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Commune urbaine de Garango : Des progrès, mais des difficultés parasitent le processus

Accueil > Régions • • jeudi 12 janvier 2012 à 01h01min

A la faveur de la décentralisation intégrale, le sort des collectivités territoriales a été confié à des élus locaux. Dix ans après, une tournée, les 10 et 11 novembre 2011 dans la commune urbaine de Garango, a permis de rencontrer les acteurs du développement et recueillir ce qu’ils pensent des actions menées.

Garango, une petite commune urbaine aux grandes ambitions ! Et le maire de ladite localité, André Marie Zouré, ne s’en cache pas : « Notre ambition, c’est de faire de Garango une commune émergente où il fait bon vivre. Pour y parvenir, nous nous sommes doté de deux programmes, un plan quinquennal de 2000 à 2005 et un plan communal de développement, pour le second mandat ». Ce sont au total, 2 129 976 232 francs CFA d’investissement réalisés avec l’aide des partenaires, en 10 ans, fait-il savoir. Les 10 et 11 novembre 2011, une équipe de la rédaction, en tournée dans la circonscription administrative, a fait le constat de quelques actions menées et recueilli les opinions des autorités et des bénéficiaires.

Selon le premier adjoint au maire, Hilaire Gampini, la mairie entreprend de vastes chantiers grâce au soutien des municipalités française et allemande. Il cite la construction d’un lycée municipal, trois écoles primaires dont deux à six classes et l’une de trois classes à Garango. De même, il parle d’autres investissements éducatifs : trois collèges d’enseignement général dans les villages de Tangaré, Sanogho et Ouanregou et enfin, deux établissements pour les tout-petits, un "bissongo " (école des enfants de moins de 3 ans) et un Centre d’éveil et d’éducation préscolaire(CEEP) pour leurs aînés de 3 à 5 ans. Le maire, André Marie Zouré, signifie qu’il a eu des appréhensions, avant le lancement de ces projets, mais est satisfait des résultats.

Le centre d’éducation construit en 2004 avec l’aide du Fonds d’investissement aux collectivités décentralisées(FICOD) accueille 128 élèves, indique le directeur du CEEP, Urbain Guinko. Et de souffler que s’ils sont bien éduqués et formés, ils vont mener des activités entrant dans le cadre du développement de la commune. L’établissement est un modèle et un honneur pour la cité, en ce sens que rares sont les communes de l’intérieur qui en disposent, conclut-il. La collectivité bénéficie d’un autre projet appelé ``Education inclusive``, qui recrute les enfants déficients, aveugles, handicapés physiques et sourds.

Une quarantaine de latrines publiques dans la ville de Garango

En sus, la mairie a bâti des boutiques de rue à l’intention des populations, en vue de relancer les activités génératrices de revenus. Loués à 12 000 francs CFA, ces commerces, à en croire les bénéficiaires, générent peu de gain « Mes activités prospèrent petit à petit, je peux avoir 12 000 francs CFA par jour », avance une vendeuse de fournitures scolaires, Estelle Kéré. Sylvie Bambara, vendeuse de produits de beauté, montre sa satisfaction avant de confier : « Je ne faisais rien avant. J’ai été motivée par ces nouveaux espaces ». Toutefois, les occupants estiment que le coût de location est élevé.

A côté de ces infrastructures, il existe également des latrines publiques. M. Gampini souligne la construction d’une quarantaine dans toute la ville dont une vingtaine de réalisations tout autour du marché. Les commerçants et clients que nous avons rencontrés relèvent l’importance de ces toilettes. L’un d’eux, Théophile Gampini, affirme que c’est gratuit, mieux il fait comprendre : « ça permet de ne pas trop nous éloigner de nos marchandises et de gagner du temps en évitant d’aller loin, là-bas, aux abords des collines, des bas-fonds et marigots, situés à 1 km, que nous fréquentions par le passé ». Par ailleurs, la mairie s’est dotée d’une police municipale, où travaillent trois agents depuis 2008, d’un nouveau siège en 2011 et réhabilité le Centre populaire de loisir, devenu le CELPAC.

