Départ de Soumaïla Cissé de la présidence de l’UEMOA : Début d’une léthargie pour une institution devenue sans tête

mardi 4 octobre 2011 à 03h23min

La Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), est officiellement sans président depuis le 18 septembre dernier. Le Malien Soumaïla Cissé qui était aux commandes a résolument tourné le dos à l’institution d’intégration sous régionale basée à Ouagadougou. Confirmant ses intentions dans le cadre de la présidentielle de 2012 dans son pays, il vient d’obtenir la validation de sa candidature par son parti, l’Union pour la République et la Démocratie (URD). Avec cette investiture, un vide s’est installé et pourrait conduire les grands chantiers dans une léthargie certaine. Cela est d’autant plus vrai que le prétendant à la succession de Amadou Toumani Touré a décapité le système communicationnel de la commission pour le déposer sur les rives du Djoliba afin de servir ses ambitions politiques.

Les cinq cents employés de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) sont dans l’expectative. Depuis les adieux de leur Président Soumaïla Cissé aux chefs d’Etat de la communauté, les inquiétudes ne cessent de s’emparer de l’avenue Professeur Joseph-Ki-Zerbo, siège de l’institution à Ouagadougou. Après avoir visiblement hésité à annoncer son départ de l’UEMOA, Soumaïla Cissé a fini par lâcher le morceau. Mais depuis lors, les faits qui se succèdent au sein de l’organisation manquent de cohérence.
Déjà, le Malien qui remplace Cissé au poste de président n’a pas prêté serment au cours de la cérémonie spéciale qui a vu des commissaires issus de la Côte d’Ivoire, de la Guinée-Bissau, du Niger et du Togo accomplir cette importante formalité.

En outre, la conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement, organe suprême de l’Union, éprouve de réelles difficultés à départager les candidats nigérien, Badamassi Annou et sénégalais, El Hadj Abdou Sakho, pour la succession à la tête de la Commission. C’est comme si les accusations de corruption et de détournements de deniers publics portées contre l’ex-ministre de l’Economie et des Finances du Général Salou Djibo ne constituent pas un indicateur suffisamment éloquent.
Pourtant, il y a aujourd’hui la nécessité d’éviter à l’UEMOA les affaires sombres faites de mal gouvernance en son sein. Les faits mis à jour par la presse (Journal du Jeudi) et imputés au président sortant ne doivent plus être répétés.

La presse écrite togolaise, notamment « Le courrier de la République » et « Magna déchaîné » dans leurs éditions respectivement du mercredi 7 septembre et du lundi 12 septembre derniers, ne cesse d’interpeler le Président en exercice, Faure Gnassingbé, à sauver une « UEMOA en déconfiture ». Elle dénonce une gestion calamiteuse de l’intégration axée sur l’autocratie, le népotisme, le favoritisme orchestrés pour satisfaire des ambitions politiques personnelles. Les principaux chantiers de la communauté semblent être mis en veille et l’intégration prise en otage. Aucune boussole ne guide désormais cette aspiration.

La crainte d’une abîme est légitimement nourrie de jour en jour. « La situation juridique du Président sortant de la Commission pose problème au regard du texte fondateur de l’Union. En effet, le mandat de Soumaïla Cissé a expiré depuis mars 2011. Il n’a été ni renouvelé, ni prorogé dans les formes légales, c’est-à-dire sur la base d’un acte additionnel de la Conférence des chefs d’Etat. C’est une simple lettre du Président en exercice, Faure Gnanssingbé, qui l’autorise à continuer à gérer la Commission, à nommer aux emplois et à exécuter le budget communautaire. Nous sommes dans une situation de parfaite illégalité », assurent des sources proches de la Cour de justice et des Partenaires au développement.

