Le Bronze de Ouagadougou : Hier, aujourd’hui, demain (?)

mardi 31 janvier 2012 à 01h00min

« Le Bronze du Burkina est le plus prisé. C’est l’un des domaines dans lesquels le Burkina s’identifie ». Cette phrase d’un artisan du Centre national d’artisanat d’art (CNAA) a suffi à nous inciter à savoir ce que vaut ce métier. Côté nord du Rond-point des Nations-unies, plein Centre-ville de Ouagadougou, se situe à un jet de pierre le " QG " des bronziers. L’histoire du bronze au Burkina, ses détenteurs actuels et son apport pour le Burkina. Fenêtre sur un secteur " discret " mais " efficace".

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Bienvenue dans le quartier général (QG) où fumée, flamme, tapages font le quotidien : le Centre national d’artisanat d’art (CNAA). Il a été crée en 1969 par un groupe d’artisans burkinabè sous l’impulsion de la coopération française. Ici, vous verrez des batiks, des fabricants d’instruments de musique et surtout des bronziers. Ces artisans côtoient allègrement le feu. Sans protection ni calcul de risque. Quand bien même ils mesurent les dangers immédiats auxquels ils sont exposés. Seule la prudence est leur assurance. Évoquez tous les risques auxquels ils s’exposent et l’on vous dira : « Mais, on va faire comment ? On ne veut pas voler ! C’est ici que nous aussi, nous gagnons notre pain quotidien » avant de laisser le tout entre les " mains "de Dieu. C’est aussi cela l’inspiration et le secret de réussite de ces artisans.

L’art, c’est l’espace de l’inspiration par excellence. Artisans ou artistes qu’ils puissent être désignés en qualification des produits de leurs créativités, les bronziers sont habités par un savoir-faire et par une patience " insoupçonnés ".
Jusque-là, l’exploitation des œuvres issues de ce métal demande chez les bronziers une technique encore traditionnelle en ce sens que le recours aux moulages en argile est impératif. La cire, résidu du miel, est la matière principale de conception des œuvres. En la matière, ils sont admirables à travers le processus suivi jusqu’au produit final.

La ration d’une patience et d’une ingéniosité

Pour obtenir une œuvre, il faut s’armer de patience et de courage pour pouvoir traverser les différentes étapes. Ils sont en contact avec le feu lors de la cuisson des moules, de la fonte du cuivre dont la température est estimée à hauteur de 1200 degrés. Selon Mamadou Traoré alias " Sergent ", il faut fondre la cire dans un moule lui-même cuit entre 700 à 800 degrés. Au bois de chauffe ou au charbon dans des espaces réservés à des sortes de foyers traditionnels. Pour tenir le coup, il faut être à la limite " intrépide ". Ou, comme eux, se confier à Dieu sous cette chaleur ’’intenable’’. La créativité, la conception, le goût, le tout dans une concentration, sont des qualités indispensables auxquelles il faut nécessairement adjoindre la patience. Le temps mis est fonction non seulement de la taille de l’œuvre, de l’inspiration du bronzier mais surtout de la disponibilité de la matière première qui est la cire. Elle est importée principalement des provinces du Houet (zone de la capitale économique, Bobo-Dioulasso) à l’Ouest de la capitale et du Gourma dans la zone Est du pays.

Pour une œuvre, il faut mettre au minimum quatre jours. Chaque pièce de sculpture est une pièce unique, la matrice étant brisée lors du démoulage. " Ce qui fait qu’on ne peut pas avoir la même chose, on peut faire à peu près mais pas la même chose ", précise Sergent. En clair, il est difficile, voire impossible, de reproduire la même œuvre stricto sensu (mêmes traits, même dimension, même poids, design…). Chacun va de son inspiration et de son expérience de la vie. Si certains ont choisi de jeter leur dévolu sur les "atrocités" de la vie, pour d’autres, il faut voir la vie en rose. Ou du moins, la peindre telle qu’on le souhaite, à défaut de pouvoir changer les vicissitudes de la vie du fait de l’homme. Les œuvres décrivent les conséquences des conflits, la famine, la pauvreté, etc. Des femmes représentées avec un seul bras ou une seule jambe avec leur bébé au dos ou en main, trimant pour vivre.

