Tournée campagne agricole des députés CDP du Passoré : La famine menace la province

mardi 11 octobre 2011 à 01h50min

Les deux élus nationaux du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) de la province du Passoré, Fatoumata Diendéré et Mathurin Nougtara, ont parcouru du 5 au 7 octobre 2011, les 9 communes de cette circonscription territoriale pour prendre le pouls de la campagne agricole 2011-2012. Le constat qui se dégage à l’issue de cette chevauchée dans les fermes agricoles est que l’état actuel des champs n’augure pas de bonnes récoltes. La sécheresse a détruit certaines cultures et celles qui résistent aux intempéries ne vont pas produire le miracle.

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Il n’y aura pas assez à manger dans la province du Passoré à l’instar d’autres localités du Burkina en 2012. Et pour cause ? La sécheresse a arrêté brutalement le cycle d’achèvement des plants. Des producteurs déçus de leur travail et jetés dans l’incertitude observent impuissant cette situation épouvantable et certains commencent à se poser des questions sur l’avenir. Les deux députés de la majorité, Fatoumata Diendéré et Mathurin Nougtara, accompagnés des directeurs provinciaux de l’Agriculture, de l’Education nationale et de l’Action sociale se sont rendus dans les champs pour toucher du doigt les réalités.

Au cours de la randonnée dans les fermes agricoles des 9 communes de la province, ils ont vu les dégâts occasionnés par la sécheresse. Ils ont prodigué des conseils aux paysans en les invitant à se tourner de sitôt vers les semences améliorées et les techniques culturales afin de produire suffisamment pour leurs besoins vitaux. Les élus de la majorité du Passoré ont également encouragé les agriculteurs et ont promis de plaider en leur faveur à l’Assemblée nationale de sorte qu’à défaut de pouvoir aider la population avec des vivres, l’Etat prenne des mesures convenables pour faciliter l’accès des céréales aux citoyens à travers une réduction des prix des denrées alimentaires sur le marché. Selon Fatoumata Diendéré, le rôle d’un député est de voter des lois certes, mais il doit être aussi proche de ses électeurs pour savoir comment les choses se passent. « Le rôle d’un député, c’est de voter des lois qui arrangent son peuple.

Il doit donc rencontrer les gens sur le terrain, échanger avec eux afin de recenser leurs préoccupations », a-t-elle affirmé. Pour elle, ce serait un « péché » de la part des représentants du peuple du Passoré à l’Hémicycle si ceux-ci s’acharnent à recueillir des informations dans la bouche des gens sans aller jusqu’au front pour constater les réalités. « Nous sommes sortis pour faire le constat sur l’évolution de la campagne pour pouvoir prendre les bonnes décisions à l’Assemblée nationale », a poursuivi la députée Diendéré. Elle a indiqué que cette sortie s’inscrit donc dans ce contexte et vise également à convaincre les producteurs à prendre des initiatives personnelles pour "sauver leur tête" en cas de famine car l’Etat ne peut pas les nourrir jusqu’à la saison prochaine.

Les députés CDP du Passoré ont demandé aux producteurs d’abandonner les vieilles pratiques agricoles au profit des nouvelles technologies en vue de s’adapter aux changements du climat. C’est face à des producteurs désespérés qu’ils ont transmis ces messages forts, appelant les uns et les autres à faire usage des semences améliorées et aux autres techniques de production.

Des champs complètement raclés

Les champs se présentent mal. Boukary Djiguemdé est le seul producteur à récolter du maïs dans le village de Basgouim, commune rurale de Samba. A part lui, personne d’autre n’est rentré dans sa maison avec un grain de cette céréale. Les habitants qui avaient l’habitude de manger le tô de maïs en période de soudure en attendant l’abondance après les récoltes de mil et de sorgho sont en train de vivoter. A voir les yeux de certaines personnes enfoncés dans l’orbite, on comprend aisément que les greniers ont été complètement vidés et les vivres manquent cruellement dans les familles. Boukary Djiguemdé, producteur semencier du village de Basgouim vient de récolter son maïs. Il est entouré d’une ribambelle de personnes qui souhaiteraient disposer de ce maïs pour la consommation.

Le propriétaire Djiguemdé veut plutôt destiner ces vivres à la vente. Il a promis de liquider le kilo à 500 FCFA alors que déjà, des gens en ont besoin pour satisfaire leurs exigences gastronomiques. Boukary Djiguemdé pourrait acheter la lune avec le produit de sa vente si la campagne n’avait pas été troublée par la rareté des pluies. Malgré tout, il ne va pas rentrer bredouille car le compte d’exploitation dressé par le technicien de l’agriculture fait ressortir un rendement attendu de 9,375 tonnes sur 3,75 ha de cultivés. La marge bénéficiaire est estimée à 3 934 875 FCFA. C’est la variété barka dont le cycle est compris entre 75 et 84 jours qu’il a semée dans sa ferme. Il a pourtant ensemencé jusqu’au mois d’août.

