Pèlerinages catholiques : Anecdotes de Ouaga à Rome

mercredi 12 octobre 2011 à 03h46min

Pour mériter le label de pèlerinage, tout voyage des croyants doit avoir pour destination un lieu consacré soit par une manifestation divine, soit par un chef religieux ou, pourquoi pas, par la ferveur populaire. Ainsi défini de manière lapidaire, il s’agit d’une pratique et d’une tradition propres aux grandes religions :

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- Bénarès sur les bords du Gange pour les hindouistes ;

- La Mecque pour les musulmans ;

- Rome, la Terre Sainte, Lourdes, Saint Jacques de Compostelle pour les catholiques dont les destinations sont beaucoup plus variées si à cette liste déjà longue on ajoutait Fatima, Le Caire, Medjegorye, pour ne retenir que les sites à dimension internationale.

Si chez les musulmans le voyage à la Mecque constitue un des 5 piliers de leur foi, il n’en est pas de même pour les chrétiens, chez qui aller en pèlerinage, même pour ceux qui en ont mille fois les moyens, ne comporte aucune forme d’obligation, pas plus qu’il ne confère à celui qui en revient, la moindre aura au plan religieux ou le moindre prestige au plan social.

L’Eglise encourage cependant ces déplacements vers ces lieux saints et fonde leur légitimité sur aussi bien les dispositions de l’Ancien Testament (ex : Juges 6,24 ; 13,19... 1 Roi) que celles du Nouveau (Luc 2,42 et suivant, Acte 20,16 ; 24,11).

Elle voit dans chaque pèlerinage quel qu’en soit le lieu, l’occasion pour les fidèles de communier dans la foi et la prière, "elle cherche surtout à leur y rappeler qu’ils sont en marche vers leur Seigneur et sous sa conduite".

C’est dans cet esprit que, dans la nuit du 10 au 11 août 2011, une soixante douzaine de pèlerins catholiques arborant chacun à sa convenance le luili-pendé, le fameux foulard aux hirondelles, ont quitté Ouagadougou pour une longue marche de foi qui devait les conduire tour à tour à Lourdes (France), Rome, Assise, Cascia en Italie, Paris et Lisieux de nouveau en France.

L’un d’entre eux a tiré de cette sainte pérégrination le carnet de route qu’on va lire ci-après.

Il le fait intuitu personae, c’est-à-dire à titre strictement personnel.

Voilà pourquoi il s’est donné certaines libertés dans la conduite du récit, choisissant de s’appesantir sur les anecdotes qui ont émaillé le voyage et dont il a rassemblé un prodigieux florilège. Et même quand il lui arrivera d’évoquer le contenu spirituel de ces deux semaines de recollection, la tentation anecdotique refera plusieurs fois surface.

Il ne pouvait en être autrement de la part d’un simple fidèle qui n’a ni armement théologique ni magistère pour aller au fond des mystères de la foi.

Pourquoi Royal Air Maroc ?

Le vol Ouaga-Toulouse d’où nous avons rejoint Lourdes par la route, s’est effectué à bord de la Compagnie Royal Air Maroc.

Oui, Air Maroc, propriété d’un pays musulman et non des moindres dans la géopolitique du monde islamique.

Le choix d’une telle compagnie par les organisateurs a sans doute été dicté par les opportunités de coût et de routing. C’est un fait.

Mais le fait le plus notable ici n’est-il pas qu’une telle compagnie ait accepté de transporter des pèlerins catholiques et de faciliter leur transit par Casablanca ?

Pour tout l’or, les dollars et les dinars du monde, certaines autres n’auraient jamais admis à bord ces "mécréants" qui clament impudiquement leur état de chrétiens, ces alliés objectifs des croisés, leurs ennemis jurés.

Comment ne pas rendre grâce à feu Hassan II dont le legs nous vaut un tel esprit d’ouverture et d’acceptation de la différence ? Tout en étant glorifié du titre de Commandeur des croyants, il a été également un parangon de tolérance héritée des Lumières du XVIIIe siècle et son royaume ne s’en porte pas mal aujourd’hui, bien au contraire.

Un encadrement dévoué

Le têb-so toaka (pèlerinage en langue mooré) a été préparé spirituellement et matériellement la dernière semaine avant l’embarquement.

Pour convoyer les pèlerins, un encadrement a été mis en place composé d’un laïc (Hippolyte Bassolé du diocèse de Bobo-Dioulasso) et de deux prêtres, les abbés Gabriel Kindo et Bruno Soubeiga, respectivement des diocèses de Ouahigouya et de Fada.

