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Hermann Yaméogo, un "héritier" joue la destabilisation du Burkina (2)

Accueil > Actualités > Politique • • samedi 16 octobre 2004 à 12h11min

H. Yaméogo

Pour comprendre la personnalité de Hermann Yaméogo, il faut savoir qui était son père (cf LDD Burkina Faso 044/Lundi 11 octobre 2004). En 1958, à la suite de la mort de Ouezzin Coulibaly, Maurice Yaméogo s’est trouvé en position de prendre le pouvoir.

Il préside le conseil du gouvernement. Il se retrouvera, du même coup, être le "Père de l’indépendance" de la Haute-Volta. Non sans difficultés.

Il n’a cessé de vagabonder d’un parti à l’autre ; il ne cessera jamais de vagabonder d’une alliance à l’autre : Fédération du Mali ? Conseil de l’Entente ? La Haute-Volta sera le seul Etat de la communauté qui refusera le maintien de bases militaires françaises sur son territoire. Maurice Yaméogo sera le premier chef d’Etat africain francophone à se rendre en visite officielle en Israël.

Ses rapports avec la Côte d’Ivoire relèvent plus de la psychologie que de la politique. Maurice Yaméogo y a été un kanga (esclave) comme disaient, alors, les Ivoiriens des Voltaïques. Et il a mal vécu que la main de Thérèse Larbat lui ait été refusée. D’ailleurs, le 17 octobre 1965, devenu chef de l’Etat, il se remariera avec une jeune métisse ivoirienne : Suzanne Monaco. Fils de paysan, provincial, il sera subjugué par le "médaf’ qu’était Félix Houphouët-Boigny.

"Monsieur Maurice" ne cessera plus alors de se placer dans le sillage de son prestigieux aîné. En homme lige ; dans un rapport de vassal à suzerain. Tenté de rejoindre la Fédération du Mali, il s’alignera, ensuite, sur les positions antifédéralistes de Houphouët-Boigny. Il jouera la carte de la double nationalité voltaïque-ivoirienne au lendemain de son mariage avec Suzanne ; ce qui va précipiter sa chute le 3 janvier 1966. Là encore, c’est auprès du chef de l’Etat ivoirien qu’il cherchera soutien et réconfort.

Dans les années Sankara, il va se comporter en médiateur, les relations entre le maître de la Côte d’Ivoire et le jeune leader révolutionnaire n’étant pas particulièrement bonnes. Et quand, à la veille de l’arrivée à Yamoussoukro du président Sankara, une bombe explosera à l’hôtel Sofitel-Président, il ne manquera pas de prévenir Houphouët-Boigny (un message qui demeure valable pour Gbagbo) : "J’ai dit à Houphouët de faire attention, qu’il jouait avec le feu, car notre pays est tellement mobilisé que, si jamais on touchait à un seul pilier de notre édifice national, il surgirait de partout des forces insoupçonnées pour le défendre". Après les obsèques de Mamie Adjoua (la soeur de Houphouët), le 16 mars 1987, revenu en Côte d’Ivoire, Maurice Yaméogo s’installera à Abidjan.

Hermann est le fils aîné de "Monsieur Maurice". Il n’a pas 10 ans quand son père devient le numéro un du pays. Quand il démissionnera de la présidence de la République, sous la pression de la rue qui réclame "du pain. de l’eau", le 3 janvier 1966, Hermann n’a pas encore 18 ans. Le 5 août 1967, à quelques semaines de son dix-neuvième anniversaire, il tentera un coup d’Etat pour libérer son père incarcéré à la prison de Balolé. Il échouera et sera condamné à sept ans de réclusion criminelle.

Il passera deux ans à la prison civile de Ouagadougou ; il sera libéré le 5 août 1969 alors que son père, condamné à cinq ans de travaux forcés et au bannissement à vie pour non-justification des fonds spéciaux, bénéficie d’une remise en peine ; "Monsieur Maurice" sera effectivement libéré un an plus tard.

C’est Hermann qui devient, pour la famille Yaméogo, l’espoir d’un retour au pouvoir. En 1977, Maurice Yaméogo va confier à son fils, qui a 29 ans, la tâche de reconquérir le pouvoir grâce à l’Union nationale pour la défense de la démocratie (UNDD) constituée autour de quelques nostalgiques des années "Yaméogo".