Le rendement potentiel de cette variété équivaut à 5,5 t à l’hectare si toutefois le paysan parvient à suivre les consignes édictées par les techniciens de l’agriculture. Dans la commune rurale de Bagaré, les visiteurs ont mis les pieds dans un champ-école sésame de 0,5 ha. Là, on a scindé la ferme en deux parties pour tester les fertilisants. Les plants se sont bien développés en hauteur dans la partie spécifique où les bonnes pratiques agricoles sont expérimentées et de l’autre côté, c’est-à dire la partie paysanne, ils sont de petites tailles et aucun fertilisant n’a été appliqué à ce niveau. Mme le maire de la commune rurale de Bagaré, Hélène Ouédraogo a exprimé son inquiétude au vu de la mauvaise saison agricole qui s’est installée. « Il y a longtemps que nous n’avons pas vu ça », a-t-elle confié.

Dans la commune rurale de La-Todin, les députés et leur délégation ont été accueillis dans l’exploitation d’un groupement de jeunesse. Là-bas, c’est un champ de 3 ha de niébé qu’ils ont découvert. C’est la variété KVX61-1 qui est expérimentée dans le champ où travaille Mme Berthe Ouédraogo. Les récoltes vont bientôt commencer et les propriétaires de l’exploitation se réjouissent de n’avoir pas tout perdu en dépit de la « fuite » précoce de la pluie.

A Téma-Bokin, les visiteurs ont parcouru le champ de niébé de Moumini Ouédraogo, un producteur semencier du village de Kétégo. Il a semé la variété KVX, d’un cycle de 70 jours et qui résiste à certaines maladies, sans oublier que la plante peut tenir longtemps en cas de sécheresse. « Je n’abandonnerai pas le travail l’année prochaine », a rassuré le propriétaire du champ. Il compte défricher davantage de superficies pour cultiver le niébé à la campagne agricole 2012. « La saison a bien commencé et se termine mal. Nous souhaitons que la santé soit avec nous pour nous remettre à la tâche en 2012 », a-t-il ajouté. Cap a été mis sur Kirsi Baonphin dans le champ de Hamidou Nonsyandé Dianda. Ce producteur semencier a récupéré environ 3,5 ha de terres dégradées par la technique du zaï et des demi-lunes. Son champ force l’admiration. Les voisins de M. Dianda lui reprochent d’avoir utilisé des gris-gris pour faire pousser son sorgho. En réponse à ces « incensés », il a avancé qu’ils n’ont pas su qu’il faisait recours aux semences améliorées et a expérimenté les techniques culturales pour accroître sa production.

Les prix des céréales en flèche sur les marchés locaux

Le malheur des uns fait le bonheur des autres, a-t-on coutume de dire. Et ce n’est pas les populations de la province du Passoré qui diront le contraire. Les agents de l’Agriculture ont noté qu’il n’y a pas eu du maïs en vente dans les différents marchés de la province au cours de l’année 2011. Par contre, les tarifs du mil et du sorgho ont connu de légères hausses. Par exemple, à Yako, le sac de 100 kg de sorgho est cédé au consommateur à 18 000 FCFA en 2011 contre 14 400 FCFA l’année passée. Le riz n’a pas échappé à la flambée des prix. Le sac de 100 kg qui était vendu à 33.000 FCFA en septembre 2010 est écoulé à 36 000FCFA au cours de la même période en 2011. Les prix des autres céréales telles que le niébé, le sésame, l’arachide etc., ne connaissent pas non plus une dégringolade sur le marché.
Au-delà de ces mouvements de prix, les techniciens de l’agriculture ont déploré le déficit pluviométrique. Dans le Passoré comme ailleurs, la pluviométrie a été capricieuse. Les pluies ont été mal réparties dans le temps et dans l’espace.