D’où les interrogations suivantes : Quelle est la validité des actes de nomination et de recrutement du personnel qui se multiplient et que dénoncent avec véhémence une bonne partie du personnel ? Les chefs d’Etat, notamment le Président du Faso dont le pays abrite le siège de l’Institution et le chef de l’Etat togolais qui assure la présidence en exercice, sont-ils au courant d’une telle situation déshonorante ? Entre entorse juridique et dérapage managérial, l’intégration se désagrège.
Besoin pressant d’un nouveau président de Commission
L’impasse que traverse l’UEMOA vient de prendre une tournure plus inquiétante avec l’investiture officielle de Soumaïla Cissé, dimanche 18 septembre dernier à Bamako comme candidat de son parti (URD) à la prochaine présidentielle au Mali. Une grande partie de la force communicationnelle de la Commission a été expressément démantelée pour mettre sur orbite ses espoirs de conquérir Koulouba.

Sans une passation sérieuse de service à la tête de la Commission, les ressources communautaires vont énormément souffrir d’un non-suivi et d’une non-évaluation appropriés. C’est ce bilan conséquent à dresser qui suscite peut-être la peur du président sortant à tel point qu’il voudrait s’assurer que son successeur ne sortirait pas des cadavres de son placard. Mais l’UEMOA doit survivre à ces considérations pour peu que ses rennes soient confiés à un manager avisé connaissant les fondements du Traité de 1994. « Les pieds dans la continuité des aspirations des peuples de la sous région à vivre ensemble et la tête dans la rupture totale avec ce qui a été entrepris, jusque-là », voilà ce qu’il faut maintenant pour la bonne conduite de l’Union.

Le mutisme actuel des chefs d’Etat et de gouvernement pourrait ouvrir la voie à tous les abus. Un audit courageux, au moment où le président sortant quitte le perchoir, s’avère nécessaire pour rassurer les collaborateurs et les partenaires sur les acquis et les insuffisances de son action. Cela aiderait à mieux cerner les failles de sa gestion. Procéder à son changement pur et simple serait un acte des plus salutaires. D’éventuels va-et-vient entre Bamako et Ouagadougou, pour expédier les affaires courantes d’une si importante institution, ouvrent la porte à tous les dangers. En l’état actuel, le siège de la Commission est devenu le cadre de toutes sortes de supputations qui mettent en mal les initiatives communautaires.

Au moment où la mise en œuvre des grands chantiers d’intégration se pose avec acuité notamment le défi du marché commun, la libre circulation des personnes et des biens, l’Union s’enlise et court vers des lendemains incertains. Il faut avoir le courage d’inscrire l’intégration dans la dynamique amorcée dès sa création en confiant sa destinée à un économiste chevronné et connaissant bien des enjeux du Traité.

L’urgence du projet communautaire commande à éviter que l’UEMOA ne tombe ni entre les mains d’ambitieux politiques, ni entre celles de personnes trempées dans des malversations. Déjà que le patron sur papier de l’organisation, le président en exercice de l’organe suprême, la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement, n’a visiblement pas le temps avec les affaires courantes et pesantes de son pays, il sied de confier les rennes de l’institution à une personnalité capable de mettre son expérience, son cœur, son esprit, son temps et son savoir-faire au service de la communauté. Car l’heure est grave. Si l’on n’y prend garde, c’est le début d’une descente aux enfers de l’Union à même de chambouler le processus et remettre gravement en cause l’intégration au grand désarroi des peuples. Or ces populations ont déjà douloureusement payé la débâcle de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEAO) pour ces mêmes irresponsabilités de gouvernance.

IS

L’Indépendant N°942 du 4 octobre 2011

Messages

  • Voici un article bizarre dont j’ai là finalité reste introuvable. Que reprochez vous à Cissé ? D’avoir des ambitions autres que s’éterniser à l’Uemoa ? Venant du journal de Norbert Zongo, suis déçu de la légerté de cet article.
    La cellule de communication decapitée ? Le poste de directeur de la com revient au Benin ou au Togo. Et le monsieur est toujours à l’Uemoa, il représente son. De toutes les façons, votre article révèle que vous n’êtes même pas aller à l’Uemoa avant de le publier.
    Des insinuations, mais pas d’information : l’Indé serait devenu un journal de rumeurs ? Nous lisons la presse pour être informé, partager des opinions. Si vous avez des problèmes avec Cissé, il est avec vous à Ouaga. Allez y le voir.

