Médicaments de rue : « Ce sont des raccourcis vers la mort »

vendredi 16 septembre 2011 à 02h54min

Le scandale du médicament le Médiator qui secoue le milieu sanitaire et politique en France est une opportunité pour parler de la problématique des produits pharmaceutiques au Burkina Faso. Qui mieux pour en parler qu’un professionnel du domaine de surcroît président de l’Ordre des pharmaciens, en l’occurrence le Dr Jean Laopan Paré ?

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Qu’est-ce qu’un pharmacien ?

• Un pharmacien, c’est un professionnel de la santé et il est spécialiste du médicament.

Pour beaucoup, le pharmacien est un simple vendeur de médicaments.

• Selon les réalités de nos pays, le pharmacien au cours de ses études reçoit une formation polyvalente. Au terme de cette formation il peut se retrouver dans les établissements de production du médicament ; dans les établissements de distribution de médicaments ; dans les laboratoires ; dans les hôpitaux et de façon générale en santé publique. Par exemple lorsqu’il est dans les firmes de grande production on l’appelle pharmacien industriel. Quand il va se retrouver dans les hôpitaux, c’est un pharmacien hospitalier.

Dans les laboratoires, il est pharmacien biologiste. S’il se retrouve dans les circuits de distribution, vous allez entendre parler de pharmacien d’officine et c’est ça qui est beaucoup plus connu chez nous. On connaît le pharmacien sous sa catégorie de pharmacien grossiste ou d’officine. C’est lui qui est reconnu le plus souvent parce qu’il est au contact du patient ou du client et il est intimement lié au médicament. C’est donc une profession libérale avec une consonance commerciale. On retrouve les différentes catégories de pharmacien dans les grands centres hospitaliers comme Yalgado, les laboratoires, quelques unités de recherche et de production et dans l’enseignement supérieur.

Le pharmacien peut-il prescrire directement une ordonnance ?

• Le pharmacien n’a pas la latitude de prescrire une ordonnance. La prescription est un acte juridique réservé au médecin, au chirurgien-dentiste et, à la limite selon les conceptions, à la sage-femme ou à l’infirmier mais le pharmacien ne prescrit pas, il exécute les ordonnances et il conseille. Et pour les médicaments qui ne sont pas prescrits, il les accompagne de conseils, même quand il y a des ordonnances. Mais il est plus tenu, quand il délivre un médicament qui n’est pas prescrit, de donner essentiellement tout le conseil nécessaire pour le bon usage de ce médicament.

Y a-t-il des pharmaciens dans la production qui ont pu faire des recherches et mettre des produits made in Burkina sur le marché ?

• C’est d’ailleurs une question d’actualité qui nous préoccupe, nous les pharmaciens. Le nombre de pharmaciens au Burkina Faso tourne autour de 500. Il y a environ 200 qui sont dans les officines et le reste se trouve dans les autres catégories. Mais pour la question de la recherche et de la production, nous sommes en plein essor. La pharmacie au Burkina est en train de faire des innovations en la matière.

Nous avons près de six unités de recherche et de production. Ce sont : les laboratoires Phytofla avec le Dr Dakuyo qui existe depuis les années 83, Upharma qui est rattaché à l’université et l’IRSN, Kuna Wolo à Bobo, Phytosalus, Gamet, etc. Nous avons aujourd’hui des produits qui sont homologués grâce aux travaux de ces pharmaciens. Nous avons une quinzaine de produits made in Burkina, comme vous le dites, qui sont homologués, c’est-à-dire enregistrés par les services compétents du ministère de la Santé.

Ces produits sont-ils vendus au-delà des frontières burkinabè ?

• Ils sont largement vendus et même réclamés aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. Vous savez, l’Africain, si je peux m’exprimer ainsi préfère toujours ce qui est chez le voisin à ce qui existe chez lui. Nous avons les produits du Dr Dakuyo à travers toute l’Afrique sinon au-delà de l’Afrique. Tout dernièrement, vous avez le produit Faca de Upharma, c’est un produit qui est réclamé à travers toute l’Afrique.

