Roland Zongo, chef du projet visas sécurisés burkinabè : « Il est quasi impossible de falsifier le nouveau visa »

mardi 17 janvier 2012 à 01h46min

L’émission des nouveaux visas sécurisés burkinabè a été lancé le 29 décembre 2011 à l’ambassade du Burkina Faso à Paris en France. En marge de la cérémonie, nous avons interrogé, le chef du projet, le commissaire Roland Zongo sur le système d’émission, les normes de sécurité et le coût de ces documents de voyage.

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Sidwaya (S.) : Depuis quand êtes vous le chef du projet visas sécurisés burkinabè et avec quelles formations ?

Roland Zongo (R.Z.) : Je suis commissaire de police, ingénieur en informatique, en électronique, en électrotechnique et en automatique. J’ai fais mes études supérieurs au Maroc pendant cinq ans. Je suis titulaire d’un master en conception des systèmes informatique, informatisés. En outre, j’ai un master en management des réseaux informatiques, et je viens de terminer un master en gestion des projets. Je suis actuellement le directeur général des transmissions au niveau du ministère de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité (MATDS). Je suis également le directeur des transmissions de l’informatique à la direction générale de la police nationale. Conjointement à ces fonctions, je joue le rôle de chef du projet sécurisation visas depuis juin 2009. Je tiens à remercier les autorités burkinabè qui ont bien voulu que le projet voie le jour. C’est un projet complexe débuté en 2007, et s’il a fallu attendre fin 2011 pour voir son aboutissement, c’est que beaucoup d’efforts ont été faite en la matière.

S. : Quels sont les fondements du projet ?

R.Z. : Il s’agit dans un premier temps, d’informatiser le système d’émission des visas. En effet, l’émission des visas burkinabè présentait plusieurs failles, à savoir une certaine porosité au niveau de nos frontières et un manque de possibilité de contrôle de tous les étrangers qui entrent au Burkina. A l’issu de ce constat, le gouvernement burkinabè a bien voulu, mettre en place un système informatisé pour l’émission de ces différents visas. Ce qui veut dire la création d’une base de données, la possibilité de contrôler tous ceux qui rentrent et sortent du Burkina Faso, et en plus de cela, une bonne gestion centralisée des recettes visas.

S. : Présentez nous le système mis en place

R.Z. : Ouagadougou est le centre qui abrite la base de données à savoir un certain nombre de serveurs. Au niveau de chaque représentation diplomatique, des installations permettent d’envoyer des fichiers cryptés et nous allons nous charger de faire la mise à jour au niveau de la base de données. Cette base de données actuellement implantée au niveau de la division de la migration de la police nationale est interconnectée avec nos installations au niveau de l’aéroport. Ce qui veut dire que pour un demandeur de visa qui se présente devant nos agents émetteurs à l’aéroport, il est facile pour les policiers de contrôler si le visa qui est mis sur le passeport est authentique ou pas. Ces installations sont également interconnectées avec la base de données d’Interpol. A l’intérieur de cette base de données, il y a ce qu’on appelle la black liste, qui permet de savoir si l’intéressé est interdit d’entrée au Burkina ou pas. Si tel est le cas, cette personne pourra être appréhendée, soit refusée d’entrée au Burkina Faso.

S. : Comment se passe la collaboration entre les agents dans les ambassades et vous ?

A l’heure actuelle, il y a une bonne collaboration entre les agents au niveau des ambassades et le chef de projet que je suis. Chaque fois qu’une installation est faite dans une ambassade, il faut d’abord rentrer en contacte avec les agents émetteurs pour connaître leur besoin en matière d’installation et en matière de formation. Aussi, le choix d’un agent émetteur n’est pas fait au hasard. Pour être agent émetteur, il fallait avoir un minimum de connaissances en informatique afin de pouvoir subir la formation. Il y a une coordination. Cependant, du travail demeure. Les installations ont été faites en 2010. Avec les différentes mutations qu’on connu les représentations diplomatiques, il y a eu des changements. Il faut donc former des agents et revoir les installations dans certaines ambassades.

S. : Quelles sont les difficultés de l’ancien système d’émission de visas ?

En tant que policier, je connais plus ou moins les difficultés qui existaient dans l’ancien système, qui était basé sur des cachets liquides imposés sur les différents passeports. Il n’y avait pas un contrôle en tant que tel. Il suffisait seulement d’apposer ce cachet et par la suite, de remettre une quittance au demandeur. Avec l’ancien système, les cachets différaient d’une représentation diplomatique à une autre. Au niveau des frontières c’était la même chose. Il y avait une multitude de cachets. Facilement des personnes mal intentionnées pouvaient imiter ces différents cachets pour pouvoir rentrer facilement au Burkina Faso.

