Municipales et législatives couplées : Qui veut se sucrer sur le marché de la biométrie ?!

vendredi 13 janvier 2012 à 01h02min

Le vent de transparence qui souffle sur le Faso en ce début d’année n’épargne pas la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). La modification de la liste des opérateurs devant postuler à l’appel d’offres pour l’élaboration du fichier électoral biométrique a provoqué des gorges chaudes au sein de l’institution. Cette décision ayant été prise par le bureau permanent (de 5 membres) en l’absence des 10 autres commissaires en mission à l’intérieur du pays, certains d’entre eux auraient légitimement crié à la « magouille ». Normal, avec les nuages de milliards prévus pour pleuvoir sur le marché de la biométrie, il vaut mieux être vigilant comme un CDR. Mais en fait, y avait-il de quoi s’inquiéter vraiment ?

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Si l’inquiétude des « commissaires frondeurs » peut être justifiée parce qu’ils n’ont pas participé à la réunion qui a fait passer la liste des opérateurs potentiels de 5 à 7, il n’y a pas de quoi jeter l’anathème sur le bureau permanent, encore moins sur le président de la Ceni. Cette modification de la dernière minute serait motivée par un « souci de transparence et de compétition » entre tous les opérateurs susceptibles de faire les offres les plus concurrentielles possibles pour l’élaboration du fichier électoral biométrique.

En effet, une première réunion élargie à l’ensemble des 15 Commissaires que compte l’institution a permis à la Ceni d’arrêter une “short list” de 5 prestataires. C’est au moment où le président de la Commission s’apprêtait à transmettre ce document consensuel au gouvernement qu’un des opérateurs non retenus a estimé qu’il était à même de faire des propositions qui seraient très en deçà, voire à la moitié, du budget prévisionnel qui avait été transmis au gouvernement. Selon toute vraisemblance, les responsables de cette société auraient fait tellement de bruit autour de leur fameuse offre que cela serait parvenu aux oreilles du président de la Ceni. Par quelle voie ? Mystère et boule de gomme.

Toujours est-il que Me Barthélemy Kéré et certains membres de son bureau permanent ont vu, là, un piège : celui d’être accusés d’avoir éliminé un présumé opérateur « moins disant », le prestataire français Safran Morpho qui a opéré en Côte d’Ivoire sous le nom de Sagem. Dans la première short list, il était classé septième. Aussi, pour ne pas paraître injuste vis-à-vis du canadien SBN, classé sixième, le bureau permanent a opté pour la rallonge de la liste à 7 opérateurs. Ce sont au total deux prestataires canadiens, deux français, un malaisien, un béninois et un sud-africain qui seront en compétition pour le marché de la biométrie (voir encadré). En principe, ce réajustement n’entame pas les règles du jeu de sélection qui devra être confié à un comité technique interministériel et interinstitutionnel.

Me Barthélemy Kéré a cru bien faire en limitant la concertation de rattrapage seulement au niveau de son bureau permanent. Mais certains des 10 autres commissaires ont vite fait de lui faire savoir leur mécontentement au nom de la sacro-sainte règle du consensus qui doit présider à toutes les décisions de la Commission. Et cela au cours d’une longue et houleuse réunion qui a duré plus de heures d’horloge au siège de l’institution. A-t-on saisi l’occasion pour mettre les points sur les « i » ?

Loin d’être un mauvais signe ou un présage de division au sein de la Ceni, les bruits qui ont couru après cette réunion sont certainement un bon signe pour la transparence qui doit prévaloir dans toutes les opérations confiées directement ou indirectement à l’organe chargé de l’organisation des élections. Il est même heureux de constater que certains commissaires s’adonnent à un excès de zèle dans le respect de la règle d’or de consensus. C’est le contraire qui aurait inquiété l’opinion nationale.

C’est tant mieux si la préparation du dossier d’appel d’offres pour l’opération du fichier biométrique constitue un premier test de transparence pour cette nouvelle équipe de la Ceni qui, contrairement à la précédente, bénéficie de la bénédiction de l’ensemble de la classe politique, toutes chapelles confondues, et du gouvernement. Pourvu que le même état d’esprit puisse prévaloir jusqu’à bout pour que les ficelles dont on tisse chaque étape du processus puissent être aussi claires que possible.

