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Orpaillage en saison pluvieuse : « La vie d’accord, mais l’or d’abord »

Accueil > Actualités > Economie • • mercredi 31 août 2011 à 02h07min

La région du Nord regorge d’importants sites miniers. Ces sites sont exploités par des sociétés industrielles, mais à côté de cette exploitation moderne est pratiquée celle dite artisanale dans laquelle les enfants et les femmes sont les plus employés. Généralement, pendant la saison pluvieuse, les sites à exploitation artisanale sont fermés par arrêté ministériel pour éviter d’éventuels éboulements. Malgré cette précaution, l’on constate que les différentes mesures ne sont pas respectées. Est-ce une méconnaissance des textes qui explique cela ou une simple violation intentionnelle de cette interdiction ? Voyage au cœur des sites aurifères du Nord en saison pluvieuse.

En ce lundi 25 juillet 2011, nous voici en route pour le Nord. Objectif : constater l’effectivité de la mesure de fermeture des sites d’orpaillage dans cette région. Le choix de cette zone relève d’un fait du hasard. Ainsi, nous voici embarqués pour Bouda, un site aurifère à quelque 10 km avant Yako, chef-lieu de la province du Passoré, première étape de notre randonnée. Sur les lieux, des orpailleurs sont réunis çà et là autour des trous. Des chaussures laissées au bord des galeries attestent que dans les profondeurs, se terrent des hommes où jeter un regard vous donne des vertiges.

Les espaces entre les trous ne dépassent pas 30 cm. Ce site date de plus d’une vingtaine d’années. Il a été créé dans les années 90 et avoisine un autre à exploitation moderne à proximité d’un champ. Bien que nous soyons en période d’hivernage, la dernière pluie sur ce site datait de plus d’une semaine. « Ce n’est pas étonnant de trouver presque tout le village », nous explique Alassane Sawadogo, un orpailleur âgé de 23 ans. Il nous raconte qu’il travaille sur ce site depuis plus de 7 ans. Il confie avoir déjà construit à Yako et s’être acheté une mobylette. « Nous sommes des chercheurs d’or et quand nous creusons nous nous servons de petits trous comme escaliers et des torches car il fait très sombre à l’intérieur de la mine… », confie Alassane Sawadogo dont l’orpaillage constitue la seule activité. Cet aveu est confirmé par un autre orpailleur, Hamado Kiemdé. Ce dernier exerce cette activité depuis environ 12 ans.

« Nous sommes là à la recherche de quoi vivre comme tout le monde. L’agriculture n’est plus rentable, mais l’or oui. C’est pour cela que nous nous sommes reconvertis en orpailleurs même si cela est difficile. Nous n’avons pas le choix. J’ai d’abord été en Côte d’Ivoire mais cela m’a rien rapporté. J’ai une femme et un enfant et c’est avec ce que je gagne ici que je m’occupe d’eux… », soutient celui-ci.
La présence des femmes sur le site est remarquable même si elles ne font pas les mêmes tâches que les hommes. Ce sont elles qui ramassent et lavent le minerai. Et à les entendre, elles y trouvent leur compte. C’est le cas de Awa Guiro qui, depuis dix ans, s’adonne à cette activité et s’en sort si bien, selon elle. En plus de cela, elle vend des pois de terre (souma en mooré) dans une gargote installée près du site.

A Bouda, l’or est censé être partout, si bien que sur tous les espaces, on creuse. Même dans les concessions. Un habitant de la zone nous explique que certains qui ne sont pas sur les sites creusent la nuit venue dans leurs cours. « Et la chance leur sourit le plus souvent... », laisse entendre notre interlocuteur. On comprend donc la présence des galeries autour des maisons et dans les cours.

Autre lieu, même spectacle. A Koltanghin, à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Yako, les champs agricoles sont presque vides. Si certains ne le sont pas, il n’y a que les femmes et les enfants qui y cultivent. Cette situation est créée par l’apparition de l’or. Le site qui était jadis le champ de Somwangda Ribo est devenu un gros village spontané. Somwangdo Ribo nous explique que son champ a été envahi quand les traces d’or y ont été découvertes. « Nous savions que ce village en recelait car quand nous cultivions nos champs, nous remarquions des traces à certains endroits. C’est lorsqu’un jeune du village s’est retrouvé avec une grande quantité que la ruée a commencé. Mon champ a été détruit. C’était pendant le mois d’octobre, la période où les épis de mil commençaient à mûrir… », explique M. Ribo. L’homme s’est, depuis lors, reconverti en orpailleur. Ce qui lui reste comme champ est une petite portion. Cette dernière activité, il ne la pratique que juste pour ne pas abandonner l’agriculture car le reste de son temps, il le passe sur les sites aurifères. Sur ce site, l’affluence est telle que l’on se croirait en saison sèche.