Aux clients et visiteurs auxquels ils interprètent le fond de ces œuvres, ces bronziers éprouvent souvent avec ceux-ci, la peine à vivre les messages pernicieux véhiculés par leurs propres œuvres. Ils ne le cachent d’ailleurs pas. Même si la réalité de la vie en Afrique montre un visage peu reluisant, il faut « être positif ». Superstition ou vœu pieux ? En tout cas, certains bronziers confient avoir de la peine à reproduire de telles œuvres après leur premier essai. En plus, les clients ne semblent pas être friands de tels objets d’art. « Je fais uniquement les œuvres qui parlent de tout sauf de souffrance. Mes œuvres parlent par exemple d’amour, de l’histoire du Burkina, du pardon. Un monde où l’amour des uns pour les autres sera la chose la mieux partagée », révèle Sergent. Pour lui, ses nombreux déplacements, en tant qu’exposant, formateur et autre invité à l’étranger, surtout sur le continent européen, ont fini par le convaincre sur la qualité et la réputation du bronze du Burkina. Son curriculum vitae imposant le prouve.

A ses débuts en 1988, alors qu’il n’avait que 18 ans, il a reçu le premier prix à la Semaine nationale de la Culture (SNC) dans la catégorie jeune. « Le prix m’a été remis par le président du Faso lui-même », se souvient-il. Si la plupart des bronziers ont appris leur métier sur le tas, Sergent est, quant à lui, passé par une formation à l’école des Arts. A l’image de ce dernier, ils sont de nombreux jeunes Burkinabè à exprimer leur talent dans ce domaine dont les produits sont encore perçus comme un luxe par nombre de Burkinabè.

Leurs nombreux voyages dans leur le cadre de leur boulot de " spécialistes " de bronze leur ouvrent de nombreux avantages au plan professionnel, social et économique. Faisant d’eux des " privilégiés " dans la grande famille de l’art. Le gain étant proportionnel à l’initiative et au dynamisme de chaque artisan, ils sont nombreux aussi à ne pas faire jour dans le domaine, se contentant des ventes sporadiques. De façon générale, l’année 2011 n’a pas été, tout comme pour l’ensemble des Burkinabè, une bonne année du fait de la crise. Elle a vu se raréfier l’arrivée des expatriés et tourner aussi le regard des clients locaux vers d’autres priorités. La principale difficulté dans leur travail résiderait dans la rareté de la cire sur le marché. Le kilogramme de ladite matière coûte 2500 FCFA contre 1500FCFA, il y a de cela quelque temps (nous sommes en début octobre 2011). Mais qu’à cela ne tienne, le bronze du Burkina fait son petit bonhomme de chemin. Ce qui pourrait expliquer la forte présence d’expatriés dans le ’’sillage’’ comme apprentis.

Une expertise qui s’exporte

Tandis que certains artistes, à l’image de Romain Nikiéma parcourent les continents, les autres également sont pris à l’interne. Raymond Kaboré encadre une Philippine depuis un bout de temps. Venue du néant (par rapport au métier), Evelyne consacre une bonne partie de son temps à l’apprentissage de cet art. Bien qu’étant face à un écran imposé par la langue (elle ne s’exprime qu’en anglais pendant que son maître se défend en français), l’ambiance et la concentration sont au top. Elle a la ferme volonté d’apprendre et son maître, à son tour, a la verve également de faire respecter son art. L’art est transversal, et ils communiquent à travers ce langage. « Je suis là pour apprendre des merveilles du Burkina. Et là, je suis en train de concevoir des caravaniers d’une fête populaire de mon pays, les Philippines. Je suis en train d’apprendre le bronze. Quand j’aurai maîtrisé, je verrai le batik, l’art plastique et la peinture. Au Burkina, il y a de beaux arts », explique Evelyne.

De même, Safia Millot, la femme du directeur de l’Institut français (ex-CCF) ne lésine pas de son côté dans l’apprentissage du bronze. Avec elle, sa camarade Belge, Anne. Toutes deux ont pour maître Sergent. Pour Safia, « C’est une passion, c’est plaisant, c’est beau. J’aime toucher la matière ». Deux fois par semaine, elles viennent chez leur maître. Safia travaille aussi la terre, l’argile qu’elle a appris à travers ses nombreux déplacements (Viêt-Nam, Colombie, etc puis le Burkina). « La particularité au Burkina, c’est que c’est ici que j’ai affaire à cet art à base de cire perdue. C’est une autre expérience formidable », explique-t-elle. Avec dextérité, attention et goût, elle manie la matière et conçoit des œuvres qui traduisent sa vision du monde et pour véhiculer des messages à la société.

