Coupe dodo du maire de Ouaga : Bataille rangée pour un palmarès contesté

vendredi 2 septembre 2011 à 02h40min

La traditionnelle finale du carnaval dodo a eu lieu la nuit du ramadan, le mardi 30 août 2011 à la maison du Peuple. En tout neuf troupes de la capitale ont rivalisé de talents pour conquérir le trophée mis en jeu. Contre toute attente, la fête, malheureusement, s’est terminée en queue de poisson. L’attribution du premier prix au secteur 19 de la ville a en effet été fortement contestée, et a donné lieu à des actes de vandalisme.

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Dans son œuvre « Le langage des tam-tams et des masques en Afrique (Bendrologie) », parue à l’Harmattan en 1991 ; dans la partie traitant de « La littérature de réjouissance, de détente et de groupe », Me Titinga Frédéric Pacéré définit le dodo en ces termes : « C’est une danse avec représentation de figures et d’animaux de la brousse (lions, hyènes, éléphants…) face à des chasseurs et à des maîtres d’ordre et de sécurité. Les chants entraînent des mouvements dans la brousse... L’origine serait du Nigeria ».

L’auteur nous apprend que cette littérature est liée à la fête de ramadan (musulman) et au jeûne à cette période ; d’où des mots tirés de l’islam. Il est aussi fait référence aux responsables politiques, coutumiers et religieux pour souhaiter une bonne année. Le dodo, précise l’écrivain, est une culture à exprimer la nuit, d’une maison à une autre, avec des accoutrements faits avec des objets et moyens naturels comme les calebasses, la cendre.

Le carnaval dodo est organisé depuis maintenant 38 ans par l’Association des ensembles dodo de Ouagadougou (AEDO), un regroupement de toutes les troupes dodo de la commune dirigé par Moustapha Gankéné. L’édition 2011 a été placée sous le haut parrainage de Simon Compaoré, le bourgmestre de la capitale, représenté par son directeur de cabinet, Job Ouédraogo.

Elles étaient au total neuf (secteurs 1, 9, 11, 18, 19, 7, 2, 21 et 10), les troupes à prendre part à la compétition, dans le secret espoir de s’adjuger le premier prix, doté d’une somme de 150 000 F CFA, d’un trophée et d’un certificat de participation.

Outre l’énonciation obligatoire, dans leur chanson et dans l’ordre, du Mogh Naaba, du Wogdogho, du Ouidi, du Larlé, du Goungha, du Baloum et du Kamsongho, les compétiteurs avaient 20 minutes pour mettre en exergue leur ingéniosité en matière de chorégraphie, d’endurance, de vélocité… Un jury expérimenté, avec ses critères propres, a été commis à la tâche de les évaluer et de désigner les cinq premiers.

La fausse note de la soirée

Pour leur plaisir, les amoureux du carnaval dodo n’ont pas du tout marchandé leur participation à l’événement majeur du ramadan dans la capitale burkinabè. La maison du Peuple a refusé du monde et le chansonnier Mahamoudou Ilboudo, unique en son genre, en a, en bon griot, tiré le plus grand profit, lui qui a empoché en lever de rideau beaucoup de billets de banque pour avoir fait la « prodada » de bien généreux donateurs.

Dans les détails, les prix se présentaient comme suit : 150 000 F CFA, une coupe et un certificat pour la première troupe ; 125 000 F CFA, un certificat pour la deuxième. La troisième lauréate s’en tire avec 100 000 F CFA, un certificat ; sa suivante immédiate gagne 75 000 de nos francs et le cinquième 50 000 F CFA.

Le maire de Tanghin Dassouri, Adama Zongo, pour galvaniser davantage les différents concurrents, a misé entre 5000 et 25 000 F CFA au bénéfice du premier au dernier lauréat. Samba Ouédraogo, un jeune opérateur économique du secteur 10, lui, a fait un don de 50 000 francs pour soutenir les organisateurs.

Tout se serait passé sans anicroches si le jury, après un temps fou mis à délibérer, n’avait décidé d’attribuer le premier prix au secteur n°19. Les autres candidats ayant jugé cette décision arbitraire, sont vite montés sur leurs grands chevaux. Ils ont purement et simplement rejeté le palmarès et manifesté violemment leur désapprobation.

La fameuse coupe, ornée de fleurs artificielles, et bien en évidence sur une table dressée pour la circonstance, a été balancée contre les sièges et il a fallu la diligence des agents de la police pour éviter une scène d’Intifadah et protéger les membres du jury, obligés de se réfugier dans les méandres de la maison du Peuple.

Au-dehors, des irréductibles s’en sont pris aux installations et des vitres ont volé en éclats. A 2 heures sonnantes de la nuit, des frondeurs attendaient toujours d’en découdre avec ce jury, accusé de tous les péchés de Ouaga et tenu pour responsable de leur infortune.

Regrettable, cette situation l’a vraiment été, et c’est à se demander si le festival dodo va survivre après le décès de Démé Sylvain Mosac, qui avait eu l’ingénieuse idée d’organiser chaque année avec art cette manifestation dont la renommée avait fini par franchir les frontières nationales.

Il n’y a pas eu de remise officielle de prix et c’est bien dommage. Il y a lieu de se ressaisir et d’honorer la mémoire de Mosac, qui s’est vaillamment battu pour apporter à la culture burkinabè une grande dimension à travers le dodo.

D. Evariste Ouédraogo

L’Observateur Paalga

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Vos commentaires

  • Le 2 septembre 2011 à 06:59, par Doesnt Matter
    En réponse à : Coupe dodo du maire de Ouaga : Bataille rangée pour un palmarès contesté

    A 2h sonnantes de la nuit.( 2h de la nuit)
    A ce que je sache je ne crois pas que cette expression existe.
    Soit il est 2h de l`apres midi ou 2 h du matin.
    Ou veuillez me corriger si je me trompe.

    Répondre à ce message

  • Le 9 novembre 2015 à 11:51, par derra
    En réponse à : commenter sur l’édition carnaval dodo 2015

    Bonjour à toute votre équipe.
    Je m’appelle derra alassane artiste musicien et membre du bureau de l’association national des ensembles dodo.(ANEDO).
    Je vous informe que c’est un nouveau bureau avec une nouvel appellation:ANEDO.
    Mr Moustapha GYANKANE ,n’est plus le président ,mais président d’honneur.

    Répondre à ce message

  • Le 9 novembre 2015 à 11:59, par derra
    En réponse à : commenter sur l’édition carnaval dodo 2015

    Bonjour à toute votre équipe.
    Je m’appelle derra alassane artiste musicien et membre du bureau de l’association national des ensembles dodo.(ANEDO).
    Je vous informe que c’est un nouveau bureau avec une nouvel appellation:ANEDO.
    Mr Moustapha GYANKANE ,n’est plus le président ,mais président d’honneur.

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