De l’argent frais pour le coton Burkinabè

mardi 31 janvier 2012 à 01h01min

Après la signature de la convention de financement avec le Pool bancaire national le 20 janvier à Ouagadougou, le directeur général de la Société des fibres textiles (Sofitex), Jean-Paul Sawadogo est venu signer le 27 janvier à Paris, dans les locaux de l’ambassade du Burkina, l’autre convention, celle avec le Pool bancaire international.
Dénommée « Sofitex 21 », cette facilité d’un montant de 76 225 000 euros, soit 50 milliards de F CFA à un taux d’intérêts de 3% remboursable en un an, servira à financer la campagne cotonnière 2012-2013.
Malgré la crise financière internationale qui frappe particulièrement l’Europe, la Sofitex n’a eu aucune difficulté à lever des fonds nécessaire à son développement auprès des banques internationales.

Mieux, à en croire le directeur de HSBC et chef de file du Pool bancaire international, Frédéric Vilsboe, il y a eu une sursouscription, autrement dit, des banques étaient prêtes à donner plus qu’elles n’ont fait, preuve que la confiance règne entre la « Cotonnière » du Burkina et ses partenaires.

Nommé en juin 2011, le nouveau DG de la Sofitex a dû affronter dès sa prise de fonction une fronde de producteurs, mécontents des prix des engrais et du coton.
En pleine récolte, quel est l’état d’esprit des producteurs pour la prochaine campagne 2012-2013 ? Est-on à l’abri d’une nouvelle fronde ? La culture du coton est-elle menacée dans l’Ouest du Burkina ?

Eléments de réponse avec le patron de la Sofitex

Jean-Paul Sawadogo, directeur général de la Sofitex : « Pour la campagne 2012-2013, nous notons la disponibilité des paysans, y compris les frondeurs à s’investir dans la production »

En début de campagne, des paysans ont saccagé des champs et détruit des plants. Que présente la surface sabotée ?

Nous avons effectivement connu une campagne cotonnière 2011/0212 difficile due à plusieurs facteurs : d’abord, une fronde de certains contonculteurs qui protestaient contre le prix des intrants qu’ils estimaient très élevé tandis que le prix du kg de coton serait bas. La fronde a entrainé des destructions et abandons de champs par peur représailles et finalement, près de 100 000ha n’ont pu être emblavés. Ensuite, nous avons été confrontés à des conditions climatiques particulièrement défavorables et la campagne n’a démarré que tardivement. Autant d’éléments qui n’ont pas permis à la Sofitex de réaliser son objectif de production de cette année qui était de 500 000 tonnes. Certes, les données ne sont pas encore définitives, mais au stade de nos estimations, nous attendons une production de 300 000 tonnes de coton graine, ce qui est en deçà de nos ambitions de début de campagne. Néanmoins, je tiens à souligner que ce niveau de production enregistre une augmentation de 5% par rapport à la campagne écoulée 2010-2011.

Quel est l’état d’esprit des producteurs actuellement ? Le risque d’une nouvelle fronde est-il écarté ?

Oui, nous sommes confiants sur le fait qu’il n’y aura plus de fronde parce que nous avons mené certaines actions pendant et après la fronde qui ont donné des résultats positifs. Le gouvernement a joué un rôle dans l’information et la sensibilisation des paysans, l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina a aussi initié une série de concertations et d’informations avec l’ensemble des cotonculteurs sur le terrain, de même que la Sofitex. Tous ces efforts ont permis de trouver des solutions aux différents problèmes qui étaient évoqués, et quand nous regardons les intentions d’emblavure des gens pour la campagne 2012-2013, nous notons la disponibilité des paysans, y compris les frondeurs, à s’investir dans la production. A ce jour, nous enregistrons une intention d’emblavure de 525 000 ha pour la prochaine campagne et un dialogue s’est installé avec les frondeurs et ensemble nous étudions les mesures à prendre pour la réussite de la prochaine campagne.

