Hama Amadou, président de l’AN du Niger : "L’alternance ne se dicte pas de l’extérieur"

vendredi 30 septembre 2011 à 00h37min

Faiseur de roi à la présidentielle de mars 2011 avec sa nouvelle formation politique, Modem-Lumana, Hama Amadou est aujourd’hui l’occupant du perchoir. En marge de la session budgétaire du 28 septembre 2011, Hama a bien voulu répondre à nos questions, relatives à son alliance avec le chef de l’Etat, Mahamadou Issoufou, au putsch manqué après la présidentielle, à la Libye, à Blaise Compaoré, à la stabilité du Burkina qui le séduit...

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Monsieur Hama Amadou, vous voilà devenu président de l’Assemblée nationale après la présidentielle de mars 2011, où vous avez été faiseur de roi. Ce poste est-il le fruit d’un "deal" politique ?

H.A. : Il n’y a pas de promesse à faire à un allié. Il y a des équilibres à rechercher pour que l’alliance qui arrive au pouvoir puisse gérer les choses dans les meilleures conditions possibles. Je considère que ce sont des distributions de rôles que les résultats électoraux nous ont plus ou moins imposé.

Le Modem-Lumana, votre formation politique, était 3e à cette présidentielle avec 20% de l’électorat, après seulement 8 mois d’existence. Qu’est-ce qui explique cette prouesse ?

H.A. : Disons que si le parti en lui-même est tout à fait neuf, le leader du parti, en ma modeste personne, est bien connu et, sans aucun doute, c’est la crédibilité que les Nigériens d’une manière générale nous accordent qui expliquent ces résultats, aussi surprenants qu’inattendus.

L’attelage PNDS-Modem-Lumana est le moteur de la VIIe République du Niger. Pensez-vous qu’il tiendra longtemps face aux intempéries politiques ?

H.A. : Les épreuves vécues ensemble, l’expérience d’une démocratie aussi agitée comme celle que nous avons vécue au Niger nous recommandent la sagesse. Tous autant que nous sommes, responsables politiques de la majorité et de l’opposition, devons comprendre qu’au-delà de nos ambitions personnelles et de nos égoïsmes partisans, nous devons désormais mettre en avant l’intérêt supérieur du pays ; et nous comporter de façon à préserver la stabilité des instituions de la République.

Pour cette raison, je suis personnellement convaincu que l’attelage de la VIIe République tiendra la route tant qu’il s’agira de faire, de la part des leaders de l’alliance, des efforts ; seulement, nous sommes dans un contexte traumatisé avec des périls multiples, des menaces diverses qui pèsent sur nos pays d’une manière générale. On ne peut donc pas préjuger de ce que l’avenir nous réserve. Nous ferons en sorte que, malgré ces périls et ces menaces, auxquels nous allons être confrontés, le Niger ne soit pas encore en proie à l’instabilité.

Au mois de mars dernier, vous affirmiez que le Niger a suffisamment d’expériences pour être à l’abri de raccourcis militaires. Pourtant 3 mois après la présidentielle, une tentative de putsch a été étouffé dans l’œuf...

H.A. : Disons que nous ne pouvons pas gérer ce qui est dans la tête des 16 millions d’habitants du Niger, mais nous allons, et cela, je l’affirme haut et fort, nous allons défendre les principes et les règles de conduite qui feront en sorte que, si des intentions sont nourries, leurs réalisations ne puissent pas avoir lieu. En tout cas, nous allons œuvrer à ce que ce ne soit pas par la faute des responsables de l’Etat qu’une telle chose arrive.

Ne pensez-vous pas que l’opération "Mains propres" entamée par le président Mahamadou Issoufou, qui a touché certains responsables de l’ex-junte, pourrait expliquer cette nouvelle velléité putschiste de la Grande Muette ?

H.A. : Non, je ne crois pas que cette opération "Mains propres" ait un lien quelconque avec ceux qui ont nourri l’intention de remettre en cause les acquis démocratiques seulement quelques mois après l’avènement de la 7e République. L’opération "Mains propres", comme vous dites, a été initiée par les autorités militaires de la transition, et tout ce qui est en train de se faire n’est que la continuité de ce qu’ils ont eux-mêmes entrepris. Il n’y a donc pas d’antagonisme ni de contradiction fondamentale entre l’esprit de cette opération et les actions qu’est en train de mener actuellement le président de la République, Mahamadou Issoufou.

Revenons à la situation en Libye : le Niger a reconnu le CNT, a accueilli de nombreux Libyens, dont des proches de Kadhafi, son fils Saadi par exemple, réclamé aujourd’hui par la justice interationale. Qu’est-ce qui explique cette prise de position ?

H.A. : Nous n’avons pas accueilli des proches de Kadhafi. Nous avons recueilli des gens qui fuient la guerre, conformément au droit humanitaire international, qui veut que des réfugiés de guerre soient accueillis en toute hospitalité et selon les règles du droit international. Au regard de ce qui se fait dans nos pays voisins, le Niger ne déroge pas à la règle. Le Niger, comme l’a souligné l’Exécutif du pays, accueillera toujours tous ceux qui fuient la mort ou cherchent du secours, mais en respectant les conventions qu’il a signées.

Avec cette arrivée massive de réfugiés, ne craignez-vous pas qu’il y ait des conséquences sur AQMI avec des renforts en armes et en hommes ?

H.A. : La guerre en Libye et les bouleversements qui en ont résulté pour ce pays, ainsi que les conséquences sociales qui en découlent pour le Niger, notamment le reflux de près de 200 000 émigrés nigériens qui vivent en Libye, vont poser forcément des questions multiformes. Il est évident que le premier de ces problèmes sera d’ordre sécuritaire, problème dans lequel AQMI va jouer un rôle significatif. Nous avons alerté tous les autres pays voisins du Niger (et nous allons en faire de même avec les grandes puissances occidentales) sur les dangers de cet état de fait. Nous attendons que dans un réel élan de solidarité, le Niger soit appuyé.