Et à sa co-apprentie de présenter les produits de son apprentissage à seulement quatre (4) semaines de présence au Burkina : « Des oiseaux, ce sont pour moi des animaux qui sont libres, qui font leur nid petit-à-petit. J’aime bien des choses pas abstraites mais réalistes », justifie cette graphiste belge. « Je trouve sympa d’être chez quelqu’un pour apprendre. Je vais rester 3 ans. Je veux apprendre à travailler avec la cire, sculpter avec le bois. (...). Je suis artiste et je dois explorer. Le Burkina parce qu’on peut avoir le contact facile avec les artistes, c’est plus gai. C’est vraiment le centre de l’artisanat. Ici, on recycle ce que nous nous jetons chez nous. Et cela est très important. (…). Chez nous, les artistes sont plus distants… ». Elle entend profiter de ce milieu et elle compte s’ouvrir au batik également pour accroître ses compétences artistiques. Elle entend donner des cours aux enfants une fois de retour. Avec l’ambiance qu’elles ont su créer, et sous les regards de leur maître, Safia et Anne ont montré qu’avec la volonté, rien n’est impossible. « Elles sont devenues, en si peu de temps, des spécialistes », note leur encadreur.

Le " design ", la matière première constituent entre autres l’originalité du bronze et ne laissent pas visiteurs et apprenants indifférents. C’est cela qui fait aussi sa renommée. L’hospitalité et la stabilité du Burkina constituent, nous confie-t-on, des atouts pour ce secteur autrefois réservé aux seuls initiés. Grâce aux réseaux qu’ils tissent sur d’autres continents, surtout en Europe, ils bravent la langue et leur niveau d’instruction pour se frayer un chemin d’ascension socioprofessionnelle. Romain Nikiéma vient de rentrer d’un symposium international en Chine. Un symposium sur sculpture sur pierre, métal et granite. « Il y avait 140 pays participants avec un représentant chacun. Les œuvres burkinabè ont été bien appréciées et cela m’a ouvert des portes dans le monde », explique M. Nikiéma. Quand il est au pays, il vend et cherche le marché comme les autres bronziers.

Certains se sont équipés d’ordinateurs portables (même si parfois on a du mal à bien les manipuler) pour répondre aux besoins de vente à distance et/ou pour maintenir la clientèle étrangère. Dans le domaine, la santé des affaires est relative au dynamisme et à l’ingéniosité de chacun. Sur place ou en déplacement, les créneaux ne manquent pas. Hamed a fréquemment des commandes de l’extérieur qu’il s’active à respecter. Il profite de ce " vaste " marché pour faire profiter ses amis qui s’en sortent moins que lui en leur faisant produire une partie de sa commande à destination de l’Europe. « On vit ici en famille », laisse-t-il entendre, les mains dans la cire. Même élan pour Sergent qui a, depuis 2007, une importante commande de crucifix, avec le Curé de la commune d’Ordinaux à Andorre (France), destinés aux enfants pour leur première communion.

A la découverte de clients

Si la crise du premier semestre de 2011 a porté un coup aux activités des bronziers, c’est aussi parce qu’en partie, la majeure partie de la clientèle est constituée d’expatriés. La situation au niveau du pays ayant ralenti les arrivées, ce n’était pas du tout la joie chez les occupants du CNAA. Néanmoins, les clients ne manquent pas. Et des Burkinabè, il y en a parmi. Par patriotisme, par besoin ou par altruisme ou par goût, ils paient les objets d’art. « Je suis venu chercher des oeuvres pour amener avec moi au Canada. C’est le meilleur cadeau que je puisse offrir à mes amis là bas, les objets de ma culture. C’est ma fierté. Ils aiment bien notre bronze », laisse entendre M. Ouattara, les mains chargées d’une statue de la princesse Yennenga, de colliers et de nappes de tables sur lesquelles flottent des dessins d’hameaux du Burkina, du quartier touristique du centre-ville de Bobo-Dioulasso la capitale économique (Dioulassoba).

