoup sur l’agriculture. C’est la raison pour laquelle on parle plus de la mauvaise campagne agricole, de la flambée des prix des céréales que des milliards que des personnes ont cachés chez elles. Il faut que l’on prie tous Dieu pour qu’il y ait suffisamment de pluies tout le temps pour que les agriculteurs puissent faire de bonnes récoltes.

Malgré ce que vous dites, il y a des commerçants de céréales qui vont acheter moins cher avec les agriculteurs en utilisant des plats profonds, trafiqués pour les mesures, et viennent revendre plus cher en utilisant d’autres plats, moins profonds cette fois. Qu’est-ce que vous en dites ?

Nous achetons en gros et n’avons pas le temps de faire ce dont vous parlez. Nous avons des personnes dans les villages qui achètent les céréales et les stockent pour nous. Quand tu achètes, si le sac est bien rempli ou pas, si la céréale est de qualité ou pas, tu ne peux pas le savoir au regard de la quantité achetée qui se compte souvent en centaine de sacs. Une fois dans ton magasin, tu es obligé d’enlever les impuretés avant de vendre. Par exemple, les grossistes qui sont ici à Sankaryaaré ne peuvent avoir 80 ou 90 sacs (sur 100 sacs achetés) pour vendre après avoir enlevé les impuretés. Maintenant, ceux dont vous parlez sont des vendeurs de céréales au détail qui ont aussi leurs pratiques.

Est-ce à dire que votre syndicat ne s’occupe que des grossistes et non pas des détaillants ?

Le syndicat s’occupe de tout le monde mais si quelqu’un se met dans un petit coin pour faire des pratiques malsaines, il est difficile de le savoir. Si vous voulez, on peut se lever faire le tour du marché (NDLR : l’interview a eu lieu à son magasin au marché Sankaryaaré de Ouagadougou) et vous n’allez pas voir, au niveau des détaillants, généralement des femmes, les plats trafiqués utilisés pour les mesures. C’est dire que si tu connais Dieu et le craint, si tu spécules malgré tout, il n’y a pas de profit. Beaucoup de ceux qui ont duré dans la vente de céréales savent cela et s’interdisent de le faire.

Comment vous vous approvisionnez en céréales ? Tenez-vous compte des zones excédentaires dont parle le gouvernement malgré la mauvaise pluviométrie ?

Sur les treize régions du Burkina, il n’y a pas plus de trois qui sont excédentaires cette année. C’est dire qu’il y a plus de zones déficitaires qu’excédentaires. Mais comme je l’ai dit, Dieu ne va pas laisser mourir de faim ses créatures si nous sommes honnêtes entre nous. Nous nous approvisionnons dans les zones où il y a une disponibilité en céréales même si ce n’est pas tout à fait facile. Ce qui permet de combler les zones déficitaires. Cela me fait dire que s’il plaît à Dieu, la situation ne sera pas corsée comme on le redoute.

Vous arrive-t-il d’aller dans la sous-région pour vous approvisionner ou bien vous contentez-vous du marché national ?

Il y a bien longtemps que nous nous approvisionnons au Mali. Et c’est ainsi chaque année parce que nos récoltes ne nous suffisent pas complètement. Nous allons y acheter du niébé, de l’arachide décortiquée, du sorgho et du petit mil. Outre le Mali, il y a la Côte d’Ivoire qui nous approvisionne en maïs rouge. Le Ghana en fait de même. Mais son maïs ne peut pas être conservé au-delà de 6 mois. Ce qui fait que les Ghanéens s’en débarrassent rapidement pour venir acheter après notre maïs.

Vendez-vous au même prix les céréales que vous achetez dans les pays voisins ?

Vous savez que quand on change de pays, il n’est pas évident que l’on puisse acheter moins cher. Il y a, par exemple, le transport dont il faudra en déduire le prix, les taxes, etc.

Le gouvernement ne vous gêne-t-il pas dans votre activité en allant lui aussi sur le terrain acheter des céréales, via la SONAGESS (Société nationale de gestion du stock de sécurité), pour les revendre à prix social aux nécessiteux ?

Nous remercions Dieu car si le gouvernement peut acheter les céréales pour que tout le monde en bénéficie et, que nous aussi, nous en trouvons à acheter, chacun gagne sa part. Vous savez que quand il s’agit d’aller faire la queue pour acheter, ce n’est pas tout le monde qui peut avoir ce que le gouvernement vend à prix social. Beaucoup s’approvisionnent dans les marchés. Les achats de vivres effectués par le gouvernement ne nous dérangent pas. Seulement, il ne faut pas qu’il nous interdise d’acheter aussi.

La mauvaise campagne agricole joue-t-elle beaucoup sur votre activité cette année ?

Non. Ce qui va nous fatiguer, ce sont les informations qui se font persistantes sur une interdiction du gouvernement, faite aux commerçants de céréales de ne pas en acheter. Mais je ne peux pas vous dire pour le moment si cela est vrai ou faux. Si jamais cela s’avérait, on élèverait une protestation. Je vais vous faire savoir que je peux dire que j’ai travaillé avec les autorités. J’ai fait la politique sous la 3e république et sous la 4e république du temps de l’ODP/MT (NDLR : Organisation pour la démocratie et le progrès/Mouvement du travail qui a fusionné avec d’autres partis pour donner naissance à l’actuel CDP, Congrès pour la démocratie et le progrès). Lors de la crise de l’année dernière, nous avons œuvré avec d’autres syndicats et des associations de la région du Centre pour que la quiétude revienne.

Je ne voudrais pas trop parler pour qu’on ne dise pas que je joue les importants. Je profite de l’occasion que vous m’offrez pour remercier ces associations et syndicats. Pour terminer, je demande au chef de l’Etat de nous aider avec une banque spécialement pour les commerçants de céréales auprès de laquelle ils peuvent avoir des crédits pour mener à bien leur activité. Pour acheter des vivres et stocker, même si le gouvernement est contre cela, il faut avoir des fonds. En tant que membre de la chambre consulaire, je demande au gouvernement d’aider les petits commerçants qui sont aux abords des voies. Par exemple, la somme de 1 milliard 900 millions de F CFA trouvée dans des cantines chez un particulier (NDLR : allusion à l’affaire Guiro du nom de l’ex-directeur général des douanes) pouvait bien aider au moins 500 de ces jeunes débrouillards. Vous savez, la plupart des troubles sociaux sont causés par les jeunes qui estiment qu’ils sont délaissés. Mais s’ils sont aidés, on éviterait bon nombre de troubles.

Propos recueillis par Séni DABO

Le Pays

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