A Bagaré, l’on a enregistré 476 mm d’eau en 37 jours de pluie en fin septembre 2011 contre 989 mm en 47 jours de pluie au cours de la même période en 2010. A Kirsi Baonphin, il est tombé 571,3 mm en 55 jours de pluie en 2011 contre 847,5 mm en 52 jours de pluie en 2010. Les élus CDP du Passoré comptent interpeller le gouvernement sur les dispositions à envisager pour juguler la famine qui arrive lentement mais sûrement. Ils ont reconnu que même s’il tombe des hallebardes dans les champs, il n’y aura plus de possibilité de retour à une situation stable, à une campagne agricole normale. A la fin de chaque visite de champs, les visiteurs ont échangé avec les producteurs et ceux-ci ont étalé à chaque fois leurs préoccupations. Actuellement, tous les regards sont tournés vers l’horizon dans l’espoir que le ciel ouvrira ses vannes pour arroser les champs, ne serait-ce que pour remplir néanmoins les barrages afin qu’âmes et animaux ne périssent pas au même moment de faim et de soif.

Ouamtinga Michel ILBOUDO (Omichel20@gmail.com)


Fatoumata Diendéré situe les enjeux de cette sortie

"Les 72 heures nous ont permis de parcourir les 9 communes que compte la province du Passoré. Je peux dire que la situation de la présente campagne n’est pas bonne. Nous avons constaté un état de sécheresse installé depuis plus de 20 jours. Ce qui ne nous laisse pas entrevoir de bonnes récoltes dans la province du Passoré. Nous avons visité des champs-écoles, des champs-modèles, qui auraient permis aux producteurs d’engranger quelque chose à la fin de la campagne. Malheureusement, dame pluie a fait défaut et certaines spéculations comme le maïs et la niébé ont été totalement détruites à cause du manque de pluie. Nous avons eu raison d’effectuer cette sortie. Elle nous a permis d’avoir une situation générale de la campagne dans notre province.

En outre, elle va nous permettre d’interpeller le gouvernement pour comprendre comment il compte organiser les citoyens après cette campagne. Nous sommes au stade de constatation et nous pensons que d’ici à la fin du mois d’octobre, nous pouvons faire le bilan. Dès maintenant, tous les acteurs concernés devraient se préparer à faire des bilans, mais aussi des suggestions afin de permettre aux populations d’accéder bientôt aux vivres à moindre coût. Nous avons expliqué aux producteurs que l’Etat seul ne peut pas tout faire, mais il peut accompagner. Les bonnes pratiques existent déjà dans le Passoré, ce qui est encourageant."

Propos recueillis par O.M.I

Sidwaya

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Vos commentaires

  • Le 12 octobre 2011 à 01:25, par citoyen
    En réponse à : Tournée campagne agricole des députés CDP du Passoré : La famine menace la province

    Merci à mon prédécesseur. Cette situation vient une fois encore nous rappeler notre vulnérabilité. Face à l’austérité évidente en ce début du 21 siècle ( la récession économique en atteste !) il est grand temps que chacun se prenne en mains, si nous voulons réellement nous en sortir.

    Pour ma part cela passe par un nécessaire changement de nos mentalités et modes de vie : changer de daba d’épaule ou du moins en avoir plusieurs. Pour le paysan c’est s’engager dans la diversification de sa production en temps de pluies comme en saison sèche (surtout qu’il le sait déjà). C’ est en cela qu’il pourrait faire mieux face aux aléats climatiques entre autres. Sans doute me rétorquera-t-on qu’il se pose la question des moyens. Mais dans tous les cas il n’y a pas (plus) tellement d’alternance.

    Pour la question de changement de mentalités, il s’agit d’abandonner les dépenses de prestiges, c’est-à-dire cette manie qui consiste par exemple à s’endetter vaille que vaille pour festoyer quand bien meme l’on entrerait en conflit avec soi-meme. Sans un minimum de sérénité en nous et autour de nous nous ne pourrons jamais, à mon humble avis,nous en sortir. Ni individuellement, ni collectivement ! Rien de ceci que vous ne sachiez déjà et loin de moins la prétention d’ etre un messie.Du reste je n’ai pas moi-meme toutes les clés du problème.Mais comme dit la pensée il n’y a aucune honte jamais à déclarer. C’est pourquoi j’ai voulu évoquer,ici, ce que j’appelle notre vraie pauvreté aujourd’hui. Non celle d’abord des moyens matériels et financiers mais surtout de celle l’esprit, que j’indexe. Pour des peuples de consommateurs comme les notres (je n’invente rien), sachons investir utile.Aujourd´hui plus qu’hier, sachons investir durable. C’est en cela que nous pourrons nous débrouiller ( au sens noble du terme) dans cette mondialisation et donner une chance à nos nations de traverser le temps. C’est un impératif qui s’adresse aussi bien à chaque Burkinabè, voire africain qu’aux dirigeants de nos Etats.

    Citoyennement

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