Déclaration de Robert Bourgi : « C’est le délire d’un homme finissant » (Alain E. Traoré, porte-parole du gouvernement)

mardi 13 septembre 2011 à 03h10min

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe, dimanche dernier, jour de la commémoration des attentats du 11 septembre 2001. En effet, dans un interview accordé à Le Journal du Dimanche, l’avocat franco-libanais de 66 ans, Robert Bourgi, a déclaré que, par son intermédiaire, cinq chefs d’Etat africains (Abdoulaye Wade (Sénégal), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire), Denis Sassou N’Guesso (Congo-Brazzaville) et Omar Bongo (Gabon), ont remis de l’argent (environ 10 millions de dollars) à l’ancien président français, Jacques Chirac, pour notamment financer sa campagne en 2002. « Ce sont des allusions grotesques que nous nions totalement », affirme le ministre burkinabè de la Communication, Porte-parole du gouvernement, Alain Edouard Traoré, avec lequel nous nous sommes entretenus sur les propos de Robert Bourgi, hier lundi 12 septembre 2011. Pour lui, c’est le délire d’un homme finissant par lequel ils ne sont ni concernés ni interpellés.

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Qu’avez-vous à avancer sur les propos de Robert Bourgi accusant le président Blaise Compaoré d’avoir financé la campagne de Jacques Chirac ?

Au-delà de l’étonnement, ce sont des allusions grotesques ! Nous savons que dans les milieux de pouvoir, l’argent peut circuler d’une façon ou d’une autre, ce qui est tout à fait compréhensible. Mais nous avons dit, concernant les propos de M. Bourgi, que nous ne nous sentions pas du tout concernés et que c’étaient des allusions d’une personne qui se retrouve dans une situation qui explique peut-être ceci. Ce sont des allusions que nous nions totalement. Et nous demandons de fournir des preuves s’il en a et nous nous en tenons à cela objectivement.

Qu’est-ce qui vous permet de démentir cette information si l’on sait que vous n’étiez pas à un poste de pouvoir pour vérifier cette information à l’époque des faits ?

Il ne s’agit pas d’une question d’époque des faits ! Vous me demandez pourquoi je dis ça et si j’ai des preuves ? Mais exigez de M. Bourgi un minimum de preuves dans un premier temps. Avant de demander que je fournisse des preuves pour dire que ce n’est pas vrai, c’est à lui de fournir des preuves. Je suis dans un gouvernement, je suis Porte-parole et naturellement on me donne des informations pour que je puisse expliquer. Je vérifie un certain nombre de choses et l’Etat est une continuité, le gouvernement travaille dans le cadre d’un Etat et c’est dans ce cadre-là que des informations me sont données pour que je puisse en faire œuvre utile dans le cadre du travail que j’accomplis.

Pensez-vous dans votre for intérieur que le président Compaoré n’a pas craché au bassinet pour améliorer son image auprès des responsables français de l’époque ?

Dites-moi, en 2002, quelle image le Président du Faso cherchait auprès de quel responsable français ? Ayons un peu de bon sens pour nous rendre compte en réalité que nous sommes purement et simplement dans une bagarre franco-française. Vous occultez le fait que M. Bourgi ait, dans sa déclaration sur Radio France Internationale, fait remarquer qu’il était aller voir M. Sarkozy lorsque M. Dominique De Villepin l’avait humilié et que Sarkozy lui aurait dit de ne pas s’inquiéter et que dans tous les cas le jour viendra où ils pourront régler les comptes à ces personnes.

Aujourd’hui, on se rend compte que M. Bourgi est aux côtés de M. Sarkozy puisqu’il le cite abondamment, il l’a vu il y a 4 jours et il le dit, pour s’en prendre à ceux qui, selon eux, les avaient humiliés, il y a quelques années. Pour nous, c’est une situation franco-française et ça n’est d’aucun intérêt pour nous. Au regard des maigres ressources du Burkina, nous ne voyons pas l’intérêt ni l’opportunité ou même la situation qui peut nous amener à investir autour d’un chef d’Etat français. Ce n’est que du bon sens et de la logique.

Lorsqu’on se demande pourquoi est-ce qu’il a cité le Président Blaise Compaoré, je dirais qu’il l’a fait parce qu’il lui fallait citer un certain nombre de chefs d’Etat qui sont là depuis un certain nombre d’années. Le temps est vraisemblablement le seul indicateur. Aujourd’hui, s’il a pris des valises d’argent, est-ce qu’il a des photos ? De plus, il parle en dollars, pourtant nous savons très bien que la devise la plus manipulée entre la France et les pays qui ont été cités, c’est l’euro, pourquoi en dollar ? Ce sont autant d’interrogations qui font que, véritablement, ce Monsieur à nos yeux n’est pas crédible donc nous n’allons pas perdre notre temps à gérer les incohérences ou les déséquilibres d’un Monsieur peu crédible.

Justement que savez-vous de Bourgi pour douter de ce qu’il dit ?

Je ne sais pas plus de M. Bourgi que ce que lui-même dit : un avocat rompu dans les cours ou les réseaux de la Françafrique. Aujourd’hui, il n’est pas crédible parce que dans toutes les cultures, il y a un certain nombre de valeurs qui font la grandeur des hommes. Un homme ne vilipende jamais les autres. Un homme garde un minimum de loyauté. Aujourd’hui, il se découvre subitement en train d’avoir des cas de conscience par rapport à un certain nombre de faits.

Quand on lui demande dans son interview si ça continue, il dit que non ça ne continue pas parce que c’est son ami qui est aujourd’hui à la tête de la France mais en même temps il dit qu’il veut dénoncer pour y mettre fin. Mais si ça ne continue plus, ça sert à quoi de dénoncer pour arrêter ? Pour moi, c’est véritablement quelqu’un qui toute sa vie, s’est enrichi de prébendes, de donations de chefs d’Etat, et qui, au terme de sa vie, si je peux m’exprimer ainsi, au moment où il est finissant, se découvre des vertus d’homme honnête et juste pour dénoncer ce que lui-même aurait contribué à réaliser. Je pense qu’un tel personnage n’est d’aucune crédibilité parce qu’il ne porte aucune des valeurs que j’attends d’un être humain.

Alors pour vous, cette dénonciation n’est autre qu’une conspiration ?

Je n’utiliserais pas le mot conspiration, je pense que c’est le délire d’un homme finissant qui veut régler des comptes dans une histoire franco-française et qui se prend au jeu à citer pêle-mêle un certain nombre de chefs d’Etats qui lui semblent correspondre à l’histoire de sa vie qu’il raconte. Nous ne sommes ni concernés ni interpellés par ce qu’il dit.

Hyacinthe Sanou

L’Observateur Paalga

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