Retournons au Niger : avez-vous aujourd’hui des contacts avec le challenger du président Issoufou, le champion du MNSD, Seini Oumarou, qui fut votre ami dans une autre vie ?

H.A. : Nous avons essayé de créer des conditions statutaires qui garantissent au chef de file de l’opposition, qu’il est devenu, une existence institutionnelle qui favorise la sérénité des rapports entre la majorité et l’opposition. C’est ainsi que le chef de file de l’opposition sera rémunéré comme une personnalité d’une institution (l’Assemblée nationale a adopté une loi à cet effet). Il aura donc un statut et un salaire et il est fait obligation au chef de l’Etat de le recevoir périodiquement pour échanger sur la vie de la Nation. De la même manière, si le chef de file de l’opposition veut s’entretenir avec n’importe quelle personnalité d’une institution de la République, cette personnalité ne peut qu’accéder à cela de bon cœur d’ailleurs.

Le 28 septembre 2011, lors de votre adresse aux députés burkinabè, vous avez dit que l’expérience politique du Faso, particulièrement les actions du président Blaise Compaoré, vous inspirent beaucoup. En quoi le cas burkinabè vous séduit-il ?

H.A. : Disons qu’après l’expérience de l’instabilité répétée que notre pays a vécue, je le dis franchement, la stabilité remarquable qu’a connue le Burkina Faso ne peut être pour nous qu’un élément d’envie. Parce que la preuve a été administrée dans un pays que quelles que soient au demeurant les ressources et les potentialités de ce pays, il n’y a pas de progrès possible, s’il n’y a pas de paix, or sans la paix, il n’y a aucune construction ni économique ni sociale. Je disais aux députés burkinabè que dans aucun pays au monde, rien ne va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Mais l’honnêteté recommande de dire qu’entre 1987 et 2011, le Burkina Faso a beaucoup progressé et s’est donné une place incontestable de leader dans la sous-région.

Qu’on le veuille ou non, qu’on le reconnaisse ou non, cela est dû à la personnalité et au talent des autorités qui dirigent le Burkina Faso aujourd’hui. Cela est important pour la sous-région, je peux même affirmer que le Burkina Faso joue un rôle de stabilisateur régional, et c’est un élément qui est d’une importance capitale dans ce monde, où le tumulte et la tourmente politique caractérisent la vie des Nations.

Vous avez aussi insisté face aux parlementaires burkinabè sur le rôle central de l’alternance en démocratie. Au Burkina Faso, il n’y a pas encore eu d’alternance. Depuis près d’un quart de siècle, tout part et revient à Blaise Compaoré ...

H.A. : Je l’ai dis et je le précise encore : pour moi, l’alternance, ce n’est pas de la succession mécanique, ce n’est pas l’alternance dictée de l’extérieur, c’est l’alternance choisie, voulue et décidée par le peuple, qu’on appelle aux urnes, et selon des règles électorales et constitutionnelles consensuelles.

Donc on ne peut pas dire au peuple de faire de l’alternance si le peuple n’a pas choisi de le faire. Le peuple est libre à tout moment, dans un système démocratique, de décider s’il va changer ses dirigeants ou les maintenir.

Ce sont ces principes démocratiques que nous devons tous apprendre à respecter.

D’abord Premier ministre, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale, relativement jeune et pétri d’expériences, il ne reste plus que la présidence nigérienne à Hama Amadou pour que son destin soit complet. Après le "Lion" de Tahoua, est-ce que ce sera le tour de l’enfant de Tillabéri ?

H.A. : (Rires). Je ne raisonne pas, moi, de cette façon. Nous avons été aux élections, le peuple s’est prononcé. Je suis un bon démocrate, et le président Mahamadou Issoufou a bénéficié d’un mandat de 5 ans pour mettre en œuvre un programme, et j’ai choisi de soutenir ce programme...

Oui, mais après ce quinquennat du président Mahamadou Issoufou...

H.A. : Au-delà de ces ambitions, ce qui importe est que nous puissions réaliser quelque chose d’utile pour les Nigériens. Au bout de ces 5 ans, il est évident que s’agissant de la réalisation de ce programme, le jugement qui sera porté ne le sera pas seulement à l’actif ou au passif du seul président Mahamadou Issoufou, mais de notre alliance commune, donc de moi aussi.

Je ne raisonne donc pas en terme de succession, mais en terme de succès ou d’échec du programme pour lequel le président a été élu.

Après on verra ce qui va se passer ; donc je ne suis pas dans une perspective électoraliste aujourd’hui. Je suis dans une perspective de construction économique et sociale de notre pays dans la loyauté de l’alliance que j’ai signée avec le président Mahamadou Issoufou.

Au Parlement également, vous avez évoqué une vieille amitié qui vous lie à votre homologue du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré. De quand datent vos rapports ?

H.A. : Nous avons été collègues Premiers ministres en 1995. N’est-ce pas ? (en se tournant vers son collègue burkinabè). A l’époque, nous avions des liens très serrés. Il me faisait l’amitié de me rendre visite au Niger. Nous avons aussi travaillé sur de nombreux dossiers communs aux deux pays. Et c’est sur la base de ces relations que notre amitié s’est raffermie au fil des années. Ce que j’ai dit aux députés, sur Roch, ce n’est pas des éloges gratuits ni de la flagornerie, c’est la connaissance de l’homme qui m’a fait dire cela.

Interview réalisée par Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

L’Observateur Paalga

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