Les paysans mécontents revendiquaient une augmentation du prix du coton et une baisse du prix des engrais…

C’est exact ! Ils demandaient une augmentation du prix au kg qui était à 245F et une baisse du prix de cession des intrants. Mais quand on analyse l’histoire de la filière coton, on constate que c’est la première fois que le prix au kg est aussi élevé. Certes, les cours sur le marché international ont grimpé, mais c’est une situation exceptionnelle puisque le kg s’achetait 1700-800, voire 2000F/kg et cela est dû au fait qu’il n’y avait plus de coton. Il ne faut toutefois oublié que les sociétés cotonnières avaient vendu le coton à des prix nettement en-deçà des 1800 ou 2000 F/kg ! Et puis, je rappelle qu’au Burkina, nous avons un mécanisme de fixation des prix qui associe les producteurs, les partenaires techniques et financiers, les sociétés cotonnières et l’Etat. Ensemble, on fixe un prix plancher d’achat aux producteurs en tenant compte d’un certain nombre de facteurs et ce prix plancher est préservé quelque soit les évènements qui surviendront au cours de la campagne. A la fin, on fait le point des ventes réalisées pour calculer et reverser aux producteurs ce que nous appelons un prix complémentaire. Pour cette campagne 2011-2012, en plus des 245F/kg le prix d’achat, il leur sera reversé un prix complémentaire que nous n’avons pas encore déterminé mais qui pourrait se situer entre 10 à 15F/kg, ce qui va ramener à près de 255 à 265F le prix du kg !

Contrairement au passé, les producteurs ont été rapidement payés cette année. Est-ce un message particulièrement adressé aux frondeurs ?

Non pas du tout cela ! J’ai dit que nous avons engagé une série de concertation avec les producteurs et ils nous ont exprimé des difficultés auxquelles ils sont confrontés, dont le paiement tardif de leurs récoltes. C’est sur cette base nous avons pris l’engagement d’examiner la question et d’y apporter une solution rapide parce qu’ils voulaient pouvoir payer des céréales pour l’alimentation de leurs familles et venir au secours de leurs communautés. C’est la raison pour laquelle nous avons pris des dispositions pour les payer rapidement

Des producteurs revendent sur le marché les engrais qu’ils ont pris avec les sociétés cotonnières à un prix préférentiel. La pratique existe-t-elle aussi dans votre zone ?

C’est quelque chose qu’on a effectivement constaté depuis des années, mais ce n’est pas un phénomène massif. Vous savez, les plus gros producteurs de coton sont également les plus gros producteurs de céréales, et lorsqu’ils reçoivent les engrais pour le coton, ils en utilisent une partie pour les céréales. Dans toute communauté, il y a toujours des brebis galeuses et il arrive que certains paysans prennent l’engrais et le vendent sur le marché. Nous avons donc engagé des actions avec les cotonculteurs par l’intermédiaire de leur structure, l’Union nationale des producteurs de coton, pour amener ces brebis galeuses à abandonner de telles pratiques et nous espérons y parvenir

Quel est l’état du climat social à la Sofitex et avec les producteurs de votre zone ?

Après tout ce que nous avons connu cette année, nous avons convenu avec nos partenaires de privilégier la concertation autour de la table pour échanger sur les difficultés de la filière car il y en aura toujours. Quant au climat à la Sofitex, je dois reconnaitre que j’y ai trouvé des cadres compétents, dévoués, qui connaissent bien la filière. Je peux dire en toute sincérité que l’ambiance est très bonne et toute l’équipe est mobilisée pour créer les conditions du développement de la filière coton au Burkina.

Propos recueillis par Joachim Vokouma, Lefaso.net

Répartition par banque de la Convention

HSBC France : 24 000 000 €
Société générale : 16 000 000 €
BMCE : 9 000 000 €
BHF : 9000 000 €
DZ BANK : 9 000 000 €
Attijariwafa Bank Europe : 4 725 000 €
Fimbank : 4 500 000 €

Vos commentaires

  • Le 31 janvier 2012 à 16:39 En réponse à : De l’argent frais pour le coton Burkinabè

    Au delà des beaux discours, j’aimerais que ce nouveau DG m’explique combien gagne un producteur de coton avec un hectare ? Et, combien va gagner cette année la Sofitex en vendant à des cours mondiaux qui ont crevé les plafonds ?
    En quoi la Sofitex et les producteurs gagnent à produire du coton Bt ? Est-ce que les rendements en graines sont les mêmes pour le coton Bt ? ou est-ce que le poids des graines sont moindres et, du coup, moins de tonnage en tourteaux de coton pour nourrir les animaux ?

    Répondre à ce message

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