Maintenant avec ce nouveau système, la société qui fabrique les vignettes nous a fait plusieurs propositions de sécurité sur l’impression même de la vignette. Il est quasi impossible à une personne lambda de falsifier le nouveau visa, de pouvoir imiter ces vignettes, parce que la sécurité est de taille. La technologie utilisée pour ces visas est comparable à celle utilisée actuellement pour l’émission des billets de banque.

S. : Pourquoi le choix de la société Oberthur Technologies ?

R.Z. : Vu la complexité du projet lancé en juin 2007 par le gouvernement burkinabè, il ya eu un appel d’offre restreint. Au moins trois sociétés étaient en lice. Après l’étude des offres techniques, la société Oberthur Technologies a été sélectionnée. C’est au regard de l’expérience que cette société a à travers le monde, que l’Etat burkinabè l’a choisi pour nous fournir le système.

S. : Est-ce que le système est fonctionnel dans toutes les ambassades ?

R.Z. : Depuis octobre 2010, le système a commencé à être installé dans les ambassades. Aujourd’hui, seulement la Libye n’a pas reçu son matériel, tout simplement parce que l’avion qui transportait le matériel à cette destination a crashé à Dubaï en septembre 2010. Dans les jours à venir, nous allons nous attelés à faire l’installation au niveau de la Libye. Hormis la Libye, il y a 8 consulats honoraires qui doivent bénéficier de ces installations. Dans l’ensemble je peux dire que le système est fonctionnel dans presque toutes les ambassades du Burkina Faso à l’étranger.

S. : Il faut combien de temps pour obtenir le nouveau visa et à quel coût ?

R.Z. : La délivrance du visa analogique prenait beaucoup de temps. Il fallait suivre une longue file, et fournir un certain nombre de données. Ces files d’attentes seront réduites et en plus, le demandeur pourra en 24 heures avoir son visa. Le montant dépendra de la durée de séjour du demandeur. Par exemple, un visa court séjour pour 3 mois, coûte 47 000 FCFA. Avant, les voyageurs qui arrivaient au niveau de l’aéroport pouvaient facilement rentrés au Burkina en payant seulement 10 000 FCFA pour un laisser passer, quitte à régulariser après, leur situation au niveau de la division de la migration, avec une somme de 10 000 FCFA de plus, soit 20 000 FCFA pour un visa court séjour. Maintenant le système qui est mis place pour décourager les fraudeurs a été fait de sorte que celui qui arrive à l’aéroport de Ouagadougou et qui n’a pas son visa est déjà sous sanction. Il verra le coût du visa se multiplier par deux. Donc au lieu de payer 47 000 FCFA, ce dernier devra payer 94 000 FCFA. Ce système vise ainsi à inciter les uns et les autres à aller vers nos représentations diplomatiques afin de se procurer leur visa avant le voyage. Ce visa va aussi faciliter le contrôle au niveau de Ouagadougou. En effet, une fois ce document de voyage émis au niveau de la représentation diplomatique, les données sont transmises au niveau de la base de données de Ouagadougou et cela facilitera le contrôle avant que la personne n’arrive même au Burkina Faso.

S. : De l’analogique au numérique, une baisse du coût du visa ?

R.Z. : Il y a le visa court séjour entrée unique, le visa court séjour entrée multiple et le visa long séjour entrée multiple. On compte aussi le visa de transit et le visa groupe pour les touristes ou les associations. Quand nous étions toujours avec le visa analogique, il a été reconnu que le visa burkinabè était le plus moins cher de la sous région. C’est après étude que l’Etat burkinabè a bien voulu que ces différents coûts soient revus légèrement à la hausse. J’ai eu la chance de participer aux nouvelles tarifications des visas burkinabè. Le prix planché du visa burkinabè est de 47 000 FCFA pour un court séjour entré unique. Le plafond se situe à 120 000FCFA pour le visa long séjour (une année) entrée multiple. Jusqu’à présent, le visa burkinabè demeure l’un des moins chers de la sous région. Par exemple, le visa unique pour les pays de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) va coûter 55 000 FCFA.

Propos recueillis à Paris par Bachirou NANA

Sidwaya

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