Carnet santé : Jean Marie Tibo Compaoré : Un phytothérapeute ami de la nature

mardi 17 janvier 2012 à 01h44min

L’un des premiers certifiés en médecine traditionnelle «  option, hépatite B, diabète, glycémie et paludisme » par le ministère de la Santé, Jean Marie Compaoré est né guérisseur en 1951 à Ziniaré. Il a hérité de l’art de soigner de son défunt père auquel il s’identifie. Parcours d’un tradipraticien de santé pas comme les autres.

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Tel père tel fils ? ! Cette assertion retrouve tout son sens avec Jean Marie Tibo Compaoré. Fils de feu Patindé Compaoré, un guérisseur, il est aussi un tradipraticien. Il officie à Ouagadougou et à Ziniaré sa ville natale. Jean Marie Tibo Compaoré est l’un des tradipraticiens certifiés par le ministère de la Santé en octobre 2011. Il est autorisé à traiter le diabète, l’hépatite B, l’hyperglycémie et le paludisme. Des maux contre lesquels il a fait ses preuves. Mais comment ce monsieur est venu à ce métier ? ? Dès son bas âge, aîné des deux garçons de la famille, il s’est intéressé très tôt à la médecine traditionnelle. Cependant, son père l’encourageait à poursuivre ses études afin d’apprendre le savoir du Blanc. Le vieux, un ancien combattant de la guerre 39-45, mesurait l’importance de l’école.

Le fils, tout en suivant les cours, s’initiait petit à petit à la médecine traditionnelle. Il décroche le Brevet d’études du premier cycle (BEPC) et devient plus tard enseignant. Dans ce métier qui l’occupe énormément, il gravit plusieurs échelons. La pratique de la médecine traditionnelle est réservée à ses heures libres. « J’ai commencé à exercer la médecine traditionnelle à plein temps à partir de ma retraite en 2009, trois ans avant le décès de mon vieux ? », précise –t-il. Le père n’est plus et Jean Marie Tibo prend les choses en main. Il se consacre entièrement au métier de guérisseur. Pour lui, il faut dissocier le médicament qui soigne des fétiches familiaux : «  ?Mon père n’immolait pas des animaux, il a fait comprendre que ce rite ne fait pas le médicament ».

Il dit ne pas être voyant ni charlatan. De taille moyenne, teint noir et moustachu, ce sexagénaire ne peut parler une minute sans évoquer celui qui l’a initié au savoir médical traditionnel, son géniteur. Et comme son vieux, il est guidé par le souci de soigner les malades. Dans ses principes, l’argent vient en seconde position. «  ?Mon père dont j’ai hérité, vivait de l’agriculture et non de la pharmacopée. J’ai vu des patients qui n’ont rien qu’il a soignés. En contre-partie, il leur a demandé d’amener le reste du tô de leur femme ? », se rappelle-t-il.

Un botaniste autodidacte

Ce phytothérapeute connaît presque tous les noms scientifiques des plantes. Dans certaines rencontres comme celles de la Journée africaine de la médecine traditionnelle, il les cite avec aisance. Il est autodidacte en matière de botanique. De nombreux étudiants et chercheurs dans ces filières viennent vers lui pour des informations sur les plantes.

Les plantes n’ont aucun secret pour lui. Leur vertu médicinale, la toxicité, les compositions chimiques, leur mode de vie… Conscient de la nécessité de préserver l’environnement, notamment la forêt où il puise sa matière première, Jean Marie Tibo Compaoré a créé un jardin botanique dans son village. L’idée de la création du jardin vient de son père. Celui-ci lui disait à tout moment que si les arbres ne sont pas protégés, ils disparaîtront un jour. Mais cette conception a été murie lorsque le fils Compaoré, coordonnateur des jeunes en son temps, a conduit en 1992 la délégation de l’Oubritenga à un camp de reboisement international à Kongoussi où 15 mille plants ont été mis en terre.