A ces deux jeunes prêtres, officiellement mandatés par le Comité national des pèlerinages catholiques, s’ajoutera un troisième, l’abbé Jonas Zoungrana, aumônier des scolaires de Ouagadougou.

Simple pèlerin au départ, il fera tout de suite corps avec ses deux autres confrères, tant étaient immenses les tâches à abattre.

- A César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.

A Hippolyte le laïc donc la charge des questions matérielles :

- hébergement (répartition à deux par chambre avec le casse-tête des sensibilités et préférences) ;

- restauration, volet apparemment anodin mais qui se complexifie quand il faut prendre chaque fois en compte le cas des pèlerins sous régime diététique ;

- santé : des simples bobo ou difficultés d’acclimatation aux situations d’urgence nécessitant hospitalisation (deux cas au moins) ;

- l’agencement horaire de chaque journée, et l’éternelle problématique de la ponctualité dans des pays où même les messes et l’occupation des chapelles sont rigoureusement chronomètrées, etc., sans compter les imprévus que ce factotum doit chaque fois s’épuiser à résoudre.

Aux trois prêtres, l’accompagnement spirituel des pèlerins : la messe quotidienne à ne manquer sous aucun prétexte ; les confessions ; les projets votifs individuels ; les enseignements de tous ordres, le tout dans une disponibilité et une capacité d’écoute à toute épreuve.

A la vérité, cette division des rôles s’est avérée illusoire devant les réalités du terrain.

Les prêtres en effet ont dû chaque jour descendre de leur piédestal spirituel pour mettre, comme on dit, les mains dans le cambouis. Ainsi et selon les circonstances, ils suppléeront le laïc comme traducteurs-interprètes, cameramen, conseilleurs numériques, voire même baragnini, quand pressé par le temps, il fallait aider les plus âgés à descendre et charger leurs bagages.

Heureusement qu’en matière de nouvelles technologies de l’information et de la communication, ils étaient tous au top comme ceux de leur génération et également tous dans la force de l’âge quand il fallait jouer les dockers.

Heureusement enfin que prêtre comme laïc, ils maîtrisent à merveille les mille et une recettes de la dynamique des groupes : pour maintenir la bonne humeur pendant les longs trajets en bus, ils n’avaient pas leurs pareils pour raconter des histoires drôles ou puiser dans le fonds intarissable de la parenté à plaisanterie.

Mais si la cohésion solidaire du groupe a eu jusqu’au bout le dernier mot malgré les bourdes qui ne pouvaient manquer dans une communauté d’hommes et de femmes dont c’était la première fois de vivre ensemble pendant deux semaines, c’est que chaque pèlerin a accepté de mettre du sien.

C’est ainsi que, hormis les personnes que leur grand âge exonérait d’office de toute responsabilité contraignante, chacun a eu, dans l’intérêt du groupe, un rôle à jouer : les uns dans la rédaction des rapports quotidiens et du rapport général ; dans la chorale ou l’équipe liturgique ; les autres comme responsables de palier ou d’étages pour le réveil matinal.

Outre ces tâches formellement identifiées, chacun selon les circonstances aura eu à porter aide et assistance à ces copèlerins, surtout à ceux-là qui n’étaient jamais sortis de leur Burkina natal, et pour lesquels ce voyage dans ces pays de technologie très avancée équivalait à un saut périlleux dans l’inconnu.

Bref, en toute discrétion et humilité, chacun a eu l’occasion de sacrifier chaque fois à la fameuse bonne action quotidienne chère aux boys scouts.

Chemin de foi, chemin de croix

Tout pèlerinage comporte sa part "d’endurance physique".

Pour remonter au Burkina pré-chrétien, souvenons-nous de l’époque où nos parents affrontaient à pied le voyage à la Mecque.

Beaucoup de leurs descendants peuplent aujourd’hui encore le Soudan du Sud, soit parce que leurs parents y ont séjourné plusieurs années avant de voir la Kaaba, soit parce qu’ils s’y sont définitivement établis au retour du hadj.

De nos jours encore en Occident, la tradition de mortification physique dans tout projet de pèlerinage est vivace.

On le voit à travers par exemple ces milliers de catholiques qui choisissent de relier à pied Saint Jacques de Compostelle en Espagne, comme le faisaient les pèlerins du XIe siècle, ou même Jérusalem selon l’itinéraire célébré par Chateaubriand.

Nous l’avons constaté de visu à Lourdes le 13 août 2011 en voyant des pénitents parcourir à genoux certaines des quatorze, voire toutes les stations du chemin de croix.

