Affaire Guiro : Il était en sursis depuis 2007 avec l’affaire des « fausses exonérations »

mercredi 18 janvier 2012 à 01h31min

Nous sommes en fin 2007, le 5 décembre précisément. Ousmane Guiro, directeur général des Douanes, est convoqué dans le bureau du juge d’instruction, Stéphane Sory, au palais de la Cour d’appel de Ouaga 2000 où avaient élu domicile tous les juges pour cause de réfection du palais de justice du centre ville. Ce jour-là, le juge Sory n’est pas là. Il est à Banfora pour une affaire familiale, mais a pris soin de confier le dossier à son collègue Moussa Kaboré. Quand Guiro arrive à 8h, le juge intérimaire le place directement sous mandat de dépôt. On lui retire tous ses portables et on le fait asseoir dans le couloir, en attendant d’être transféré à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). Une dame qui l’a reconnu au milieu des prévenus alerte sa famille.

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Le procureur Issa Kindo arrive immédiatement et exige l’annulation du mandat de dépôt. Il demande la main levée. Il ne réussit pas à convaincre le juge intérimaire qui lui demande de se référer au propriétaire du dossier, le juge Sory. Il le joint au téléphone et ce dernier reste également inflexible. C’est le ministre de la Justice Zakalia Koté qui s’implique en personne. Il appelle successivement les deux juges et obtient la main levée. Il était 20h quand tout se dénoue. Guiro ne sera pas menotté et transféré en prison. Il rejoint en homme libre son domicile. Le ministre Koté expliquera plus tard que « Guiro n’est pas n’importe qui, il a donc droit à certains égards ». Le Premier ministre de l’époque (Tertius Zongo) soutiendra également qu’il déteste « la justice spectacle ». Ils soutiennent avec le parquet que la procédure a été émaillée d’irrégularités et rien ne justifiait, selon eux, la précipitation avec laquelle le juge voulait priver Guiro de sa liberté.

Si l’opinion publique a été scandalisée par cette immixtion du gouvernement dans le travail des juges, Guiro et ses proches pensent, quant à eux, qu’il y a un complot manigancé par ses adversaires tapis dans l’ombre.
Guiro ne manque pas d’arguments pour étayer cette thèse du complot. Son premier argument se fonde sur le fait que c’est lui-même qui a déposé plainte le 23 avril 2007 contre les faussaires dans l’affaire des « fausses décisions d’exonération ». A l’époque, il occupait le poste de directeur de la Législation et de la Règlementation. Il avait constaté qu’il y avait une chute des recettes due aux nombreuses décisions d’exonération. Il demande des explications au bureau des douanes de Bingo. Le responsable de ce bureau lui rétorque que le problème vient de chez lui. C’est ainsi qu’il décide de déposer une plainte pour clarifier la situation. Il s’avère que les décisions d’exonération identifiées auprès du bureau des Douanes de Bingo portent sur 835 458 litres de gasoil et 663 254 litres de super 91.

Ce qui représente en terme monétaire la valeur de 390 472 420 FCFA. Les sociétés étrangères qui en ont bénéficié ont été sommées de payer. Reste à faire payer les responsables de cette escroquerie. Au sein de la Douane, il y a de fortes implications. Les douaniers qui sont mis en cause seraient des protégés du directeur de l’époque, Antoine Zoungrana. Ce dernier leur aurait promis qu’ils ne seront pas inquiétés tant qu’il est à son poste. Mais surprise, quelques mois après, il est remplacé. Pire, ce n’est pas sa favorite, Françoise Touré, qui le remplace. C’est le rival Guiro qui prend sa place. Il n’aurait pas digéré cette nomination. Ses proches ont laissé entendre qu’ils vont mener la vie dure au nouveau directeur. Quand l’affaire de Guiro éclate en décembre, Guiro et certains « initiés » de la maison y ont vu la main du clan rival. Antoine s’est retrouvé par la suite à l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat (ASCE).

Le dossier des fausses exonérations a été finalement jugé et Guiro blanchi. Ce qui est certain, dans les deux clans, il y a trop peu qui sont propres comme la neige. Ils se sont enrichis de manière foudroyante. Chacun dispose des relais partout dans les services des douanes et se débrouille pour placer ses hommes aux postes stratégiques. Leurs réseaux s’infiltrent dans les milieux politiques et judiciaires également. Quand Guiro a failli être « déposé » à la MACO en 2007, il a fait jouer ses amitiés politiques et judiciaires. Aujourd’hui, ceux qui le protégeaient ne sont plus aux affaires, il devient donc plus vulnérable.

Abdoulaye Ly

MUTATIONS N. 5 de janvier 2012, Mensuel burkinabé paraissant chaque 1er du mois (contact : Mutations.bf@gmail.com)

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