BOUTIQUES LITIGEUSES AU MARCHE DE TOUKIN : Le point de vue d’un commerçant

vendredi 26 août 2011 à 02h10min

Dans notre édition du vendredi 12 au dimanche 15 août, nous publiions un article intitulé : Marché de Toukin, une matinée électrique entre commerçants. Cet article a inspiré un des commerçants, qui a souhaité donner son point de vue.

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Monsieur le Directeur, Par la présente, je voudrais solliciter la publication de ce droit de réponse pour les citoyens, et suite à votre reportage paru dans la publication du vendredi 12 au dimanche 15 août 2011, du numéro 4927 à la page n°2, avec pour titre « Marché de Toukin : une matinée électrique entre commerçants » et relayé par les radios dont Savane FM de Sidnaaba. Je voudrais tout d’abord vous remercier pour le combat que vous menez au quotidien afin de donner l’information juste aux Burkinabè. Mais avant tout propos, je tiens à préciser que je suis commerçant, identifié sous l’IFU n°00007303D depuis 2001, contrairement à ce que dit le maire. Je suis parmi les premiers qui ont contribué à la parcellisation. J’occupe donc une parcelle dans le marché (reçu de paiement n°7 du 18/07/1998). Donc à double titre, je me dois de parler.

D’abord en tant qu’élu, je dois être à l’écoute de la population, surtout en ces moments très difficiles que nous vivons de par la volonté du maire et de Nébié Bali, et ensuite en tant que commerçant ayant mes propres intérêts dans ce marché. Je voudrais, pour une bonne compréhension faire l’historique du projet d’aménagement du marché de Toukin. Par lettre circulaire n°15/MATS/PKAD/CO/ANGM/M/SG du 9 mars 1998, le maire nous invitait à mettre en place des cellules de suivi et de coordination de projets dans nos secteurs. Responsable administratif à l’époque, j’ai fait la sensibilisation auprès de la population pour sa contribution communautaire. Un certain nombre de projets a été retenu dont l’aménagement du marché de Toukin (cf fiche de projet et demande de subvention des communautés déposée au projet). C’est ainsi que dans la formation de notre cellule, j’ai proposé Nébié Bali comme un des membres (cf. arrêté n° n°98-12/MATS/PKAD/CO/ANG/M/SG portant création du comité de suivi).

Le comité assurait la collecte des contributions des commerçants pour l’aménagement. Un compte BACB N° 0085352420-9 est ouvert à cet effet et Nébié Bali était chargé d’effectuer les dépôts. Ces fonds étaient ensuite reversés dans deux comptes trésor n°00014500269 et n°4590057/03 ouverts au nom du 3e projet de développement urbain, structure chargée du financement des travaux d’aménagement du marché.

Bilan à mi-parcours

La parcellisation de l’ensemble du marché donnait : 126 boutiques ; 773 hangars simples et 200 places hangars centraux. Deux lots de boutiques témoins ont été construits. De ce bilan, un manquant de caisse a été constaté et un audit commandité par le maire de la ville de Ouagadougou l’a confirmé en date du 25/06/2005 et reconnu et signé par Nébié Bali lui-même. Et cette première indélicatesse de Bali est à l’origine de la situation que vit présentement tout le secteur. Au renouvellement du comité, le maire Zakaria Sawadogo, a mis à l’écart les membres qui ont dénoncé les malversations de Bali et l’a encore imposé pour les mêmes fonctions (cf arrêté n° 016/CO/ANGM/M/CAB du 11/03/2005), malgré les recommandations pertinentes des Inspecteurs vérificateurs. C’est ainsi que tous les conseillers du secteur 25 seront mis à l’écart. Toute tentative de s’informer était comprise comme un affront au maire Zakaria Sawadogo. Dès lors, les intensions du maire se dessinaient. En attendant que l’enquête de la gendarmerie et les résultats de l’inspection nous le confirment, les documents que nous avons à notre possession nous attestent que des malversations ont été commises dans la gestion du marché.

De l’origine des 46 boutiques de la discorde

Des commerçants occupaient les lieux avant l’aménagement. Courant 2010, Nébié Bali les a sommés de libérer les lieux car la mairie voulait construire des boutiques modernes qu’elle mettrait en location. L’idée est acceptée par les occupants, puisque la boucherie du marché avait déjà été construite par la mairie et mise en location à l’instar des autres yaars de la ville. Chacun a essayé alors de se recaser comme il pouvait, certains dans d’autres coins du marché et d’autres à l’intérieur du secteur dans l’attente de la fin des travaux. Les constructions s’effectuent sous la supervision d’un technicien de la mairie. Les commerçants sont donc mis en confiance. Pour renforcer l’emprise de Bali sur le déroulement des opérations, le maire dira au cours d’un rassemblement tenu au marché, je le cite « commerçants de Toukin yaar venant de l’Est, de l’Ouest, du Nord et du Sud, n’écoutez personne d’autre que Nébié Bali.