A Rome enfin, nous avons été sidéré le 18 par le spectacle des fidèles de tous âges et de toutes conditions gravissant à genoux également le célèbre Scala Santa ou saint escalier (en italien).

C’est, selon la tradition chrétienne, l’escalier du prétoire de Jérusalem gravi par le Christ lors de son jugement par Ponce Pilate et qui a été par la suite transporté à Rome comme relique.

Quand nous, pèlerins burkinabè, sommes arrivés à l’église du sanctuaire Santa Scala ce 18 août en fin de matinée, le fameux escalier était déjà pris d’assaut de bas en haut par des processionnaires à genoux. Nul doute qui si le temps l’avait permis, bon nombre des nôtres se seraient adonnés eux aussi à cet exercice dont la pénibilité se passe de commentaire. A preuve, certains s’y sont essayés sur des escaliers parallèles, jusqu’à ce que les encadreurs les en divertissent, vu les contraintes du programme de la journée.

Parce que pèlerinage rime avec endurance physique, les pèlerins burkinabè ont été soumis à une visite médicale obligatoire par devant un praticien agréé par les organisateurs.

Cette formalité était d’autant plus nécessaire que l’âge moyen des saints voyageurs recommandait qu’on s’assure de leur aptitude à supporter les épreuves qui les attendaient.

Le doyen du groupe, une ménagère de la paroisse cathédrale de Ouagadougou, avait 81 printemps, suivi de deux vice-doyens, à savoir un attaché de santé retraité de la paroisse N-D. du Cenacle de Bobo-Dioulasso et un autre retraité de la paroisse Saint-François de Sales de Chambery, tous deux portant gaillardement leurs 79 ans, et enfin d’un naaba qui en compte 75 ; un naaba dont le bonnet, on le verra plus loin, aura du succès.

Les premiers tests physiques commencent à Lourdes avec le parcours à pied sur un site particulièrement accidenté, du Chemin du jubilé, l’itinéraire sur la vie de Bernadette Soubirous ; les processions aux flambeaux ; le chemin de croix, un parcours de 1,5 km gravissant une colline jusqu’à la 13e station avant de redescendre en une pente qui sollicite presque le même souffle qu’il a fallu pour monter. Raison pour laquelle, sur conseil de l’encadrement, certains pèlerins, pas si sûrs de supporter ce test d’effort en grandeur nature, ont préféré attendre sagement en bas.

Mais la mère des épreuve restait à venir. Ce fut le trajet Lourdes - Rome en bus à impériale (étage) : départ le 15 août à 13 h 30, arrivée le lendemain vers 11 h ; 1600 km par la Provence Côte d’Azur en France et la côte méditerranéenne en Italie. Un peu dans le sens inverse de l’itinéraire emprunté un demi-siècle avant le Christ par les légions de Jules César à la conquête des Gaules.

Il est vrai que ce fut un parcours instructif, voire agréable, surtout sur la partie française traversée en plein jour et commentée par le truculent Gérard de Pèlerins du Monde, l’agence partenaire du Comité d’organisation.

Les pèlerins d’une certaine génération ont pu en tout cas revisiter leur géographie ou leur histoire de France en côtoyant le Canal du Midi qui relie la Méditerranée à l’Atlantique à partir de Toulouse ou en traversant la ville de Carcassonne, qui abrite aujourd’hui encore l’ensemble le plus complet des fortifications du Moyen Age français.

N’oublions pas les oliviers centenaires dont les plantations nous accompagneront jusqu’à Rome avec leur coupe-vent de cyprès.

N’oublions pas non plus Monaco, le Rocher des Grimaldi que nous avons contemplé à la tombée de la nuit à partir d’une aire d’autoroute en avalant nos paniers-repas avant de franchir la frontière vers l’Italie.

Il est vrai également que le trajet qui nous mène vers la Ville Eternelle est agrémenté de plusieurs autres aires de stationnement pour les arrêts-pipi, occasions rêvées pour avaler un petit café ou une petite collation mais surtout se dégourdir les jambes.

N’empêche qu’à un certain âge, et même pour les plus jeunes, on ne sort pas indemne d’un tel kilométrage ; surtout que six jours après, soit le 21 août, il a fallu rebrousser chemin pour cette fois Paris à partir de Rome via Assise et Cascia, deux autres villes de notre pèlerinage en Italie cette fois dans la région enclavée de l’Ombrie, berceau de la truffe et de la pomme de terre rouge.
Vous comprenez maintenant pourquoi à notre descente d’avion au petit matin de ce 26 août, jour de notre retour au Faso, presque tous les pèlerins étaient en chaussures ouvertes, pour ne pas dire en tapettes de bain. Car malgré les baumes Vegebom, le beurre de karité et autres onguents dont chacun a pu se frotter, c’est les jambes lourdes et les pieds boursouflés que nous avons regagné nos pénates.