Pour M. Gampini, elle a également construit un marché à bétail à Ouangaré, des radiés (ponts), un barrage au secteur n°4, et réhabilité des pistes rurales et des caniveaux. Et le deuxième adjoint, Jean Marie Guinko, de dire que sa commune est l’une des rares villes de l’intérieur, à disposer d’un système d’évacuation des eaux. La santé n’est pas été en reste. Le médecin-chef du district sanitaire de Garango, Mamoudou Kagoné, salut les actions du maire et de son conseil municipal : « Il faut reconnaître que la mairie fait un travail remarquable. Elle a contribué à clôturer la plupart des CSPS et à les doter d’ambulances ».

Il annonce que l’érection du Centre médical(CM) de Garango en un Centre médical avec antenne chirurgicale (CMA) est une initiative de la mairie qui a fait bâtir un bloc opératoire. Il note que même si le bloc n’est pas encore fonctionnel, l’évolution intervenue permet de prendre en charge des patients transférés, précédemment au Centre hospitalier régional(CHR) de Tenkodogo. Maria Goumbané, aperçue au CMA, s’en réjouie : « Maintenant, rares sont les cas référés au CHR de Tenkodogo ». Pour elle, c’est parce que le CMA compte aujourd’hui, suffisamment d’attachés de santé et de docteurs.
Dans le dynamisme de développement, le bourgmestre a, avec le collège municipal, décidé de lotir la localité. Il justifie cette démarche, en ces termes : « Les communes comme la nôtre ont vocation à être urbanisées ». Il mentionne qu’une ville qui veut se développer a intérêt à aménager son espace et à l’équiper. C’est un sentiment partagé par une commerçante, Sylvie Bambara : « Avant, les gens vivaient dans leur famille respective.

Le lotissement a transformé Garango

Le lotissement les a encouragés à construire. Parmi eux, des résidants et des non-résidents, expatriés au Gabon et en Italie ». Et M. Guinko de déclarer que le paysage de la ville change. Selon lui, au moment où son équipe a été portée à la tête de la municipalité, il n y avait pas assez d’infrastructures. Le garagiste, Issaka Bambara, le reconnaît : « J’ai quitté le pays, il y a quelques années, pour me former au Ghana. A mon retour, j’ai constaté de grandes évolutions ». Il avoue par la suite, que c’est à cause de ces avancées qu’il a décidé de s’y installer. Toutes ces embellies ne signifient pas que "tout va au mieux dans la meilleure des cités ". Le maire, lui-même, l’admet et fait savoir que des administrés mécontents pour n’avoir pas bénéficié de parcelles, l’ont traduit devant les tribunaux. Il rappelle que la commune a fait une étude et constaté que plus de 100 parcelles attribuées n’ont pas été encore mises en valeur.

C’est le cas de celle de Michel Bancé. Un quadragénaire qui reconnaît avoir emménagé dans la parcelle jumelée de feu son père (1050 m2 attribués en mai 1970) où il vit dans une maisonnette, depuis dix ans. Ténaillé par la colère, l’homme déclare que le conseil municipal lui a notifié qu’il devait céder la moitié de son terrain. Il nomme le présumé bénéficiaire en la personne de A. Bancé, qui, selon lui, le poursuit depuis deux ans pour qu’il lui cède une partie de sa parcelle. Il signifie avoir récusé toutes les offres de ce dernier et ne comprend pas les autorités municipales. Pourtant, ils prétendent avoir agi dans les règles de l’art.

« Garango était devenue l’objet d’un deal »

L’idylle de la ville de justifier : « Je ne fais pas de la politique de l’autruche. Lorsqu’on attribue une parcelle, le bénéficiaire a un délai de cinq ans pour la mettre en valeur, faute de quoi, il a le droit d’introduire une requête pour une prolongation de deux ans. Or, nombreux sont les attributaires, comme lui, qui n’y ont rien fait, depuis les années 1965 ». Et de renchérir que les lotissements ont pour objet, d’occuper sainement les terrains. Par la même occasion, il déplore que certains en fassent des champs de mil, maïs, haricot, etc. « Souvent, les ex-propriétaires terriens cultivent jusque devant les portes des nouveaux résidants », s’offusque un habitant du secteur n°3, Sourkula Zouré. Remonté contre certains collaborateurs du maire qui ont dirigé la première opération de lotissement, le vice-président du ``comité de protestation``, Paul Roger Bambara, dénonce des pratiques.

