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Proverbe du Jour : «La valeur du pardon se mesure à la gravité de la faute pardonnée» Charles Blé Goudé

Décentralisation calamiteuse : Maires révoqués, mais jamais jugés

Accueil > Actualités > Opinions • • vendredi 3 février 2012 à 01h14min

En seulement un quinquennat de communalisation intégrale, le Burkina aura battu le record de maires suspendus et/ou révoqués, mais aussi de conseils municipaux dissous. Mais loin d’être l’expression d’une rigueur en vigueur au niveau du pouvoir central, ce cafouillage traduit malheureusement une calamité dans la gestion des communes urbaines et rurales. De la dizaine des élus destitués, la plupart avec « poursuites judiciaires », aucun n’a été traduit devant les tribunaux. Ceux-ci continuent de se pavaner, comme si de rien n’était. A qui la faute, si la décentralisation est sapée à la base ?

A priori, on peut croire que le gouvernement joue bien son rôle de « gendarme des collectivités locales » en prononçant des suspensions et/ou des révocations de maires indélicats. Ou encore, en dissolvant des conseils municipaux qui ne fonctionnent pas bien. Ainsi a-t-on assisté, ces dernières années, à moult fatwas qui sont tombés autant à l’encontre de communes rurales que de communes urbaines ; de « petits maires ruraux » que de présumés intouchables du giga-parti au pouvoir. Mais l’autorité centrale n’a jamais osé aller plus loin que le verdict du Conseil des ministres. A quoi sert donc de prendre une sanction qui ne se traduit jamais dans le champ du concret ? A quoi joue finalement le gouvernement ?

Pour ne citer que les derniers cas, on se rappelle que, le 27 juillet 2011, en Conseil des ministres, le maire de la commune rurale de Nagréongo, le sieur Vincent Ouédraogo, a été révoqué, avec poursuites judiciaires « pour faux et usage de faux et de malversations financières d’un montant de 15 715 500 F CFA ». Le même jour, la même hache tomba sur la tête de la toute-puissante ex-maire de l’arrondissement de Boulmiougou. Séraphine Solange Ouédraogo a été destituée de ses charges d’édile « pour gestion opaque des lotissements et des ressources générées par les lotissements, la non-maîtrise et le non-suivi de la gestion des recettes collectées par un comptable de fait ».
Malgré ces accusations suffisamment crues et cruelles, ces maires n’ont presque jamais été inquiétés.

Du moins, ils ne font l’objet de procédures judiciaires dignes de ce nom. Ils vont et viennent et il n’y a rien au village. Certains même continuent de tirer les ficelles de leur ancienne position. Et cela saute tellement aux yeux qu’on se demande si le gouvernement ne se rend pas complice de la mal-gouvernance en se limitant curieusement à des contrôles de principe. En tout cas, cette façon de sanctionner la gestion des maires sans le faire effectivement est si licencieuse que ce n’est pas ce qui semble inquiéter le plus.

Bien au contraire, cela ne fait que renforcer, au sein des populations, un sentiment d’impunité qui ravive malheureusement l’envie de se faire justice elles-mêmes. C’est, du reste, ce qu’on a vu tout récemment dans la commune rurale de Boussouma où des jeunes, qui soupçonneraient le maire de « gestion opaque », ont choisi, arbitrairement, de mettre le feu au domicile de l’édile et à certains biens de la commune. Or, cette folie incendiaire aurait pu être évitée, pour peu que ces jeunes aient le sentiment de pouvoir légitimement demander des comptes à leur maire. Mieux, aussi longtemps qu’on n’aura pas, effectivement, poursuivi ces maires révoqués, leurs administrés n’auront d’autre recours que de se rendre justice eux-mêmes. Malheureusement, ce n’est pas demain la veille.

La preuve ? Les suspensions et les révocations se suivent et se ressemblent. Et puisque le gouvernement ne semble pas oser traîner les maires jusque devant les tribunaux, ceux-ci peuvent tout se permettre. Ce qui s’est passé ces derniers jours avec le désormais ex-maire de Koudougou atteste bien des atermoiements et des hésitations du pouvoir central à aller jusqu’au bout de sa propre logique. Dans une certaine mesure, il paraissait logique que Seydou Zagré, qui était seulement suspendu de ses fonctions de maire pour une période de trois mois, décide de se remettre en selle à la fin de son purgatoire.

Il avait tellement hâte de reprendre sa place sous le soleil du pouvoir qu’il n’a pas hésité à se présenter à une cérémonie présidée par le Premier ministre. Ce n’était donc pas de sa faute si personne n’a osé lui signifier qu’il n’avait pas le droit d’intervenir, comme il l’a fait avec beaucoup d’emphase à ladite cérémonie. Le hic, c’est qu’il a fallu en arriver à cette incongruité pour que le gouvernement se précipite à le révoquer le 25 janvier dernier pour « faute lourde de gestion ».