Maurice Yaméogo avait institué, dès sa prise de fonction à la tête de l’Etat voltaïque, un régime qu’il qualifiait lui-même d’autocratique (les révolutionnaires, après 1983, le qualifieront de népotiste). Il s’était opposé aux chefferies traditionnelles mais avait également imposé le régime du parti unique (alors que le multipartisme était inscrit dans la Constitution). Quand l’armée s’emparera du pouvoir en 1966, c’est son chef d’état-major, Sangoulé Lamizana qui s’imposera comme chef de l’Etat.

Après une période de transition, une deuxième république sera instituée. Lamizana va se lancer dans une politique dite de "Renouveau national" qui vise à instituer une troisième république qui prévoit un multipartisme limité : les trois premiers partis qui s’imposeront aux législatives de 1977 seront reconnus officiellement ; les autres devront se fondre dans les organisations ayant triomphé au plan électoral. Les législatives vont propulser l’UNDD en deuxième position derrière l’ UDV-RDA mais devant l’ UPV. Premier pari gagné !

L’UNDD vise la conquête du pouvoir dans une perspective du retour aux affaires de Maurice Yaméogo. Mais celui-ci est privé de ses droits civiques et son fils, Hermann, est trop jeune pour être candidat à la présidentielle organisée à la suite des législatives. Ce sera le banquier Macaire Ouédraogo qui défendra les couleurs de "Monsieur Maurice" le 14 mai 1978. Non sans un certain succès. Il mettra en ballotage Lamizana qui ne l’emportera qu’au deuxième tour, le 28 mai 1978.

La Haute-Volta bascule dans la IIIème République. Pour peu de temps. Après quinze années passées au pouvoir, Lamizana sera balayé par le coup de force du Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN). Le colonel Saye Zerbo prend le pouvoir le 25 novembre 1980. Deux ans plus tard, il doit céder la place à Jean-Baptiste Ouédraogo. Qui a le soutien de Maurice Yaméogo.

Le 4 août 1983, l’histoire fait à nouveau volte-face en Haute-Volta : le Conseil national de la Révolution (CNR) dirigé par Thomas Sankara prend le pouvoir. Les révolutionnaires tiennent "Monsieur Maurice", le seul civil qui ait été au pouvoir depuis l’indépendance, au bout de leurs fusils !

Dix ans plus tard, dans un long entretien accordé à Fraternité-Matin, le quotidien gouvernemental ivoirien (daté du samedi 18-dimanche 19 septembre 1993), Maurice Yaméogo expliquait alors : "Lorsque les hommes de Sankara sont venus me chercher à mon domicile le 9 novembre 1983, c’était pour me fusiller. Quand ils m’ont conduit au Conseil de l’Entente, Blaise Compaoré, Thomas Sankara, Sigué, Lingani et Kaboré s’y trouvaient déjà. Le fameux Sigué disait.. "De toutes les façons, il faut qu’on liquide le Vieux immédiatement, autrement notre révolution sera compromise". Blaise lui a répondu.. "N’allons pas trop vite en besogne. Si nous tuons, je ne suis pas sûr que notre révolution fasse du chemin". Il a ajouté qu’étant donné qu’il y avait des doutes sur ma personne, il était préférable qu’on m’emprisonne. J’ai passé une année au camp militaire de Pô, jusqu’à ma libération en 1984. Blaise Compaoré m’a donc sauvé la vie [..,] Je vous le dit sincèrement, le président Blaise Compaoré a toujours été très correct avec moi".

Par la suite, c’est Blaise Compaoré qui permettra à Maurice Yaméogo de recouvrer tous ses droits et tous ses biens. "J’en suis profondément reconnaissant à Blaise Compaoré. Je lui ai écrit une lettre pour l’en remercier", dira le "Vieux".

Dans l’entretien que Hermann Yaméogo nous a accordé au lendemain de la mort de son père, il déclarait notamment : "Blaise Compaoré a fortement contribué à l’éclat des obsèques du président Yaméogo. Il y a déjà quelques années qu’il exprimait à notre père de l’attention, voire de l’affection.

Nous savons que pendant la période du CNR, quand notre père a été déporté à Pô, dans des conditions dramatiques et humiliantes, c’est grâce au président Compaoré qu’il a eu la vie sauve alors qu’à huis clos on délibérait sur le sort des anciens hommes politiques.