A Koltanghin, d’autres activités gravitent autour du site comme sur tout site aurifère. Ainsi, on y trouve des gargotes où l’alcool et autres boissons sucrées coulent à flots, des clubs vidéo où sont projetés des films X et d’action. On peut y trouver probablement la drogue, selon certaines indiscrétions. Mais à côté de ces activités commerciales, il y a celle du sexe. Les orpailleurs dans leur jargon désignent celles qui pratiquent cette activité par l’expression « les croqueuses ». L’activité serait très fructueuse en ces lieux à en croire les orpailleurs. Cette information est confirmée par les intéressées, elles-mêmes, à qui nous avons posé la question. « Entrer sale dans la mine c’est-à-dire après un acte sexuel donne la chance d’en ressortir avec quelque chose car c’est ce qu’aime l’or. Avant donc de descendre dans le trou, tu peux faire un tour là-bas. Même si tu n’as rien, il y a possibilité de crédit… », soutient un orpailleur.

Après ces deux sites dans le Passoré, nous voici à Titao dans le Lorum. Dans cette province, les pousses de mil sortent à peine des trous dans les champs. Preuve que la saison agricole s’installe difficilement dans cette partie du pays. L’inquiétude se lit sur les visages de la plupart des producteurs que nous avons rencontrés. Le préfet se propose de nous accompagner à Toulfé un des sites aurifères de la localité. Le secrétaire général de la mairie se joint à lui. Mais avant, protocole oblige, il faut signaler notre présence à Mme le haut-commissaire, nous conseille le préfet. Conditions de voyage réglées, nous voici à Toulfé après environ une heure de route. Sur ce site, un caterpillar vient de fermer les trous, selon nos guides. Un autre site à quelques encablures de Titao nous accueille. L’activité est y plutôt réduite. Seules quelques familles continuent les fouilles à la recherche du métal jaune. Nous mettons alors le cap sur Ouahigouya, chef-lieu de la région du Nord. Nous nous rendons sur le site de Yabonsgho.

La mesure est- elle effective ?

Là, le spectacle n’est pas très différent des sites que nous avons visités dans le Passoré. Un gros village où les maisons d’habitation sont construites de façon sommaire avec des matériaux précaires tels les seccos et les bâches en plastique. Ce village grouille de monde où se côtoient orpailleurs et autres commerçants venus de tous les quatre coins du pays pour faire fortune. Ici, il n’y a pas de règle. Tous les moyens sont bons pour aboutir à ce pour quoi on est là.
Et les dispositions prises par le ministère en charge des Mines pour interdire l’activité pendant l’hivernage ? On n’en a cure. De Bouda en passant par Koltanghin et Yabonsgho, l’activité est en pleine effervescence. C’est l’or ou rien. Et l’appétit du gain est tellement si fort que l’on préfère risquer au péril de sa vie pour le métal précieux qui peut contribuer à sortir de la pauvreté. Les orpailleurs ne se soucient de rien.

En descendant dans le trou, ils ne prennent aucune mesure de sécurité, sauf la lampe-torche accrochée au front et la corde servant à ramener à la surface le minerai censé contenir l’or.
A la question posée sur les mesures interdisant l’orpaillage en saison pluvieuse, beaucoup n’hésitent pas à dire qu’ils ne sont pas informés de ces dispositions. Certains affirment être au courant, mais soutiennent ne pas avoir le choix. « On nous a dit que pendant la saison pluvieuse les sites artisanaux sont fermés pour éviter que les orpailleurs ne meurent dans les éboulements, mais il ne pleut même pas ici. A part la recherche de l’or, je ne travaille pas… », argue Hamado Kiemdé à Bouda. Soumaïla Bélem à Yabonsgo pour sa part soutient : « Je n’ai pas peur de mourir. Même si je ne mourais pas ici, je sais que je ne vivrai pas éternellement. Il y a beaucoup de risques et nous le savons ».