Mais revenons au 17 août et à l’audience papale que le Saint Père Benoît XVI devait donner à Castel Gondolfo aux nombreuses délégations présentes. Ce jour-là la petite forme physique des pèlerins burkinabè leur a joué un petit vilain tour. Qu’est-ce à dire ?

Pour être aux premières loges et presque nez à nez avec le souverain pontife, nous avons quitté Rome de très bonne heure pour avaler les quelque 26 km qui mènent à Castel Gondolfo où l’audience avait lieu à 10h 30. Nous avons été les tout premiers sur les lieux.

Malheureusement pour gravir la butte au faîte de laquelle se dresse la résidence d’été du pape, nous avons été rattrapés, puis dépassés par des Portugais, non seulement dix fois plus nombreux, mais surtout bien plus jeunes et, partant, mieux en jambes.

Heureusement que la salle d’audiences est dotée d’un système vidéo si bien élaboré qu’à quelque position où elle se trouve, chaque délégation a quasiment le même accès visuel au pape dès qu’il sort de ses appartements.

Pour bien arranger les choses, nous avons actuellement aux côtés du Saint-Père un de nos jeunes compatriotes, en l’occurrence l’abbé Kizito Ouédraogo du diocèse de Ouahigouya, détaché à la section francophonie de la Secrétairerie d’Etat, le gouvernement du Vatican pour tout dire.

Grâce à lui, le souverain pontife fera une mention spéciale pour les pèlerins burkinabè et le Burkina Faso lors de cette audience et de sa bénédiction finale qui s’est en suivie. Mieux, il recevra - debout il est vrai - une délégation de deux membres laïcs dans un savant dosage des genres : Hippolyte Bassolé et Madame Rosalie Convolbo.

Le lendemain 18 septembre, une autre épreuve physique attendait les pèlerins : la descente dans les Catacombes, emplacements souterrains dans lesquels les premiers chrétiens enterraient leurs morts ou se réfugiaient lors des persécutions dont ils furent l’objet.

Eh bien, cette descente dans les abysses de la foi des premiers fidèles a été purement et simplement annulée. La raison ? Les encadreurs évoqueront le manque de temps, mais ce fut probablement un prétexte pour ne pas exposer les pèlerins à certains incidents regrettables. La descente des Catacombes se fait en effet par des escaliers à la fois raides et étroits, avec des risques de chute et d’étouffement pour ceux qui n’ont plus vingt ans.

L’encadrement aurait beau prévenir les très âgés de la dangerosité de l’exercice, il s’en serait toujours trouvé pour tenter l’aventure. Sauter cette étape était donc la mère des sûretés.

L’exemple des Sénégalais

Au Burkina Faso, toutes religions confondues, la tendance la plus répandue est de croire que le pèlerinage est un acte de piété réservé aux personnes du troisième âge.

Combien, quand bien même ils en auraient les moyens à ne savoir qu’en faire, ne vont-ils pas disant : "Ah ! je n’ai pas encore l’âge de ..." ?

Erreur ! Il n’y a pas d’âge pour aller en pèlerinage, mais si âge indicatif il devait y avoir, disons qu’il faut y sacrifier pendant qu’on est encore en pleine possession de ses moyens physiques, si du moins bien sûr, on a le choix.

Au lieu de cela, beaucoup préfèrent y envoyer papa ou maman, voire même les deux à la fois, attendant de jeter définitivement leur gourme, c’est-à-dire de savourer les choses de la vie avant d’y penser pour eux-mêmes, si tant est qu’ils y penseront.

Sur ce point, nos coreligionnaires catholiques sénégalais nous ont donné un bel exemple qu’on ne citera pas assez.

A l’étape de Paris du 22 au 25 août, nous les avons rencontrés, en partance pour Lisieux, Rome et la Terre Sainte : non seulement ils étaient dix fois plus nombreux - six cents environ - mais également d’une moyenne d’âge autrement plus avantageuse : entre trente et cinquante ans, selon du moins les apparences. A quoi on peut ajouter une égale répartition entre les genres alors que chez nous autres, pèlerins burkinabè, la balance était criardement déséquilibrée au bénéfice de la gent féminine.
Soit dit en passant, le Sénégal est le seul pays d’Afrique à avoir pu aménager un petit oratoire pour les siens dans la basilique Ste Thérèse de l’Enfant Jésus à Lisieux, à l’instar de grands pays comme les Etats-Unis, l’Allemagne et le Canada. Il l’a fait en souvenir du passage des reliques de cette docteur de l’Eglise au "pays de la Teranga".