Alors que certains jusqu’aux-boutistes en appelaient à la solution finale comme en Ethiopie et que les "sursitaires" attendaient dans une pièce attenante, c’est Blaise Compaoré qui a eu l’idée de proposer de les amener à Pô en attendant la décision à prendre. Il a gagné du temps et, ce faisant, il a évité le pire [...] La famille, les amis de la famille, les femmes et tous les hommes de bien ne peuvent que lui être reconnaissants de ce qu’il a fait".

A suivre

Jean-Pierre Béjot
La Dépêche Diplomatique

Vos commentaires

  • Le 11 février 2011 à 22:23, par Mechtilde Guirma En réponse à : Hermann Yaméogo, un "héritier" joue la destabilisation du Burkina (2)

    Monsieur Bejot, j’ai souvent lu vos écrits concernant mon pays. Au début, ils semblaient très intéressants, mais au fil du temps dès que je commence, je ne termine pas car ils sont devenus si invraisemblables et je perds tout de suite et mon latin et le courage de poursuivre. Je n’ai jamais essayé non plus de vous répondre trouvant que cela n’était pas la peine.
    Vos écrits sur « Hermann Yaméogo, un héritier jouie la déstabilisation du Burkina » et tutti quanti non plus ne m’ont pas intéressée, parce que vous parle trop de politique. Malheureusement pour vous ce n’est toujours pas en connaissance de cause. Et pourtant vous voulez vous posez en connaisseur des problèmes de l’Afrique et de son histoire. C’est peut être votre droit. Mais laissez-moi vous dire une chose.
    Vous nous servez des contre-vérités glaner ça et là dans d’autres médias, déclarations, écrits etc. vous ne pouvez alors disposer que de ces sources là.
    Mais quand vous parlez du Burkina et de ses personnalités, Maurice Yaméogo, Lamizana, Sankara, Blaise et même d’Houphouët, Il y a l’histoire et histoire. Ce qui veut dire qu’il y a l’officiel et l’officieux. Le non dit. Et cela vous ne le connaissez pas.Tout comme quand on relate l’histoire des deux guerres mondiales dans les films documentaires, il y a toujours le non dit des fameux « tirailleurs sénégalais » dont la plupart était des burkinabés.mais dans ce cas que vous relatez sachez qu’il n’y a que les intimes plus particulièrement les parents qui le connaissent le vrai et le faux que vous racontez. Pas seulement les parents directs comme vous semblez le faire en vous braquant sur Hermann. Mais la famille large, les amis c’est-à dire : Les tantes, les cousins et cousines, les oncles et aussi les connaisseurs du pays réel, ceux que vous méprisez peut-être dans leur attitude d’humilité. Ensuite, vous précisez si bien le séjour de Pô de Maurice Yaméogo. Ce qui s’est passé là-bas, vous ne le connaissez pas. C’est encore ceux cités plus haut qui le savent. Peut-être que Hermann lui-même ne sait tout. Il ne sait sans doute que le nécessaire qui lui permet de mener ces actions que vous critiquez avec tant d’âpreté. De toute façon son silence sans essayer de répondre aux attaques même les plus acerbes ni aux provocations, dit tout. Mais croyez-moi fils de Maurice Yaméogo comme vous le dites vous-même, il agit en son âme et conscience. Mieux vous omettez aussi de préciser que Maurice n’était pas seul à Pô. Il y avait Gérard Kaongo, Joseph Ouédraogo dit « Jo Weder), il y avait Joseph Conombo. Ces patriarches ont dû et mieux que vous analyser ensemble la situation, ils ont dû été visionnaires dans la tournure des évènements, de ce qui venait. Ils ont dû avoir eu les yeux grandement ouverts sur le piège culturel, politique et économique où nos pays