Car ce que vous dira Bali vient du député Hamidou Compaoré, de moi même Zakaria Sawadogo, du maire de la ville Simon Compaoré, du président de l’Assemblée nationale Rock Marc Christian Kaboré, et du président Blaise Compaoré » (nous avons cette déclaration en support audio). La surprise fut grande au niveau des commerçants à la fin des travaux. Bali leur parle d’ouverture des boutiques sans faire cas de leur attribution qui, logiquement, devait être la première étape. En réalité, Bali avait déjà vendu les parcelles à d’autres personnes qui, pour la plupart, n’exerçaient même pas dans le yaar . Il a ensuite procédé à une nouvelle collecte de fonds auprès de ces acheteurs pour la construction des boutiques.

Les bénéficiaires, avec autorisation de Bali, versent leur contribution auprès du comptable de la mairie et non dans un compte trésor comme le prétend le maire. Le fameux compte trésor dont il fait cas concerne les contributions pour les hangars simples dans le marché (cf compte n°4590817/06). A sa guise, Bali fait les retraits avec des bouts de papiers où il indique le montant voulu et le comptable lui verse la somme. Bali lui renvoie par la suite les reçus, au dire du comptable. Les boutiques n’ont pas été construites par la mairie comme l’avait promis Bali. Et comme le mensonge ne court jamais longtemps, Bali et le maire sont rattrapés par leur forfaiture. D’un côté, il y a les personnes arnaquées qui veulent rentrer en possession de leurs biens et de l’autre, la grande majorité des commerçants déguerpis qui attendent toujours les attributions pour reprendre leurs activités. Et voilà les deux camps, tous arnaqués, au bord de l’affrontement. Ils ont donc tous raison, sauf que pour le groupe des acheteurs, beaucoup savaient que l’opération était clandestine, donc illégale. Bali et le maire sont ceux par qui le scandale est arrivé.

La décision de surseoir à l’ouverture des boutiques a été prise le 4 mai 2011 au cours d’une réunion à la mairie en présence de tous les conseillers du secteur 25, la délégation de la population et présidée par M. Dramane Compaoré, président du comité d’aménagement. Par sa voix, il a été décidé de fournir le bilan des travaux d’aménagement du marché dans un délai de 30 jours avant l’ouverture, et 4 mois passés, cela se fait toujours attendre. Cette décision a été prise à nouveau devant la population par le maire Zakaria Sawadogo lors de la première tentative d’ouverture avortée le 7 juin 2011. La brigade de gendarmerie de Nongr-maasom, dans le cadre des enquêtes, a procédé à l’audition des parties et des conseillers. Pour leur tentative d’ouverture des boutiques, ils ont entamé des manœuvres avec l’entrée en scène du nouveau commissaire de police de l’arrondissement.

En effet, ce dernier a convoqué les trois représentants de la population en présence d’une dizaine de personnes le 8 août 2011 pour les informer du choix d’un jour pour l’ouverture des boutiques. Il dit avoir reçu des instructions. Dans la nuit du 11 août 2011 aux environs de 4h du matin, frauduleusement, Bali est allé ouvrir les boutiques. Mais les commerçants veillent et leur réaction est immédiate. Lorsque le maire arrive sur les lieux, il déclare : je le cite « Le ministre a dit d’ouvrir ». Il a été éconduit par la population comme vous l’avez si bien dit. Avant la manifestation du 11 août 2011, plus d’une dizaine de motos ont été distribuées à des jeunes du quartier pour semer le désordre et provoquer la confrontation. Ainsi, la police aura un motif pour procéder à l’interpellation de tous ceux qui cherchent la lumière sur la gestion du marché.

Heureusement, les éléments de la sécurité et le commandement de la CRS par leur professionnalisme nous ont épargné l’affrontement. Le général Bali (c’est ainsi qu’il se fait appeler) fait partie de ceux qui sont chargés des missions de l’ombre de Zakaria Sawadogo. Cette défense autour de lui est que la lumière sur les gestions du marché et du foncier dans l’arrondissement en général, peut entraîner de graves révélations sur son réseau. C’est ce qui explique la fuite en avant du maire. Citoyens de bonne foi, peut-on vraiment voir en cette tragédie, une lutte politique ou la main d’un simple citoyen, fut-il Anatole Bonkoungou ? Le maire et son général Bali doivent simplement répondre de leurs actes. Question : la souffrance des populations de l’arrondissement de Nongr-Maassom prendra-t-elle fin un jour ?

Ouagadougou, le 16 août 2011 Issa Anatole Bonkoungou Conseiller Municipal Arrondissement de Nongr-Maasom, secteur n°25

Le Pays

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