Mais il y a tout de même un problème qu’il faut souligner par rapport à ça. Ces unités de production n’ont pas suffisamment de pouvoir financier de sorte que leur pouvoir de production est limité. Ce facteur limitatif fait que les produits sont vendus mais il y a beaucoup de ruptures. Au niveau de l’ordre des pharmaciens, pour diminuer les dépenses énormes dans les importations des médicaments, nous pensons qu’il y a un effort à faire pour faire la promotion d’une industrie pharmaceutique au Burkina Faso.

Ce serait un avantage parce que les trouvailles qui sont déjà là sont comme des recettes. Ce sont elles qui peuvent faire l’objet de brevet. L’industrie pharmaceutique qui serait mise en place peut exploiter ces brevets et cela permettrait aux pharmaciens qui sont dans leur unité de recherche et de production de trouver d’autres médicaments, d’autres recettes pour encore mettre sur le marché. Nous avons aujourd’hui plus de 15 produits qui sont homologués, donc 15 brevets qu’une industrie peut exploiter en plus des produits génériques.

Quand bien même l’Africain aimerait tout ce qui vient de l’étranger, on constate que le médecin ne prescrit pas ces produits made in Burkina aux malades. Pourquoi ?

• Il n’y a pas très longtemps, les médicaments dont nous parlons ont été homologués. Mais ces produits, vous les trouvez dans les pharmacies. Il reste à faire un travail d’information auprès du prescripteur.

Mais tant que l’on ne les prescrit pas sur ordonnance, on ne peut les payer.

• Vous pouvez vous en procurez sans ordonnance.

Le patient n’a pas toujours l’information, c’est le médecin qui sait que le produit existe en pharmacie. S’il ne le prescrit pas, le malade ne peut pas le savoir ?

• Le médecin prescrit ce qui est homologué. C’est-à-dire qu’aujourd’hui le médecin peut vous prescrire Faca parce que c’est homologué. Sinon il ne peut pas prescrire un produit qui n’est pas homologué parce que c’est un acte juridique qu’il pose. Si les effets escomptés ne sont pas cela, il peut faire l’objet de poursuite judiciaire. Donc le médecin ne prescrit que ce qui est officiel, enregistré et reconnu.

On a beau sensibiliser aux dangers des médicaments de la rue, son commerce continue en plein jour. Où se trouve le blocage ?

• C’est parce qu’on n’applique pas les textes de la loi.

Que disent les textes ?

• Les textes disent que le médicament est manipulé par le seul spécialiste qu’est le pharmacien. Il en a le monopole et il sait comment il manipule le médicament. Les textes sont clairs là-dessus, celui qui prend des médicaments pour vendre dans la rue pose un acte répréhensible et il est puni par la loi. Donc si on applique les textes il n’y a aucun problème.

Qui doit les appliquer ?

• L’Etat est là pour appliquer ces textes, mais hélas, même devant les locaux des ministères, on voit souvent de petits vendeurs assis avec les médicaments dans des sachets. En tant que pharmacien, il est de mon devoir de dire que le médicament est un produit de la santé qui guérit les malades mais qui est dangereux s’il se trouve à n’importe quel endroit. Les autorités sont informées et sensibilisées par les pharmaciens. Si rien n’est fait, le pharmacien ne peut pas prendre un fusil ou un fouet pour se mettre derrière un agent de police ou de gendarmerie et lui dire de faire son travail. Nous avons des structures fonctionnelles avec des agents et chacun sait là où il doit faire son travail.

La prolifération des médicaments de la rue, les gens l’expliquent par le fait de la pauvreté. Quel est votre point de vue ?

• Nous avons entendu dire qu’on prend les médicaments de la rue parce que ça coûterait moins cher ; parce que c’est plus accessible géographiquement et économiquement. On a entendu dire aussi qu’il n’y a pas de différence avec les produits qui sont en officine. Je m’inscris totalement en faux contre tous ces arguments qui sont plutôt fallacieux. Aujourd’hui le paracétamol en pharmacie coûte moins cher que dans la rue.