ont été précipités. Ils ont dû regretter amèrement de n’avoir pas vu le piège venir, ayant passé tout leur temps à se chamailler en jouant la carte totale de la démocratie. Ils ont dû partager des points de vue, peser ce que les uns et les autres devait dire ou déclarer. Ils ont dû envisager leur action en connaissance de cause. S’il y a eu évidemment quelques actions ça et là, cela a été pensé, étudié. Le but était surtout de retarder le plus possible que notre pays ne sombre comme le Congo, le Ruanda. Ils n’ont pas engagé tout de suite des actions qui consisteraient à séparer l’ivraie de la récolte. Ils ont dû vouloir attendre que la situation pourrisse avec l’espoir que les jeunes pourraient entreprendre à point nommé des actions plus concrètes et surtout sans encore de violence. Rappelez-vous que ce qui s’est passé, au Ruanda en 1994 n’était qu’une réédition de ce qui s’était déjà passé entre les années 1969 et 1972. Dans le même espace de temps au Sénégal, le Président Senghor eut à affronter le problème portugais et plus tard celui de la Casamance avec Abdou Diouf. Et que dire de la question d’apartheid dans l’Afrique du Sud de Nelson Mandela. Au nord, le Maghreb et les pays arabes avaient leur part d’ébullition, relent de leur lutte farouche pour l’indépendance. Rappelez-vous de l’expression « la France n’a pas de pétrole, mais elle a des idées ». Et n’oubliez pas la révolution de l’Ayatollah Khomeiny après un long séjour d’exile en France même. On pourrait aussi dire autant pour le Ghana, le Dahomey devenu Bénin, le Nigéria avec son Biafra, la sierra Léone, la Guinée Conakry de Sékou Touré. Il n’avait que la Côte d’Ivoire, le Burkina et le Niger en Afrique de l’Ouest dont le Burkina bastion des us et coutumes, qui sont restés comme des îlots imprenables par la violence. Mais pour combien de temps encore après l’assassinat du Président Thomas Sankara ?
    Mr Bejot, je puis vous assurer que le problème de Maurice Yaméogo n’était pas le pouvoir à vie. Mais un problème des mentalités du peuple burkinabé, de manque de cadre compétent dans l’administration. Ce qu’il déplorait, c’était le fait qu’à chaque fois qu’un étudiant débarquait de France avec ses diplômes, veuille tout de suite de postes ministériels sans faire l’expérience professionnel qui rend plus technocrate, même dans les fonctions politiques. En effet à ce rythme ne courait-on pas le risque de voir le pays noyé de diplômés qui n’ont d’autres ambitions que de devenir président ou ministre. À long terme ne courait-on pas encore le risque vers l’instabilité causée par tant d’« indispensables » diplômés mais inutiles ? Et la pléthore aujourd’hui des partis politiques ne lui donne-t-elle pas raison ? Sans doute il a dû penser comme le président Chirac que son pays n’était pas prêt pour la démocratie.. Bien sûr vous reprochez également à Hermann de ne pas faire carrière dans sa profession d’avocat, dites-moi lui a-t-on seulement permis ? Tout comme à beaucoup d’autres il a été boudé par des cabales qu’on a montées contre eux et qui se poursuivent encore de nos jours. En un mot c’est vous dire que le gros problème qui a émaillé tous nos régimes, c’est la compréhension par la population du concept même de la démocratie dont le seul modèle restait celui de l’Occident qui posait problème à nos dirigeants patriarches. Sankara a voulu remplacé ce modèle par celui de l’Orient. Alors on est allé de charybde en scylla, donc aussi d’immaturité dans la gestion du pouvoir.
