Député Salif TIEMTORE : « Le maire se bat pour la construction des caniveaux, mais on voit avec l’incivisme de la population qu’ils sont transformés en dépotoirs d’ordures »

jeudi 25 août 2011 à 02h18min

Le député Salif TIEMTORE jette un regard critique sur l’état des lieux des ouvrages d’assainissement dans la ville de Ouagadougou à la faveur de la caravane de presse organisé par le RICHE sur la thématique.

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Quelle appréciation faites-vous de la caravane de presse initiée par le RICHE sur la desserte en eau potable et en assainissement dans la ville de Ouagadougou ?

Je voudrais tout d’abord vous remercier de m’avoir invité à participer à cette caravane. Ensuite, je suis honoré de l’occasion que vous me donnez pour apprécier la problématique qui a été posée par la caravane. Alors, il faut dire que la problématique de l’eau potable et de l’assainissement dans la ville de Ouagadougou est véritablement un casse-tête. Certes, c’est vrai qu’aujourd’hui il y a une majorité de la population qui a accès à l’eau potable, mais il reste toujours des populations au niveau des quartiers périphériques de la ville de Ouagadougou qui n’ont pas totalement accès à l’eau potable ou qui y ont accès difficilement. Les autorités font le maximum de ce qu’elles peuvent pour accompagner les populations dans l’acquisition de cette denrée rare. Parce que je crois savoir qu’au niveau de l’ONEA, il y a même un forfait pour avoir l’eau potable chez soi à 30 500F CFA. Je crois également qu’on a installé des bornes-fontaines un peu partout aussi bien en pleine ville que dans les quartiers périphériques. Malgré ces efforts, il y a toujours une bonne partie des populations qui a des difficultés.

Mais quand je compare cette période à celle d’il y a 5 ou 6 ans, je peux dire qu’il y a d’énormes efforts qui ont été faits en ce sens que par le passé, il nous arrivait de faire appel aux citernes pour approvisionner les populations en eau parce que courant avril-mai c’était généralement la pénurie. A cette époque-là, nous avons vu des femmes qui venaient à 3 heures ou 4 heures du matin s’aligner afin de pouvoir s’approvisionner en eau. Ainsi, si je fais un pas en arrière et je regarde ce qu’il y a eu comme travail, je peux dire qu’il y a eu une grande avancée.

L’autre goulot d’étranglement au niveau de la ville de Ouagadougou, c’est l’assainissement. Il y a un véritable problème de caniveaux. Ils sont devenus des dépotoirs d’ordures pour certains riverains alors qu’ils sont construits pour drainer les eaux de pluie. Alors, en plus des problèmes d’assainissement, la caravane de presse a permis de toucher du doigt les difficultés auxquelles les populations sont confrontées pour s’alimenter en eau potable et je pense que si le RICHE ne l’avait pas organisé, il aurait fallu le faire. Il faut continuer à toucher du doigt ces problèmes saillants au niveau de la ville et au sein des populations pour pouvoir nous appuyer. Je vous encourage dans cette voie.

Ces questions sont-elles discutées au sein de l’Assemblée nationale ?

Il faut dire qu’au niveau de l’Assemblée nationale, voyez-vous, ce qui se débat, ce sont généralement les problèmes envoyés par le gouvernement à travers les projets de lois. Il y a aussi le contrôle de l’action du gouvernement. Mais, il nous arrive d’aborder ces types de problématiques à travers de questions orales, des questions d’actualité ou des questions écrites adressées au gouvernement. Hormis cela, il y a que les députés s’organisent dans des réseaux. Il existe par exemple un réseau consacré aux changements climatiques dont les membres débattent sur les questions intéressant ce domaine.

Est-ce possible de créer un caucus Eau potable et assainissement au sein du Parlement ? Si oui, dans quelles conditions cela peut-il se faire ?

Je crois que cela peut être possible. Quand vous parlez de caucus, c’est ce que nous, nous appelons réseau. Je crois que nous pouvons ensemble discuter sur la thématique et voir dans quelles possibilités nous pouvons effectivement créer ce réseau de parlementaires. Pour la création d’un réseau, les députés échangent d’abord entre eux et s’ils jugent cela nécessaire pour appuyer une politique sectorielle, ils décident de le créer. Le nombre de réseaux importe peu. Nous pouvons donc ensemble continuer les échanges pour que nous puissions en créer sur la thématique Eau potable et assainissement si cela n’existe pas déjà.

