Consommation du gaz domestique : Ces bouteilles de 6 kg qui provoquent des grincements de dents

vendredi 2 septembre 2011 à 02h43min

Courant 2010, plus de 3 000 bouteilles de 6 kg de gaz étiquetées Sodigaz Mali se sont retrouvées dans le réseau de Sodigaz Burkina. En janvier 2011, Sodigaz Burkina refusait d’accepter ces bouteilles qu’il rechargeait auparavant, proposant aux clients qui les détiennent d’ajouter 7 000 F CFA pour s’offrir les 6 kg vides de Sodigaz Burkina. Une situation bien déconcertante pour la société qui ulcère la Ligue des consommateurs du Houet, opposant du même coup, revendeurs et clients à Bobo-Dioulasso.

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« Comment peut-on comprendre ? J’avais ma bouteille de Sodigaz Burkina de couleur bleue. Depuis que j’ai l’ai achetée, je la recharge chez le même distributeur. Un jour, il m’a remis une bouteille blanche (NDLR : la bouteille de Sodigaz Mali). Après que mon gaz soit fini, je suis revenue chez le même revendeur qui me dit qu’il ne la prend pas. Je croyais qu’il n’avait pas de gaz et je suis allée chez d’autres revendeurs qui m’ont dit que Sodigaz refuse de prendre les bouteilles blanches. Je suis allée à la direction de Sodigaz à Bobo plus de trois fois et on me dit de patienter, le temps de trouver une solution au problème ».

Ces propos sont de Massiata Ouattara, une vendeuse de kiosque qui nous raconte sa mésaventure, furieuse et désorientée, bouteille de gaz en main. Comme elle, ce sont des centaines de consommateurs possédant ces bouteilles de 6 kg de couleur blanche, qui vivent cette situation depuis huit mois. C’est en cela que cette situation délétère oppose Sodigaz Burkina, ses revendeurs de gaz, ses clients et la Ligue des consommateurs.

Sur l’origine de ces bouteilles, la directrice régionale de Sodigaz/Bobo, Mariam Boly explique : « Quand on a pris attache avec Sodigaz Mali, il nous est revenu que les bouteilles ont été volées au Mali par un livreur qui a disparu avec un camion de 2 000 bouteilles.
Ce dernier qui est rentré au Burkina a dû placer ces bouteilles volées, mais a été retrouvé par la suite ». Ce sont de nos jours, 1 500 bouteilles de 6 kg estampillées Sodigaz Mali qui sont dans le dépôt de Sodigaz/Bobo, 1 484 chez les revendeurs de Bobo-Dioulasso, d’innombrables autres chez les consommateurs et dans d’autres villes du Burkina Faso. Ces bouteilles rentrées illicitement au Burkina en début 2010 ont donc été introduites dans le circuit de Sodigaz Burkina. Mais par qui ?

Les revendeurs ou Sodigaz ?

Les revendeurs et Sodigaz Burkina s’accusent mutuellement d’avoir introduit ces bouteilles maliennes dans le réseau. Bassidi Touré, revendeur de gaz Sodigaz Burkina dans le quartier Farakan (secteur n°1) de Bobo-Dioulasso, explique qu’il a déposé un jour ses 45 bouteilles Sodigaz Burkina vides pour que Sodigaz lui donne des bouteilles chargées. « A leur arrivée, ils ont descendu 45 bouteilles Sodigaz Mali », a-t-il soutenu.

Il ajoute avoir personnellement appelé la directrice pour lui demander des explications. Celle-ci lui aurait dit que cela ne pose pas de problème. Il souligne donc que de tels propos venant de la responsable de Sodigaz l’ont rassuré. C’est ainsi qu’il a commencé à donner ces bouteilles chargées à ses clients qui amenaient des bouteilles Sodigaz Burkina pour les charger. Ousséni Diallo, un autre revendeur au secteur n° 23 (Lafiabougou) soutient que « la responsabilité est du côté de Sodigaz qui est venue un matin nous livrer des bouteilles Sodigaz Mali chargées et a pris nos bouteilles Sodigaz Burkina ». La directrice régionale de Sodigaz/Bobo, Mariam Boly, quant à elle, se dit surprise que les distributeurs disent ne pas savoir d’où viennent ces bouteilles.