Vous pouvez le vérifier. Depuis que nous avons instauré la politique des médicaments génériques, chaque année il y a une commission interministérielle qui se tient en début d’année, examine les prix, les révise, au besoin à la baisse. Chaque année les prix des génériques baissent. Donc on ne peut plus dire que les médicaments coûte moins cher dans la rue qu’en pharmacie. Ce sont les spécialités qui sont souvent chères en pharmacie.

Mais ces spécialités sont détournées et contrefaites et se retrouvent dans la rue dans de très mauvaises conditions de conservation. Si vous vous entêtez, vous ne prenez plus le médicament dans son état initial pour vous guérir mais plutôt pour vous empoisonner et pour intoxiquer vos organes tels que le rein et le foie. Si par bonheur vous êtes récupéré, c’est dans un état de détresse, et tout ce qu’on va engager comme frais pour vous sauver est énorme.

Ces médicaments qui rentrent au Burkina ne tombent pas du ciel. Logiquement donc, on aurait pu contrôler leur entrée.

• Tout d’abord nous sommes dans une République. Si on dit que les textes ne sont pas appliqués, c’est qu’il y a quelqu’un qui ne fait pas son travail. L’Etat punit celui qui ne fait pas bien son travail. Nous avons parlé des structures. Quand les médicaments rentrent dans le pays, il y a des structures par lesquelles ça passe. Ces structures ont des responsables. Si une structure ne travaille pas, on punit son responsable ou on le remplace par quelqu’un qui peut faire le travail.

Mais au niveau de l’Ordre des pharmaciens avez-vous mené des investigations pour identifier ceux qui exercent ce commerce illégal en vue de les dénoncer auprès des autorités compétentes ?

• Nous avons des informations et nous les communiquons autant que nous pouvons aux services compétents. Mais nous ne sommes pas des agents d’investigation au vrai sens du mot.

Avec les informations que vous avez, par quel circuit le médicament entre-t-il au Burkina ?

• Nous savons très bien que les médicaments peuvent entrer par le biais des dons. C’est toujours un thème de campagne. Quand on s’adresse à nos parents surtout dans les campagnes et même en ville, ils expriment leurs besoins en termes de médicaments. Nous avons les jumelages avec les villes des pays du Nord. Ces pays-là déversent souvent à notre demande des produits. Comment sont gérés ces produits ? Le fond du problème est là. Ces produits viennent de la ville X du Nord pour la population de tel village. Imaginez comment ces produits vont être utilisés par la population de ces villages.

Est-ce que ces médicaments vont arriver dans ces villages ? Ces médicaments se retrouvent de toute évidence dans la rue en train d’être vendus. Vous avez également des commandes de produits qui peuvent entrer dans des conteneurs avec d’autres produits qui ne sont pas des médicaments. Ces produits vont se retrouver toujours dans la rue. Il y a le Comité national de lutte contre la drogue qui a fait un travail impressionnant par rapport à la circulation de la drogue et du médicament.

C’est pour dire que ce ne sont pas les informations qui manquent et là où les informations ne manquent pas il y a des actions à entreprendre. C’est ce que nous avons dit au départ, à savoir à chacun son boulot. Si un responsable de structure obstrue la bonne marche des choses, on le relève de ses fonctions ou on le punit conformément à la loi.

Sur internet, on retrouve une liste de médicaments dits prohibés qu’on vend pourtant dans les pharmacies. Qu’en pensez-vous ?

• Quel produit par exemple ?

Les produits notamment contre le palu.

• La dernière liste que j’ai sous la main, c’est celle des antipaludéens. Il y en a plus d’une trentaine sur la liste. C’est bien des produits sur la notice desquels il est écrit que l’autorisation de mise sur le marché est retirée de l’espace de l’Union européenne. Réfléchissons un peu. L’espace de l’Union européenne connaît-il le palu ? Non, il n’y a pas de paludisme là-bas ; en France on ne fait pas de palu. Je suis curieux de savoir pourquoi les produits qui ne sont pas vendus là-bas sont retirés de leurs marchés. Ça ne vous fait pas tiquer un peu ?