Du reste, ceux qui ont ébruité la modification de la première short list donnent désormais l’occasion à l’opinion publique d’être informée de la suite du dossier. C’est-à-dire des différentes propositions qui seront faites à la structure qui sera chargée de réceptionner les offres techniques et financières. Car l’enjeu de l’inquiétude des commissaires frondeurs est et demeure la transparence dans les critères de sélection de l’opérateur qui sera retenu en dernière instance. Surtout qu’aux dernières nouvelles le gouvernement et la Ceni pencheraient pour un appel d’offres restreint.

Cela, à cause du stress du délai qui prévoit la tenue des municipales et législatives couplées pour novembre prochain, soit dans moins de 10 mois maintenant. Les propositions techniques et financières des 7 opérateurs (au lieu de 5) admis à les faire devraient être réceptionnées, en principe, au plus tard à la fin de cette semaine, c’est-à-dire le 13 ou le 14 janvier 2012.
Pourvu que ce contrat, qui risque d’être conclu sous pression, le soit dans les règles de l’art et surtout au-dessus de tout soupçon. Autrement, ces élections couplées, et donc la démocratie burkinabè, en pâtiront. Et ce sera dommage.

F. Quophy

Journal du Jeudi

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Vos commentaires

  • Le 13 janvier 2012 à 01:47
    En réponse à : Municipales et législatives couplées : Qui veut se sucrer sur le marché de la biométrie ?!

    pour de simples élections,je pense que la biométrie représente un gachis financier,puisqu’elle ne règlera pas le problème de fond à savoir le recensement total et intégral
    les occidents vous vendent leur machin à la con pour se faire du blé alors que eux-mêmes n’utilisent pas la biométrie.
    biométrie ou pas biométrie,il y aura toujours des contestations,pour cela cette histoire de biométrie pue la grosse arnaque et d’aileurs vous l’avez vu en cote d’ivoire avec les bourrages des urnes.
    svp les politiciens,arrêtez d’être des plaisantins parceque vous vous battez seulement pour pouvoir remplir vos cantines comme les Guiro,c’est tout mais votre jeu est minable

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    • Le 13 janvier 2012 à 11:20, par NATOSEB ZANGA
      En réponse à : Municipales et législatives couplées : Qui veut se sucrer sur le marché de la biométrie ?!

      Mon cher ami, à moins de ne pas vivre au Burkina, sache que le gachis risque d’être plus que financier si les élections couplées 2012 sont mal organisées.

      Il vaut mieux dans ce cas accepter ce que vous considérez comme "gachis financier" et épargner le pays de gachis autrement plus importants : les troubles et les destructions en tout genre.

      Les occidentaux ont traversé leurs périodes de troubles et de gachis avant de parvenir à cette situation de stabilité et de maturité démocratique qui n’a plus besoin de biométrie.

      Je vous invite donc à prendre de la hauteur pour voir plus loin que le "compteur financier" !

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      • Le 13 janvier 2012 à 16:23
        En réponse à : Municipales et législatives couplées : Qui veut se sucrer sur le marché de la biométrie ?!

        Toi tu manges dans la biométrie toi,n’est ce pas ?Tu dis que les occidentaux ont traversé leurs périodes de troubles et de gachis avant de parvenir à la stabilité,je suis d’accord avec toi mais en ce temps,il n’y avait pas de biométrie et meme maintenant,ils s’en moquent de ta biométrie qu’ils te fourguent à 35 milliards.Ce sont des individus comme toi qui pensent que la technologie peut faire tout sans une bonne dose d’organisation humaine.Nous sommes trop paresseux,nous n’aimons pas faire des efforts.C’est pour cela,nous sommes toujours là à tourner en rond comme des moutons mais les troubles,nous n’y échapperont pas pour la simple raison que nos politiciens sont tous de mauvaise foi.L’Europe,je la connais car même là bas,il y a des triches,mineures certainement mais les gens ne se découpent pas avec des haches pour la simple raison,que là bas,les gens cherchent pas le pouvoir(maire,député,président etc)pour se gaver mais c’est pour l’honneur,l’honneur de servir sa cité.
        Comme ta biométrie est la panacée,demandons aux occidents de nous fabriquer un autre engin surpuissant qui permettrait de déterminer les intentions de vote de chaque Burkinabè sans même se déplacer.Un vote play station.
        Les élections c’est le graal mais la famine,on s’en fout
        Pauvre africain,on a les dirigeants qu’on mérite

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  • Le 13 janvier 2012 à 08:00, par Fishjeva
    En réponse à : Municipales et législatives couplées : Qui veut se sucrer sur le marché de la biométrie ?!