    Bref à Pô, la délibération de nos pères de la démocratie, au crépuscule de leur vie et d’autres assis au bord de leur tombe a dû être ceci : « gardons une attitude attentiste et ménageons le pouvoir pour reculer le plus loin possible, le syndrome du génocide. La jeunesse qui monte saura sans aucun doute avec l’aide de Dieu s’y prendre autrement et peut-être mieux que nous. Ne mettons donc pas le feu à la poudre qui est déjà toute préparée et jouée d’avance ». Et comme ils étaient tous des fervents croyants, ils ont également dû prier : « le pire sera peut-être après nous, mais Dieu Le Miséricordieux leur enverra son Esprit le Paraclet ». C’est ce qui explique que certains d’entre eux sont morts sans avoir plus jamais parlé publiquement. En cela on peut dire que Maurice Yaméogo a été leur porte-parole en quelque sorte dans ses déclarations. Mais croyez-moi, Mr Béjot, ils ont vu le pire avec les exécutions des Lingani et des Henri Zongo. C’était déjà le syndrome de la tétrarchie du pouvoir de Blaise, senti comme celui du triumvirat éthiopien de Mengistu Hailé Mariam. Donc vous voyez nous n’avons vraiment pas besoin de cette guerre là en côte d’ivoire pour déloger le président Gbagbo qui, sommes toutes, reste aussi légitime et légal qu’un Lissouba qui a été chassé, après avoir gagné les élections, par le président sortant Sassou N’guesso. La seule différence est que, cette fois, l’armée ést du côté du président Gbagbo. Qui a pipé mot à l’époque pour dénoncer le holdup électorale de N’Sassou N’Guesso ? Et qui dit que le succès de placer Alassane par la force des armes n’est qu’un test pour étudier l’éventualité de chasser Blaise de la même façon s’il refusait de quitter le pouvoir en 2015, afin de placer votre homme de l’AREVA, tristement connu des Congolais et des Touaregs du Niger pour avoir eu à gérer les mines d’exploitation ? C’est pourquoi je me dis que si Blaise est intelligent, il doit quitter le pouvoir pendant qu’il est temps et accepter les réformes. Nous éviterons ainsi le pire en Afrique de l’Ouest et le peuple lui en saura vraiment gré. Qu’il jette un coup d’œil actuel sur le Maghreb. Le président Sarkosy me rappelle quelque peu dans cette histoire de la Côte d’Ivoire, celle de la France que nous avons étudié à la même époque (où nous dansions dans nos surprise parties « Cilia oh Cécilia ») : « Le manifeste de Brunswick », c’était le début de la Révolution française, plus comparables sont les guerres napoléoniennes et pos- napoléonienne, avec Waterloo, la duplice, la triplice…
    Mr. Bejot, si je peux en convenir avec vous, que la Saga Yaméogo a comme héro un Hermann, je peux tout aussi vous affirmer, qu’il ne se pose pas en termes d’absolu dans la conquête du pouvoir comme vous le laisser entendre. C’est bel et bien Blaise qui introduisit à sa manière le concept du pouvoir absolu. Sans tout connaître lui-même, Hermann a au moins l’avantage de partager les aspects visionnaires de nos patriarches. Vous pouvez le constater dans ses propositions : pas plus de deux mandats, une démocratie consensuelle dans ses aspects inclusifs. Qui dit mieux ?
    Tout ceci est dit sans rancune, Mr. Bejot. Je fais tout simplement des rectifications sur certains points de vos affirmations. Par ce que vous voulez comprendre, informer, écrire l’histoire. Entreprise noble et je vous en félicite. Cependant ne soyez pas trop affirmatif dans vos propos négatifs, ajoutez-en un grain du bénéfice du doute.
    Je vous remercie infiniment.