  • En ce qui concerne l’UEMOA il y a rien à dire car il y a eu malversation. Pour preuve, il semblerait qu’une personne ait démissionnée parce qu’elle était contre les cadeaux donnés à une élection miss. Aussi, il y a eu des ambitieux projets qui n’ont vraiment pas eu de suite aussi. Projet énergétique dans l’espace UEMOA. Les études également mettent un temps très long avant de voir une mise en œuvre.

  • Je ne comprend pas pourquoi on laisse les choses trainer. Il faut vite confier les rennes de l’organisation au grand technocrate senegalais qu’est El Hadj Sakho pour qu’il relance les choses. Je crois que la compétence doit primer. Haro aux detourneurs de fonds venus du Niger !

  • Que le candidat Nigérien soit mis hors de la course dès à présent. Un adage de chez nous dit que le chien ne change jamais sa manière de s’asseoir. Des candidats honnètes et compétents ne peuvent pas faire défaut dans une institution d’une telle envergure. Alors chers membres de l’UEMOA mettez de coté vos tendances favoritistes et donner la chance à l’excellence.
    A bon entendeur... salut

  • Que le candidat Nigérien soit mis hors de la course dès à présent. Un adage de chez nous dit que le chien ne change jamais sa manière de s’asseoir. Des candidats honnètes et compétents ne peuvent pas faire défaut dans une institution d’une telle envergure. Alors chers membres de l’UEMOA mettez de coté vos tendances favoritistes et donner la chance à l’excellence.
    A bon entendeur... salut

  • Pour qui roulez vous ? Le Sénégal n’est pas un bel exemple de gestion ! On se souvient de la gestion de la CEAO et du FOSIDEC qui étaient entre les mains de Moussa NGOM (Sénégalais) et de DIAKITE (Malien)que feu SANKARA a eu le courage de les juger et de les enfermer à la MACO !!
    Ces Messieurs ont mis l’Institution à mal à tel point qu’il fallait refaire "une autre" !!!! De grâce, celui là que l’on veut mettre en selle ne présage pas de bonnes augures...surtout qu’il a servi sous le sortant Cissé ! Les règlements de comptes serviront de prétexte à d’autres détournements et de mal gouvernance d’un autre genre !

    Oui pour l’intégration mais non à la légèreté et à la prédation de nos biens publics !

  • DECIDEMMENT LE PAYS DES HOMMES INTEGRES DEVIENT LE PAYS DES BAGNINGO. VOUS NE VOUS AIMEZ PAS ET VOUS N’AIMEZ NON PLUS LES AUTRES. TON ARTICLE EST EN CONTRADICTION AVEC L’APPRECIATION FAITE PAR LA COMMUNNAUTE INTERNATIONALE SUR LES AVANCEES DE L’UEMOA. AVOUE LE, TON PROBLEME C’EST QUE SOUMAÏLA EST MALIEN.

  • Bonjour,
    Avant tout remplacement de président de l’UEMOA, il est nécessaire de faire un audit comptable, financier et social. Malheureusement, le cabinet qui sera choisi pour effectuer l’audit sera corrompu et aucun enseignement crédible ne sera mentionné dans le rapport d’audit. Alors que faire ???

  • Il y a parfois des moments où je me pose des questions sur la réelle volonté de lefaso a servir ses lecteurs avec impartialité et objectivité. A en juger par certains actes de censure et la précipitation à retirer voire masquer rapidement des articles dignes de grand intérêt public, on ne peut que se poser ces genres de questions légitimement. L’article sur Cissé a vite été caché sur votre site après à peine une journée de temps alors que certains articles restent plusieurs mois. J’ai personnellement réagit à cet article sur Cissé sans, je crois, injures, affirmations diffamatoires mais mes réactions ont été purement censurées. On finira par croire à la thèse que ce Monsieur soudoie la presse pour produire des articles gentils ou empêcher les articles défavorables d’être diffusés. Ressaisissez-vous, Messieurs de Lefaso !!!

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