    Sans être pessimiste, je me demande si cette biométrie pourra empêcher les bourrages d’urnes et autres magouilles. Dire qu’on aurait pu utiliser cette argent pour soulager les braves populations (que l’on berne à longueur de journée) en vivres. Il ne faudrait pas que tous ceux qui crient aujourd’hui que cette biométrie est la panacée viennent demain à se plaindre de fraudes auprès du peuple ! Wait and see...

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  • Le 13 janvier 2012 à 08:22, par Gomsoï
    En réponse à : Municipales et législatives couplées : Qui veut se sucrer sur le marché de la biométrie ?!

    ouais,je pense savoir que c’est l’opposition qui a réclamé la carte éléctorale biométrique pour prévenir tout tripatouillage de listes électorales ou de résultats.Mais la carte éléctorale c’est un accessoire,elle ne fait pas la démocratie.La démocratie c’est le comportement des acteurs politiques et des citoyens.Quand nous avons pu observer que de part le passé, des localités ont interdit certains partis politiques de tenir des meetings, c’est plutôt l’esprit des citoyens qu’il faut travailler.Autrement, la CENI n’a qu’a lancer un appel d’offre pour l’acquisition d’une machine qui règlera le cas de l’article 37 sur lequel le consensus n’a pas été fait.

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  • Le 13 janvier 2012 à 12:09, par nanoukda
    En réponse à : Municipales et législatives couplées : Qui veut se sucrer sur le marché de la biométrie ?!

    Bien dit. Ya vraiment les burkinabé et les autres. Les burkinabé, c’est peut-être ceux qui sont à l’abri de la famine et dont la biométrie comme les autres gadgets dont les Guiro et compagnies se pationnent et dépenset nos sommes folles pour s’en acquérir. Les autres, c’est ceux-là qui redoute la famine et qui n’ont pas d’espoir de survie en tout cas jusqu’à l’an prochain.
    Dans quelle société sommes nous pour que l’Etat déballe toute sa force pour dépenser par habitant en age de voter plus de 5000 FCFA pour rien, je dit bien pour RIEN en lieu et place de leur apporté à chacun 50 kg de susistance ?
    La transparence des élections, c’est pas le fichier essentiellement, mais c’est l’achat des voix, c’est la corruption, c’est l’impossibilité pour les parties pauvres de se faire représenter dans les bureaux, etc.
    Vraiment, merde, merde et merde !!!

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  • Le 13 janvier 2012 à 18:00, par DJELIBA
    En réponse à : Municipales et législatives couplées : Qui veut se sucrer sur le marché de la biométrie ?!

    la commission chargée d’établir la short list était restreinte aux 15 membres. Comment la société française classée 7e a-t- elle eu cette information et fait des pieds et des mains pour être retenue. On ne doit prendre en compte que les premières propositions faites par elle, sinon étendre cette faveur jusqu’à la société classée 10e. Ca sent pas bon, cette histoire.
    C’est ce qui a failli arriver à la privatisation de l’Onatel quand les français ont senti qu’ils avaient perdu l’Offre.Mais les ARABES étaient très vigilants.SHORT LIST de 5 au départ,SHORT LIST de 5 à l’arrivée.Point barre ./

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  • Le 13 janvier 2012 à 18:04, par Alexio
    En réponse à : Municipales et législatives couplées : Qui veut se sucrer sur le marché de la biométrie ?!

    Les gachis que les Voltaique aux Burnabe ont subit depuis la premiere a la quatrieme republique sont immenses.Malgre ses deboires la vie continue au Faso.Les Europeens ont passes dans la voie de lutte pour se voire une societe fiable ou les institutions sont fortes,au service de la population toute entiere sans manipulation des fonctionnaires de l etat.Ce la ne va pa dire que la corruption n existe,Le mot existe,l acte aussi.La biometrie est une revolution democratique, au service de la democratique,puisque le truquage dans les urnes et en meme temps une ekonomie du temps.A mon Avis l internet est un outil incontournable dans ce domaine en europe.

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