EGLISE CATHOLIQUE AU BURKINA : Les "Soeurs blanches" ont 100 ans

jeudi 15 décembre 2011 à 02h50min

Connues sous le nom des soeurs blanches, elles sont arrivées au Burkina en 1912 en provenance de l’Algérie. Leur mission :, Etre toujours au service de l’évangélisation et du développement de la personne. Les débuts n’ont tout naturellement pas été faciles : des femmes non mariées, au service de ses semblables. Infirmières, enseignantes, accompagnatrices sociales, catéchistes, elles se retrouvent dans bon nombre de secteurs sociaux et se sont faites remarquées pour leur zèle apostolique et leur charité. Le 17 décembre 2011, la congrégation des Soeurs missionnaires de Notre Dame d’Afrique (SMNDA), fondée par le Cardinal Charles Lavigérie, entrent dans l’année de a célébration de son centenaire.

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Deux responsables des soeurs blanches, la soeur Monique Bonami, arrivée au Burkina en 1958, et la soeur Lucile Nzigire, au Burkina depuis huit ans, nous ont rendu visite, le 6 décembre 2011 et parlent de l’événement qui s’annonce grandiose.

"Le Pays" : Sous quel signe fêtez-vous votre centenaire ?

Soeur Monique Bonami : Cent ans après, nous rendons grâce à Dieu pour les merveilles qu’il a accomplis dans notre vie. Les raisons sont nombreuses car au début, il y avait zéro chrétien, il y avait beaucoup de maladies, les enfants n’étaient pas scolarisés. Aujourd’hui, il y a toute une mise en route qui s’est faite et surtout avec l’aide de tous. Le peuple burkinabè nous a accueillies et s’est ouvert à notre message et aujourd’hui, c’est devenu réciproque car nous avons beaucoup reçu du peuple burkinabè. Sur le plan culturel, il y a eu de l’interpénétration car partout où nous sommes passées, nous avons partagé la culture des populations, que ce soit à Bobo-Dioulasso, dans les pays san, dagara ou encore marka. Les relations étaient très familières avec les peuples ; cela nous a permis de développer nos oeuvres. Par la suite, ils se sont impliqués et ont pris notre relais. J’ai personnellement travaillé sous la direction d’un abbé africain. L’action de grâce est aussi pour la réciprocité que nous avons vécue avec les peuples en 100 ans. Nous sommes dans l’émerveillement donc. Récemment, j’ai croisé des gens qui nous disent, "les soeurs blanches nous ont sauvés".

Concrètement, comment les premières soeurs blanches ont pu surmonter les difficultés ?

Soeur Lucile Nzigire : Tout début n’est évidemment pas facile. Elles ont d’abord dû prendre trois à quatre mois sur la route avant d’arriver ici au Burkina. La situation n’était pas comme de nos jours. Aujourd’hui, il y a beaucoup de voitures et de motos et de moyens de déplacement. Les soeurs, en quittant l’Algérie, sont passées par le Sénégal en bateau et jusqu’au Mali elles ont dû prendre le train. De tout cela, certes les difficultés existaient mais nous retenons que c’était des femmes des foi et de prière, des femmes qui ont tout donné à Dieu et au peuple vers lequel elles étaient envoyées. C’est cette foi qui les a mises en route. Pour ce centenaire, nous faisons trois aspects spécifiquement.

Comme le stipule le thème, "100 ans au service de l’évangélisation et du développement de la personne au Burkina Faso" , nous célébrons la naissance de l’Eglise du Burkina et sa croissance, le développement intégral de la population par de nombreuses oeuvres, la naissance et l’affermissement de la vie religieuse. Les soeurs ont bravé de nombreuses difficultés. Par exemple, elles travaillaient dans un dispensaire qui ne pouvait même pas recevoir trois personnes ; juste la soeur infirmière et le patient. Quand vous prenez la vie religieuse les soeurs blanches ont été les premières femmes religieuses que les Burkinabè ont connues. C’est avec elles que des filles burkinabè ont décidé de donner leur vie comme religieuse. Et les premières ; quand elles quittaient leurs parents et leur pays, c’était pour toute la vie. C’est par la suite que l’on permettait qu’il y ait des congés. Elles s’engageaient pour donner toute leur vie au Christ. Voilà toute notre joie.

Quand les soeurs sont arrivées au Burkina quels étaient leurs secteurs prioritaires ?