Mais ce sont les pays de l’Union européenne qui fabriquent ces médicaments !

• C’est exact ! Qu’est-ce qui amène le retrait d’un produit ? C’est quand on remarque que le suivi de l’utilisation du produit par les malades ne produit plus les effets thérapeutiques escomptés dès le départ. Automatiquement on donne l’information qui remonte au niveau des structures de l’Etat et va jusqu’au laboratoire avec recommandation forte de le retirer. Dans un premier temps, au niveau de l’Etat burkinabè, le produit qui ne répond plus à ces propriétés de départ est suspendu du marché burkinabè.

Ce produit n’est plus vendu au Burkina en attendant que les autres pays, s’ils ont les mêmes raisons, le retirent. Mais ce n’est pas parce que c’est retiré au Burkina qu’automatiquement en Algérie ça sera retiré. Chacun a ses réalités, chacun a ses structures de réglementation. Tout produit qui entre au Burkina est d’abord enregistré au niveau du ministère de la Santé. Et le ministère suit le produit sur le terrain parce que nous appelons un système de pharmacovigilance. La pharmacovigilance, c’est le suivi de l’utilisation du médicament par les malades et surtout la notification des effets indésirables.

Ces effets indésirables peuvent être ceux qui ne sont pas notifiés dans les documents qui ont permis d’enregistrer le médicament. Les effets indésirables peuvent être des effets secondaires qui sont déjà cités et ça va passer comme on le dit, mais on le suit. Mais c’est le malade qui doit donner l’information à son pharmacien. Quand le pharmacien aura l’information et on remarque que cet effet indésirable est exagéré ou ne figurait même pas du tout sur la notice, l’information est donnée à notre structure de réglementation. Cette dernière va faire des vérifications afin de faire des propositions.

On peut suspendre ce produit de la distribution. Et c’est là qu’il faut faire confiance aux structures de travail qui sont mises en place. Nous savons que le médicament est un produit de santé pour donner la santé et non pas pour donner la mort. Si, effectivement, les responsables de santé, pharmaciens, le ministère ou autres, le laboratoire ne s’impliquent pas dans le suivi de ces effets indésirables, cela veut dire qu’il y a quelqu’un qui ne fait pas son travail.

A chaque fois que cela est avéré, il y a une action à prendre. Mais quand on enregistre un produit et que l’on ne note pas ces problèmes-là, quelle raison a-t-on pour le retirer ? C’est un dossier qui a été introduit pour avoir l’autorisation de mise sur le marché. Ça n’a pas été fait au hasard. Mais ce n’est pas du jour au lendemain qu’on va appeler le laboratoire pour lui dire de retirer son produit. Il faut lui expliquer le pourquoi.

Si je vous suis bien, concernant la liste qui circule, il n’en est rien !

• Il se trouve que beaucoup de produits de cette liste ont été retirés du marché au Burkina. Mais pas pour la même raison qui est donnée en entête. Je prends un produit X, par exemple l’arinate ; nous le retirons parce qu’il est antipaludéen de monothérapie ; c’est-à-dire que c’est une seule molécule qu’on va utiliser pour combattre le parasite du paludisme dans le sang. Des études des experts, depuis des années, ont montré, avec l’accord de l’OMS, que nous avons beaucoup de taux d’échec de traitement de paludisme lié à des chimiorésistances.

Ces chimiorésistances, qui concernent une molécule, ont vite revélé que le produit utilisé seul est facilement sujet à la chimiorésistance et ne va pas permettre la guérison escomptée de la maladie. Aujourd’hui notre pays a adopté ce qu’on appelle un traitement de combinaison. Nous avons ce que l’on appelle la combinaison de deux produits. Les résultats des chercheurs ont montré que si on suit ce protocole de combinaison nous avons plus de chances de guérir nos cas de paludisme que de nous accrocher seulement à un produit de monothérapie.