Selon elle, la 1re fois que ces bouteilles ont été ramassées, c’était sur les points de vente. « On est arrivé comme d’habitude, on a déposé des bouteilles Sodigaz Burkina pleines et ramassé des bouteilles Sodigaz Mali. Comme d’habitude aussi, on les a déposées à la SONABHY pour les remplir. On les a ramenées sur les points de vente pour les distribuer. Au fur et à mesure, le nombre augmentait dans les points de vente », a-t-elle dit. Pour le président de l’Association des revendeurs de gaz Sodigaz, Ciré-Bâ Sékou, Sodigaz elle-même sait que les distributeurs ne sont pas importateurs de bouteilles de gaz. Il précise que même quand ses emballages finissent, c’est à Sodigaz qu’il va les acheter pour satisfaire sa clientèle. Ce qui lui fait dire que « les revendeurs et leurs clients sont victimes d’une situation provoquée par Sodigaz Burkina ».

De façon unanime, les revendeurs de Bobo-Dioulasso estiment que si ce n’était pas Sodigaz Burkina qui a introduit ces bouteilles, la société aurait refusé de les ramasser dans les points de vente pour la 1re fois, à plus forte raison de les faire charger à la SONABHY, étant donné que ces bouteilles ne lui appartiennent pas. Malgré tout, Sodigaz rechargeait ces bouteilles à la SONABHY et les déposait chez ses revendeurs, sans souci majeur, jusqu’au jour où la SONABHY a refusé de les charger pour avoir reçu des instructions. Selon Mariam Boly, Sodigaz Burkina a alors informé ses revendeurs en mi-janvier 2011 de ne plus accepter les bouteilles du Mali.

Débutent alors le calvaire et l’indignation chez les clients et les revendeurs. « Chaque jour, si ce ne sont pas des convocations, ce sont des injures, ou des malédictions en cette période de jeûne ou encore des bagarres interminables. J’ai été deux fois à la police parce que des clients voulaient me faire enfermer », raconte tristement Bassidi Touré. C’est aussi le cas de Ousséni Diallo qui confie que les revendeurs étaient dans l’embarras, sachant pertinemment que ce sont eux qui ont échangé les bouteilles Sodigaz Burkina des clients contre celles du Mali. « Nous avons eu le même problème avec les bouteilles Butogaz de couleur verte en 2004. En son temps, Sodigaz a fait une circulaire pour nous signifier la présence de ces bouteilles et par conséquent, de ne pas les accepter. Pourquoi cela n’a pas été le cas quand elle a constaté la présence des bouteilles Sodigaz Mali ? », a-t-il demandé.

La ligue des consommateurs s’insurge

La direction de Sodigaz/bobo affirme pour sa part avoir multiplié, depuis la mi-janvier dernière, les rencontres pour trouver une solution au problème. Avec le refus de la SONABHY, Sodigaz se serait retournée vers le Mali, afin de procéder à un éventuel échange de bouteilles de 6 kg, si toutefois Sodigaz Mali détenait par devers elle des bouteilles de Sodigaz Burkina. « Nous avons envoyé une mission au Mali qui a rencontré le directeur de Sodigaz Mali et il s’est avéré qu’il n’y a pas de bouteilles Sodigaz Burkina dans ce pays. Mais il a dit être prêt à prendre ses bouteilles à 4 500 F CFA l’unité », a expliqué la directrice de Sodigaz/Bobo.

Elle ajoute que Sodigaz vend la bouteille de 6 kg à 13 500 F. Comme proposition, la société estime qu’il faut partager les charges avec les consommateurs, en ajoutant 7 000 F à sa bouteille du Mali pour avoir celle du Burkina avant de la charger à 1 560 F. C’est en ce moment qu’entre en jeu la Ligue des consommateurs du Houet. Selon son président, Koudougou Hervé Zagré, sa structure a entamé des démarches en vue de trouver une solution au problème. Elle a ainsi rencontré à plusieurs reprises les revendeurs, la direction de Sodigaz/Bobo, entre autres. M. Zagré estime qu’en aucun cas, le consommateur ne peut être responsable et victime d’une gouvernance de Sodigaz Burkina. « Que ce soit Sodigaz ou les revendeurs ou les deux, nous demandons que le consommateur puisse avoir sa bouteille Sodigaz Burkina qu’il a achetée », a-t-il martelé.

