Arrestation d’Ousmane Guiro : Les syndicats attendent l’élucidation

mercredi 11 janvier 2012 à 00h42min

L’arrestation de l’ex-directeur général des douanes est intervenue dans un contexte où nombre d’acteurs et d’observateurs de la vie sociopolitique tirent régulièrement la sonnette d’alarme sur ce phénomène de la corruption dans notre pays. Tout en se réjouissant des résultats auxquels sont parvenus les gendarmes, le mouvement syndical, lui, attend du gouvernement des mesures idoines pour élucider cette affaire.

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Le lundi 2 janvier 2012, le mouvement syndical a appris, à travers le journal de 20H de la TNB, l’arrestation de M. Ousmane Guiro, Directeur général (DG) des Douanes. L’information, livrée par un officier de la gendarmerie, fait état d’une enquête qui est partie des dépenses extravagantes de jeunes du quartier Pissy pour aboutir à la découverte dans un domicile privé de quatre cantines dont deux contenaient de l’argent liquide d’une valeur de près de deux (2) milliards de francs CFA et des objets précieux dont la nature et la valeur n’ont pas été révélées.

Cette annonce intervient dans un contexte où nombre d’acteurs et d’observateurs de la vie sociopolitique (syndicats, CCVC, presse, organisations de la société civile, autorités religieuses, PTF, ... ) tirent régulièrement mais en vain la sonnette d’alarme sur le développement prodigieux du phénomène de la corruption dans notre pays. En fait, en dehors des professions de foi des dirigeants et des sanctions fortement médiatisées contre des agents ou maires qui apparaissent comme des « alevins », c’est bien la première fois qu’un « gros poisson » de la taille d’un Directeur général est appréhendé. Pourtant, ce ne sont pas les indices qui manquent pour retrouver et confondre tous les délinquants au col blanc qui pillent et accaparent les ressources du pays. En effet, ils sont innombrables :

• les rapports des structures de contrôle de l’Etat qui ont mis à nu des cas de corruption ;

• les évocations de cas de dépenses somptueuses faites par les enfants des nouveaux riches ;

• les cas de richesses subites affichées par des hommes du pouvoir ou leurs proches et qui s’expriment en villas cossues, en voitures de luxe, en comptes bancaires bien garnis placés à l’intérieur et/ou à l’extérieur du pays, en mallettes ou cantines d’argent, en train de vie princier, etc.

Tous ces cas auraient dû faire l’objet d’enquêtes qui auraient abouti à des mesures comme celles qui viennent d’être prises à l’encontre de M. Guiro. En lieu et place, les autorités ont procédé au classement des dossiers, à la culture du silence sur les cas évoqués quand elles ne nient pas les différentes évocations en les mettant sur le compte de la rumeur et des accusations sans fondement. Quand on sait que M. Guiro a bénéficié le 11 décembre dernier d’une décoration, cette affaire de cantines d’argent commande que des comptes soient demandés à ses supérieurs hiérarchiques.

Cette affaire révèle que ce qui manque en fait dans la lutte contre les criminels de tous genres qui écument le pays, c’est plus la volonté politique que toute autre insuffisance de preuves ou de moyens. En effet, elle a été découverte au détour d’une enquête presque banale sur des agissements suspects de jeunes du quartier Pissy et qui a rapidement abouti à l’appréhension de M. Guiro Ousmane. Elle conforte le mouvement syndical dans les positions qu’il a régulièrement prises à propos de la corruption, de la fraude, des nouveaux riches et de leurs rejetons qui narguent les honnêtes citoyens.

Aujourd’hui que les dénonciations faites depuis quelques années par de nombreuses structures et acteurs dont les syndicats et le REN-LAC sont confirmées de façon éclatante, les premières autorités du pays sont fortement interpellées pour une lutte effective et ferme contre la corruption, la fraude et l’impunité.

Le mouvement syndical s’indigne de constater qu’au moment où une famine menace sérieusement les populations suite à une mauvaise saison agricole, qu’au moment où le gouvernement n’a consenti qu’une augmentation de 5% au profit des travailleurs en arguant l’austérité budgétaire, l’on puisse découvrir des cantines pleines d’argent dans un domicile privé et impliquant un haut responsable de l’Etat.

Le mouvement syndical se réjouit des résultats auxquels sont parvenus les gendarmes en si peu de temps et de la révocation par le chef de l’Etat du DG des douanes.

Cependant, il attend du gouvernement :

- que toutes les dispositions soient prises pour élucider cette affaire. Cette élucidation passe par l’établissement de l’origine de l’argent, mais aussi de celle des « objets de valeur », tout cela devant aboutir à la traduction devant les tribunaux de tous ceux qui sont impliqués dans l’affaire. Elle suppose aussi que la lumière soit faite sur les biens mobiliers et immobiliers acquis par l’ex-DG des douanes et que celui-ci puisse justifier leur origine. Au-delà de cette affaire, il importe que des dispositions soient prises pour :

- le traitement de tous les dossiers de détournement, de corruption, bref de tous les crimes qui dorment dans les tiroirs des différentes inspections d’Etat, de l’ASCE, de la Cour des Comptes, de la Justice, ...

- l’amélioration du dispositif législatif notamment la pleine application du principe de la déclaration des biens et l’examen favorable de la proposition d’un projet de loi anti-corruption initiée par le REN-LAC.

En tout état de cause, les citoyens en général, les dirigeants et militants syndicaux en particulier considèrent que tant que continuera le pillage des ressources du pays par ceux-là mêmes qui ont en main leur gestion, les discours sur la faiblesse des ressources et les sacrifices à consentir resteront irrecevables.

Ouagadougou, le 7 janvier 2012

Ont signé :

Pour les centrales syndicales :

CGT-B : Tolé Sagnon ; Secrétaire général

CNTB : Augustin Blaise Hien, Secrétaire général

CSB : Jean Mathias B. Liliou, Secrétaire général

FO/UNSL : Joseph L. Tiendrébéogo, Secrétaire général

ONSL : Paul N. Kaboré ; Secrétaire général

USTB : El Hadj Mamadou Nama ; Secrétaire général

Pour les Syndicats Autonomes : Mariam Tiemtoré, Secrétaire générale du SYSFMAB

Présidente de mois

L’Observateur Paalga

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