Plus loin à côté des vendeurs le long de la Société nationale des postes, Mme Adenou explique ses nombreux achats de statues de chevaux, de femmes en milieu rurale et autres objets artistiques par le fait que : « Nos braves artisans doivent aussi vivre de leur art ! Regardez ce qu’ils font, c’est merveilleux ! Il faut qu’ils soient soutenus par chacun au passage en payant des œuvres, ne serait-ce que pour offrir des cadeaux. En plus, je suis passionnée des beaux arts, surtout à base du bronze ». C’est ce qu’a d’ailleurs fait ce fonctionnaire international qui venait de s’offrir des statues représentées par des artistes de djembé, de balafon et la statue de la princesse Yennenga. M. Hien est à la veille d’un voyage dans un pays de l’Afrique centrale pour une rencontre internationale.Il n’a pas hésité à se présenter au CNAA pour se choisir des oeuvres. « Je me suis dit qu’il ne sera pas mal qu’ils aient à leur retour quelque chose du pays des Hommes intègres. C’est dur, mais ce sacrifice vaut la peine pour notre pays. Chacun est ambassadeur du Burkina à sa manière, n’est-ce pas ? », explique M. Dicko avec ses œuvres en bronze destinées à ses amis en fin de séjour au Burkina.

Kader PALENFO

Le Progrès


Le Centre national d’artisanat d’Art (CNAA), perdu parmi les bâtiments imposants des alentours, se situe sur l’avenue Dimdolsom, à quelques mètres au nord du rond-point des Nations-unies. Seule une attention particulière permet d’identifier cet Etablissement Public à caractère Administratif (EPA). Commodité ? Il en est moins question, même le local faisant office d’administration n’échappe pas à cette réalité. Mais ne vous fiez pas aux apparences. C’est là que nombres de nationalités viennent apprendre le métier de bronze et où sortent également des « merveilles » de l’artisanat d’art, surtout à base du bronze. Des témoignages, il ressort que technique du bronze à la cire perdue était l’apanage de la chefferie traditionnelle. Les bronziers de Ouagadougou qui sont tantôt venus du Ghana ou du Mali étaient tous sur la tutelle du Mogho Naaba (Empereur des Mossé). Ils se sont installés sur une partie de l’actuel secteur n°12 de Ouagadougou. Zone qui porte le nom de ce corps de métier en langue locale, « Yongsè ». Ce sont ces bronziers qui faisaient le portrait des Mogho Naaba après leur mort. La photographie n’existait pas. Ces portraits étaient conservés dans la localité du Loumbila sur la route de Ziniaré. En plus de ce rôle, ce sont eux également qui confectionnaient les bijoux pour les reines (les femmes du Mogho) et pour les décorations (harnachements) des chevaux. Le cheval étant un animal noble beaucoup apprécié au Burkina Faso. Les Français, à partir de 1967, ont estimé qu’on pouvait rendre cet art populaire au lieu de le laisser entre les mains des bronziers seulement sous la tutelle du Mogho Naaba. Pourquoi pas permettre à tous les Burkinabè qui le veulent d’exercer cet art ? D’où la création de ce centre : le Centre national d’artisanat d’art (CNAA).

K.P


Le Centre national d’artisanat d’art : Un centre à statut ambigu ?

Souleymane Palenfo est le responsable du Centre national d’artisanat d’art( CNAA), un espace qui regroupe des artisans de différents secteurs d’activités. Dans notre volonté de savoir sur le métier de bronze et du centre dont il assure la gestion, nous l’avons rencontré et il a bien voulu se prêter à nos sollicitations à travers les lignes qui suivent.

Le Progrès (L.P) : Quelles sont les conditions d’accès au centre ?