De retour dans son village à Ziniaré, il demande à son «  ?vieux ? » de lui donner un champ pour concrétiser son projet. Il obtient un hectare. Il faut donc trouver des plants. Jean Marie Compaoré, très impatient, ne peut pas attendre la fin du mois. Il demande à sa banque un découvert de 15 mille FCFA. Le père, content de voir son rêve prendre forme, y ajoute 5000 FCFA. Avec ce fonds, il paie 1000 eucalyptus et du grillage. Il a mis tout le village à contribution pour la plantation.
«  ?Au début, ce n’était pas destiné à un jardin botanique. C’était juste pour avoir un bosquet et protéger l’environnement ? », déclare M Compaoré. Le projet va prendre son envol avec l’appui de ses partenaires. Il obtient l’adresse de Mlle Félicité Kaboré, directrice du Fonds canadien de la lutte contre la désertification à l’époque dans un débit de boissons.

«  ?Elle m’a dit de monter un projet afin qu’elle m’aide », se souvient-il. Le projet monté a été accepté et une somme de 5 millions et demi lui a été accordée. D’un hectare, le jardin couvre désormais trois hectares. «  ?Les débits de boissons sont souvent de bons endroits ? », affirme-t-il. Actuellement, dans la forêt de M. Compaoré, on dénombre 33 familles de plantes et plus d’une centaine d’espèces. A l’intérieur du jardin, le promoteur, aidé par ses enfants, y a dressé 800 cordons pierreux. Pour ces travaux, il a obtenu en 1998 le premier prix de lutte contre la désertification et beaucoup de prix spéciaux. Près de mille personnes visitent chaque année son jardin. Parmi ceux-ci, au moins 100 étudiants de l’Université de Ouagadougou y séjournent pour des stages académiques.

La collaboration, un concept plein de sens

Pour cet homme, la médecine traditionnelle n’aime pas l’orphelinat. Et c’est pourquoi il collabore avec des collègues, des médecins, des chercheurs et des institutions de santé. Il est le président de la Confédération africaine de la médecine traditionnelle en Afrique de l’Ouest (CAMTAO) et secrétaire général de l’Association nationale des acteurs de la médecine et de la pharmacopée traditionnelle du Burkina Faso.

En outre, sur initiative du Pr Jean Baptiste Nikièma, il coopère, depuis des années, avec la Direction générale de la pharmacie, du laboratoire et du médicament (DGPLM). Il a bénéficié des conseils de Jean Louis Poucet, un pharmacologue français dans l’utilisation des plantes médicinales. Dans le partenariat avec les institutions, M Compaoré a effectué des missions à Abidjan en Côte d’Ivoire, Bamako au Mali, Hararé au Zimbabwe, Lagos au Nigeria, etc. Il a travaillé avec le Centre médical Saint Camille dans le traitement des maladies opportunistes du VIH et dans l’amélioration des CD4 des patients. Certains médecins de l’hôpital Yalgado, de la clinique Suka, le recommandent à des malades du diabète, de l’hépatite B, de dermatoses et d’hémorroïdes.

Dans d’autres pays comme le Niger, la Côte d’ivoire, le Liberia, le Togo il est souvent sollicité pour des traitements. «  ?J’ai un prêtre au Niger qui vient tout le temps commander mes produits contre l’hépatite B. Je collabore également avec des médecins togolais ? », affirme M. Compaoré. Certains hôtels de la place le connaissent également pour y avoir traité des patients venus de l’extérieur. Décoré chevalier de l’Ordre du mérite burkinabè, il est marié et père de onze enfants. Il nourrit l’espoir de pouvoir mieux clôturer son jardin et d’y mettre un forage. Pour cela, il compte sur la bonne volonté des amis de la nature, de tous ceux qui mènent le combat pour la préservation de l’environnement.

Boureima SANGA (bsanga2003@yahoo.fr)

Sidwaya

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