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    • Le 12 février 2011 à 20:40, par Mechtilde Guirma En réponse à : Hermann Yaméogo, un "héritier" joue la destabilisation du Burkina (2)

      Je reviens sur deux précisions : Vous parlez de Thérèse Larbat dont Maurice Yaméogo aurait vécu mal le refus de sa demande de main. Information que vous avez sans doute glanée dans d’autres écrits. Mais qu’à cela ne tienne Thérèse Larbat est mariée maintenant aussi honorablement que si elle avait épousé Maurice Yaméogo. Ensuite vous parler de Suzanne Monaco. Fort heureusement, vous ne parlez pas du « comment » Maurice a épousé la mère d’Hermann, ni du pourquoi il a fini avec une burkinabé toujours de son terroir. Vous vous seriez là encore complètement gouré. Bref je ne voudrais pas me mêler de la vie privée de mon Président Yaméogo. Et par décence, je ne voudrais non plus parler de l’influence du système colonial et du marchandage exercé sur les instruits de l’époque qu’on appelait alors les évolués. Surtout quant il s’agissait des femmes qu’ils devaient épouser pour mériter d’être considérés dans leur fonction. Le président Lamizana, m’a-t-on soufflé en connaît quelque chose. Et peut-être également le président Saye Zerbo, Ouédraogo, Sankara et qui sait Ki-Zerbo, Joseph Ouédraogo, Gérard Kaongho, toutes ces personnalités de la scène politique burkinabé mais aujourd’hui disparu. Mais sachez que le président Maurice dans ce cas de figure et tout comme les premières cités, est resté ferme dans son patriotisme. Le nom Larbat est un nom burkinabé, c’est un Gourmantché. Thérèse Larbat est une gourmatchée tout court, la qualification de métisse ne signifiant rien pour nous et vous le saurez pourquoi plus loin. Quant à Suzanne Monaco, bien que son nom sonne européen (donc métisse), elle est aussi burkinabé à part entière. Son père fut instituteur à Koudougou et Maurice fut son élève. D’après ma mère, il aurait reçu sa femme des mains du Moro-Naba Koom, donc une princesse de la cour royale. Lors de la lutte des rois mossé pour reconstituer le territoire de la Haute-Volta, les vieux Monaco et Larbat, en bons voltaïques se sont rangés derrière les rois mossé. C’est toujours grâce à la fidélité à ce même patriotisme, que le président Yaméogo plus tard a demandé le départ de l’armée française de la Haute-Volta. Vous avez bien lu les témoignages lors des 50 ans d’indépendance. Si du côté du grand père maternel d’Hermann il y eut réticence également au début pour ses fiançailles, c’est tout simplement parce que le vieux en bon chrétien, se méfiait du système colonial dont Maurice Yaméogo était maintenant fonctionnaire (n’oublions pas la lutte de l’Église contre la franc-maçonnerie), et bien qu’il fut auparavant séminariste. Je vous disais plus haut, que vous allez savoir pourquoi la qualification de métisse ne signifie rien pour nous. En effet, tous les métis et métisses au Burkina qui ont gardé le nom burkinabé de leur père ou de leur mère, même quand certains d’entre eux, suite à leur succès scolaire, ont été plus tard reconnus par le père français, ont été marginalisés et méprisés par le système colonial. Tout comme les femmes blanches qui ont osé épouser des noirs parce que leurs enfants vont porter des noms africains. Mais ces métis burkinabés l’ont voulu pour servir ainsi le Burkina en hommage de leurs braves mères, qui ont refusé de les avorter (comme peut-être l’aurait voulu le géniteur français). Et pourtant, s’ils avaient accepté les noms français, toutes les portes leur auraient été alors largement ouvertes….
      Venons-en maintenant à Maurice Kanga fils de paysan.
      Moi j’avoue que je ne sais pas ce que veut dire Kanga. A ce sujet, je vous l’accorde Mr Bejot, je donne ma langue au chat. Mais en précisant que Maurice est fils de paysan, où voulez-vous en venir ? Moi je ne connais pas la date de naissance du président Maurice Yaméogo, mais je suppose que cela devrait être vers les 1916-1917. À peine 20 ans après la colonisation française et en pleine première guerre mondiale. Ce qui veut que son père devait avoir à peu près au minimum les 20 ou 24 ans. Ce qui veut dire encore qu’il est né à la période précoloniale. Pourquoi voudriez-vous alors qu’il soit autre chose que paysan ? Deux situations sont à considérer :
      Au moment des recrutements pour l’école de son époque, il y avait la méfiance des parents vis-à-vis des blancs (l’esclavage écumait également l’Afrique de l’Ouest à partir de ses côtes : golf du Bénin, N’Goré). Les esclavagistes n’épargnaient personne pas même les princes (précisons tout de même qu’il était difficile de prendre des esclaves dans les royaumes mossé). Mais ceci est une autre histoire. Aussi quand on annonçait des recrutements, les femmes se sauvaient dans la brousse avec les enfants pour ne pas les donner au« Nassara » (blanc). Mon père a été pris et amené de force à l’école parce que lui était orphelin de mère.
