BURKINA FASO : L’OIF juge le fichier électoral "non fiable"

mardi 8 novembre 2011 à 02h17min

Le fichier électoral burkinabè est « non fiable ». Tel est le verdict de l’audit du groupe d’experts de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). C’est le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Me Barthélémy Kéré, qui en a parlé lors d’une conférence de presse le samedi 5 novembre dernier à Ouagadougou. Cela dit, il faut maintenant trouver des fonds pour organiser l’enrôlement biométrique des électeurs pour pouvoir tenir les élections couplées en 2012.

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Multiplicité des documents ayant servi à l’inscription des électeurs sur les listes électorales, manque de concertations préalables entre la CENI et l’ONI (Office national d’identification) entraînant une insuffisance de données sur les cartes d’électeur, le faible taux de retrait desdites cartes et les problèmes liés à l’exigence de la CNIB au moment du vote ; manque de confiance quant à la transparence et la crédibilité du fichier électoral, exprimé par la classe politique et la société civile burkinabè. Ce sont là les raisons qui ont motivé le groupe d’experts de l’OIF, dirigé par le Général Siaka Sangaré, président du Réseau des compétences électorales francophones, qui a séjourné par deux fois (deux dernières semaines d’octobre et du 1er au 4 novembre 2011), à déclarer le fichier électoral actuel "non fiable en l’état".

"Le premier acte, c’est l’argent"

La restitution des résultats provisoires de cet audit a été faite à la CENI, au gouvernement et aux acteurs intéressés au processus électoral les 3 et 4 novembre derniers et le président de la CENI, Me Barthélémy Kéré, a décidé d’en être le rapporteur auprès de la presse, le samedi 5 novembre 2011. Il a indiqué que le groupe d’experts a fait des recommandations : organiser les prochaines élections sur un fichier électoral établi sur l’enrôlement biométrique des électeurs, donc plus susceptible de faire l’unanimité des acteurs du processus sur sa fiabilité, sa transparence et sa crédibilité. Mais ce nouveau fichier électoral a un coût. Selon Me Kéré, les premières estimations des experts l’ont fixé entre 18 et 30 milliards de F CFA. Le coût définitif sera disponible "dans les jours à venir". "Le premier acte, c’est l’argent !", selon Me Kéré. Le Burkina en aura-t-il ? Le président de la CENI pense que cela est possible et a indiqué que les discussions sont en cours avec le gouvernement pour trouver des partenaires financiers. Les élections couplées se tiendront-elles en 2012 ? Le président répond que oui, mais au conditionnel : "Si nous trouvons un prestataire dès ce mois de novembre", le prestataire étant la société qui s’occupera techniquement parlant de l’enrôlement biométrique des électeurs. Egalement "si" l’enrôlement, qui prendra 70 jours selon Me Kéré, commence dès fin février 2012, "si" la CENI et ses démembrements sont mis à niveau et formés, bref "si" le chronogramme mis en place par Me Kéré et son équipe est respecté. Beaucoup de "si" dont le démarrage se ramène en fin de compte au bon état d’un seul câble : le nerf de la guerre.

Les avantages de l’enrôlement biométrique

Me Kéré a tenu à faire la différence entre l’enrôlement biométrique et le vote électronique (qui n’est pas encore envisagé au Burkina) : le premier n’utilise les ordinateurs qu’au stade de l’inscription des électeurs sur les listes électorales et le second les utilise au moment du vote. Cela dit, l’enrôlement biométrique offre plusieurs avantages, selon le président de la CENI. D’abord, il signifie que les empreintes digitales de l’électeur seront enregistrées et sa photo figurera tant sur sa carte d’électeur que sur la liste électorale. Cela offre l’avantage que les données collectées sont uniques et infalsifiables et un individu ne pourra pas s’inscrire plus d’une fois sur les listes électorales. "L’ordinateur retrouvera ceux qui se seront inscrits plusieurs fois (…). Ceux qui seront pris, il y aura des sanctions", a prévenu Me Kéré. Le second avantage est que la base de données qui sera ainsi établie pourrait servir dans d’autres domaines : l’état civil, l’identification des fonctionnaires, les visas, les passeports, etc. Enfin, un système d’information par SMS sera mis en place afin de localiser les demandeurs de CNIB, le but étant de réparer les imperfections de la distribution desdites cartes.

Enrôlement et élections couplées : modes opératoires

Comment se fera l’enrôlement biométrique ? Il ne se fera pas sur toute l’étendue du territoire en même temps, selon Me Kéré, mais zone par zone, selon un chronogramme étalé sur 70 jours. Mais Ouaga et Bobo seront des zones permanentes d’inscription. Comment va-t-on voter lors des élections couplées ? Me Barthélémy Kéré indique que la CENI et le gouvernement discutent toujours. Mais il y a des propositions. Le président de la CENI propose un bureau de vote à deux têtes : deux urnes (l’une pour le vote municipal et l’autre pour le vote législatif), deux équipes de vérificateurs (sept en tout) et deux bulletins de vote. Ainsi, l’électeur entre dans le bureau, vote d’abord pour le législatif et ensuite pour le municipal. Cela donne donc l’image d’un couple marié dont les conjoints dorment dans des lits différents. L’enjeu est que l’électeur ne confonde pas le mari législatif à la femme municipale ! Mais les discussions continuent, a indiqué Me Kéré.

Abdou ZOURE

Le Pays

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Vos commentaires

  • Le 8 novembre 2011 à 10:57, par mackiavel
    En réponse à : BURKINA FASO : L’OIF juge le fichier électoral "non fiable"

    Franchement, à vous lire on a l’impression que notre vie est rythmée à vos élections. La biométrie est une question de haute sécurité dont le coût est un luxe pour les pays qui n’ont ni école ni dispensaire, niveau potable. « 70 jours pour numériser les Burkinabè… » On est où là. Au moment où certains n’ont pas encore obtenu la carte d’identité burkinabè (1984) Bassolé à lancé la carte nationale numérique dont le taux de couverture dépasse à peine 40% à ce jour alors qu’il avait donné 3 mois soit 90 jours. Il faut arrêter de créer des systèmes de bouf sur notre dos. En cette période de déficit alimentaire, au moment où les poches de famine sont cachées par des mains bienveillantes, pardon, respectez notre souffrance car « la vie est notre seule luxe ici bas ». Et la francophonie va dire qu’elle va financier, mais qui va faire le travail : leurs experts. D’où viendront les machines, les voitures, les programmes… ? De chez eux ! Au finish, l’argent repart d’où il est venu et dans les mêmes circuits de blanchiment.

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    • Le 8 novembre 2011 à 22:09
      En réponse à : BURKINA FASO : L’OIF juge le fichier électoral "non fiable"

      Mais là, si le CDP gagne, y’aura plus de contestation possible. Si l’opposition gagne, y’aura pas non plus de contestation possible ; Si le Président COMPAORE organise un REFERENDUM sur la modification de l’article 37, y’aura pas de contestation également. Et la paix aura gagné. La paix ce n’est pas un vain mot, c’est un comportement. Alpha Blondy citant Houphouët BOIGNY et repris pas mamminga. Le Nerf de la Guerre ?

      Répondre à ce message

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