A la vérité, ce chef d’accusation est tellement flou qu’il ne situe pas mieux sur ce qu’on reproche exactement au sieur Seydou Zagré. Ce dernier exploite tellement bien ce flou artistique qu’il ne se prive pas d’apparitions publiques très médiatisées, comme pour montrer à l’opinion qu’il n’existe pas seulement par le fauteuil de la mairie de Koudougou. Mais au-delà de la guéguerre que se mènent certains gourous du parti au pouvoir à travers la personne de Seydou Zagré, c’est la crédibilité du ministère en charge des Collectivités territoriales qui est en jeu dans ce drame où la mal-gouvernance fait bon ménage avec l’impunité.

Après près de deux décennies d’un processus de décentralisation dont les fruits sont encore trop pâles pour convaincre, il faut changer le fusil d’épaule. Surtout en matière de sanction, mais aussi du choix des hommes et des femmes dont l’étoffe de probité et d’intégrité est suffisamment épaisse pour insuffler un développement véritable. On en a marre de ces maires qu’on révoque sans véritablement les sanctionner. Aussi longtemps que durera cette comédie, il sera bien difficile d’exorciser les collectivités locales du virus de l’affairisme et la boulimie du pouvoir qui est à l’origine de tous les problèmes au niveau central.

F. Quophy

Journal du Jeudi

Vos commentaires

  • Le 3 février 2012 à 01:51, par Omer En réponse à : Décentralisation calamiteuse : Maires révoqués, mais jamais jugés

    Les maires ne peuvent pas êtres jugés parcequ’il sont très genereux dans leur partage. Voyez juste le cas du vieu à Koudougou. Vous pensez que les responsables de ce pays de se font pas servir en quantité lors des lotissements ?

    Répondre à ce message

  • Le 3 février 2012 à 13:20, par Luluan " Le monde a change" En réponse à : Décentralisation calamiteuse : Maires révoqués, mais jamais jugés

    A qui la faute si la decentraliasation est sapee a la base ? La question merite d’etre posee Mr Quophy.
    Effectivement, on a le sentiment que le gouvernement, en suspendant les maires fautifs sans suite judiciaire, ne fait que jeter de la poudre aux yeux des populations pour mieux les endormir.
    Par ailleurs, ils sont nombreux encore, les maires en fonction qui ont fait pire que les suspendus et qui ne sont aucunement inquietes. Sont ils intouchables en raison de leurs accointances avec le clan familial presidentiel ? A quoi joue le gouvernement ?
    Face a cette impunite, il ne faudrait pas s’etonner que ce qui s’est passe a Boussouma, se reproduise ailleurs. A qui sera la faute ?
    N’oublions surtout pas, que ce sont les impunites accumulees qui ont engendrees la crise de 2011. ayons donc a l’esprit que cette crise n’est pas encore fini. c’est le feu qui couve sous la cendre.
    Le premier ministre a tout interet a diligenter les audits dans toutes les mairies de ce pays comme il l’a declare, a sa nomination,et a traduire tout ce beau monde devant la justice. le burkina faso le regarde. A lui de conserver la confiance que la population a place en lui, ou de la perdre.
    Le cas contraire,il aura donne raison a tous ceux qui disent que, " les vieux regimes ne se reforment jamais".

    Répondre à ce message

  • Le 4 février 2012 à 15:49 En réponse à : Décentralisation calamiteuse : Maires révoqués, mais jamais jugés

    C´est toujours le fort de notre gouvernement de faire les choses à moitié. Et cela se remarque à tous les niveaux. La décentralisation "intégrale" se fait sans le transfère effectif des ressources financières et humaines. Très lentement mais surement, l´impunité devient une normalité au Burkina Faso ; Il va de soit que le Monsieur qui veut s´enrichir illicitement le fasse sans vergogne.
    L´essentiel pour le gouvernement n´est pas la mise en œuvre de la décentralisation mais que le citoyen ait l´impression qu´il fait quelque chose pour la décentralisation. Ne demander pas à notre régime actuel de donner une autonomie aux collectivités locales. Il vit de la dépendance économique et politique de ces collectivités. Certains maires gérerons toujours leurs communes comme leurs vaches laitières tant qu´ils sont protégés au niveau central. Ceux qui subissent restent ces pauvres citoyens qui doivent payer les taxes et impôts pour le développement du maire, eh… excuse moi de la commune.
    Je pense que la vraie mise en œuvre de la décentralisation passe par l´alphabétisation de la population et une éduction citoyenne. C´est le seul moyen qui permettra au citoyen de ne pas voter pour un T-shirt, un sac de mil mais un programme.

    Répondre à ce message

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