      Et qu’entendez-vous de façon tendancieuse quand vous parlez de fils de paysan. Moi je veux bien éviter de vous prêter des intentions que vous n’avez pas. Cependant laissez-moi vous dire, qu’être fils de paysan ne veut rien dire du tout. Chez les mossé la paysannerie est un métier noble. Il vit de façon indépendante et auto-suffisante, avec la récolte de ses champs, ses élevages de moutons de chèvres. Et quand ils devenaient nombreux, il les confiait aux peulhs afin de mieux s’occuper de ses champs et de ses basse-cours de volailles (poulets, pintades, canards et même des colo-colo que vous appréciez bien pour les réveillons de Noël). Être paysan, ce n’est pas être serfs comme vos époques moyenâgeuses. Ni même des vilains. Tout le monde est paysan ou fils de paysan au Burkina-Faso. Je me rappelle que quand j’avais 9 ans et que je suivais les grandes filles (qui n’avaient pu aller à l’école mais qui servaient dans les ménages), pour aller dans la brousse chercher du bois de chauffe et des feuilles alimentaires, nous traversions des champs sur une distance de 12 km de Ouagadougou avant d’atteindre la savane très boisée. Le dernier champ que nous traversions était celui du Moro-Naba Saagha. Maintes fois nous l’avons trouvé sur son champ en cache sexe en train de cultiver. La seule chose qui indiquait que c’était un roi, voire un empereur, était son cheval attaché à un karitier, là-bas. tout au bout du champ, son grand boubou accroché à une branche et aussi, en bordure du champ, se tenait un page avec son zaandé (casse-tête). Mes frères pendants la semaine des congés que leur accordait le petit séminaire ou le grand, aidaient mon père ou ma mère à cultiver son champ. Pourtant mon père était fonctionnaire dans la santé. Les jeudis nous aidions nos parents à cultiver. Si toutefois vous avez du mépris pour les paysans, sachez que c’est parce qu’avec l’effort des deux guerres mondiales, ils ont été réduits au rang de serfs de vos sociétés féodales. En effet, je me rappelle toujours de ces greniers chez le Baloum-Naba, qu’on appelait : Nassar baowa (greniers du blanc), où les paysans après la récolte, devait tout amener pour ces greniers et ne recevoir que le minimum vital. Voilà comment le système de féodalité a été introduit au pays mossé et est resté collé à la peau de sa chefferie. Lors de mon séjour en Allemagne, les Allemands que je rencontrais dans les jardins publics, sur la rue ou même dans les réceptions, m’ont toujours relaté les contingentements de mil (Hirtze), que l’Allemagne imposait à la France, parce qu’il y avait une telle misère et la faim. Ils terminaient toujours par ces regrets : « Viel Toten umsonst » (que de morts pour rien) surtout pour une guerre que la propagande Nazi avait laissée croire au départ qu’elle était d’éclair (Blitzkrieg). C’est pour cette raison du servage de la population et de sa transformation en main d’œuvre bon marché, dans les chantiers coloniaux, que les rois mossé avec les autres rois et chefs du Burkina, ont demandé la reconstitution du territoire de la Haute-Volta.
      Un autre aspect de la paysannerie africaine et plus particulièrement chez les Mossé. Dans la société moagha, il y a douze ordres à la tête desquels il y a les princes régnants (Nabissi et Kombemba), qui relèvent de la tradition donc du pouvoir politique (l’exécutif en terme moderne). Les dix autres sont uniquement des coutumiers. Mais attention, cela ne veut pas qu’ils sont moindres que les premiers. Ils sont de l’ordre juridique (j’empreinte cette expression moderne pour vous faire mieux comprendre le système). Donc du domaine de l’interprétation des règles coutumières qui s’imposent même aux premiers. Cependant, ils accordent un titre honorifique aux premiers de : « droit de vie et de mort » sur les sujets. Ce qui pourrait correspondre, de façon moderne à « Magistrature suprême ».
      Ce que vous ignorez, peut-être, c’est que dans le règlement intérieur de chacun de ces douze ordres, il y a également des princes régnants et de princes non régnants (Nabissi la Nakomsé). Pour dire vrai, il n’y a en fait pas de roturier dans la société moagha. Il y a ce qu’on appelle les talsé qui ne veut pas dire roturier, mais tout simplement sujet du roi. À ce titre tous les coutumiers sont des sujets du roi. Ce qui ne veut pas dire que le roi soit absolu. Dans d’autres pays africains, les douze ordres sont restés des entités royales, comme au temps de la pré-colonisation. Mais avec les mêmes fonctions spécifiques, pour la cohésion de la société. Ce sont par exemple les 12 royaumes baoulés de Côte d’Ivoire et jadis les douze du Congo, pour ne citer que ceux-là.
      Fils de paysan donc, le père du président Maurice Yaméogo appartient soit au premier groupe, soit au second. Se réclamer de prince ou de princesse, cela n’exprime seulement le rang, mais également la noblesse du cœur, de l’âme, la probité, la crainte de Dieu et des ancêtres pour éviter de faire le mal. En un mot le « Burkindi ». Ils défendent la droiture, les faibles contre la méchanceté des puissants, surtout en ce qui concerne les fonctions spécifiques de la femme. Le nom Yaméogo donc est une variante en moré de lion. Nom que beaucoup de rois prennent pour spécifier leur programme. Avec la colonisation, ces noms sont devenus stables et s’étendent à tous les descendants.
      A ce sujet une princesse Yaméogo vous a bien dit qu’elle ne « marchait pas cagoulée ». Cela veut tout dire Mr Bejot.
      A présenj’ai tout dit, et je vous le répète c’est une simple question d’information et non de polémique

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