Souleymane Palenfo (S.P) : Pas de conditions, puisque l’objectif visé était de former le maximum de jeunes burkinabè à la technique de la cire perdue. C’était donc une façon d’employer les jeunes, surtout ceux désoeuvrés. Mais cela a aussi montré des limites car très vite, ce sont ceux qui échouaient dans leur cursus scolaire qui venaient à ce domaine. Si avant cela ne causait pas de problème aujourd’hui dans ce contexte de mondialisation ça cause problème. Car pour bien faire et vendre bien, il faut posséder un certain nombre d’outils indispensables (techniques de vente, la gestion de revenus…). Beaucoup de jeunes vivent aujourd’hui de ce métier. La vision des initiateurs étaient donc juste. Il appartient à nous, la nouvelle génération, de prendre la relève et de donner une nouvelle impulsion au domaine. Je pense qu’il est temps de revoir les conditions d’accès pour donner une nouvelle impulsion au Centre.

L.P : Une réflexion en vue donc ?

S.P : Depuis un certain temps, il y a un projet en cours pour transférer le centre dans l’enceinte du Musée national. Il y a de l’espace pour ériger des ateliers modernes, construire une salle d’exposition digne de ce nom et permettre aux artisans de pouvoir s’épanouir pleinement. Il reste donc le financement, sinon l’Etat a déjà mené la réflexion. La réalisation du projet ne va pas tarder, compte tenu de l’importance du secteur dans le tissu économique de notre pays.

L.P : Comment les artistes participent à la gestion du Centre ?

S.P : Ce n’est pas facile, mais ils doivent participer à travers un certain pourcentage sur la vente de leurs œuvres pour permettre une certaine pérennisation du centre. Ce pourcentage récolté est, à son tour, reversé au Trésor public. Puisque c’est l’Etat qui met les commodités à la disposition des artisans : eau, électricité, téléphone, etc. Dans la pratique, il y a des difficultés dans le recouvrement des pourcentages. C’est souvent comme ce qui se passe ailleurs, où certains estiment que contribuer à la charge est une perte. Il faut donc continuer la sensibilisation et essayer de mettre en place des mécanismes pour permettre aux uns et aux autres de s’acquitter de cette contribution. Ce qui n’est pas du tout aisé, compte tenu des moyens limités.

L.P : Et en ce qui concerne la participation de ces artisans aux festivals internationaux, le centre y intervient ?

S.P : Oui, puisque le centre a deux missions essentielles : la formation des jeunes et la promotion de leurs œuvres. Dans le dernier cas, nous devons être à côté de ces jeunes. Surtout que beaucoup n’ont pas un niveau d’instruction qui leur permet de s’exprimer correctement en français pour pouvoir faire face à certaines exigences du marché. Mais l’Etat s’est désengagé de tout ce qui concerne le volet promotion. Le Village artisanal est là pour la promotion. Nous, logiquement, notre rôle doit être maintenant focalisé sur la formation. C’est cela la vision de l’Etat. Mais ce qui sera intéressant, c’est que les artisans eux-mêmes s’organisent en association, en groupement d’intérêt économique pour pouvoir s’occuper pleinement du volet promotion.

Tout ce qui a trait à la communication, publicité, aux billets d’avion pour les expositions à l’extérieur, à la location des tentes etc., ne peut pas être supporté par l’Etat. De la sorte, l’Etat pourrait se focaliser sur son rôle régalien de la formation. Et aujourd’hui, je pense qu’en plus de cette formation pratique dont bénéficient les artisans, on doit assurer le volet théorique, c’est-à-dire essayer de relever un peu leur niveau face aux nouvelles exigences (informatique, marketing, etc.). C’est très important de savoir gérer les revenus. Tout doit faire l’objet d’un enseignement. Cela évite également le " marketing agressif " et leur permet de préserver la clientèle. Aussi, faut-il qu’ils apprennent à diversifier leurs produits et à ne pas faire les mêmes choses. Nous devons aller vers la formation de " designers ", des gens qui sont-là pour concevoir des produits pour d’autres qui les produisent. Former aussi des polyglottes (anglais, français, espagnol etc) pour la vente.

L.P : Les artisans confient être délaissés par leur département, contrairement à leurs collègues musiciens par exemple. Est-ce aussi votre avis ?