Comment vous, en tant que député, vous pouvez influencer l’amélioration des questions d’eau potable, d’hygiène et d’assainissement ?

Comme je vous l’ai dit, nous avons d’abord trois rôles fondamentaux que nous assigne la loi. Celui de consentir l’impôt, de voter la loi, et bien sûr de contrôler l’action du gouvernement. A travers donc le contrôle de l’action gouvernementale, nous pouvons actionner sur cette manivelle et amener le gouvernement à aller dans le sens de la satisfaction des besoins des populations. Nous pouvons aussi faire des plaidoyers vis-à-vis du gouvernement et vis-à-vis des partenaires techniques et financiers. Etant entendu que nous sommes des représentants des populations, il va sans dire que tout ce qui touche les populations nous touche également. Nous devons effectivement être leur porte-parole. Dès que nous nous engageons, nous ne relâchons pas.

Et vous voyez au niveau de la lutte contre la corruption, nous avons mis en place un réseau dans ce sens qui tourne et nous avons déjà posé des actes assez louables. Nous avons également créé un réseau qui participe à la réinsertion sociale des enfants de la rue tout comme nous participons à la lutte contre le travail avilissant des enfants. Nous avons eu à rencontrer certains enfants dans les rues, échanger avec eux pour voir quels sont leurs problèmes réels et dans quelle mesure accompagner le gouvernement pour que l’on puisse enlever ces enfants au maximum des rues.

De la même manière, nous pensons que nous pouvons avoir notre mot à dire sur les questions d’accès à l’eau potable et à l’assainissement. C’est certain que nous pouvons beaucoup agir. Je crois que déjà dans beaucoup de provinces et de régions, il y a des députés qui agissent dans ce sens. Au niveau de l’Assemblée nationale, à chaque fois que nous aurons l’occasion de discuter et de donner notre point de vue sur ces questions nous ne manquerons pas de proposer des solutions.

Il vous est arrivé de publier un problème dans la presse. Est-ce à dire que par moment vous allez au delà de la procédure habituelle des élus ?

Cela fait partie de nos prérogatives. C’est vrai que la procédure habituelle, c’est de passer par des questions orales. Mais il y a que souvent, lorsque le problème est si criant, nous pouvons exposer notre position à travers les médias, en disant ou en expliquant des faits vécus pour attirer l’attention du gouvernement, donc de l’Exécutif sur ces faits pratiques. Même dans les radios, nous avons eu à intervenir souvent. Parce que nous voyons parfois les populations dans la désolation totale et dans l’incapacité de résoudre les problèmes qui leur sont posés. Nous allons donc vers les maires, nous discutons, nous essayons de les sensibiliser, de voir un peu dans quel sens ils peuvent nous appuyer.

Nous allons aussi vers l’Exécutif à tout moment. Il nous arrive également d’approcher les partenaires privés c’est-à-dire les opérateurs économiques qui sont dans les secteurs en question afin de solliciter leurs contributions. Regardez un peu dans la ville de Ouagadougou, le maire de la ville (ndlr : Simon COMPAORE) se bat réellement pour la construction des caniveaux. Mais le peu que la mairie a pu faire, on voit que l’incivisme de la population ne permet de les entretenir convenablement car transformés en dépotoirs d’ordures. Pour ma part, j’aurais souhaité le curage du canal qui traverse la forêt Bangr-wéoogo car c’est un passage énorme de l’eau. Il y a également le canal qui passe derrière l’hôpital Yalgado et la SONABEL de Paspanga.

Il est réellement bouché. Je ne sais pas avec combien de francs on peut arriver à le déboucher mais j’allais suggérer avec vous s’il y avait une possibilité pour que nous puissions ensemble lancer dans la ville de Ouagadougou des appels à la participation de tout le monde y compris les ONG, les partenaires financiers, l’Exécutif, les députés, les élus locaux et la population, en organisant une journée ou des journées au cours desquelles nous allons lancer le curage des caniveaux à ces deux niveaux-là. Avec une mobilisation de tout le matériel possible et remettre à la fin ce matériel à la mairie de Ouagadougou pour la poursuite de l’activité. Je pense que c’est possible. Je pourrai m’engager avec vous et j’espère aussi qu’on pourrait ensemble chercher des partenaires dans ce sens-là.

Propos recueillis par DrissaTRAORE

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