C’est sur cette base que beaucoup de produits, à commencer par la nivaquine, la chloroquine, l’amodiaquine, tous ces produits aujourd’hui, ont vu leur mise sur le marché burkinabè suspendue par arrêté. Ces mêmes produits, vous les trouvez sur la liste. Mais là-bas, il est écrit que ce sont des produits qui sont reconnus pour leur toxicité. Vous voyez que les raisons ne sont pas pareilles. C’est pour dire que nous ne suivons pas aveuglement le mouvement des autres en disant : mon voisin a enlevé donc il faut que j’enlève. Il faut retirer un produit à partir des raisonnements d’investigation et scientifiques. Et l’investigation scientifique dans notre cas est que la monothérapie ne nous aide pas à résoudre notre problème de paludisme.

Concrètement qu’avez-vous à dire à l’opinion et aux lecteurs concernant cette liste qui circule sur le net et que beaucoup ont reçue dans leur boîte électronique ?

• Je ne suis pas auteur de cette liste, le ministère de la Santé du Burkina non plus. Mais nous disons tout simplement qu’il y a une coïncidence. Il y a des produits là-dedans qui sont effectivement retirés du marché au Burkina. C’est clair que ce ne sont pas tous les produits qui sont sur la liste.

Ce que je peux donner comme conseil aux Burkinabè, c’est de suivre la politique du médicament du Burkina et de faire confiance aux responsables qui sont investis pour mener cette politique-là. S’il y a des réclamations à faire ou des informations à rechercher, adressez-vous, par exemple, à la direction générale de la pharmacie du médicament et des laboratoires. Elle a un site sur lequel on peut avoir toutes les informations nécessaires.

Quelle peut être l’origine de cette liste ?

• Je n’en sais rien. Même les enfants manipulent mieux l’internet que les adultes. Il y a des enfants du primaire ou du secondaire qui peuvent faire des prouesses sur l’internet que moi, par exemple, je ne suis pas capable de le faire.

Mais pourquoi dans les hôpitaux il y a des infirmiers qui prescrivent ces médicaments contre le palu que l’on retrouve sur la liste ?

Même au niveau des CSPS tout le monde est informé que ces médicaments-là ne doivent plus être prescrits contre le palu.

Les produits retirés par le Burkina ne sont plus en circulation ici. Les prescripteurs savent qu’ils ne doivent pas les prescrire parce que c’est une information qui a été largement diffusée donc tout le monde est au courant. Par exemple cet article que vous allez faire, les gens vont le lire, les Burkinabè vont savoir qu’il y a une liste de retrait d’autorisation de mise sur le marché concernant les antipaludéens, les monothérapies. Il y a plus de cinquante arrêtés par rapport à la question des listes. On peut les retrouver dans toutes les directions sanitaires. Je n’excuse pas un prescripteur qui prescrit dans son pays un produit que les autorités compétentes ont eu à retirer.

L’actualité en Europe également, c’est la question du Médiator. C’est quoi exactement ?

• Le Médiator, c’est un produit. Il était enregistré au Burkina comme un complément alimentaire. Ce produit-là est conseillé en complément de traitement du diabète, notamment pour soigner les diabètes pondérables. La personne qui a du poids et qui voudrait en même temps perdre son poids. Ce produit s’est retrouvé dans les officines parce qu’il n’y avait pas de problème en son temps. Mais je peux dire qu’au Burkina, c’est un produit qui était très peu utilisé parce que même s’il était enregistré il ne circulait pas beaucoup dans notre pays.

C’est un produit qui est mis sur le marché en Europe depuis 1976 jusqu’à son retrait du marché en Europe en 2009. Chez nous nous, l’avons retiré en 2010. Si on en parle beaucoup, c’est parce qu’en Europe il y a eu beaucoup de dégâts par suite de complications vasculaires. Au niveau du Burkina, je ne sais pas si ceux qui l’ont utilisé l’ont fait sur une longue période parce que cela aussi compte ; mais si c’est une utilisation d’une ou de deux boîtes en passant il n’y a peut-être pas grande conséquence. Les conséquences dont on parle, c’est sur les personnes qui ont utilisé un produit retiré sur une longue période et les effets indésirables se sont accumulés pour compliquer l’état de santé de ces malades.