Le choc des habitudes

Pour ce que ce séjour de deux semaines a été pour la plupart des pèlerins en ces pays d’ascenseurs, de tapis roulants et du tout - informatique, nous n’irons pas jusqu’à parler de choc des civilisations, pour ne pas paraphraser abusivement l’historien-sociologue Samuel Huntington.

Parlons donc plus simplement de dépaysement ou de choc des habitudes s’il faut à tout prix user du mot choc.

Pour préparer les esprits à y faire face, le Comité national des pèlerinages catholiques a pris cela en compte lors de la préparation matérielle du voyage.

Projection vidéo à l’appui, les pèlerins ont été longuement sensibilisés aux petits pièges et aux efforts d’adaptation qui les attendent dans l’utilisation quotidienne des facilités modernes aussi bien dans les hôtels que les lieux publics. Ainsi ont-ils été préparés à tous les types de chasse-d’eau : quand il faut tirer ou pousser ou presser du pied, ou quand tout cela se fait automatiquement.

De la même manière, ils ont été instruits d’avoir à utiliser les escaliers parallèles plutôt que de se risquer sur les parties roulantes s’ils ne sont pas sûrs d’en supporter le vertige.

Ce petit stage d’envoi en mission était fort utile, car à Lourdes comme à Rome, à Assise, Cascia ou Paris, nous avons été hébergés dans des établissements hôteliers griffés 2 ou 3 étoiles avec toutes les commodités technologiques qui en découlent :

- Hôtel des Sanctuaires à Lourdes ;

- Casa San Gabrielle à Rome ;

- Villa Santa Tecla à Assise ;

- Hôtel Delle Rose à Cascia ;

- Ibis-Tour Eiffel à Paris.

Certains de ces hôtels, comme à Rome ou Assise, sont gérés par des institutions religieuses ; d’où la simplicité monacale de leurs installations, comme l’absence de lit à 2 places pour les couples de pèlerins mariés.

C’est dans ces derniers établissements cependant qu’entre parenthèses, le vin, le bon vin comme savent en tirer les hommes d’église, a fait gratuitement partie du menu, quoique servi avec modération.

Mais même dans de telles structures d’accueil, la modernité était au rendez-vous dans les salles d’eau et les ascenseurs.

Malgré le travail d’acclimatation du Comité des pèlerinages et les consignes réitérées sur le terrain par l’encadrement, les incidents n’ont pas manqué.

Dès l’aéroport de Toulouse ce 11 août, nous enregistrons nos premières chutes à l’épreuve des escaliers "qui montent seuls". Spectacle gratuit pour le nombreux public de l’aéroport, mi amusé, mi compatissant à la vue de ces "bushmen" complètement désemparés au contact de la "civilisation".

Scène similaire à Rome le 18 août alors que nous allions déjeuner au restaurant du Janicule près de Vatican.

Il y eut heureusement chaque fois plus de peur que de mal, alors qu’on pouvait s’attendre au pire, s’agissant de personnes dont la charpente osseuse a été sévèrement décalcifiée du fait de l’âge ou des maternités multiples.

L’hébergement sur les sites d’accueil ne s’est pas fait non plus sans quelques déconvenues.

Passons sur l’éternelle difficulté à s’adapter d’emblée à l’usage approprié des installations sanitaires.

Mais combien de fois n’a-t-il pas fallu faire appel au serrurier de service pour décondamner telle ou telle porte à l’Hôtel des Sanctuaires, parce qu’un pèlerin, en se trompant d’étage ou de clé, a voulu forcer l’entrée d’une chambre qui n’était pas la sienne, bloquant du même coup tout le système ?

A l’Ibis-Tour Eiffel de Paris, nous avons été en présence du must de l’Informatisation : même pour faire monter ou descendre l’ascenseur, il faut savoir dans quelle fente glisser la carte magnétique et sur quels chiffres appuyer, autrement, "lui pas bouger". Alors nombre de pèlerins sont restés scotchés aux basques des "initiés" pour leurs moindres mouvements.