S.P : C’est vrai. Mais cela a une explication. L’artisanat d’art est un domaine qui se situe aujourd’hui entre deux ministères. Bien que dans le gouvernement on trouve le ministère du Commerce, de l’industrie et de l’artisanat, le Centre national d’artisanat d’art relève du ministère de la Culture et du tourisme. Alors que ce département ne prend pas en compte toutes les préoccupations parce qu’il y a logiquement un autre ministère chargé de ce secteur. Ce dernier aussi considère qu’il relève du département de la culture. Finalement, le secteur se trouve marginalisé. Il serait bon de clarifier cette donne. Un tel statut est un peu difficile. Lorsqu’on établit une attestation pour un artisan qui veut aller au ministère de la Culture pour prendre un certificat, lorsqu’on voit ’’artisan’’, le ministère dit qu’il ne le reconnaît pas. Qu’il ne reconnaît que les artistes. Pourtant ils relèvent de ce ministère !

L.P : Une vision de modernisation du centre. C’est dire que les artisans se verront imposer dès lors une participation assez importante ?

S.P : C’est normal. Si on doit partir au Musée national, il faut qu’on contribue à la charge car le Musée national étant un EPE, il jouit d’une autonomie de gestion, donc une auto prise en charge. Lorsqu’on veut chercher de l’argent, on doit accepter consentir un peu. Voyez ce qui se passe ici aujourd’hui ? Je leur dis souvent : quand on prend le centre du point de vue de la formation, le bilan à mi-parcours est un succès en ce sens que beaucoup de gens arrivent aujourd’hui à se nourrir et à nourrir leur famille grâce aux connaissances acquises au CNAA. Par contre, le volet promotion est un échec ! Tout simplement parce qu’eux-mêmes, ils n’ont pas accepté se sacrifier pour pousser encore davantage ce centre au firmament des centres de référence. Il y a également le manque de solidarité à leur niveau qui puisse leur permettre de bien s’organiser pour faire face à certaines exigences.

L.P : Le centre a-t-il des partenariats ?

S.P : Beaucoup d’initiatives ont été développées. Mais on est confronté à un même problème : beaucoup de gens estiment que comme c’est une structure de l’Etat, il y a d’autres types de partenariat qui existent, notamment au niveau de la coopération bilatérale et que le volet culture y est intégré déjà. Alors qu’en réalité, ce volet nous échappe. Ce n’est pas directement le centre qui en profite, c’est général. Même avec des institutions de la place, on a tenté en vain.

L.P : À cheval entre ces deux entités, avez-vous un message particulier ?

S.P : La formation des jeunes constitue une des chevilles ouvrières du gouvernement. Et le secteur de l’artisanat d’art qui est un secteur que nous avons maîtrisé (la prolifération des centres) est écarté. Le Burkina Faso se distingue à travers l’art du bronze. Tout comme le Mali avec le " bogolan " et bien d’autres pays dans d’autres domaines également. Voilà un domaine où nous pouvons émerger. Mais où les moyens ne sont pas mis en œuvre. Et c’est dommage. La renommée du Burkina en la matière est incontestée et incontestable. Même dans la formation, on parle de tous les secteurs, mais on ne parle jamais de l’artisanat d’art. Il est temps que le gouvernement songe à intégrer ce secteur dans ses différentes politiques de développement.

Ça y va de notre intérêt. Si nous réussissons à donner une formation rigoureuse à travers des modules bien choisis qui prennent en compte le défi de la mondialisation de sorte à donner un niveau élevé à ces artisans, vous verrez que ces jeunes ont quelque chose à donner. Quant aux artisans, ils gagneraient à se faire former car on ne peut pas continuer, au 21ème siècle, à agir comme en 1967 lors de la création du centre. Le monde bouge et évolue. Les artisans conçoivent, ils produisent et ils vendent. C’est trop pour un artisan. Nous devons tendre vers une certaine répartition des tâches. C’est-à-dire que nous devons tendre à mettre sur le marché des gens qui sont à même de concevoir de beaux objets. Mettre sur le marché des gens capables de produire ce qu’ont fait les premiers. Et pour terminer, des gens spécialisés dans la vente et dans la gestion avec les atouts d’être bilingues voire, des polyglottes.

Mais, j’apprécie et je félicite les artisans dans le centre. Nous sommes ici en famille, nous partageons nos moments de joie et de peine. Je les observe et je sais que ce n’est pas facile à leur niveau, surtout eux qui vivent au jour le jour à travers leur vente. Il faut les encourager et leur demander de persévérer car à travers cela ils pourront se tailler une place au soleil.

Réalisé par K.P

Le Progrès

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