Il estime qu’ils en ont fait un fonds de commerce, en privilégiant les non-résidents qui sont nantis : « La terre de Garango était devenue l’objet d’un deal. Si tu n’es pas dans le réseau, tu n’as rien ». M.Bambara finit par avouer que si des habitants n’ont pas été encore satisfaits, quatre de ses compagnons et lui l’ont été, par contre. Et un autre qui ne décolère pas, Ayouba Zaré, d’indiquer qu’il y a des demandeurs qui ont été satisfaits, mais avec un goût amer. Il évoque son cas où il a été attributaire d’une parcelle située à 300 mètres de son emplacement initial, avant de dire que c’est le meilleur des cas, car d’autres sont allés à plus d’un kilomètre. Ce que démentent les responsables de la mairie, par la voie du premier adjoint, Hilaire Gampini, qui démontre comment ils ont procédé : « Nous sommes revenus sur les fiches du préfet -maire de l’époque qui comportaient des résidants effectifs, non effectifs et des demandeurs simples.

Nous avons géré les dossiers des résidants effectifs, en satisfaisant les chefs de familles et leurs ayants droit. Puis, nous avons pensé aux demandeurs simples qui devaient payer une souscription de 30 000 FCFA contre 10 000 FCFA pour les premiers ». Cependant, il y a des administrés qui se présentent avec la quittance seulement dans l’intention d’acquérir des parcelles, confie t-il. Ce que l’administration, avoue t-il, éprouve des difficultés à gérer. A l’en croire, les problèmes que leur posent les habitants ne se limitent pas à cela. Le maire, André Marie Zouré, déclare qu’ils ne jouent pas leur partition dans les actions de développement. Il donne les exemples des toilettes publiques et des caniveaux qui sont en mauvais état. En outre, il fait savoir qu’ils éprouvent du mal à exécuter les budgets des projets dans le domaine des infrastructures : « C’est la croix et la bannière ». Au sujet des passations des marchés, il révèle qu’il y a des goulots d’étranglement.

Et de signaler que les contrôleurs financiers font de l’abus dans l’exécution de leur mission. « Pour un mot qui ne les convient pas, ils rejettent des dossiers. Ce qui ralentit les activités et les rend coûteuses ». C’est pourquoi, il suggère que ces agents facilitent les tâches aux usagers. Dans le même ordre d’idée, il souhaite la collaboration franche des services déconcentrés de l’Etat et une participation effective des populations qui, selon lui, passe par une prise de conscience. Une prise de conscience qui va permettre de protéger les équipements construits. La commune de Garango, située au Centre-Est du Burkina Faso, à environ 200 km de Ouagadougou, compte environ 72 000 habitants, répartis entre 7 secteurs et une vingtaine de villages, avec les nouveaux découpages administratifs.

Adama BAYALA (badam1021@yahoo.fr)


Les attentes des populations

Sourkula Zouré, résidant du secteur N°3 : « Nous sommes satisfait de la gestion du maire. Cependant, qu’il s’active à opérationnaliser le bloc opératoire du CMA, à tracer les voies dans les zones nouvellement loties et à réfectionner le barrage de Boura, au secteur n°3 ».
Ousséni Bambara, boutiquier : « Je ne suis pas totalement satisfait du bilan du maire. Le coût de location des boutiques est élevé. Je souhaite qu’’il le réduise, électrifie les boutiques et construise des dalles pour faciliter l’accès aux magasins ».

Paul Roger Bambara, vice-président du comité de protestation : « Des conseillers municipaux ont constitué un grenier avec les parcelles qu’ils prélèvent pour vendre. Nous ne sommes pas contre eux, mais nous estimons qu’il faut que tout le monde en bénéficie. C’est même un droit ».

A.B

Sidwaya

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