Il faut reconnaître que la sidération de nombre de pèlerins devant ce qui était radicalement étranger à leurs habitudes et réflexes quotidiens a été entretenue involontairement par les nombreuses mises en garde de leurs parents ou amis ayant soit séjourné en Europe ou déjà effectué le pèlerinage.

- Ah, fais attention à ceci ; ne fais pas cela ; gare à toi si...

Ils ont été abreuvés de tellement de conseils et de consignes que certains pèlerins ont surestimé les dangers quand ils ne les ont pas somatisés. A telle enseigne qu’on a vu des personnes ayant visiblement les moyens intellectuels et physiques de s’adapter d’eux-mêmes à la nouvelle situation, préférer d’être chaque fois assistées dans leur moindre fait et geste.

L’exemple le plus cocasse de cette surenchère de conseils et de consignes parentaux a été le cas de cette tantie ou mammy (c’est selon), dont la denture laisse visiblement savoir qu’elle chique le tabac et ne dédaigne pas la noix de cola.

Et voilà que ses enfants qui lui ont payé le voyage, ont poussé l’amour filial jusqu’à lui interdire formellement d’emporter avec elle son viatique de tabac.

Il semble qu’à leur insu, elle en ait gardé un peu par- devers elle, mais pas suffisamment pour couvrir le temps du pèlerinage. Eh bien à Paris, il a fallu que l’encadrement lui procure du tabac de cigarette accommodé on ne sait comment, pour calmer son addiction, car elle avait commencé à perdre le nord.

On a aussi raconté - mais cela n’a pas été facile à vérifier - le cas d’une pèlerine qui, trois jours avant le décollage de Ouaga pour Lourdes, avait arrêté de prendre des aliments solides. Son problème ?

Elle s’est demandé comment elle s’y prendrait dans l’avion si, pressée par le besoin que vous devinez, elle était contrainte d’aller se "moucher" comme on dit pudiquement.

Mais il est des pèlerins - et pas forcément ceux que vous croyez - qui n’ont pas eu du tout froid aux yeux devant cet étalage de merveilles technologiques.

Fut de ceux-là la pèlerine que tout le monde a fini par appeler "madame" ou "tantie Charbon". Elle disait et répétait à qui voulait l’écouter que pour la retrouver à Ouaga, pas de problème : il suffit d’aller dans les parages de la gare routière TCV de Kamsoghin et de demander la "dame qui vend le charbon et les jus de weda".

Bout-en-train dans son mooré maternel, elle ne se gênait pas non plus de "piétiner" son français, un peu à la manière d’un certain Djanguinaba qui n’en éprouve pas le moindre complexe.

"Bon zour... Ça ba téré bin, megsi". Et croyez bien qu’avec ce parler petit nègre, elle ouvrait bien des portes, puisque ces vis-à-vis blancs s’en amusaient et devinaient, sans trop se forcer, ce qu’elle voulait dire.

Sous le signe du Luilli-pende

Que ce fût à Lourdes, dans les marées humaines des processions et des célébrations internationales, ou à Rome dans les interminables files d’attente, la délégation burkinabè a été chaque fois bien visible et bien remarquée, malgré sa faiblesse numérique.

Il y a eu bien sûr l’uniforme vert olive de l’Assomption et le drapeau national déployé à tous vents qui ont fait effet.

Mais il y a eu surtout le luilli-pende, l’irremplaçable foulard aux hirondelles. Ce fut, tout au long du parcours, le fait distinctif et l’enseigne de ralliement les plus sûrs. D’abord pour les pèlerins burkinabè eux-mêmes ; ensuite pour ceux de la diaspora qui, dès qu’ils apercevaient le fameux foulard rouge blanc noir, reconnaissaient illico des compatriotes ; pour d’anciens expatriés enfin ayant séjourné au Burkina qui, à ce signe, se sont souvenus de leur ancien pays de résidence.

L’exemple le plus poignant en a été celui d’une Française rencontrée rue du Bac à Paris où se trouve la chapelle de la célèbre Médaille Miraculeuse. Née à Ouagadougou en 1972, elle a été baptisée à la Cathédrale et a reconnu avec force émotion notre délégation ce 23 août en fin de matinée. Inutile d’ajouter qu’elle n’a pu retenir ses larmes quand, partageant son foulard en deux, une pèlerine l’en a ceinte d’une partie pour la photo-souvenir.

Deux jours auparavant à Cascia, peu avant notre départ d’Italie pour Paris, un des prêtres accompagnateurs avait fait le même partage avec le directeur de l’Hôtel Delle Rose qui nous avait hébergés.