Après plusieurs rencontres, le président de l’Association des revendeurs, Sékou Ciré-Bâ rapporte que le bureau a proposé qu’au lieu de 7 000 F, le client ajoute 1 000 F CFA à la bouteille Sodigaz Mali pour avoir celle du Burkina. Il poursuit en disant qu’en tant que président, il a suggéré que ce soit les revendeurs qui donnent eux-mêmes 7 000 F CFA à Sodigaz Burkina moyennant une bouteille du Burkina et puissent garder les bouteilles du Mali. La directrice de Sodigaz Bobo qui dit que la proposition ne lui a pas encore été faite, estime que payer 1 000 F est inacceptable, étant donné que certains consommateurs ont acheté les bouteilles du Mali sur le marché informel.

Elle pense par ailleurs que Sodigaz n’est pas seule responsable du problème et qu’accepter la proposition consistera en une perte pour la société qui importe chaque bouteille de 6 kg à 17 825 F et la revend, en partenariat avec l’Etat, à 13 500 F. Néanmoins, a-t-elle dit, les négociations se poursuivent avec le Mali pour qu’il puisse revoir sa proposition d’achat à la hausse.

Comme le problème est national, a-t-elle rapporté, « notre direction générale est en pourparler avec le ministère du Commerce et on attend les résultats ». Boureima Ouédraogo, distributeur de Sodigaz Burkina au secteur n°10 (Yéguéré) de Bobo-Dioulasso dit préférer se sacrifier en donnant 1 000 F par bouteille à la place des clients tout en souhaitant que les différentes parties s’asseyent pour réellement discuter. Ousséni Diallo, pour sa part, est plus tranchant : « Pourquoi ce problème n’arrive pas au niveau de Total ou Oryx ? Je souhaite que Sodigaz ait le courage de reconnaître qu’elle a fait une erreur. Avec eux, on a eu des problèmes avec les bouteilles Shell Sénégal, Petroci et Butogaz les années passées ». En attendant, le président de la Ligue des consommateurs demande aux consommateurs de rester vigilants et de ne débourser aucun franc pour avoir leurs bouteilles. « En toute chose, il y a des étapes mais on ne peut pas négocier toute la vie. Si d’ici la fin de ce mois (NDLR : août), une solution n’est pas trouvée, nous allons entamer des actions, même si nous allons saisir les tribunaux pour régler le problème », a-t-il menacé. Des clientes comme Massiata Ouattara, Tènè Sanon, Adiara Sanogo et Mariam Oui contiennent difficilement leur colère. Elles estiment qu’au moment où le gouvernement déconseille la coupe du bois de chauffe et encourage la consommation du gaz domestique, il est temps qu’il prenne à bras-le-corps le problème. « On a acheté nos bouteilles pour travailler avec. Ils n’ont qu’à trouver des solutions. Si on pouvait payer la mienne, j’allais la vendre et prendre une bouteille Total ou Oryx », a déclaré Massiata Ouattara.

Les dernières nouvelles qui proviennent du ministère en charge du Commerce sur la rencontre avec Sodigaz Burkina, le jeudi 20 août 2011, rapportent qu’une décision n’a pu être arrêtée. Etant donné que Sodigaz Mali ne figure pas sur la liste des bouteilles agrémentées pour être chargées à la SONABHY, cette dernière avait donc raison de ne pas le faire. Le ministère qui espère une entente entre Sodigaz Burkina et Mali pour une solution au problème exige cependant de la douane plus de vigilance pour éviter ces genres de trafics.

Jean-Marie TOE (jmt16j@yahoo.fr)

Sidwaya

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