SACCAGE DES INSTALLATIONS DE EPSILON GOLD : La justice sera-t-elle sacrifiée pour la paix sociale ?

vendredi 4 novembre 2011 à 00h15min

Des installations détruites, des locaux mis à sac, production d’or pillée ; voilà le résultat de la furie des manifestants qui ont déferlé sur le site de la société Epsilon Gold mines (une exploitation aurifère semi-mécanisée) à Banouassi dans la Gnagna en avril 2011. Sept mois après, où en est-on exactement ? La justice qui a été saisie de l’affaire, a incarcéré 19 personnes. Mais, selon plusieurs sources, des pressions diverses sont exercées afin que les inculpés soient libérés pour, dit-on, préserver la paix sociale.

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L’année 2011 aura été très sombre pour les investisseurs miniers au Burkina, nationaux comme étrangers. Après les événements de Banouassi en avril 2011, c’est le site de Pelegtanga (exploité par la société Pinsapo Gold) qui a subi la furie destructrice de vandales bien organisés en septembre dernier. Très vite, l’on était parvenu à la conclusion que des personnes malintentionnées voulaient profiter du désordre pour arriver à leurs fins, surtout que le cours de l’or avait atteint des niveaux records entre-temps à cause de la crise financière dans le monde. C’est avec des arguments fallacieux que les actes de vandalisme ont été planifiés. De toute façon, aucune revendication, même juste, ne pouvait justifier qu’on pille et incendie les fruits d’énormes efforts humains et financiers d’un investisseur.

Evidemment, les plus hautes autorités ont condamné ces actes de vandalisme tout en promettant de travailler à une meilleure sécurisation des investissements miniers. En effet, la société Epsilon Gold a perdu plus de 2,3 milliards de F CFA représentant les dégâts matériels et le stock d’or volé lors de ces événements malheureux. Plus de 80 personnes ont été mises en chômage du fait de cette crise.

La justice a joué le rôle qui était le sien

Dans le même temps, plusieurs exploitants miniers ont subi des actes de vandalisme dans le contexte de la crise sociopolitique où manifestement, l’Etat se cherchait et avait perdu une grande partie de son autorité. Plusieurs mois après ces événements malheureux, on peut dire que la justice a joué le rôle qui était le sien dans un Etat de droit. En effet, après la plainte du manager de la société Epsilon Gold, Bassiri Zango, au Tribunal de grande instance de Fada, au total 19 personnes ont été inculpées et incarcérées en août denier "pour vol aggravé, dégradation volontaire de biens mobiliers et immobiliers, coups et blessures volontaires et menaces de mort".

Selon nos informations, le juge d’instruction a également saisi la gendarmerie par une commission rogatoire pour interpeller 27 autres complices qui sont activement recherchés. Il faut souligner que parmi les inculpés, qui viennent des localités de Pièla, de Gori, de Kalembaogo et de Marminga, se trouvent des conseillers municipaux et des membres de Conseils villageois de développement (CVD). La procédure judiciaire n’est donc qu’à ses débuts, puisque d’ailleurs la victime n’a pas été encore entendue et l’audition des témoins ne fait que commencer. Mais, selon plusieurs sources, des manœuvres diverses sont organisées dans le but de libérer les personnes inculpées afin de préserver la paix sociale.

Est-ce la qualité de certains d’entre eux (les conseillers municipaux) qui justifie ces démarches ? Toujours est-il que selon nos informations, des pressions sont exercées sur les acteurs du monde judiciaire pour arriver à cette fin. Il y aurait même des tentatives de corruption, organisées par des complices et des proches de certains inculpés. En effet, des sommes importantes seraient collectées par un responsable coutumier, auprès des orpailleurs illicites qui ont envahi le site de Banouassi après le saccage des installations de Epsilon Gold. Ceux qui le font justifieraient leur démarche en disant que cela permettrait de faciliter leurs actions de lobbying. On peut être certain que cela va compromettre la manifestation de la vérité dans cette affaire.

Des pressions diverses dans le but de libérer les inculpés

En effet, la mise en liberté de ces personnes "favorisera la subordination des témoins" et leur permettra de se concerter pour construire des thèses devant le juge d’instruction. Dans un tel scénario, la victime serait royalement oubliée et on se demande alors comment les responsabilités seront situées. Il faut donc se demander si la « paix sociale » s’accommode d’impunité. Et ce serait envoyer un message ambigu aux investisseurs miniers, et notamment à ceux de la société Pinsapo Gold qui attendent que les personnes interpelées sur leur site répondent de leurs actes devant la loi. Dans cette situation, c’est l’Etat qu’il faut interpeller. Si les autorités ont condamné les actes de vandalisme (surtout une grande quantité de cyanure a été volée à Banouassi), il est de leur devoir de suivre ces dossiers judiciaires pour que la vérité triomphe. Il y va de l’autorité de l’Etat et de la mise en œuvre adéquate de sa politique de promotion des investissements privés. Si les personnes inculpées dans des actes criminels peuvent être libérées sous la pression, quelles garanties peut-on avoir alors en investissant au Burkina, si l’on ne peut être protégé par les lois ?

Dayang-ne-Wendé P. SILGA

Le Pays

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