L’hôtelier tenait tant à ce foulard que cela valait bien ce geste à la saint Martin déchirant son manteau en deux parce qu’un autre était transi de froid.

Tout le monde ne fera pourtant pas toujours montre d’un même cœur charitable. C’est ainsi que l’auteur de ces lignes s’est refusé à prêter son foulard à une jeune personne qui voulait s’en servir pour tromper la vigilance des gardes qui veillaient au grain à l’entrée de la basilique Saint-Pierre de Rome.

Court vêtue - surtout par le bas - comme pour se rendre à un barbecue de dimanche, elle voulait par ce foulard cacher sa "nudité". L’auteur n’a pas eu encore l’occasion de demander à son confesseur si ce fut un péché - et quel péché - de n’avoir pas accepté de marcher dans la combine de cette touriste impudique.

Bref, le pagne de l’Assomption et le luilli-pende ont imprimé à la délégation burkinabè une note exotique qui a fait la joie des "paparazzi" et autres chasseurs d’images.

Ainsi, quand le 14 août nous nous sommes retrouvés à l’esplanade des sanctuaires de Lourdes pour la photo officielle, nombreux furent les pèlerins et touristes d’autres nationalités qui ont sorti leurs cameras pour nous mitrailler tandis que quelques audacieux n’ont pas hésité à se faire photographier à nos côtés.

Deux cerises ont contribué à relever le tableau :

- la présence inattendue d’un couple français de Chambéry, André et Marie-Claire Bontemps, deux compatriotes de Mgr Thevenoud qui se sont joints à nous pour le pèlerinage à Lourdes et qui, pour la circonstance, se sont habillés à la burkinabè ;

- Ce fut ensuite le bonnet du naaba pèlerin qui ne le quittait jamais, sauf dès qu’il franchissait le seuil d’un lieu sacré. A Rome surtout, il a été la coqueluche des pèlerins et touristes surtout asiatiques qui arpentaient l’immense place Saint-Pierre. Nous avons fini par ne pas compter ceux qui ont voulu poser en sa présence.

Un Pèlerin


Nous refermons ce carnet demain avec le volet spirituel et bien d’autres anecdotes d’Assise, Cascia, Paris et Lisieux.

L’Observateur Paalga

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Vos commentaires

  • Le 12 octobre 2011 à 10:31
    En réponse à : Pèlerinages catholiques : Anecdotes de Ouaga à Rome

    Hum !!! C’est consistant. Seulement est que j’aimerais bien connaitre l’auteur

    Répondre à ce message

  • Le 12 octobre 2011 à 14:04
    En réponse à : Pèlerinages catholiques : Anecdotes de Ouaga à Rome

    La fin du recit m’a rassurée car j’allais demander à ce pelerin la partie spirituelle. Suis pressé que demain arrive.
    merci d’avance.

    Répondre à ce message

  • Le 12 octobre 2011 à 14:08, par Mme Gyengani/Kaboré "Trouspinette"
    En réponse à : Pèlerinages catholiques : Anecdotes de Ouaga à Rome

    Bonjour tous

    Après lecture intégrale de ce récit captivant et agréable, je me suis sentie le devoir de féliciter et de dire merci à celui ou ceux qui se sont donnés la peine de partager en diféré ce que les pélérins ont vécu. Ce récit donne de l’assurance aux éventuels futurs pélérins qui appréhendent encore, notamment par rapport à la préparation, à l’encadrement, à l’hébergement, la restauration, l’ambiance de groupe et la gestion des questions de santé. Ce récit est en même temps un enseignement qui permlet de satisfaire certaines curiosités et pourrait être un bon support pour la préparation des pélerins avant leur départ et un support de plaidoyer qui rassure et qui invite, pour ceux qui hésitent encore ou qui estiment ne pas en avoir encore l’âge.

    Merci d’avoir permi par ce recit, à ceux qui n’ont pas pu effectuer le déplacement de tirer des enseignements tout en se délassant à la lecture avec ce style agéable.

    Ceux qui pronent le dialogue inter religieux pourraient mettre à profit cette initiative comme meilleure pratique pour servir aux autres confessions religieuses et même à d’autres groupes catholiques qui organisent des pélérinages dans d’autres lieux saints.

    Ce qui manque au récit, c’est une idée du prix à payer pour une participation et ou/à qui s’adresser pour la prochaine "édition". C’est aussi l’accessibilité à ce récit pour ceux qui n’ont pas accès au net.

