Carnet de route Burkina Faso – Côte d’Ivoire : « Laissez- nous quelque chose on va boire de l’eau »

mercredi 30 novembre 2011 à 01h45min

A la faveur du festival ciné droit libre à Abidjan, une équipe de l’association Semfilms, organisatrice de l’événement se rend dans la capitale ivoirienne. Cette équipe doit participer à une formation avant le festival. Le samedi 26 novembre, six journalistes reporters d’images embarquent à 6h55 à bord d’un minibus pour rallier Abidjan. Du goudron tranquille burkinabè sans contrôle policier aux imposants "nids de poules" ivoiriens et contrôles intempestifs ; en dehors de la vie, rien n’équivaut la liberté.

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Aller à Abidjan par la route, ça fait du bien après plusieurs années et surtout après la guerre. C’est donc avec enthousiasme que nous quittons Ouagadougou pour cette aventure. L’ambiance dans le bus est conviviale. En ce début de saison sèche, le soleil ne se fait pas prier pour taper fort même tôt le matin. De la région du Centre à celle des Hauts Bassins, la nature a déjà perdu sa belle robe verte. Les feux l’ont consumée. Sur la route, nous dépassons un camion citerne avec une affiche atypique : Kadhafi – Dadis Camara, preuve que ces deux ex-présidents malgré tout continuent toujours de guider certains routiers.

A 11h15 nous entrons dans la ville de Bobo. Une pause santé au restaurant Dankan pour renforcer nos capacités avant de reprendre la route. La causerie est bien animée et porte sur la beauté de la nature burkinabè : belle en saison pluvieuse mais triste en période sèche. La pancarte indiquant l’hôpital du plaisir des raéliens change la couleur et le ton de la causerie. De Bobo à Banfora, la nature conserve encore une certaine fraîcheur malgré la couleur jaunâtre de sa si vaste robe. Menace. De loin la fumée monte et les flammes avancent. La robe de dame nature est en danger. Dans le bus les voix se sont tues ; mais pas pour pleurer le deuil de dame nature. Mes co-voyageurs se sont assoupis. Il est 13h00.

La sieste. Même chez moi la tentation est forte. Je résiste. Puis les immenses champs de canne à sucre nous déroulent leur tapis vert annonçant que nous avons entamé la descente sur Banfora. La ville du sucre made in Burkina Faso. Après Banfora nous roulons résolument vers la frontière ivoirienne.
Aux environs de 14h nous arrivons à Niangologo la dernière ville burkinabè avant la Côte d’Ivoire. C’est une très belle ville avec des constructions magnifiques. Nous poursuivons notre route, dépassant les dernières concessions burkinabè jusqu’au poste de police des frontières à Yendéré. Nous faisons viser nos passeports.

A 15h10 nous entrons de pleins pieds en territoire ivoirien. Premier poste de contrôle de police. De nombreux hommes de tenue nous accueillent.
- "Ici on paie 1000F mais c’est pas obligé !", nous lance un des leurs, plus gros, en train de se prélasser dans sa chaise à côté de la maisonnette faisant office de poste.
- "C’est l’argent du thé quoi !", lui répond notre chef de mission.
- "C’est les dozos qui prennent l’argent de thé, nous c’est officiel", nous réplique- t- il. Nous nous exécutons gentiment. Nos passeports sont visés et la voie s’ouvre à nous. Les premiers villages ivoiriens défilent.

Nous arrivons à Ouangolodougou au poste de douanes. L’établissement de la vignette de notre véhicule nous prendra 30 bonnes minutes. Juste après les douanes, nous arrivons à un autre poste de contrôle. Un jeune homme en tenue s’avance vers nous.
- Vous allez où ?
- C’est une mission de journalistes qui se rend à Abidjan
- Ok laissez- nous quelque chose on va boire thé !
On y laisse quelques jetons. A partir de là, le voyage se complique. La voie est des plus mauvaises. On roule à moins de 20km/h. tout au long de la voie, plusieurs camions citernes se sont renversés. Dans le bus, un confrère crie : "vivement l’autoroute Ouagadougou – Yamoussokro" !

Pour parcourir 33km entre Ouangolo et Ferkéssédougou, il nous a fallu 2h 30mn. Arrivée à Ferké une horde d’hommes de tenue nous rackette. La nuit tombe mais nous poursuivons la route. A 19h10 ns entrons dans la nouvelle ville de résidence du Woudy Laurent Gbagbo. Korogho. "C’est où le cachot présidentiel ?", demande un des nôtres. Mais sa question n’aura pas de réponse. Après Korogho, un des fiefs de l’ex- rébellion, nous passons la nuit à Niakara une petite bourgade à plus de 200km de Bouaké la plus grande ville du nord ivoirien.

Nous reprenons la route tôt le dimanche matin. Les forêts ivoiriennes défilent. Les champs d’anacarde, de manioc et de banane. Nous croisons des motocyclistes toujours surchargés (3 personnes sur chaque moto) et sans immatriculation. Dans chaque petite bourgade, à l’entrée comme à la sortie, il y a des postes de contrôle. Les hommes de tenue sont en majorité très jeunes qui après la guerre se débrouillent à leur manière pour manger. C’est d’ailleurs ce que nous confie un des leurs qui dit attendre les opérations de paiement qui doivent débuter en janvier 2012.

Nous entrons à Bouaké le fief emblématique. "Bouaké la ville rebelle", crie un passager. C’est une belle ville bâtie sur des élévations. La ville grouille de monde en ce dimanche matin. Tout au long des abords de la ville, nous remarquons de nombreuses constructions qui ont été cassées, certainement pour remettre de l’ordre et reconstruire la ville.
Nous poursuivons notre périple vers Yamoussokro que nous voulons découvrir. Un panneau publicitaire "koz" nous souhaite la bienvenue à Yamoussokro la capitale politique ivoirienne. Nous faisons une escale à la basilique Notre Dame de la Paix pour une visite touristique.

Quelques photos de souvenir puis nous reprenons la route à 13h45, direction Abidjan. Nous avons encore plus de 240km à parcourir. Les panneaux publicitaires des réseaux de téléphonie mobile nous présentent des messages de réconciliation et de paix : « Réconcilie- toi avec ta ceinture de sécurité » ou « Réconcilie- toi avec le code de la route », « Tous ensemble nous sommes plus forts », etc.
C’est finalement aux environs de 17h que nous entrons dans la ville d’Abidjan, la ville "martyr". Les FRCI sont en grand nombre et de différentes tenues au corridor. Un jeune s’avance vers notre véhicule et nous lance après avoir su que c’est une mission de journalistes : « laissez- nous quelque chose on va boire l’eau ».

A Abidjan même ! J’imagine le calvaire des rackets que vivent nos parents quand ils prennent la route. Pourtant le nouveau gouvernement a annoncé la fin du racket.
Affaire à suivre…

Koundjoro Gabriel Kambou

Lefaso.net

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