Luc et l’état de la nation : Comme un parfum de sincérité

lundi 17 octobre 2011 à 02h02min

L’élégance svelte et le charme de l’habit et du bonnet lélé aidant, Luc Adolphe Tiao (LAT) a eu son baptême du feu ce 13 octobre 2011, en s’adressant au peuple burkinabè devant la représentation nationale.
Excepté sa conférence premier ministérielle, ce discours sur la situation de la Nation (DSN) est la première adresse solennelle du locataire de l’ex-palais de Koulouba.

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D’emblée, affleurait sous le premier ministre le journaliste qui, au lieu de lire, en résumait souvent certaines parties. Ceux qui avaient l’ultime draft auront remarqué que certains pans du speech étaient sautés et d’autres synthétisés.

Dans son discours d’égale volume que celui de son prédécesseur, même si le caractère est un peu plus petit, le chef du gouvernement aura mis un peu moins de temps à diagnostiquer l’état de la Nation que son devancier Tertius Zongo.

De temps en temps, avant même la séance des questions-réponses, l’homme se permettait certaines petites digressions sur des aspects qu’il jugeait très importants.

Très attentionné, il semblait exiger la même concentration de ses vis-à-vis à telle enseigne qu’il a poussé une petite colère feinte lorsque le portable d’un honorable député a sonné.

Toujours sur le plan formel, abstraction faite de quelques coquilles factuelles (comme en page 16 par exemple : élection de Blaise Compaoré en 2005 et 2010 au lieu de 2011), il s’agit d’un discours de vérité, qui semblait provenir des tripes du premier ministre.

Sans grandiloquence ni familiarité, il s’en dégageait un parfum de sincérité et de bonne volonté. Quid du fond ?

Disons-le tout net, le tableau clinique qu’il a dressé du Faso n’est pas le sien, c’est un bilan du passé immédiat qu’il a déroulé. ainsi quand le PM invite les uns et les autres à "réfléchir sur les causes profondes de la crise burkinabè", on n’a pas besoin de jouer aux devinettes pour penser aux travers qu’ont sécrétés un pouvoir vieux de deux décennies, des travers qui ont pour noms : corruption, enrichissement TGV, arrogance, injustice...

Cependant pour LAT, aussi légitimes soient-elles, les revendications corporatistes ne sauraient se muer en pillages, vols, viols, actes délictuels dont se sont rendus coupables des militaires.

Toute tambouille se terminant toujours autour d’une table, le PM privilégie le dialogue social, d’où ses différentes tournées pour échanger avec ses compatriotes.

Mais il reste convaincu que sans un Etat digne de ce nom, c’est-à-dire un Etat fort, toute initiative de développement demeure un leurre ; d’où cette longue tirade relative à la restauration de l’autorité de l’Etat :

"Dorénavant, et cela doit être entendu par tous, l’Etat assumera fermement ses responsabilités vis-à-vis de ceux dont l’inclination est d’œuvrer à l’insécurité et au trouble de la quiétude des citoyens. Il mettra tout en œuvre pour assurer la défense de l’intégrité territoriale et la protection des intérêts de la Nation".

La récente crise qui a révélé une kyrielle de maux dont souffre le Faso, notamment la paupérisation, la question de l’article 37, et derechef la problématique de l’alternance, le délitement de l’Etat, les moults problèmes existentiels des Burkinabè.

Au-delà de cette crise multisectorielle, qui n’est pas encore totalement résolue, il y a l’éternel déficit pluviométrique, qui vient nous rappeler que les questions alimentaires restent une donnée réelle dans notre pays. Le peuple a constamment faim, et régulièrement les effluves de sa fringale se traduisent en mouvements d’humeurs dans les rues.

Cette prestation de jeudi dernier n’a pas occulté ce casse-tête, et il faut d’ailleurs saluer les mesures anticipatrices sur la famine qui s’annoncent. Encore faut-il que ce soit des actions efficaces et non des mesures cosmétiques pour montrer à la Communauté internationale en mondovision que le gouvernement travaille !

C’est donc un Luc qui a la virtù de Machiavel chevillée au corps qui a livré son diagnostic, du reste connu, sur la santé de l’Etat.

Cependant, peut-il vraiment faire abstraction de l’existant socio-politique ? L’environnement est là, prégnant. Lui ne traîne pas de casseroles, et il n’est pas gestionnaire, même s’il dit qu’il "va apprendre".

En face il y a les habitudes ancrées, et ceux qui, comme toujours, avancent masqués, usant de réseaux parallèles qui, jusque-là, leur ont été bénéfiques.

Au demeurant donc Luc Adolphe Tiao, arrivé à la primature la fleur au fusil, est plutôt à plaindre, car il a hérité d’un Burkina où le couvercle social a sauté.

Il ne doit pas non plus oublier que le cimetière politique de Blaise Compaoré compte déjà 5 premiers ministres et des centaines de ministres.

Pour le moment, sa seule chance est qu’il semble avoir les coudées franches, ayant reçu un banc-seing de son mandat. D’ailleurs il se susurre que certains margoulins, habitués à toujours enjamber le PM pour aller régler leurs problèmes chez le président du Faso, en sont depuis un certain temps pour leurs frais : "Voyez Luc, dit inlassablement désormais Blaise Compaoré" à ceux qui lui demandent d’intervenir.

Dans un an et après son DPG de ce 20 octobre 2011 et peut-être après les élections couplées, si le deus ex-machina de Kosyam daigne bien le reconduire, on pourra alors estimer ce que vaut réellement l’actuel premier ministre.

Pour le moment, il bénéficie d’un préjugé favorable. Cet état de grâce durera jusqu’à quand ?

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

L’Observateur Paalga

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