    Je profite de votre antenne pour interpeller l’église catholique sur les conditions d’hébergement et de restauration des groupes pour les retraites de prières dans les différentes localités du Burkina Faso. Il serait souhaitable de mettre en place une cellule de suivi pour permettre d’apprécier les conditions de salubrité / insalubrité(surtout environnementales, alimentaires, hygiéniques, ...) dans lesquelles ces retraites se tiennent. Il yaura beaucoup à dire et beaucoup de choses à repenser. Je suis disposée à m’y investir s’il ya lieu. Recueillement oui, mais, .... Nous y gagnerons tous .

    Encore merci pour cette belle initiative

    Cordialement

    Répondre à ce message

  • Le 12 octobre 2011 à 15:52
    En réponse à : Pèlerinages catholiques : Anecdotes de Ouaga à Rome

    Merci pour votre effort de rédaction ! Un vrai reporter que vous êtes à pouvoir faire des jaloux et des envieux dans le milieux journalistique ! Cependant une seule chose m’a marqué à la fin de votre récit : votre rencontre avec la femme impudique dont vous parlez.Vous auriez du vous rappelez de la rencontre de JÉSUS avec la Cananéenne ; et lui rendre service en dépit de vos préjugés. Vous avez peut être raté votre occasion de rencontrer le Christ en terre Sainte !Qui sait si c’est pas JÉSUS Lui même qui s’est adressez à vous dans ce apparat pour vous tester ! Allumes ta lampe et reste éveillé car on ne sait ni ou ni quand ni comment le Seigneur viendra à nous ! Rappelez vous encore de cette histoire connu des livres de lecture du CE2 des années 1980 : l’histoire de YANGOUBA le PRINCE du kipirsi. Allant à découverte et à la connaissance de son peuple s’était vue transformé en lépreux salle et poueux. Ne dit-on pas que les voix du seigneur sont impénétrables ?

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    • Le 12 octobre 2011 à 18:22, par L’epervier
      En réponse à : Pèlerinages catholiques : Anecdotes de Ouaga à Rome

      Merci a vous d’avoir rappelé a notre Pélérin cette belle et antique sagesse biblique. En effet, qui sait si c’est pas Jesus ou Marie en personne qui s’est présentée sous des dehors "impudiques" pour "bonifier " le pélérinage de notre tres bon reporter ? Et merci de nous rappeler l’histoire du Prince de Gambaga qui etait elle aussi une tres belle lecon d’humilité pour les éleves des années 70-80 !!!!
      Enfin,notre rappel a la générosité vers les personnes qui ont souvent des apparences qui les condanment a priori,n’enleve rien a la qualité de bon narrateur de notre pélérin a qui je dis bravo.

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  • Le 12 octobre 2011 à 17:07, par puknini
    En réponse à : Pèlerinages catholiques : Anecdotes de Ouaga à Rome

    Bravo à l’auteur de cette chronique et à l’Observateur pour l’avoir diffusée. Elle est très plaisante à lire. Cet auteur pourrait en remontrer à beaucoup de nos journalistes dont l’expression française donne parfois des migraines. Vivement la suite ! Chapeau bas !

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  • Le 12 octobre 2011 à 18:15, par moa
    En réponse à : Pèlerinages catholiques : Anecdotes de Ouaga à Rome

    hi hi hi hi hi hi vrémen mes mossi là même me font rire dè ;
    yawoto ; megsi ; ; ; même le naba en bonne ; lui la pèr que volè pélérins lui pique ou koi ? megsi bocou m’avé fait rire ; surtout pour la madame charbon... vous conné pa adresse ?
    et son taba , ell le crachait ù dans l’avion ? sur le tête du voisin de devan ou elle a demandé à l’hotesse de l’air d’ouvrir la finètre de navion ?

    est-ce qu’elle en proposé au pape ? hi hi hi hi hi hi hi !

    megsi

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  • Le 12 octobre 2011 à 19:41, par Jean
    En réponse à : Pèlerinages catholiques : Anecdotes de Ouaga à Rome

    Très bel article. je me joint à mes prédécesseurs pour vous féliciter pour la qualité de cet article. Et si on en faisait à chaque pèlerinage, grand évènement ?

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  • Le 13 octobre 2011 à 13:27, par Jean Paul
    En réponse à : Pèlerinages catholiques : Anecdotes de Ouaga à Rome

    Vraiment félicitations pour ce pèlerin journaliste. quel plaisir de vous lire. Vous ferez oeuvre utile en publiant plus souvent. Quant aux pèlerins et surtout à l’encadrement, j’ai entendu parler de ce pèlerinage tellement en bien que je vous exhorte à faire en sorte que cette expérience fasse des émules.

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