C’est ce qui justifie aujourd’hui à notre niveau le système de mise en place du système d’écoute et de suivi des effets indésirables des médicaments auprès des malades : la pharmacovigilance. Si ce système est fonctionnel on n’attendra pas. Parce que les effets que les produits peuvent engendrer en Europe peuvent être plus importants chez nous que chez eux. Nous pouvons, pourquoi pas, être les premiers à notifier les effets indésirables d’un produit. On peut être amené à retirer l’autorisation de mise sur le marché avant même les pays européens. Aujourd’hui, c’est le cas des antipaludiques.

C’est maintenant que cette liste circule. Mais nous, nous avons suspendu nos médicaments antipaludiques de monothérapie bien avant cette liste. On n’a pas attendu que cette liste arrive pour faire la suspension. Pour le problème de Médiator au Burkina, Dieu merci, les services concernés ont fait leur investigation et suspendu automatiquement l’autorisation de mise sur le marché.

Pour terminer cet entretien, je voudrais interpeller nos autorités à faire respecter les textes, faire de sorte que le médicament se retrouve seulement dans le circuit légal. Cela permettra à tout le monde de faire son travail de sauvegarde de la santé du malade. La santé publique au Burkina s’en trouvera bien protegée parce que tout simplement nous sommes dans une République où tout un chacun a son droit. Si vous prenez votre médicament auprès de votre pharmacien, vous savez à tout moment à qui vous referez.

Mais si vous prenez vos médicaments dans la rue à qui vous référiez-vous ? Mais de grâce, si vous prenez des médicaments dans la rue, n’allez pas vous plaindre auprès d’un pharmacien parce que vous avez pris uniquement la onzième boîte chez lui. Les dix boîtes que vous avez eu à prendre dans la rue sont responsables de vos problèmes. Ne jetez pas la responsabilité sur le pharmacien.

Ça veut dire tout simplement que si les médicaments sont dans le circuit légal, le malade à tout moment également sait à qui se référer. S’il y a un problème, il y a toujours réparation. La santé publique s’en sortira protégée parce que s’il y a des problèmes sur un médicament avéré, l’information sera relayée comme j’ai eu à le dire à la structure de régulation qui prendra les dispositions qui s’imposent. Si c’est un produit qu’il faut suspendre et protéger la population ça sera fait.

Mais si les gens continuent à aller dans le circuit illégal, ce sont des aspects qu’on n’a pas toujours réussi à faire comprendre aux populations ; mais nous sommes clairs, les médicaments de rue tuent. Ce n’est pas seulement des effets néfastes qu’il faut voir, il y a aussi les responsabilités. Il faut arriver à les situer. C’est pour le bien même du consommateur ; il ne faut pas aller s’intoxiquer dans la rue et après ne pas savoir où réparer les dommages ; il ne faut pas prendre des raccourcis vers la mort et faire souffrir les parents.

Entretien réalisé par Adama Ouédraogo Damiss

L’Observateur Paalga

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Vos commentaires

  • Le 16 septembre 2011 à 17:56, par Yéti
    En réponse à : Médicaments de rue : « Ce sont des raccourcis vers la mort »

    Bon article Damis.
    Je n’ai pas tout lu mais ce que le pharmacie a balayé du revers de la main concernant les raisons du recours aux médicaments de rue sont pourtant les vrais raisons. l’accessibilité n’est pas seulement liée au prix il y a l’accueil qui est mauvais en pharmacie et au dispensaire alors qu’avec le vendeur de médicament de rue qui fait tout (prescripteur, pharmacien, délégué médical) on a tout sur place et abordable... même s’il y a parfois la mort en prime.
    De toutes les façons on meure aussi par vos fautes à vous, vos infirmiers et autres médecins.
    On n’a pas le choix sinon on n’a pas du tout confiance en vous. N’est-ce pas que les riches vont se soigner ailleurs alors que vous avez les même médic ici ?
    Nous quand on se noie on s’accroche au crocodile. On est aigre parce nos pharmacien sont des commerçants en complicité avec nos médecins et la santé nous coute la peau des fesses. kai !

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