Et d’ajouter laconiquement : « Quand on n’a pas mangé pendant plusieurs jours, quelle est cette peur qui peut vous empêcher de descendre dans un trou ? » Rester inactif et mourir de faim ou risquer et espérer vivre ? Le choix ici pour nos orpailleurs est clair.

Ce que disent les autorités de la région

« Nous manquons de mesure d’accompagnement et il est donc difficile de faire respecter la mesure si ce n’est pas la sensibilisation que nous faisons », indique Mme Fatouma Bonkoungou, haut-commissaire du Lorum pour qui il faut une mobilisation énorme sur ces sites si l’on veut que la mesure soit respectée. Et le directeur régional de la police du Nord, Abdou Kocty de renchérir : « Pour en arriver au respect strict de cette mesure de fermeture, il va falloir mettre un policier derrière chaque mineur ; ce qui est difficile voire impossible. Alors, il faut la sensibilisation en comptant sur le civisme de chacun. Sinon la finalité de la mesure c’est pour la sécurité des orpailleurs ».
Lors de notre tournée, nous avons noté la présence de la police sur certains sites comme Bouda, Yabonsgho et de comptoirs d’achat. C’est la société Burkina or métal dont le coordonnateur est Ismaël Pafadnam qui détient le permis d’exploitation.

Celui-ci explique qu’à cette période, il peut avoir au moins 100 grammes par semaine alors que pendant la saison sèche, la production est nettement meilleure. Se rétractant par la suite, il soutient avec beaucoup de gêne qu’il n’achète plus compte tenu de la fermeture des sites. Pourtant, des orpailleurs ont indiqué que le métal précieux se vend actuellement à ce comptoir. Qu’est-ce qui explique la présence de la police sur les sites que nous avons visités alors que la mesure de fermeture est effective chaque année en début juin ? « Il y a des sites où la production est tellement importante si bien que souvent, les coordonnateurs de ces sites détenteurs de permis d’exploiter font recours à la police afin de faire régner la sécurité et l’ordre.

C’est ce qui explique la présence des policiers sur les sites… », répond le directeur régional de la police du Nord, Abdou Kocty. Et de poursuivre : « des sorties se feront et gare aux contrevenants, car la loi leur sera appliquée… » En attendant ces sorties annoncées, les orpailleurs s’adonnent tranquillement à leur activité et prient Dieu qu’il ne pleuve pas car la pluie est source d’ennuis pour eux. Des cas de mort sont enregistrés même sans éboulement et n’effraient nullement ces téméraires de chercheur d’or. Les décès sont dus le plus souvent à des glissades, asphyxies, ou souvent aux maladies. Si l’arrêté ministériel interdisant l’exploitation artisanale de l’or sur certains sites n’est pas respecté, à Toulfé, dans le Lorum, il le semble mieux.

- Wendyam Valentin COMPAORE (valentin.compaore@yahoo.fr)


Le cyanure ?

L’utilisation du cyanure dans la localité est une triste réalité. C’est un procédé qui permet de séparer l’or de la gangue. Ce produit chimique est très dangereux d’où l’interdiction de son usage sur les sites aurifères par les pouvoirs publics. Son utilisation nécessite des installations adéquates dont les coûts sont onéreux. Les orpailleurs qui l’utilisent de façon artisanale sur les sites mettent en danger leur vie et les conséquences sur l’environnement sont énormes. A Toulfé, de la terre censée contenir de l’or est transportée jusqu’à Djibo dans le Sahel pour subir ce procédé sans qu’aucune mesure de sécurité ne soit prise. Le traitement se fait dans une sorte de piscine creusée à même le sol. A l’aide du cyanure, la décantation se fait vite et bien, mais l’eau utilisée est toxique aussi bien pour l’homme que les animaux. Des carcasses d’oiseaux, de petits ruminants ont été trouvées sur les lieux. Sur la route reliant Titao à Toulfé, on peut apercevoir également d’autres animaux morts exposés dans la nature. Si rien n’est fait, le risque de véritable drame écologique et humain est à craindre.

Wendyam Valentin COMPAORE

Sidwaya

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