LETTRE AU PREMIER MINISTRE ! : "Excellence, est-il normal qu’on ampute un salaire d’indemnité ?"

vendredi 2 septembre 2011 à 02h41min

L’auteur des lignes qui suivent, attire l’attention du chef du gouvernement sur les conditions de vie et de travail des enseignants qui, le plus souvent, vivent reclus en campagne.

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Excellence Monsieur le Premier ministre,

Toutes nos félicitations même tardives (il n’est jamais tard pour bien faire) à vous pour votre nomination au poste de Premier ministre. Excellence Monsieur le Premier ministre, si le président Thomas Sankara parlait au nom de l’orphelin, de la veuve, bref, au nom des sans-voix, nous, nous nous proposons de parler au nom des milliers de "broussards" à travers le pays. Arrêtons- nous un seul instant pour dire quelque chose à propos de la tombe de Thomas Sankara qui a été profanée par des individus sans scrupule. A l’endroit de ces profanateurs, nous avons envie de leur dire : "Vous irez en enfer, pour paraphraser l’autre (suivez notre regard)".

Que Dieu nous pardonne si nous lui demandons de châtier les âmes de ces faux Burkinabè (un Burkinabè digne de ce nom a du respect non seulement pour le mort mais aussi pour sa tombe) le jour où ils viendront répondre à l’appel du jugement dernier. Excellence, nous disions que nous nous proposons de parler au nom des" broussards". "Broussards" est un sobriquet qu’on colle aux fonctionnaires des campagnes. En effet, c’est un euphémisme de dire que les fonctionnaires de la brousse vivent dans de très dures conditions. Ces dures conditions de vie sans être exhaustives vont de la mauvaise alimentation au manque de loisirs en passant par la vétusté des logements administratifs. Notre réflexion porte sur ces logements qui, sans exagérer, sont source d’inimitiés dans les campagnes entre fonctionnaires.

Ces logements, une fois habités, font perdre de facto l’indemnité de logement aux fonctionnaires. Ah ces indemnités ! Si elles savaient qu’elles sont la sève nourricière du salaire, elles se seraient bousculées à la porte des bulletins de paie des travailleurs. Les syndicats qui sont maintenant" vaccinés" contre "le refrain" du gouvernement, refrain selon lequel "les ressources financières du pays sont limitées" (sic) ont fini par comprendre qu’il faut changer de fusil d’épaule dans les revendications. Qui est fou ? Qui est fou dans une arène de lutte pour ne pas changer de tactiques ? Les syndicats ont donc compris - tant mieux pour nous tous - que le Gouvernement semble plus prompt à octroyer des indemnités aux travailleurs qu’à augmenter leurs salaires. Sinon comment comprendre que des indemnités aient été promises aux enseignants du secondaire ( la constatation de ces indemnités est attendue en fin octobre 2011) en lieu et place d’une augmentation de salaire conséquente demandée depuis des lustres ?

Excellence M. le Premier ministre, trouvez-vous normal qu’on ampute du salaire l’indemnité de logement d’un "broussard" qui dort dans un vieux bâtiment administratif ? Trouvez-vous juste qu’on refuse de délivrer un certificat de non-logement à un fonctionnaire de campagne pour un logement qui ne remplit pas les critères d’un bon logement ? Que nenni ! Si nous nous accordons pour reconnaître que tous les Burkinabè sans exclusion sont égaux devant la loi qui doit les protéger. Ces fonctionnaires de campagne méritent mieux que ce traitement, à la limite humiliant, qu’on leur inflige. Ces fonctionnaires demandent des logements décents. C’est trop leur demander en leur disant de se donner à fond à la tâche pour laquelle ils ont été affectés. Excellence M. le Premier ministre, des logements sont de plus en plus abandonnés même quand ils sont "bien" construits. Pourquoi cet état de fait ?

Les fonctionnaires tiennent à leurs indemnités. Nombreux sont les fonctionnaires qui préfèrent faire chaque jour la navette entre la ville (où ils dorment) et le village (où ils travaillent) avec tout ce que cela comporte comme fatigue et mauvais rendement. Ce "sport favori" est le plus pratiqué par les enseignants du primaire et du secondaire. Sans calculer ce qu’ils perdent dans la navette, ces fonctionnaires calculent plutôt ce qu’ils perdent en intégrant les logements administratifs. Un instituteur certifié et un professeur certifié avec respectivement 20 000 F CFA et 30 000 F CFA d’indemnités de logement perdent pour le premier 240 000 F CFA et pour le second 360 000 F CFA par an. Excellence, il est souhaitable de revoir la politique du logement dans les campagnes, politique qui pourra alléger un tant soit peu la souffrance des fonctionnaires. Une solution peut être trouvée dans le cadre de la communalisation intégrale du territoire amorcée depuis 2006.

A travers le transfert des compétences aux maires, des textes peuvent être élaborés en vue d’outiller nos élus locaux à louer les logements aux fonctionnaires. Ceci permettra sans nul doute aux maires de faire des recettes qui - nous l’espérons - seront bien gérées et aux fonctionnaires d’avoir un peu de souffle pour faire face à la cherté de la vie. Excellence M. le Premier ministre, si vous faites un tour dans certaines localités (villes comme villages), vous verserez encore des larmes (comme vous le signifiez lors de votre passage au CSPS du secteur 4 de Réo). Nous vous proposons une visite au Lycée communal de Réo, au Lycée provincial de Réo, à l’Ecole satellite normalisée du Secteur 3 de Réo où vous verrez des logements construits avec l’argent du contribuable et qui sont le lieu de pèlerinage de cafards et autres reptiles. Quel gâchis !

Hermann BABINE Professeur certifié de Français à Koudougou. (hermann.babine@yahoo.fr)

Le Pays

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