Soeur Lucile Nzigire : Le cardinal Lavigérie qui est notre fondateur et celui des Pères blancs, a d’abord voulu des femmes de foi, des femmes consacrées pour l’évangélisation des peuples africains. Il avait pour objectif d’atteindre toute l’Afrique et que les missionnaires répondent aux besoins du moment. En Algérie où l’oeuvre a commencé, les soeurs avaient commencé à répondre à ce besoin du moment qui étaient la famine, les maladies, le manque d’éducation des enfants et des femmes. Au Burkina Faso, nous avons tenté de relever ces défis il y a 100 ans et aujourd’hui nous continuons de répondre aux besoins des populations. Notre charisme qui est celui de l’évangélisation des peuples africains et de contribuer au développement du pays dans toutes ses dimensions n’a pas changé durant tout ce temps et mieux, nous nous adoptons au contexte actuel. Nous sommes dans la santé, l’éducation, la pastorale, la promotion féminine à travers nos centres, les droits humains et particulièrement les femmes les plus vulnérables. Dans ce dernier aspect, nous sommes dans le Centre Delwendé à Tanghin et nous nous battons pour que les droits de cette catégorie de femmes soient respectés.

Soeur Monique Bonami : Pour cette mission, nous sommes partis de Ouagadougou, Koupela, Toma, Nouna, Dano, Bobo-Dioulasso. Nous avons fait des centres ménagers, des dispensaires, des écoles. La première école de formation des infirmiers que nous avions était en mooré en 1937. Il y a eu, par la suite, les Auxiliaires médicaux africains (AMA) pour se développer et devenir une école d’Etat ; elle était logée aux Lauriers. Le centre pour handicapés, pour les malvoyants à Gounghin, tout ceux-ci, nous les avons initiés et ils sont des structures qui se sont développées.

Soeur Lucile Nzigire : Actuellment, nous sommes présentes à Bobo et à Ouagadougou. En Afrique, nous sommes dans 15 pays. Il faut du personnel pour animer ces communautés et les oeuvres. En plus de cela, nous sommes dans des continents comme l’Amérique du Sud et l’Europe.

100 ans après, quels sont les défis qui vous tiennent à coeur ?

Soeur Lucile Nzigire : 100 ans après, nous sommes et nous comptons toujours rester puisque l’Eglise a besoin de cette dimension missionnaire. Nous restons comme une présence missionnaire dans l’Eglise qui a déjà ses propres missionnaires ailleurs et ses propres ouvriers apostoliques dans tous les domaines. Nous disons que 100 ans après, la mission n’est pas finie. Les orientations changent mais nous restons toujours au service de l’évangélisation et du développement de la personne au Burkina Faso. Plus encore, nous souhaitons qu’il y ait plus de filles qui s’intéressent à la mission et s’engagent à soutenir l’Eglise. Nous avons d’ailleurs quelques soeurs burkinabè qui sont en mission : une en Algérie, une en Mauritanie, une en Tunisie, une au Congo et une autre en France.

Dans toutes nos communautés, nous gardons un aspect interculturel ; par exemple, dans une communauté à 8 religieuses, il y a sept nationalités. Cent ans après, nous gardons les mêmes valeurs. L’évangélisation n’est jamais finie et notre présence est signe de la présence de Dieu dans notre Eglise famille.

Une de nos orientations, c’est la réévangélisation des peuples et le dialogue islamo-chrétien. Il s’agit d’accompagner les peuples et être avec eux pour qu’à leur tour, ils deviennent missionnaires dans leur milieu de vie. Dans le domaine du dialogue islamo-chrétien, nous nous disons que chaque peuple a sa manière de cheminer vers Dieu. Dans ce dialogue, il y a quelque chose de très important. A l’image d’une échelle, nous nous croiserons quelque part.
Notre mission est d’aider à la naissance de la mission et des oeuvres et par la suite, nous laissons la place à d’autres.

Propos recueillis par Aimé NABALOUM


Le programme des activités du centenaire

* du 7 au 14 décembre 2011 : neuvaine à la cathédrale à partir de 18h

* 15 décembre 2011 : Eucharistie à Jean XXIII

* 17 décembre 2011 : ouverture du jubilé et voeux perpétuels de la soeur Valérie Kaboré

- 8h : paraliturgie à côté de la Bourse du travail de Ouagadougou en mémoire de l’arrivée des premières soeurs
- 9h : célébration eucharistique présidée par Mgr Philippe Ouédraogo à la cathédrale

NB : il sera remémoré la scène de l’arrivée des premières soeurs en provenance de Ségou (Mali)

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